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Définitivement
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30 novembre 2015

On sait tous bien, nous autres, que l'essentiel

On sait tous bien, nous autres, que l'essentiel est le chemin. Mais l'écrivain de fiction travaille pour les cons. Les cons veulent que le bout soit suffisamment bien tourné pour qu'il fasse aboutissement (chute ou conclusion). Or, il faudrait arracher toutes ces pages en trop, s'arrêter avant l'accélération des rebondissements. 

Oui mais les cons ne veulent pas que l'écriture soit comme la vie. Et pourtant si, car ils lui demandent de suivre des voies compréhensibles, comme le monde et ses structures. Sauf que nous autres, c'est justement ce monde que nous ne comprenons pas. À partir de là, il nous apparaît normal de ne pas toujours comprendre l'écriture. 

(Le con c'est : « Rholala mais je comprends rien à ce charabia ! J'accepte pas les artistes qui se fichent de ma gueule, quels fumistes ! Par contre, l'arbitraire du monde qui m'a fait salarié-consommateur-citoyen, ça je comprends tout à fait, ça c'est clair, je vois pas le problème. »)

Le fait qu'une fiction doive "mener à quelque chose", ça rappelle l'aveuglement du militant qui a peur ou qui souhaite que quelque chose conduise forcément à autre chose. C'est peut-être ainsi que pourrait se définir la détresse humaine. Chez l'animal, une chose est une chose, une chose fait quelque chose, ou à la rigueur l'entraîne, l'enclenche. Chez nous naissent les illusions avec ce phénomène mental de "conduite vers" qui est du temps non maîtrisable, hors de toute conscience.

Ce n'est pas l'incertitude du rêve qui le fait devenir cauchemar (nous nous vantons de nos doutes comme pour mieux nous dédouaner des marécages que nous avons créés et dans lesquels nous continuons à nous empêtrer). C'est l'existence en elle-même du rêve de conduite (pourrait-on dire) qui porte en germe l'invention du sentiment d'incertitude, étranger à tout autre que nous.

(Il n'y a que chez l'homme que l'incertitude est une action, dont il se targue ou qu'il craint. Chez l'animal, l'incertitude est une attente, n'est donc pas en elle-même.)

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27 novembre 2015

Deux paragraphes qui ne s'excluent pas (sont tout

Deux paragraphes qui ne s'excluent pas (sont tout autant vrais pour moi)

Celui qui vient parler en public des bienfaits de la conquête de soi, de son "potentiel à réaliser", même quand il n'en parle pas comme un manager, est énervant. Car il est mal placé pour. Car trop bien placé. Forcément, il croit en l'individualité puisqu'il est quelqu'un qu'on a invité à parler en public ! Le collectif (le vrai, pas son "porte-parole") est par définition ce qui n'a jamais la parole.

Si je crois en la sociologie, ce n'est pas parce que je me sens manipulé (quand on la prend par ce biais-là, on tombe dans la religion du spectacle : le complot), c'est au contraire parce que les autres renvoient d'eux-mêmes l'image d'un bloc homogène qui me juge sans cesse comme quelqu'un d'étrange, qui n'en fait qu'à sa tête (et c'est vrai : ma tête suit son fil, c'est ce qui me semble juste, profond, sain, le contraire de l'hypocrisie qui nous guette tous). On dit, et parfois même il apparaît fortement, que j'ai tort devant tout le monde ? C'est la sociologie qui fait ça, qui fait que les autres sont massivement la même sorte d'autre. Penser cela me sauve de la persécution.

13 novembre 2015

En fait on voudrait que le musulman soit ce que

En fait on voudrait que le musulman soit ce que l'on veut qu'il soit. Quand il a une façon de gauche de n'être pas content, on s'étonne et s'écrie « eh oh, moi je croyais que quand t'es religieux t'es de droite, alors mollo, c'est bon ». Quand il a une façon de droite de n'être pas content, on s'offusque et se rengorge « eh oh, arrête t'as pas le droit d'être facho comme un français facho, t'es pas un français, y a que nous qu'on est ». En fait on voudrait que le musulman soit toujours content.

12 novembre 2015

Les intervenants sont tellement répétitifs,

Les intervenants sont tellement répétitifs, toujours tellement pareils, toujours tellement eux-mêmes, que je n'y crois pas qu'ils ne jouent pas un rôle, c'est pas possible. Par conséquent, moi aussi je vais jouer un rôle, si ce sont les coutumes du milieu. Mais allez, tiens, justement : je vais prendre le rôle de celui qui croit tellement en le fait qu'il faut se montrer soi-même (ce qui est tout le contraire de "croire en soi-même", comme on dit), en un soi-même qu'il faudrait montrer avec toutes ses failles et incohérences, qu'il transcrira à chaque fois ce que ses pensées les plus anti-discourantes ont mené. Les intervenants me semblent tellement tenir un discours, juste un discours, ce qui est bien la pire des choses à faire, que allez, tiens, ok, moi aussi je conduirai une sorte de discours de l'anti-discours, "discours" car tout sera à chaque fois pesé, prévu mais "anti-discours" car je m'efforcerai d'être en court-circuit par rapport aux structures extérieures que j'aurais tendance à reproduire inconsciemment comme tout un chacun (pas simplement "hors les lignes" comme une pose dandy, mais au contraire en plein coeur de ma ligne à moi).

