Définitivement

190519

L'un des premiers moteurs (de tout ça, de toutes ces ratiocinations), c'est de bloquer sur ce fait : « les autres sont donc toujours eux-mêmes ? Et ça ne les gêne pas ? Est-ce qu'en m'efforçant de plonger dans leur regard j'arriverai ainsi à savoir comment ils font pour être toujours eux-mêmes – car personnellement moi je n'y arrive pas – ou à découvrir qu'au contraire ils en sont tout autant mal à l'aise ? ». Et je parle de leur regard au sens propre, il s'agit non pas de spéculer sur le contenu de leurs pensées mais de fixer sans arrêt leurs pupilles – à savoir leur direction, est-ce qu'ils s'adressent vraiment aux autres ou seulement à eux ? ainsi que leur intensité, qu'y mettent-ils vraiment de leur foi en le monde ? – afin de savoir ce qu'il en est de leur adhérence à une quelconque identité. 

Car à la base, la première question qui fait que je suis ici à pérorer, c'est celle-ci : mais comment fais-je pour encore être moi alors que tout me transperce sans cesse ? Position opposée et complémentaire à celui qui se demanderait (un certain type de poète) : mais comment le monde fait-il pour être encore là et changeant alors que je reste profondément ancré dans ma stase ? 

Le pire c'est que dans les faits, je suis bel et bien le second (immobile), mais la cause en est justement que je suis le premier (agité).

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230219

Je suis le seul vrai hétéro (nouveau blog en parallèle).

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080219

Après Après Michaux

Exérèse de kyste. Je prends un opiacé et allez j'en prends direct un deuxième. Elle m'autorise à l'appeler pour confier ma douleur. L'effet se fait sentir dès le début : sa voix flotte. Curieusement, je réponds tout à fait lucidement à tout, juste que ça flotte. Sa voix me berçait déjà, mais alors là encore plus. 

Il serait beau de dire qu'au sein de cette réalité c'est comme si on était encore ensemble, mais trop ailleurs pour y croire vraiment. Tellement ailleurs qu'être dans l'ailleurs où l'on est encore ensemble ne serait pas encore être assez loin. Je dépasse l'alternance de ces états de conscience (qui dure encore jusqu'à aujourd'hui : on n'y est plus/on y est encore), ne reste qu'un esprit qui se regarde être.

« Allez, il faudrait quand même que tu ailles dormir ? ». Elle a raison.

Après le somme, le vaporeux devient lourd. Comment sortir de ce cerveau ? Sur le canapé, je me le demande. Je me regarde me le demander. Autant re-sombrer.

La nuit, je ne me regarde plus du tout, je suis en plein dedans. Au début rien n'alternait, cette fois-ci tout s'enchaîne à toute allure, les rapports se font tout seuls. Rien n'a le temps de m'apparaître, tout passe en criant. Tout est lié à tout. Tête chercheuse. On n'est plus dans l'onirisme, on est dans l'associationnisme puissance 1000. Je me demande comment les gens font pour rêver, comment ils arrivent à le supporter, comme si c'était toujours comme ça, comme si c'était toujours aussi rouge et tressaillant. 

Rouge et tressaillant ? Comme dans mon texte d'il y a cinq ans ? 

La morphine est un opiacé, comment avais-je pu l'oublier ? 

Même cause, même effet. Même pas fait exprès.

Inconsciemment voulu marquer le coup ?

 

à Mélanie

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250119

Par les oreilles

Ils les ont remasterisés et c'est vrai que ça sonne mieux. J'ai revendu les anciens. Ils étaient reliés à mon ancienne histoire d'amour, mais c'est pas pour ça que je les ai revendus, c'est parce qu'ils ont été remasterisés. Du coup je suis partagé.

Le fait qu'ils sonnent différemment me permet de les voir sous un nouveau jour, de prendre "un nouveau départ". Ce sont de nouveaux disques. Tant mieux si les anciens sont partis avec l'amour ! Ainsi je "tourne la page". 

