Définitivement

220819

On me force petit à petit à me sentir fort (parce qu'il faut bien se penser solide pour se défendre), mais globalement je me préfère faible : je suis plus poétique ainsi, je suis plus pertinent quant à ce que j'ai à apporter au monde (ma poésie, en gros). J'ai donc le choix entre me renforcer tout en me détestant et perdurer dans mes incertitudes tout en me supportant et cultivant ce qu'elles ont de salutaire, de cohérent. Être résolu dans ma faiblesse ou être insincère dans ma force. 

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200819

On était dans une librairie et je tentais de nous trouver une BD, quelque chose qu'on aimerait tous les deux. Je feuilletais des choses vraiment trop sommaires, indignes, même si possiblement intéressantes. L'une semblait l'intéresser, elle me disait "et il y a ça, pourquoi pas ?" mais je sentais quelque chose de pas totalement convaincu dans sa voix et son regard un peu perdus, comme si elle cherchait surtout à me faire plaisir et ne comprenait pas ce que je pouvais trouver à ces choses. Je rêve encore de ça, alors qu'elle avait écrit à quel point elle avait pu se nourrir avec joie des traits avec lesquels je l'avais mise en contact, mais c'est comme si mon manque de légitimité était indécrottable. En mettant mon existence dans des livres et des disques que j'achetais, c'était histoire de me trouver des appuis solides me ressemblant potentiellement, à la fois meilleurs que moi et me reflétant en partie. Lorsqu'ils me reflétaient trop, c'était un problème ; je montrais ainsi de manière impudique ce que je pouvais être et parfois je risquais de ne plus m'aimer à me découvrir ainsi (quelle étrange expérience par exemple d'écouter une musique qui nous plaît trop devant tout le monde, c'est comme si on nous arrachait ce plaisir ou qu'au contraire on l'offrait de façon indécente). Quelque chose de l'affection, du sentiment d'existence que l'amour doit apporter se joue ici, comme si je ne parvenais pas à me suffire à moi-même, que sans ces béquilles artistiques (pourtant fort encombrantes) je ne me jugeais pas digne d'attention, que je n'occasionnerais que des regards perdus en ne sachant pas quoi montrer de moi, de ce que j'aime, que je ne pourrais laisser l'évidence aller, celle-ci ne se manifestant qu'en de rares occasions solitaires, vite insaisissables.

(Impossible de savoir sur lequel des deux blogs va ce texte alors pour la peine il est sur les deux. Il est ici aussi, pour rappel : http://leseulvraihetero.canalblog.com )

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190819

Tout est trop différent, selon les ambiances, selon qu'il y ait des gens ou pas... C'est ça qui est violent : le brusque changement d'ambiance selon ce qui se passe en moi et à mes côtés. Contrastes saisissants. Car il faut se retrouver après ça, se rappeler ce qu'on peut bien faire là !

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180819

Différentes preuves concernant la pop (7)

Pour une fois (lui qui était dans un autre monde, sauf récemment où j'ai appris qu'il écoutait le chanteur qui m'a sauvé), il était d'accord avec moi quand j'avais dit « les disques que l'on préfère ne sont pas forcément ceux que l'on écoute le plus souvent ; les disques que l'on trouve objectivement les mieux demandent de l'attention, donc on va moins souvent les passer que des choses plus faciles, moins importantes pour nous ». Oui, c'était convaincant, séduisant (c'était il y a dix ans à peu près, un peu plus). Maintenant, j'apporterais un rectificatif, je serais moins intellectualiste : nos musiques préférées ne sont pas non plus celles que l'on trouve objectivement les mieux, j'avais mélangé. Ce qu'on préfère, je dirais que c'est à mi-chemin de ces deux tendances extrêmes : le disque irréfléchi, pur réflexe sans que l'on soit dedans et le disque que l'on aime aimer, où l'on se regarde aimer (attitude qui est souvent l'apanage de la classe intellectuelle). Notre son à nous et rien qu'à nous, la pop qui s'adresse à moi est généralement à la fois évidente et intelligente (mi-chemin qui est donc aussi une cumulation des deux plaisirs car la Pop est Une) : aisance et cerveau qui crépite, cerveau qui crépite dans l'aisance. 

