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Définitivement
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6 août 2019

Mon malaise venait de là : « on dirait qu'en tant

Mon malaise venait de là : « on dirait qu'en tant que praticien de l'art outsider en bande dessinée, je suis obligé de représenter du caca et des choses malades, l'underground c'est ça, c'est obligatoirement voir les choses à travers les yeux d'un cerveau perturbé, non-réflexif quant à sa perturbation ». On aurait dit que dès que l'on considérait nos œuvres comme devant rester autoproduites et confidentielles, il fallait logiquement, nécessairement être dégoûtant. Cela m'était tout d'abord apparu comme un théorème dénué de contradiction, comme un destin. J'avais donc pensé qu'il fallait que je m'y coule sans frein, puis m'était apparue une évidence, une conversion intellectuelle : et s'il fallait avant tout comprendre pourquoi tous ces représentants du souterrain de l'art populaire représentaient ce qu'ils représentaient ? D'où venaient-ils pour penser que le système souhaitait nécessairement que l'on s'oppose à lui avec ces armes-là – en pensant certes l'embêter, mais choisir tel vecteur c'est dire aussi que son éventuel destinataire souhaite être embêté ainsi, qu'il n'en sera pas indifférent ? Comprendre sans juger, je vous assure. Saisir sociologiquement d'où provenaient ces personnes dont l'indécence m'agressait sans que je n'ose en témoigner. (J'en revenais pas de découvrir de la pop DIY dont le but n'était pas d'être malsain ! Cela était-il donc possible ?)

Je n'étais pas bien dans mon champ et il fallait que j'éclaircisse cette violence. Pourquoi forcément cet habitus taciturne, intraitable, esthético-comportemental surjoué ? Pourquoi devait-on penser des choses sur ce que devaient être les formes à tel ou tel moment ? En interrogeant quelques individus non-représentatifs mais représentants malgré eux de leur propre position hérétique au sein du champ de lutte, je poursuivais un but spirituel et éthique, quasi-initiatique : ne plus leur en vouloir de ce qu'ils étaient, de ce qu'ils m'avaient fait croire que j'étais. Élever mes errements passés dans le champ au statut de quasi-causalité (Stiegler) : c'était tout ce caca grognon (l'artiste underground est toujours grognon, pour une raison ou pour une autre) qui m'avait permis d'en venir à cet aboutissement de l'art de la mise en abyme que constituait pour moi la sociologie.

À partir de là, je reconsidérais mon absurde de façon dialectique. J'avais initialement pensé qu'il servait à me faire perdre pied, en un mouvement de complaisance qui devait beaucoup à la propension au caca de mes lectures ; puis je percevais mieux son potentiel d'éclaircissement métasocial en plus d'être mégalangagier, même s'il devait progressivement déboucher sur une science se pensant plus sérieusement, s'il voulait tirer partie de toutes ses prémisses. À partir de là, la vérité de ma pratique m'est apparue comme équilibrée (et pour cela accessible à relativement peu de monde, car le monde souhaite se positionner) : il y a malgré tout de l'absurde situationnel dans ma quête, qui n'est donc pas purement esthétique, puisqu'il faut faire apparaître une vérité contenue dans les êtres ; mais à force de me prendre au jeu des traits malades, il me semble avoir développé une façon de les utiliser tel un vecteur spontanément compréhensif, à la fois inquiet et apaisé, de ce que me fait éprouver ce monde, ce corps, ces agents et ces atteintes qui me condamnent à perdurer dans mon stylo.

À ceux qui me lanceraient donc « mais penses-tu vraiment que c'est en considérant le monde, en le décortiquant que tu fais acte de création ? », je leur répondrais que dans mon cas — car je n'en fais pas une maxime générale, contrairement à ce que je peux parfois laisser penser – c'était le mouvement de pure création sans frein qui était un oubli de soi, du mouvement. J'étais immobile et agité, vous savez. C'est donc par la reprise en main de mon cadre de référence, par l'analyse et la synthèse de ce qui me produit et vous produit à chaque instant, que j'ai le sentiment de retrouver mon énergie.

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7 janvier 2019

Vous savez où est passée la brit-pop 90's ? J'ai

Vous savez où est passée la brit-pop 90's ? J'ai cherché, j'ai pas trouvé. J'suis allé demandé dans la rue à des gens, je leur ai dit « et la brit-pop 90's, alors ? vous en faites quoi ? », ils m'ont rien répondu, m'ont à peine regardé, ont fait demi-tour en écoutant leur électro-pop 2010's surproduite dans les oreilles.

Je dis pas que j'ai déjà trouvé jadis la brit-pop 90's. Jamais vraiment eu accès. M'apparaissait trop propre. Quelque chose de perdu par rapport à ce à quoi j'étais formé (le post-punk fin 70's-début 80's).

Mais tout de même, ces guitares, cet art mélancolico-mélodique, où sont-ils passés ? Il fallait persévérer, se persuader qu'il y avait quelque chose derrière les quelques façons de faire trop blanches-mornes-classe moyenne.

Il faut pas s'en foutre de la brit-pop 90's. Qui ne s'en fout pas aujourd'hui ?

Et puis vous avez entendu ces albums fin 80's-début 90's qui font la jonction entre la pop dançante d'avant et la pop à guitares d'après ? C'est si aéré, cristallin, si chaud et si frais à la fois ! Quelle jonction ! L'art de la jonction. On parle peu de cette jonction (c'est le grunge qui a gagné).

Autre jonction à laquelle j'étais formé : la power-pop qui eut lieu pendant le post-punk, à la fois énergique et minimalisto-mignonne (entre 70's et 80's, donc).