Oui mais alors, quand elle me manque, elle ne peut plus être là par les disques, vu qu'ils ne sonnent plus comme quand elle était là ! J'ai bien encore les disques mais ce ne sont plus les mêmes ! Ça me rappelle que si mon amour est encore présent en moi, il n'est qu'en moi et non plus à l'extérieur ! J'aurai beau chercher dans mon environnement matériel, je ne trouverai ni exactement ces disques ni exactement cet amour.

 

Encore par les oreilles mais différemment

Ces disques non-remasterisés ajoutés à ma mauvaise audition, c'était parfois de la bouillie sonore. Mais ça avait le charme du ouateux, quand je ne comprenais pas très bien en quoi consistaient vraiment ces arrangements, j'imaginais en partie ce qu'ils auraient pu donner, je tendais mon oreille et tous mes poumons participaient à recréer aussi bien les chœurs que les batteries qui passaient dans le décor. C'était plus fort que moi, ça faisait partie de l'expérience perceptive.

Oui mais tout de même, quelle clarté des voix et des rythmes désormais ! Ça se dévoile. Un peu de mystère est perdu car révélé (ah, c'était donc ça qui sonnait dans le fond, ils avaient voulu faire ça, ok !), mais on gagne en implication consciente, en toute connaissance. Ça ne se cache plus, c'est pleinement de la pop et non plus un jeu éthéré. C'est maîtrisé, on sait vers quoi aller, pas de faux-semblants. Quant à la douleur, moins le temps de s'y attarder vu qu'on entend enfin mieux (si les oreilles s'échauffaient tant sans appareils, c'est parce qu'elles butaient sur la bouillie ; c'est pas la bouillie en elle-même qui leur faisait mal, c'était l'otalgie réactionnelle, mais quand on trouve rien à quoi s'accrocher, forcément on s'abandonne ; maintenant, j'entends pleinement tout ce que la pop a mis en place pour me remplir !).

 

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200119

Avant l'été (2002), je semblais comprendre de quoi il retournait, trop comprendre. Non pas que l'arbitraire ne m'apparaissait pas (ça m'oppressait), mais on aurait dit que je faisais partie du dessus du lot. Tiens, lui il cherche à me faire dire des choses intéressantes (il est sympa même s'il embête tout le monde) mais tiens, ça ricane quand il pose des questions en classe. Alors j'aurais dû ricaner moi aussi ? La pop : elle est passée où ? Les filles : je les vois pas.

Après l'été (2002), ah c'est donc comme ça que la pop sonne quand elle est punk, ah c'est donc comme ça que les filles ont l'air d'être, ça s'est ouvert tout seul en moi sans qu'il ne se soit rien passé, et surtout : où sont passés les arabes ? Au collège il y en avait, au lycée il n'y en a plus. C'était donc pour ça qu'il fallait ricaner, parce qu'on savait que de toutes façons ils n'allaient pas passer la barrière, que c'était déjà tracé dans le cahier de la vie ? Cette fois-ci c'est de moi qu'on ricane car je ne sais plus comprendre. Maintenant faut faire ça dans les formes. Du coup pour la peine je serre la main aux quelques non-blancs et je sais que c'est eux qui sont dans le vrai (je me rappelle quand je disais à cet ami « je suis admiratif de ce type qui a le culot d'arrêter les cours » et qu'il ne comprenait pas pourquoi il fallait être admiratif et que moi je ne comprenais pas pourquoi il ne comprenait pas, pourtant c'était évident que vu comment c'était barré, qu'on ne voulait plus de ceux qui n'étaient pas dans les formes, il valait mieux se barrer).

Du coup, forcément, à la fin : à la fois anarchiste et islamo-gauchiste. Pas autrement. Comprends pas comment autrement. Car en considérant bien le malaise dans toutes ses déterminations, on ne peut pas en rester au désir de briser l'oppression, c'est le simple fait de l'hypocrisie des autoproclamés pontes de l'universel qui est glaçant. C'est l'instruction en soi qu'il faut caractériser telle qu'elle est : de mauvaise foi (et pas seulement engoncée). 