Mais si je dois donner un exemple concret et pas si prévisible, je dois bien avouer qu'il y a pour moi l'évidence du reggae. Incroyable comme c'est devenu une honte d'être reggae auprès des Blancs (je ne peux m'empêcher d'y voir un sociocentrisme, surtout quand on sait à quel point cette musique est reliée à une spiritualité spécifique et sensée, certes parfois mimée mais depuis quand les mimes déterminent-ils les perceptions ?). Je ressens le reggae comme le rythme le plus évident qui soit, avec une possibilité infinie de subtilité. Ce serait lui que je préférerais dans un monde où l'on ne serait guidé que par ses préférences ; mais il y a toujours tellement d'autres accaparements que les préférences...

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170819

Les seules fois où ils font de la sociologie, c'est pour cantonner un intervenant à sa façon d'apparaître, le réduire aux manies de son aura. Ils prennent décidément tout par le mauvais côté ! Bougres d'emplâtres, on se fiche bien de son caractère, tentons de nous pencher deux secondes sur ce que sa mythologie nous fait entrevoir d'unique (l'alchimie singulière de ses fragments mêlés, que l'on n'est pas obligé de tous goûter de la même façon, mais reconnaissons néanmoins que sa voix tente de nous faire apparaître une certaine façon d'être réceptif au monde) ! Moi aussi j'étais rétif aux mythologies auparavant, mais à celles qui ne font que se calquer sur la sanction légitime ; finalement je me suis dit : autant de mythologies que d'êtres alors allons-y, apprenons ce qu'elles peuvent nous apprendre sur nous, lorsqu'elles semblent s'adresser à chacun de nous. Ah ben tiens, ça me donne envie de faire directement les

Différentes preuves concernant la pop (6)

Ma pop s'adresse à moi, chaque pop s'adresse à soi. C'était ça que j'essayais de lui faire comprendre en lui disant que ce concert était inespéré vu qu'elle n'était plus là : c'était inespéré que ce chanteur viennent chanter là pour moi, lui qui s'adresse à moi, il avait justement choisi ce jour-là où j'avais prévu d'aller le voir pour s'adresser à moi, dingue !

C'est comme quand je venais de perdre mon chat : le lendemain, j'écoute le nouvel album de celui qui fut longtemps mon seul groupe favori et qui n'en avait plus sorti depuis dix ans, ce groupe avait donc choisi ce jour pour me dire « mais regarde, il y a encore de la vie, on te le dit, on te le dit à toi » !

Et c'était comme juste avant que je perde à tout jamais des oreilles dignes de ce nom : j'étais dans une période où je me disais « mais c'est pas possible, la pop c'est trop, c'est trop pour moi, trop de choses, trop de mélodies » (divine Plainte ; Deleuze dit que se plaindre c'est reconnaître que la vie est trop, pour cela il la considère avec bienveillance) ; le dernier album – que j'écoutai avant de me les faire flinguer (les oreilles) – contint des guitares et des mélodies si fraîches que des larmes vinrent, juré craché, pourtant j'étais loin de me douter de ce qui allait se passer, si c'est pas la preuve ultime !

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160819

Différentes preuves concernant la pop (5)

Il s'est repenché sur sa totalité. Ce qui est pratique avec la pop c'est qu'on peut s'englober non seulement successivement, chronologiquement (faut être patient, vivre son évolution) mais aussi simultanément, en concert où l'on revit tout ce qu'on a été. On peut même faire les deux techniques à la fois : faire des concerts successifs où l'on se repenche chronologiquement sur sa totalité. (L'équivalent pour moi serait de reprendre tous les fragments laissés ici afin d'en célébrer l'existence ; l'écriture fragmentaire, c'est laisser des morceaux tournés comme il fallait et rien de plus.)

Après s'être repenché sur sa totalité, le cœur a failli lâcher. Ça produit toujours ce genre de frayeur de se repencher. Surtout quand c'est frénétiquement, exhaustivement. N'empêche que sur les photos il n'avait jamais eu un sourire aussi accompli. Car il est ce qu'il a été, il est son propre nom. 

(L'un de ces anciens compères, même âge, sort bientôt un album « auto-dépréciateur, confessionnel », autre façon de considérer sa totalité, c'est le moment.)