Ne jamais perdre le fil de son discourt-circuit.

9 novembre 2015

Bien sûr, la clarté n'apparaît pas, n'apparaît

Bien sûr, la clarté n'apparaît pas, n'apparaît jamais ou quasiment, mais quand j'essaie de refaire le chemin qui m'a mené à telle phrase, là ça devient tout de suite évident pour ne pas dire cristallin et même mes tournures approximatives, contradictoires voire pire, erronées, prennent tout leur sens. Mais cela ne se dit pas. Ou plutôt, si je le dis, je vais entrer dans de nouvelles complications qui conduiront à d'autres malentendus qu'il faudra à leur tour détricoter pour trouver l'origine, or on s'éloignera de plus en plus, on n'en aura pas fini de sitôt (or, le but des gens est toujours d'en avoir fini quelque part à un moment donné : tel est la règle générale du social).

C'est entre autres pour cela (le lien n'est pas évident à première vue, mais là encore c'est une affaire de route à refaire dans le sens inverse) que le militantisme me tombe des mains. L'action concrète je conçois très bien, l'action intellectuelle il faut s'y atteler aussi, mais ce que l'on appelle "travail militant", censé être un entre-deux juste milieu intermédiaire entre la base et le sommet, ne produit bien souvent qu'une soupe molle, n'ayant ni le courage de la première ni la force de la seconde. Le militant a pourtant la prétention d'être autre chose qu'un publicitaire, il veut mener le bal d'une poigne de fer : faire renoncer les têtes brûlées aux coups d'éclat comme faire cesser de réfléchir les têtes chercheuses. Les deux sont bien trop "dangereuses". Le militantisme, c'est la culture permanente du danger. Qu'est-ce qui est en danger ? Son ordre, son règne de la parole si l'on souhaite faire grincer réellement les rouages, tous les rouages, les siens comme ceux de la "société" (comme s'ils étaient différents). Qu'est-ce qui est dangereux ? Bien plus que les faits ou les actes, ce sont les pensées qui sont les plus dangereuses, certaines pensées qui mettent en perspective trop de vues fixées, trop de grilles déjà bien installées et qui n'ont plus à démontrer leur "utilité", pour tout le monde donc même pour lui, le militant. Alors il discourt, il rapproche des positions, il nous tient au courant de qui a dit quoi. 

Il nous dit que si on dit ou fait telle chose, cela va "nous conduire" à telle autre chose. C'est à l'aune de cet avenir présumé qu'il faut juger si c'est acceptable ou non, jamais en considérant le contenu produit pour lui-même. Exemple : Le raciste est à contredire non pas parce qu'il est raciste mais parce qu'il est "dangereux" car il risque de conduire à une société raciste (comme ce n'est jamais prouvable, on ricane et on laisse dire les racistes, ce sont des opinions comme d'autres après tout). Autre exemple : Le penseur critique analytique, le génie, le vrai révolutionnaire conceptuel, n'est pas à considérer selon ce qu'il nous ouvre comme perspectives mais selon le "danger" qu'il suscite en nous éloignant des luttes primordiales (qui tombent toujours sous le sens, cela va sans dire ; bien entendu qu'on pourrait bel et bien leur trouver un sens à ces considérations élémentaires, mais même le chemin qu'il faudrait parcourir pour le retrouver, ce vrai sens, est refusé par le militant sous prétexte que ce serait de la perte de temps : la spiritualité est de la perte de temps, donc). Le militant, tout militant serait ainsi une sorte d'écolo pour qui la société de consommation-coercition ne serait pas à combattre en elle-même mais simplement pour ses risques.

Donc désolé, je peux pas.

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29 octobre 2015

Je lui ai dit « ça sent la pluie », ce à quoi il

Je lui ai dit « ça sent la pluie », ce à quoi il rétorqué un truc comme « pfff, oui c'est ça bien sûr, je te signale qu'il peut pas faire plus sec ». On était en train de sortir le présentoir à vieux livres régionaux pour attirer le chaland. C'était le collègue barbu de la librairie* où l'on me "formait" (terme repoussant qui veut bien dire ce qu'il veut dire ; je n'ai pas voulu l'entendre) et qui pensait que je n'aimais pas la littérature parce que je n'en lisais pas. Dans ce cas, alors, je n'aime pas la nature parce que je ne sais pas la percevoir ? (Mes deux incapacités coïncident dans cette séquence et c'est ça que je veux faire ressortir, vous l'aurez compris.) 