Tout a germé en même temps, ce soi-disant tempérament artiste cœur d'artichaut ne pouvant que rencontrer la critique de la modernité, comme à toutes les époques. Car c'est la plus grosse supercherie actuelle d'oublier que les émancipateurs de l'esprit (j'ai enfin lu les manifestes surréalistes la semaine dernière) ont toujours ferraillé avec l'état actuel du progrès. C'est le principe même. Faire croire que la gauche est progressiste, c'est plutôt rappeler qu'elle ne s'est pas toujours prémunie contre l'évolutionnisme bourgeois. 

Quand on s'essaie au soi-disant tempérament social (nous les soi-disant tempéraments artistes), on s'y perd un peu parfois, certains s'y sont carrément perdus mais c'était l'époque. Maintenant on peut quand même savoir de quoi il retourne concernant les positions structurelles de chacun + dire que ça tient à rien (ce qui revient au même car « parler de l'idéologie comme d'une chose, c'est déjà la dépasser en partie », j'ai trouvé ça chez Sartre).

Avec les tempéraments sociaux, on doit faire semblant qu'on tient au fameux clivage, Saint-Graal de l'Occident, les c'était mieux avant contre les ce sera mieux après, oh oui acceptez-moi parmi le bon camp, ô Saint-Temps, je me conduis vers toi, l'individu collectif que nous sommes nous conduisons vers l'après à bâtir par-delà les ténèbres de ceux qui n'avaient rien compris, qui n'avaient fait qu'opiner ! 

Alors oui d'accord, plein de choses encore à explorer et point la peine de déplorer dans le vide, mais justement, tout en fait partie, tout doit être repris à la racine, même le fait de reprendre, histoire de ne pas singer.

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070119

Vous savez où est passée la brit-pop 90's ? J'ai cherché, j'ai pas trouvé. J'suis allé demandé dans la rue à des gens, je leur ai dit « et la brit-pop 90's, alors ? vous en faites quoi ? », ils m'ont rien répondu, m'ont à peine regardé, ont fait demi-tour en écoutant leur électro-pop 2010's surproduite dans les oreilles.

Je dis pas que j'ai déjà trouvé jadis la brit-pop 90's. Jamais vraiment eu accès. M'apparaissait trop propre. Quelque chose de perdu par rapport à ce à quoi j'étais formé (le post-punk fin 70's-début 80's).

Mais tout de même, ces guitares, cet art mélancolico-mélodique, où sont-ils passés ? Il fallait persévérer, se persuader qu'il y avait quelque chose derrière les quelques façons de faire trop blanches-mornes-classe moyenne.

Il faut pas s'en foutre de la brit-pop 90's. Qui ne s'en fout pas aujourd'hui ?

Et puis vous avez entendu ces albums fin 80's-début 90's qui font la jonction entre la pop dançante d'avant et la pop à guitares d'après ? C'est si aéré, cristallin, si chaud et si frais à la fois ! Quelle jonction ! L'art de la jonction. On parle peu de cette jonction (c'est le grunge qui a gagné).

Autre jonction à laquelle j'étais formé : la power-pop qui eut lieu pendant le post-punk, à la fois énergique et minimalisto-mignonne (entre 70's et 80's, donc).

Je n'ai donc pas cessé de tenter de l'approcher, la brit-pop 90's. D'une manière ou d'une autre. J'en ai trouvé des réminiscences dans un groupe psyché-post-prog 90's-2000's dirigé par un génie (à vous de trouver lequel). C'est ça qui m'a rappelé que je l'avais cherchée durant des années (la brit-pop 90's) et que pour la trouver, pour trouver sa froideur déchirante, son attachement forcené à certaines bases de l'émotion (incroyable, il y a des guitares avec des sonorités touchantes et des voix avec des mélodies chantées et une batterie avec un être humain, impensable en 2019 !), il fallait se pencher ailleurs, vers ce qui en a respiré l'air sans en reproduire l'étouffement. Quelque chose qui entre autres en a, mais qui est heureusement bien plus que ça.

Mais n'empêche que elle est où ? 