Ça c'est ma pop à moi, celle que j'ai toujours préférée, celle d'êtres présents depuis suffisamment longtemps pour avoir une totalité sur laquelle s'appuyer, ce qui se ressent dans leur charpente. Il me faut ça. Sûrement parce que de mon côté je me suis perçu depuis les débuts (de mon moi en tant que moi) comme garant d'une totalité dont j'avais fait ma légende. Il faut que je sente que quelque chose les dépasse (et pour cela il faut avoir de la bouteille).

Bien entendu, cette force est aussi une fragilité, ils savent bien qu'ils ne sont plus comme au début, d'où l'idée de métasynthétiser la totalité. Les choses les plus sérieuses se font lorsqu'on n'a pas le choix.

Symboliquement j'ai d'abord cru que son cœur avait tenu jusqu'au dernier album rejoué mais j'avais mal lu, il a été perturbé par l'avant-dernier. L'avant-dernier enregistré avant qu'il se débarrasse de ses nodules sur les cordes vocales, ce qui s'entendait. Il était sur le fil. De mon côté, souvenir perturbé de ma première écoute de celui-ci (de l'avant-dernier en date du fil de sa totalité), aussi et surtout parce que mes oreilles commençaient à surréagir aux sons quelque peu rugueux (rétives aux sons rétifs), bref, sur le fil également, décidément quel encombrant avant-dernier album, voilà ce que c'est que d'être un peu trop rock, ça surmène l'exercice de la totalité pop – mais malgré des arrangements problématiques, il a sans nul doute sa place mélodique, il faut les chanter, j'aimerais d'ailleurs que maintenant pour se ménager il ne nous fasse plus entendre que la quintessence de ses mélodies nues, de ses élans sur le fil, sur la ligne, de ses allants sur le filet, le simple filet. 

(Comme j'aurais aimé que cet autre chanteur qui m'est cher entonne ses escalades de notes si fraîches au moins une fois de façon simple avant de disparaître ; mais il nous laisse avec l'impossibilité à accepter qu'une telle fraîcheur si perceptible puisse être réellement morte.)

 

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140819

Je les ai faits venir pour statuer sur ma perpétuelle ambivalence entre ma honte quoi que je fasse et ma fierté quoi que je sois. Comment expliquent-ils ça ?

Lui ne m'aime qu'à moitié, il dit donc : « Peut-être que cette fierté existe pour te complaire dans une impossibilité morale à surmonter ta honte ? On reconnaît bien là ta faiblesse de caractère, ton inconséquence ! »

De son côté, elle souhaitage davantage me défendre : « Mais mettez-vous à sa place, peut-être que cette fierté à tout crin, certes puérile et dangereuse à long terme, est une sorte de réaction de survie, façon spontanée, fervente de contrecarrer cette honte si glaciale, si glacialement cristallisée ! »

Je vais tenter de mettre la balle au centre (à mon encontre ou en ma faveur ?).

Je dis : « Disons que la fierté est une pièce rapportée de mes atteintes, tout en étant un moyen pour moi de faire comme si elles n'avaient pas lieu. Le plus dur est de faire perdurer cette conscience : je sais bien que je serais moins fier si j'allais mieux, mais je ne peux pas m'en empêcher, il n'y a que ça qui correspond à l'allant que je souhaite conserver. En gros, pour faire simple : mon état de fierté, c'est celui que je devrais avoir si je pouvais faire tout ce que je ressens comme potentiels en moi et comme ces derniers ne peuvent pas s'actualiser (à cause des atteintes), autant être quand même fier pour ne pas péter les plombs. »

Forcément, il renchérit : « Donc tu vois bien que tu t'illusionnes, que tu te complais ! »

Je réponds malgré tout (malgré que je sache qu'il ne sera pas convaincu par ce type de réponse, son but n'étant pas de traiter du réel mais de caractères, d'attitudes, d'intentions supposées) : « Bien entendu que d'une certaine façon j'en deviens gaga ! Mais tu oublies une donnée essentielle : il y a des atteintes. Ma fierté, c'est aussi celle de me savoir encore debout, relativement frais et partant pour la suite malgré ces atteintes, c'est ce goût de la permanence, d'une espèce de sentiment de Dieu. Très béat, j'en conviens. Mais comment faire autrement ? Ce dont je suis prêt à me dépouiller, c'est de tout ce qui brouille mon discernement quant aux sources de la honte, savoir quand elle me vient avant tout des autres ou avant tout de moi, pouvoir mieux peser et soupeser. Si, en conséquence de cet éclairage, je dois devenir un petit moins fier par ci, un petit peu plus par là, différemment fier, différemment honteux, très bien, je signe ! Faudra bien que ça bouge, hein, je dis pas le contraire ! »

À partir de là, on s'est mis à parler d'autre chose et ça m'allait comme ça.