Comme si faire ou ne pas faire quelque chose c'était aimer faire ou ne pas la faire, cette chose ! Comme si quand on disait quelque chose, c'était qu'on était d'accord avec elle, cette chose ! 

(Je souhaiterais que l'écriture aille plus vite que mon cerveau, me perde pour me retrouver. Pour le meilleur et pour le pire, depuis toujours.)

Le collègue barbu était l'un de ceux qui proclamait « la force de la littérature » et c'est justement parce que je m'en sentais exclu à l'époque que j'ai du mal encore aujourd'hui à la faire mienne. Si « force de la littérature » il y a dans ce que j'ai pu pratiquer, c'était dans les espèces d'interstices simplissimes à saisir, de contradictions élémentaires à définir, que j'aimais faire apparaître. C'était la façon que j'avais de dévider ma fange (comme jadis des étés entiers sur une petite table en plastique).

(En fait ce sont les mots plutôt que la littérature qui m'intéressent.)

Du mal avec la distinction concepts/percepts (philosophie/art) de Deleuze, car je m'aperçois que je me suis toujours senti du côté des concepts. Quand j'entends "percepts", j'imagine l'artiste plein d'émotion et je me rappelle que je ne sais rien percevoir, ou si peu. Si je faisais de l'art, c'était pour dérouler des propositions, éventuellement les articuler mais le moins gratuitement possible, en ne cherchant pas la précision d'un poète mais plutôt la rigueur d'une science sociale, au sens où je devais coller à moi-même dans toutes mes déterminations futiles et chemins excessifs, qui sont à aller gratter même quand ça fait disgracieux ou fastidieux (comme en témoigne cette phrase).

L'autobiographie la plus chirurgicale s'accorde souvent très bien avec l'énonciation de la proposition la plus essentielle et révélatrice, comme par exemple celle-ci :

De la même manière que la balance mal réglée du groupe klezmer amateur n'engendra que ce qui était déjà en germe, à savoir l'oreille trop nourrie de sons discordants, le coup involontaire de ta dulcinée sur tes lunettes de soleil ne les desserrera pas davantage qu'en les portant perpétuellement sur ton nez pour cause d'hypersensibilité occulaire. 

Tout y est : c'est ce que je conçois et ce que je ressens.

– Oreilles et yeux souffrants, diminués : tout s'écroule : le fait que tout s'écroule + le fait révélateur en soi que tout s'écroule quand oreilles et yeux souffrants, diminués : le fait que je ne sois que « ça », un pauvre « ça » démuni quand la musique et les mots écrits sont partis : toujours le regard sur un promontoir en plus de la caméra à l'épaule : l'addition des deux permet la vérité.

– Ironie du sort : venir puiser aux origines juives aggrave ce qui avait été mis en place par le punk (la propension aux acouphènes, à l'hyperacousie).

– L'amour vient s'imprimer sur tout ce que l'on porte quotidiennement, au propre comme au figuré, en bien comme en mal.

Alors après tout ça je peux remballer, non ?

 

* déjà apparus ici (suivre le lien et plus si affinités), le collègue comme la librairie

2 octobre 2015

« Vous savez quoi ? ON EXISTE ! Regardez, ON EST

« Vous savez quoi ? ON EXISTE ! Regardez, ON EST LÀ, on trace vos frontières, on vous instruit de nos lois, de nos lubies, c'est nous qui DEVONS faire ça ! APPRENEZ NOTRE EXISTENCE !

– Donc c'est bon, on peut toujours venir ?

– Ah non non, c'est fini maintenant, ON N'EXISTE PAS ! C'est fermé, ON N'EST PAS LÀ, nous DEVONS fermer !

– Mais alors vous existez ou vous existez pas ? Il faudrait savoir !

– ÇA DÉPEND, C'EST COMME ÇA NOUS ARRANGE. »