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040119

C'est dingue, ça fait dix ans qu'on s'est pas vus et ça reste la personne qui semble avoir le mieux compris cette facette de moi-même ! Quant à cette autre facette, c'est vrai que c'est plutôt cette personne-là qui l'avait apparemment saisie, tout en passant complètement à côté de cette facette-ci ainsi que d'une autre encore qui, elle, a pleinement été explorée par cette autre personne dont je n'avais pas encore parlé.

Je fais pas exprès, tout est bien moi, c'est compact, uni, pas dissocié. Je trouve que ça va bien ensemble (même si tout ne serait pas à prendre pour quelqu'un qui voudrait par exemple être le Christ). Pourquoi vous voulez pas tout savoir ? Pourquoi chacun se cantonne à un coin ? C'est quoi qui vous cache quoi ? Je montre tout, pourtant ! 

Seul un compartiment (ou à la rigueur plusieurs tiroirs mais qui relèvent du même rangement) semble intéresser chacun autant qu'il est quelqu'un. C'est peut-être ça le problème, c'est que vous êtes quelqu'un tout comme moi, que je ne peux donc m'empêcher de voir comme un certain quelqu'un qui est “un” en croyant que “un” signifie univocité, tout comme vous ne retenez que ce que vous voulez bien voir, tout comme je ne retiens moi aussi que ce que vous semblez retenir de moi !

AH JE VOUS Y PRENDS !

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020119

Ça a sûrement déjà été écrit dans tous les journaux intimes du monde, mais je le tente quand même : « et si la meilleure preuve d'amour c'était de se dire “de toutes façons j'aurais été un vermisseau à traîner pour elle, pour elles, donc si je l'aime, si je les aime, je dois définitivement la, les préserver de moi” ? ». Ainsi, je rayonne. 

Du coup c'est malin, ça se complexifie encore (concernant la pop) : à cause que je l'ai revue l'autre jour, cet album me fera à tout jamais penser à elle, alors que c'est l'artiste que j'avais édifié pour elle (l'autre, celle d'après) ! Du coup je me suis mis à pleurer mais je ne savais plus si c'était à cause d'elle ou à cause d'elle, c'est vraiment malin, vraiment pas malin. C'était à cause de tout ça à la fois, à cause de la distance de l'amour en général. À cause que mes bras ne peuvent s'ouvrir que de loin (on dirait, c'est pas que je le veuille mais ça fait toujours ça), que c'est « ok, alors tout compte fait ce sera encore pas moi cette fois-ci, ce sera un autre, comme toujours, mais vous faites bien car je n'aurais pas fait l'affaire, je ne surjoue pas je le sais très bien, t'inquiète, vous inquiète, enfin vous inquiétez pas, je rayonne d'amour à distance, tel est mon rôle il faut croire ».

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091218

Faut faire gaffe à la pop, mais quand même pas trop (pas plus que de raison, pas que ça te masque tout).

2009 : Je fais écouter ce morceau parfaitement pop à cette amie et elle semble ne rien comprendre. Comment lui expliquer ? Je vois bien que ça veut dire que ça colle pas (en effet, ça rompra). Comme hier avec ce mec : « ça ronronne, non ? », qu'il me dit. Alors que je commençais enfin à entrer dedans, justement parce que ça commençait enfin à creuser la pure suspension mélodique ! Chez un non-comprenant de la pop, tu as toujours l'impression qu'il ne comprend pas ce qu'il se passe, que rien ne se passe pour lui. C'est justement parce qu'enfin rien ne se passe qu'on entre enfin dans ce qui nous intéresse (nous) : ça a trouvé à quoi s'accrocher, qu'il y avait une tournure qui révélait quelque chose de la vie que toutes les variations chaloupées ne faisaient que masquer. (Pour un béotien du jazz, tous les morceaux semblent se ressembler ; pour un béotien de la pop, cela semble être pareil ; il faudrait pouvoir expliquer qu'on s'entend sur ça, se rejoindre dans l'incompréhension couplée.)