 

Posté par Lucas Taieb à 17:34 - Commentaires [0] - Permalien [#]

130819

J'aimerais ne pas faire que me défendre de leurs propos, j'aimerais aussi en mettre d'autres sur la table, leur proposer les miens ; mais après avoir bien écouté les leurs, afin de ne pas reproduire le travers que je leur reproche, le manque d'écoute ; mais cette écoute ne devant pas être craintive de ce qu'elle pourra entendre, pour ne pas retomber dans la réaction de défense. En somme, il faudrait être dans ce que l'on pourrait appeler la proposition confiante en pleine connaissance de cause, ou « hop, tout bien pesé, voici ce que je pense pouvoir apporter ». Ce serait si simple !

Posté par Lucas Taieb à 19:05 - Commentaires [0] - Permalien [#]

120819

Faire juste quelque chose en particulier, me concentrer sur la nécessité d'un sous-domaine (ce dessin-ci, ce texte-là, seulement ça, seulement ci), je n'y arrive plus car je ne suis plus convaincu que ça dise tout à fait quelque chose. S'il faut dire, il faut le dire tout à fait et l'on peut rarement. Par contre, tout ensemble, à savoir quand on relit ensemble les différents fragments qui se répondent, se complètent et s'enrichissent chacun par rapport à chacun, tous autant qu'ils sont, je crois tout de même que ça reflète un joli effort de vie, pour ne pas dire d'expression. C'est en pensant à tout à la fois que je suis convaincu par ce que je fais.

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110819

Différentes preuves concernant la pop (4)

Pile quand mes oreilles se barreront définitivement en couilles, pour contrebalancer, je découvrirai plus que jamais que ce groupe – ainsi que cet autre groupe aussi, pas loin – sont tout ce dont j'ai toujours rêvé. On pourrait trouver ça cruel, mais c'est plutôt un rêve de continuité qui se vit ici (et perdure jusqu'à présent) : la pop tient donc encore, la pop tient le coup.

La pop tient toujours le coup, preuve en est que j'avais pu me rendre à ce concert malgré tout ce qui s'était passé, que je n'en revenais pas qu'une telle musique puisse encore exister après le choc ; je lui ferai part de cet événement inespéré (elle aurait dû y être avec moi si on avait été encore ensemble, mais alors il aurait moins été inespéré), caractère inespéré de cet événement qu'elle ne saisit pas tout de suite car elle me demanda de préciser ce que je voulais dire par là, pourquoi je n'en revenais pas (alors que pardi, qui l'eut cru ?).

Musique qui existait bel et bien et même plus que jamais, puisque c'est ce chanteur qui m'avait sauvé : d'abord avec (notamment) une chanson déchirante qui m'avait coupé les pieds alors que je devais aller faire les courses pour un repas où elle ne viendrait finalement pas – la montée des pentes avec cette chanson dans les oreilles m'étant apparue insurmontable, car en cette chanson semblait résider ce que je ressentais et le fait est que quand je traduirai les paroles je m'apercevrai en effet qu'elles disent en substance “cet amour [notre amour] ne peut pas être effacé comme ça simplement d'un coup” et c'était tout à fait ça, je ne pouvais pas faire ça comme ça, en deux coups de cuillère à pot, comme on dit, j'avais bien perçu que cette chanson parlait de ça car elle parlait tout à fait comme ça, avec tout à fait les airs de ça, l'air de dire ça.

Puis ensuite (autre exploit de ce chanteur) j'écouterai l'album suivant de la discographie tandis que je serai délaissé plus que jamais par elle au téléphone avec l'autre (celui d'après), et là, comment dire ça, voici comment : la force et l'évidence de cette musique, la force de l'évidence, c'est elle qui me fera me dire « eh mais en fait le monde peut continuer ! cette musique en est la preuve ! elle est la preuve qu'il y a un profond souffle de vie confiante en moi puisqu'il y a un profond souffle de vie confiante en elle et que je la vis plus que jamais comme faisant partie de moi ! ». Ce sera donc définitivement la preuve.

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