2 septembre 2015

Comme toujours, ce qui me pousse à mener quelque

Comme toujours, ce qui me pousse à mener quelque chose, c'est de me trouver pitoyable et de vouloir le montrer pour que l'on me reconnaisse au moins ça (ce n'est donc pas le "désir de reconnaissance" en tant que tel que je ne comprends pas, mais plutôt celui qui n'a pas pour objet ce au moins ça, cette chance de pouvoir être ridicule au grand jour) – pitoyable étant le mot dont j'use le plus depuis que je parle (c'est-à-dire que j'écris), j'aime bien comment il claque pour désigner ce qu'il y a à désigner, ceci étant sûrement dû à ces vacances dans ce camp de loisirs où ce jeune con m'avait dit « tu me fais pitié » tellement qu'il était désolé pour moi  – coïncidence ou destin : il me l'avait dit peu de temps après que je m'étais mis à lui chanter un air de mon chanteur préféré où il parle de son père mort quand il était petit, mais il fallait le savoir car c'est implicite, alors que moi c'était explicite que ma mère était morte, je sais pas qui lui avait dit mais on lui avait dit (dans cette chanson il dit qu'il va jamais le voir au cimetière – « j'vais jamais t'voir j'aime pas ça, mais j'te joue d'l'harmonica » – et moi c'est pareil : des fois je me dis qu'il y a une tombe correspondant à ma mère dans un cimetière de la ville où je vis et je ne sais pas ce qui me fait le plus bizarre, ce simple fait ou bien le fait que je pense soudainement et rarement à ce fait) – ainsi je voulais, par ce blog Définitivement, montrer que je savais que je pouvais apparaître comme quelqu'un de définitif dans mes interventions et que j'allais désormais écrire sans faux-semblants (il y avait en outre une autre signification : si l'écriture m'avait toujours fait peur, c'était par son côté sûr de soi, "j'assène des choses" ; j'allais désormais tenter de m'y frotter réellement, sans arrière-pensées), mais en fait je me trompais sur toute la ligne : ce qui gênait les gens, ce n'était pas mon côté définitif, bien au contraire, c'était mon éternelle confusion cherchant à ménager la chèvre et le chou en eau de boudin mi-figue mi-raisin ne sachant pas sur quel pied danser (comme quoi, rien à faire, on n'est jamais conscient de soi : moi qui pensais jouer le rôle du fort en gueule, je restais le timoré !) ; à partir de là, Définitivement est devenu l'histoire d'un mec qui croit qu'on le croit définitif alors qu'il témoigne sans cesse de son maintien bancal, c'était donc non pas « détrompez-vous, je ne suis pas comme ça », entreprise faite, refaite et surfaite, mais bien plutôt « je sais qu'en fait vous ne croyez pas ça de moi, mais je fais comme si ça me menaçait, je me bats contre des fantômes et en attendant je tourne en rond et c'est comme ça que je me montre tel que je suis » : c'est cela, le vrai autoportrait.

1 juillet 2015

Les gens savent-ils qu'ils sont des gens ? Je

Les gens savent-ils qu'ils sont des gens ? Je veux dire, qu'ils peuvent être des gens pour moi. Parce qu'on dirait pas. J'arrive pas à faire coucou aux gens. J'entrevois des moments possibles pour faire coucou aux gens mais ce sont pas des moments faits pour. Par exemple, les études puis le travail, ça sert à faire des études et à faire son travail et à être avec les gens qu'on sait déjà être des gens, mais comme je fais pas partie de ces gens quand je commence à entrevoir, il faut que j'essaie de tisser, comme on dit, or c'est toujours les gens qui ont priorité par rapport à moi. Quand la journée est finie, hop, place aux gens existants et pas de temps pour moi. Du coup moi c'est pendant les heures d'études et de travail que je me rappelle à l'existence des gens, que je les tire par la manche, mais on me dit que c'est pas le moment car alors il faut travailler. Oui mais comment vous avez connu ces gens que vous voyez à la sortie si c'est ni avant ni après la sortie qu'on connaît d'autres gens ? Il a bien dû y avoir un moment où c'était pas encore des gens, ces gens ? 

Toujours "allez faut que je file, j'ai une soirée" : oui mais alors, si tu as toujours filé, comment tu peux te retrouver maintenant à faire des soirées ? Avec qui ? 

Ça a toujours été ça. 

Je suis ok pour suivre un séminaire où l'on m'apprenne quoi dire et quoi pas dire, pour éviter que le soir avant de m'endormir je me repasse le film en boucle et que je cherche dans le moindre murmure la faute fatale.

29 juin 2015

Je ne sais plus ce qu'ils se disaient exactement,

Je ne sais plus ce qu'ils se disaient exactement, mais retenons que cela avait à voir avec quelque chose qu'ils n'ont jamais lâché, contrairement à moi qui lâche tout.

Je leur lançais, d'un ton qui fut toujours le mien avec eux – narquois mais pusillanime, l'air d'être insistant mais d'une voix peu assurée : "Et vous en êtes encore là ? Vous n'en avez pas marre ? Ça dure depuis combien de temps ? Vous n'aviez pas dit exactement la même chose en 1999 ?"

Et mes yeux se fixaient sur un endroit précis de sa barbe, un endroit rasé de près ou plutôt de frais, car on pouvait encore sentir ou plutôt sortir (de notre tête) l'odeur de la mousse et la fraîcheur de l'eau ; toujours le même endroit qu'il rasait ainsi en plein milieu d'une zone par ailleurs encore fournie en poils, en tout cas c'était ainsi. 

(Bref, cela voulait dire : toujours ces mêmes rituels conversationnels et/ou corporels, toujours ces mêmes centres d'intérêt que je n'aurai jamais. Et l'année évoquée – 1999 – est bien la bonne : leur arrivée dans ces eaux-là (eaux-là = eau fraîche = barbe fraîche ?) m'avait amené la possibilité de concevoir que d'autres que moi unique pouvaient peut-être avoir raison concernant les choses à tenir. Mais je n'ai jamais vraiment été convaincu et c'est justement le fait d'avoir essayé, alors que je savais que c'était en vain, qui m'a éloigné de tout et de moi – ce qui est la même chose.)

