Je peux dire à la fois ceci... :

– Comme certains mystiques se sentent tellement proches de Dieu qu'ils n'ont plus besoin du dogme (ni même parfois de Dieu), je me sens respirer tellement fort ce que l'on pourrait pompeusement appeler « le sentiment d'art dans la vie » que dans ma pratique (de l'art) je ne cherche plus à en faire. Tellement d'art qu'il n'y en a plus. Quand on voudrait trop en faire, on retrouverait le propos, le discours, seul moyen de faire passer ce que... non, bien plus qu'un moyen, une fin en soi : c'est tellement fort ce qu'on veut faire qu'il faut le dire. Non pas qu'on en soit « réduit » à ça, comme un certain surmoi esthète culpabilisateur voudrait nous le faire croire ; au contraire, on est augmenté. On en vient enfin à ce pour quoi on est là, on cesse de faire diversion.

...et cela :

– Au départ, je veux dire. Ça veut parler, proposer, tisser du propos. Mais la façon de dire ces dires est toujours un casse-tête : c'est ainsi que se présentent les énigmes langagières qui prendront un tour artistique. C'est par les impasses du discours, par la mise en œuvre toujours délicate d'une rationalité insaisissable que je vais me mettre à faire le styliste. Je vais profiter de mon incapacité à expliquer et à exprimer (ces deux mots tabous du surmoi esthète culpabilisateur) pour « investir le langage pur », pour faire un « saut dans la confrontation des fragments d'agencements d'intuitions » (auto-citation d'un texte précédent). Ça perd souvent l'idée de départ mais ça y gagne justement bien plus qu'une simple idée : la complexité de ce que je suis.

Où l'on voit que l'inversion de causalité est un salutaire moyen de s'émanciper d'une première inversion de causalité devenue trop encombrante de par son hypocrisie, et ainsi de suite... Appuyer sur l'autre pôle, tordre le bâton dans l'autre sens, c'est révéler ce que le monde a trop longtemps déguisé, et ainsi de suite... Binarité, circularité = liberté sans cesse à recommencer.