2017 : Tiens, je suis en train de découvrir cet artiste pop contemporain qui aurait pu m'effrayer il y a quelques années mais qui me touche aujourd'hui. Il faut me laisser le temps de m'y plonger, mais je sens le potentiel de partage amoureux : ma dulcinée aimerait et moi aussi, on se rejoindra dessus. Ce sera notre nouvelle B.O., nous repartirons de bon pied. Laissez-moi quelques semaines et je soigne l'ambiance et l'état d'esprit. Ça se mariera (je vous vois venir, je n'ai pas dit « on se mariera » même si j'ai prononcé l'expression par inadvertance et que ça l'a fait rigoler, qu'elle semblait flattée). Je vais mettre les p'tits plats, etc. Je vous dis que ça !... Sauf qu'en fait elle me quitte. J'avais pas vu venir. J'avais pourtant préparé tous les CD, c'était tellement nous, tellement phénix vibrant renaissant. Mais on me la fait pas à moi : il y a une réalité parallèle où l'on est repartis grâce à lui, grâce à la pop, où c'est notre nouveau fond. On a même fait l'amour dessus une fois (j'y arrive parfois maintenant). Si si, ça a existé dans une autre voie possible de l'existence. Là j'ai juste chopé la mauvaise, mais vous verrez qu'en me réveillant de ma prochaine anesthésie, je reprendrai les bonnes chaussures (il faut bien, je suis en train de faire la collection des disques).

Donc ouais, des fois ça masque et des fois ça révèle, mais même quand ça masque ça révèle déjà le fait que ça masque alors que ça devrait révéler. Il faut tendre à ce que ça révèle. C'est étudié pour.

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111018

J'ai fait le compte, ou plutôt l'inventaire : toutes les personnes que j'ai récemment eu l'occasion d'apprécier en pleine connaissance de cause (les fréquenter pleinement dans la ville où je réside) ont un trouble dont je suis également atteint. Lui, c'est fatigue permanente. Elle, c'est intestin délicat. Lui, c'est oreilles échauffées. Elle, c'est tremblements de fringale. Lui, c'est tensions et vulnérabilité. Elle, c'est sommeil précoce.

C'est comme cela que nous nous reconnaissons. C'est pour cela que l'on s'entend.

Si j'ai tout ça à la fois, ce n'est pas forcément avec les mêmes atours (je disais l'autre jour à "fatigue permanente" : « c'est marrant parce qu'on dirait que toi c'est par le cerveau que tu sens que tu n'peux plus lire, que c'est trop pour toi, alors que moi c'est purement corporel, oculaire : mes yeux ne tiennent plus la route, et bien plus que mes yeux, toute ma poitrine également, enfin je sais pas comment dire », « ah non moi je sens que je pourrais continuer si ma tête y était, mais je comprends plus rien, tout s'affale, tombe », « moi de mon côté je me suis jamais reconnu dans “tomber de sommeil”, c'est pas que je tombe, c'est que je suis crucifié en l'air par la faiblesse, loin de tout »). Mais il est clair que j'additionne les corvées. Ce serait certes immodeste de dire que je les contiens (mes camarades), car ils ont autant à m'apprendre que j'ai à leur apprendre (sur la douleur), mais disons que c'est la cumulativité qui fait que je bénéficie d'une telle sympathique bande d'éclopés.

Je disais plus bas (ici) : les éclopés sommes les plus clairvoyants. Nous devrions gouverner la terre si nous n'étions pas justement les moins capables (par la force des choses) de nous acquitter de cette tâche (par définition). C'est le lien définitif à faire entre hypersensibilité physiologique et nécessité politique ; ce n'est que pour cela que mon obédience est la critique de gauche de la modernité (“décroissance”, “autonomie post-situationniste”, “pensée décoloniale”). Le matérialisme progressiste blanc, c'est pour les gens en forme, pas gênés plus que ça par les lumières, bruits, cris, vitesses, acidités. C'est un autre matérialisme que les éclopés proposons, "matérialisme" car ce n'est que notre corps qui parle : impossible de continuer à ne pas souffrir dans cette mélasse, la tangente tout d'suite ! Ça remue vraiment en notre intérieur tellement qu'on n'en peut plus, regardez ; ce sont nos maux qui ne nous ferons jamais avoir la force de devenir des tribuns maniant l'effet de science, Inch'Allah. 

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