26 juin 2015

Je refuse de synthétiser et même d'analyser quoi

Je refuse de synthétiser et même d'analyser quoi que ce soit de quelqu'un tant que je n'aurais pas partagé sa douche. C'est ce qu'il faudrait que j'écrive sur mon fronton.

Et en effet, il me semble que ses mobiles ont à voir avec tout ce qui s'est aggloméré sur lui, alors qui suis-je pour le "juger" ?

Pour cela il faudrait que je lui dise "écoute, je vais me mettre à tes côtés depuis que tu as sorti le nez du giron, comme ça je te comprendrai ; tu vas à chaque fois me dire ce qui s'est collé ou pas, parmi ce qui surgissait ou s'immiscait ; toi et le monde autour de toi ne formeront qu'un".

Peu acceptent. 

23 juin 2015

J'ai un problème avec les reprises et les

J'ai un problème avec les reprises et les citations. Soit ça me paraît indigne (qu'est-ce qui leur prend par la tête, ceux qui en font ? Rien, justement : il ne leur prend rien), soit je ne ferais que ça, pour me laisser porter, pour me représenter (car rien ne me représente mieux, mais en fait c'est faux), mais en fait c'est faux car je rêve d'une création pure qui découvre vraiment le monde (et j'entends déjà se gausser ceux qui pensent que "ha ha il n'y a pas de création voyons quel horrible mot que création hu hu hu berk berk voyons voyons"), et en même temps c'est pas du tout un rêve car il s'est passé ça, c'est un fait : j'ai créé tout en découvrant le monde, avant même de l'avoir découvert, et ça continue, ce qui explique la perpétuelle naïveté à laquelle vous assistez depuis des années.

Bon, désolé de revenir sur cette histoire d'étagère (voir ici, puis ici, puis ici) mais vraiment, il y avait tout mon monde sur cette étagère : non seulement Michaux et Dubillard, mais aussi Mrozek et Pirandello ! Ce que je pensais qui n'existait nulle part était juste sous le plancher (et là en venant d'écrire ça j'essaie de me faire un plan mental de la maison et je me dis qu'en fait c'était pas vraiment sous le plancher de ma chambre mais plutôt sous le carrelage du couloir, et c'est peut-être pour ça que les émanations ne montaient pas jusqu'à moi), mais à la fois si j'avais su que ça existait, aurais-je fait quelque chose de moi ? N'aurais-je pas décidé si tôt, une fois pour toutes, de les laisser parler dans ma tête à ma place ? 

Je sens qu'ils doivent parler, que j'ai déjà trop exprimé, que ça suffit pour un temps. Donc allez, on va les écouter car ce sont les choses qu'ils ont à me dire qui formeront le sel d'après. En attendant, stop un peu. 

18 juin 2015

Nous sommes producteurs de contenus. Le matin,

Nous sommes producteurs de contenus.

Le matin, l'expérience-client est progressive mais subtile : pieds froids sur carrelage et monde médiatique à fond pour te remettre dans le bain de la dynamique de l'offre.

En route, bulle de musique non perceptible par les autres visages et peaux, rien que pour toi dans ta carrosserie dans laquelle tu couves ton design opérationnel pour ensuite te consacrer pleinement à ta proactivité performative.

La pause déj' revendique la stratégie discount et l'efficacité du placement de produit.

Le plan merch' de ton regard à la fenêtre qui se perd au loin, ça marche pas mal côté boostage de rêves vains.

Le soulagement-canapé permet de créer une courbe de confiance qui rassurera les investisseurs et développera l'entertainment.

Quand t'as le courage de cuisiner, c'est l'esprit d'entreprise.

Quand l'orgasme est simultané, ta start-up décolle.

Quand tu sombres dans l'oreiller, c'est pour mieux préserver l'image de la marque.

À demain.

8 juin 2015

Deux clubs 1. Nous allons bien nous entendre ce

Deux clubs

 

1. Nous allons bien nous entendre ce soir, on va se réunir en se tenant la main. 

C’est le programme.

J’entre et comme je m’y attendais, les regards que l’on me porte semblent bienveillants, peut-être un peu interloqués, mais n’attendant en tout cas pas de moi une quelconque marque d’intelligence, ce qui fout moins la pression.

Les gens sont à la fois pareils et pas pareils : on dirait qu’ils ont l’habitude d’être ensemble et d’avoir des habits à la fois semblables et pas semblables ; par exemple, ça ne semble pas les déranger que l’un d’entre eux ait une dégaine digne tandis qu’un autre se la joue rebelle ostensible.

Celui qui parle fait office d’intellectuel mais c’est accepté car il fait tout pour ne pas surplomber. Les questions qu’on lui pose montrent qu’on aime la connaissance mais aussi qu'on en profite pour rabâcher les idées que l'on a derrière la tête.

Quelques-unes sont franchement judicieuses, tandis que d’autres sentent le rance. 

Mais vraiment aucune pression, tout coule.

J’en ressors plutôt spirituel. 

 

2. Nous allons échanger sur quelque chose qui nous relie tous, communier entre initiés.

C’est le programme.

J’entre et comme je m’y attendais, on fait trop, beaucoup trop attention à moi, tout en ne me saisissant pas : le genre de regard amusé d'avance, irrespectueux dans son insistance, qui balaie d'un revers de pupille toute réelle possibilité de dialogue pouvant avoir lieu sur un même barreau d’échelle. On scrute plutôt qu’on ne saisit.

Je dois toujours prouver pourquoi je suis là, donner des raisons qui me justifient, en tout cas c'est moi qui me le dis (mais si je me le dis c'est que ça apparaît bien, d'une manière ou d'une autre) ; dans le même temps j'ai l'impression que je ne dois rien dire de moi qui vienne vraiment de moi, que ce n'est pas le sujet.

Dès que je ressens la velléité d’intervenir, c’est pour mieux me rappeler sur le champ que mes paroles seront avant tout jugées comme celles d’un con, réputation qui me précède.

J’ai trop à faire avec mes murmures rougissants pour savoir qui il y avait d’autre à part des ogres. 

Tout est bloqué.

J’en ressors païen, pire que fataliste.

 

10 juin 2015

Il y a des fois où des choses – des suppléments

Il y a des fois où des choses – des suppléments d'âme, des vécus exprimés – veulent sortir de ma bouche mais tout compte fait je choisis de les murmurer (ça se fait en une fraction de seconde mais c'est quand même un choix) car je les ai trop dites donc il y en a marre. Je sens que mon côté social pousse, pousse, pousse, mais le corps ne suit pas : ça vaut pas le coup de faire croire que je peux avoir envie de les dire, ce serait comme redevenir un jeune Taïeb qui voulait se montrer, alors que c'est bon, on a compris, on sait.

(Eh non, les autres n'ont pas forcément compris, les autres ne savent pas encore, car ils ne te connaissent pas tous. Mais comment peut-on ne pas connaître Lucas Taïeb ?)

Ce qui est drôle (façon de parler), c'est que je joue un rôle quoi qu'il arrive. Faire croire que je suis un murmureur alors que ma nature est de chanter à tue-tête, c'est une belle supercherie. Mais ce serait tout autant de la performance d'acteur si je mimais la passion insouciante pour les signaux de simplicité et autres récits de sympathie.

Quand j'essaie vraiment de dire de nouvelles choses, celles-ci s'avèrent souvent choquantes (même moi je le reconnais) de par leur caractère impensable. Alors les autres crient à la confusion, au manque de logique, de rigueur. Mais c'est justement parce que c'est impossible de penser comme cela que je préfère le dire ! Dire, c'est une expérience en soi. Il faut tenter.

1 juin 2015

"Comme vous en avez conscience, vous pouvez y

"Comme vous en avez conscience, vous pouvez y remédier !". Sauf qu'il y a la mémoire du corps qui est passée par là. Il s'est formé ainsi, c'est comme s'il avait toujours été ainsi. Donc surhandicap. 

À partir de là, l'art me sert à dire "je sais que je suis bloqué, je sais que je suis risible".

À partir de là, surgit l'incompréhension face à tout art qui ne serait pas une manière de se ridiculiser ; l'impression d’une emphase quand on montre que l’on a raison.

(Le pire étant les cyniques qui croient davantage en eux-mêmes qu'en ce qu'ils appellent "l'homme".)

Quand je compare mon art à la réalité, je trouve celle-ci décidément beaucoup plus proche de moi (même si "je la sens pas bien", comme on dit), ce qui m'aide à la retrouver.

(J'entends déjà "mais l'art c'est la réalité !", oui, d'accord, l'art c'est la vie aussi, il y en a plein des tautologies, reste que si tu aimes l'art c'est justement parce qu'il échafaude autre chose, qu'il ne fait pas surimpression.)

Se ridiculiser me semble être le meilleur moyen d’esquisser un lien, d’entrevoir quelque chose de neuf avec celui que l'on a choisi comme récepteur. S'il se braque c'est qu'il ne souhaite pas vraiment se découvrir. 

(Se dépouiller permet ensuite d'aller plus loin, d'avoir vraiment prise sur notre réel. Croire que décrire son sérieux soit autre chose qu'en imposer, qu'aveugler, je ne m'y décide pas.)

19 janvier 2015

Quelqu'un de pas très fin pourrait dire "ah oui

Quelqu'un de pas très fin pourrait dire "ah oui je vois tu as toujours besoin d'avoir ces à-côtés artistiques pendant que tu vis ta vie sérieuse officielle", mais c'est rigoureusement l'inverse : j'ai toujours besoin d'avoir des à-côtés sociaux pendant que ma création est au centre, même quand je n'arrive pas à m'y mettre (j'allais écrire "même quand j'ai du mal" mais quel euphémisme...). Il me faut le temps de tergiverser pour savoir ce que je veux faire. C'est toujours du temps en moins pour le social mais c'est comme ça, maintenant vous savez pourquoi, je vous ai dit quel est le centre, où il réside.

24 décembre 2014

Soit je pourrais dire : «Grandir. Le mimosa du

Soit je pourrais dire :

«Grandir. Le mimosa du champ est tel que dans le vent, une abstraction de son se fait jour dans mon corps. Sans cesse pouvoir servir, sans cesse c'est se blottir. Inversion, labeur, indicible manque de saveur. Gaspiller le bonheur, tout à trac monsieur, tout à trac.»

Soit je pourrais dire :

«L'autre jour, je devais visser trois vis. Pour la première je n'avais pas confiance, je ne pensais pas y arriver, j'ai galéré. Ma réussite a fait que pour la deuxième c'est allé tout seul. Ma réussite a fait que pour la troisième je me suis vautré dans la précipitation de la présomption. C'est ma vie.»

Le second paragraphe fait davantage sens que le premier et pourtant c'est le premier qui sonnera mieux. On a vraiment du mal avec le sens. On veut des phrases qui se balancent. Or, c'est tout ou rien. Le sens n'a que faire de l'échafaudage.

Ceci n'est pas contradictoire avec le fait qu'entre histoire et langage je choisisse le langage. Ceux qui veulent les deux sont de mauvaise foi car pourquoi le langage aurait-il besoin d'histoire puisqu'il fait déjà sens ? C'est pour ça qu'il n'y a pas contradiction : ce qu'on appelle le "style" c'est juste du sens ou en tout cas ça devrait l'être. Car le "style" est langage aux aguets de lui-même, pas phrases s'appesantissant sur le monde.

(Mais attention : quand il y a trop de choses en même temps qui viennent en tête ça donne mal au ventre. Logique : l'agitation immobile est écoeurante. Donc définitivement, s'appuyer sur du sens.)

(Surtout qu'à force on traite d'images de choses sans plus saisir les choses. Du mal avec les images quand elles se complaisent dans leur statut d'images qui perdent les choses, comme si elles n'étaient pas aussi des choses.)

19 novembre 2014

«Dites-moi en long, en large et en travers

«Dites-moi en long, en large et en travers pourquoi vous avez pris une tartine de confiture ce matin.» Quand on me demande de conter mes "choix", cela revient au même (quand j'écris un mot entre guillemets c'est qu'il n'existe pas, que je ne le perçois pas) : pourquoi suis-je allé par là, ai-je dévié comme ça – tout en étant le premier à le déplorer ? Je ne sais plus du tout, quelque chose de pressant, d'oppressant devait me porter plus que tout. Ça me paraissait se justifier, je n'étais ni "anesthésié" ni "inconscient" mais simplement viscéral et depuis je déteste tant ce mot que je ne le mets même pas entre guillemets, ce serait l'amoindrir. J'avais à la fois trop de dégoûts et pas assez – pas assez car je me complaisais dans mon marasme et trop car j'avais peur de m'en extirper ; cet aveuglement me répulse aujourd'hui tout en s'ajoutant à celui que j'éprouve face au monde que je ne connais décidément pas, ce qui donne un compte encore supérieur de dégoûts – mais au moins ils se relient vertueusement : je suis curieux de les briser pour me tenir tout entier.

8 novembre 2014

L'un dans l'autre, c'est encore plus stupide. Au

L'un dans l'autre, c'est encore plus stupide. Au moins, l'absence de réactions stupides aux stupidités te faisait moins baigner dedans. Je rigole quand j'entends parler de la supériorité du consommacteur participatif sur le flot continu du tube cathodique à papa passif. Où est le réel progrès ? L'agression permanente par des niaiseries viscérales demeure la règle. Au moins, tu pouvais éteindre le poste ; maintenant, soi-disant tu maîtrises le rythme, mais la possibilité de t'abrutir est quantitativement décuplée. À tout prendre, je préfère rien.

Le problème reste le même : nous sommes assourdis par des gens qui disent des choses. Y mettre son grain de sel ? Notre plus grande défaite, surtout quand le nombre d'intervenants est hors de toute échelle physiquement transposable. La parole et les idées, ce sont aussi des corps. Faites tenir un espace commentaires dans une salle des fêtes, elle explose de connerie cacophonique, elle qui a pourtant l'habitude. L'inouï à viser, ce n'est pas celui-là. On s'est trompé d'inouï.

La perpétuelle discussion nous étouffe. Plutôt que de penser, on réplique que les penseurs sont trop magistraux, qu'on préfère ajouter nos phrases à leurs plans au lieu de trouver d'autres aires, que c'est ça la démocratie. On réagit à, alors qu'on devrait réfléchir sur. Je dois être présomptueux car je m'imagine souvent répondre à une interview sur ma vision du monde, comme le font les gens célèbres. C'est pourtant ça qui devrait avoir lieu : plein de reportages audio ou vidéo avec ce qu'on a à dire, mais sans commentaires en dessous, par pitié, pour préserver la parole de chacun. On aurait l'avantage de la profusion sans l'inconvénient de la liquéfaction. 

7 novembre 2014

Les deux personnes qui me manquent le plus ont

Les deux personnes qui me manquent le plus ont choisi les deux options que j'ai toujours refusées, c'est peut-être pour ça qu'elles s'éloignent insensiblement. C'est plus fort que nous. La première c'est la vie qui prévoit, qui se pose et investit. La seconde c'est la vie qui se perd librement, qui choisit délibérément la création. Jamais pu me résoudre à autre chose qu'une sorte d'injuste milieu : Immobile et agité.

Encore aujourd'hui, je me refuse à me moquer méchamment de ce refus. Il y a lâcheté, certes, mais pas seulement. S'il y a une chose dont je n'ai pas à rougir, c'est de mon absence de gouvernail, car une vie qui se met sur des rails ne regarde pas celles des autres et en vient même à les oublier. Au moins j'ai une vue d'ensemble, à défaut de connaître la mienne. Ne jamais se sentir à sa place, cela a ses délices : un curieux sentiment d'étrangeté se colle à nous comme une douce mélodie mélancolique.

28 octobre 2014

Je vais vous donner les clés définitives pour

Je vais vous donner les clés définitives pour comprendre Lucas Taïeb : c'est bien simple, il y a une courte période de sa vie où il s'est senti légitime de s'exprimer parce que c'était plus fort que lui (quand l'idée de ne pas faire quelque chose nous révulse, c'est qu'on a le droit de la faire) ; ça s'est assez vite dissipé, par lassitude et manque de matériel : son besoin de tout écrire avait construit sa propre prison, la vie devenait impossible. Il s'efforcera par conséquent, à partir de ce moment, de ne plus créer, afin d'essayer de comprendre le monde qui lui échappe. C'est encore vrai aujourd'hui. Les rares fois où il s'immisce de-ci de-là dans l'art, c'est justement pour tenter de mettre à jour les raisons qui le font s'accrocher à ce récif qui l'isole. Le sens du support devient l'objet même de la volonté de tracer. Il ne peut donc parler que de lui.

16 juillet 2014

Mon malheur a été de ne pas être de ceux qui

Mon malheur a été de ne pas être de ceux qui lisent quand ils vont mal, c'est comme ça que je me serais fait des amis. Il m'est impossible de lire quand trop de choses me trottent en tête, que ce soit des choses que l'on appelle "positives" ou "négatives". Je rectifie donc : la plupart du temps, quelque soit mon état, je ne peux pas lire. C'est ce qui explique mon retard. Cela ne m'empêche pas d'aimer les livres et de vouloir m'en acoquiner. J'ai ainsi pu vivre le summum de l'absurde : j'ai voulu exercer des métiers en rapport avec le livre pour pouvoir échapper à la lecture ; sauf que bien sûr, le regard narquois de ma bibliothèque était remplacé par celui du lieu de travail, qui m'enjoignait encore plus violemment à plonger ma tête dans des livres malgré mon incapacité à. Aujourd'hui, la meilleure manière de ne surtout pas lire me semble être d'écrire.

22 juin 2014

Plusieurs raisons pour lesquelles j'ai choisi de

Plusieurs raisons pour lesquelles j'ai choisi de dire des mots plutôt qu'autre chose :

1) Parce que même si on est emporté par eux, on peut trouver des raisons en cours qui nous font nous expliquer à nous-même pourquoi on cède, ce qu'il y a de bien et de moins bien à céder. On s'en tient à distance tout en étant en eux, on se préserve.

2) Parce qu'on a l'impression qu'on trouvera autant de plaisir à les maîtriser qu'à s'y perdre, qu'on pourra même s'y perdre en les maîtrisant et les maîtriser en s'y perdant. Ça se fait en un rythme animal donc pur et insatiable, c'est juste l'affaire d'un même centre d'organes. Le défaut de la musique, par exemple, c'est de trop déléguer aux extrêmités éloignées.

3) Parce que j'avais trouvé une raison grandiose la semaine dernière mais que je l'ai perdue faute de l'avoir notée : les mots ils sont comme ça, fuyants, on a sans cesse tout à découvrir d'eux.

28 mai 2014

Je me rends compte qu'écrire, c'est avoir envie

Je me rends compte qu'écrire, c'est avoir envie de faire sortir des choses de manière à la fois rassurante (pour que ça parle) et inattendue (pour que ça change), que c'est essayer des voix haut perchées pour faire style mais dont la faiblesse de timbre apparaît bien vite, que c'est arriver après bien des embûches, voies pentues et escarpées à notre propre voix pour finir par se rendre compte qu'on n'a fait que dire ce qu'on avait déjà dit mille fois et que c'est mieux comme ça.

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