Je n'ai donc pas cessé de tenter de l'approcher, la brit-pop 90's. D'une manière ou d'une autre. J'en ai trouvé des réminiscences dans un groupe psyché-post-prog 90's-2000's dirigé par un génie (à vous de trouver lequel). C'est ça qui m'a rappelé que je l'avais cherchée durant des années (la brit-pop 90's) et que pour la trouver, pour trouver sa froideur déchirante, son attachement forcené à certaines bases de l'émotion (incroyable, il y a des guitares avec des sonorités touchantes et des voix avec des mélodies chantées et une batterie avec un être humain, impensable en 2019 !), il fallait se pencher ailleurs, vers ce qui en a respiré l'air sans en reproduire l'étouffement. Quelque chose qui entre autres en a, mais qui est heureusement bien plus que ça.

Mais n'empêche que elle est où ? 

2 juin 2015

Les écrivains qui jouent ostensiblement avec leur

Les écrivains qui jouent ostensiblement avec leur matériau ne sont plus lus. Pourtant c’était communicatif, ça donnait envie de leur emboîter le pas, de s’y mettre soi aussi, pour rejoindre la grande fratrie et tout casser. Mais maintenant on n’a plus le temps, pardi ! Comment tu voudrais qu'on relance la compétitivité avec ça ? Maintenant on ne voit en eux que des gens qui se font indécemment plaisir, qui ne se font pas suffisamment chier pour pouvoir nous captiver. On veut sentir la sueur du marché sur le vernis de l’oeuvre, ça montre que le mec a tout fait pour que ça tienne debout, il voulait pas au départ mais il a bien dû s’adapter, on fait pas c’qu’on veut dans la vie.

3 février 2016

1) Ça y est, j'étais enfin là où ça se passe. 2)

1) Ça y est, j'étais enfin là où ça se passe.

2) Et j'ai conjuré.

C'est tout ce que je me disais quand la CPE (Conseillère Principale d'Éducation) était venue nous dire « on commence à en avoir vraiment marre de cette classe de Seconde Deux ».

1) J'étais avec les dissipés et je les comprenais, je trouvais leur indiscipline plus poétique qu'inutile. Elle servait comme de bruit de fond aux pages de Lucas Taïeb (les meilleures qu'il ait faites à ce jour et ce n'est pas une pose ; les plus ambitieuses et les plus riches de sens, riches de tout ce qu'il déployait sans fard ; ensuite, dès qu'on se pose en tant qu'artiste, le fard advient nécessairement).

2) Je serrais enfin la main aux délurés et surtout, corollaire indispensable et délicieux : les intellos ne me comprenaient plus (rêve secret que je garde encore : ne pas m'adresser plus à eux qu'à d'autres, même si, forcément...). C'est cette affiliation naturelle que je fuyais, de laquelle j'ai su dévier (d'abord pour le meilleur – elle a permis Lucas Taïeb – puis pour le pire – elle a limité Lucas Taïeb, l'a rendu crétin ignare obsessionnel régressif).

J'allais oublier l'essentiel (bien sûr que non mais c'est manière de parler : je le réservais pour la fin) :

3) J'étais déjà sociologue. À la fois immergé dans ce tableau et regardant du dehors sa composition, sa structuration. J'étais de coeur avec les dissipés, mais de cerveau je les surplombais ; c'est ce qui les poussait à agir qui m'apparaissait et me réjouissait, plutôt que leurs agissements en eux-mêmes. Déjà, j'étais tout sauf romancier naturaliste : je n'observais rien de spécial, ni manière, ni tic, ni décor, je saisissais la situation globale, ses enjeux, ses outils, ses figures inconscientes, ses schèmes impalpables : « lui il fout la merde et je sens qu'il doit la foutre, que sa vie concrète le détermine à la foutre ; savoir si c'est bien ou pas, peu m'en chaut ; mais c'est nourrissant ».

28 janvier 2016

Il m'apparaissait comme la pire des choses que de

Il m'apparaissait comme la pire des choses que de sonner toujours de la même façon, que de croire toujours pareil. J'ai donc fait tout ce qu'il m'était possible de faire pour n'en rien faire. Et là hop, je m'aperçois que les différentes scènes qui existent — “artistique”, “médiatique”, “politique”, “intellectuelle”, “professionnelle” — aiment se répéter en boucle et que ça n'est jamais gênant pour les individus qui, même quand ils ont l'impression de détonner, prennent toujours la même manière de détonner, tournent leurs discours sur les mêmes positions. Il faudrait moi aussi que je choisisse, un jour. Mais aucune scène ne m'attire, aucune ne peut m'accueillir. Il faudrait que je crée la mienne, là d'accord je veux bien être rayé, me concentrer, mais comment l'appeler ? Et à partir de quoi l'ériger ?

Mais façonner une scène de toutes pièces serait déjà faire acte de scène, ce qui déjà me gêne. Si je rechigne encore à ce que mes mots soient vus, c'est parce que je ne peux m'empêcher de les considérer alors comme de simples informations parmi le brouhaha des scènes entremêlées. Ils sont sur un écran ou sur du papier et alors ça y est, ils se posent là. Alors que non, je voudrais pas. Ils sont autre chose que ça, ils doivent créer leur propre circuit mental. “Vecteurs de communication”, mon cul ! Bien plus ! Ou bien moins, c'est selon. Mais en tout cas dépassent, passent outre ! Faudrait.

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4 septembre 2015

L'écriture, c'est bien sur la longueur. Ok

L'écriture, c'est bien sur la longueur. Ok d'accord ça travestit mais ça éclaire, ça prolonge.

L'oral, on palpe vraiment les gens avec, on se rend bien compte au bout d'un moment qu'il faut arrêter son cirque.

Le web c'est bâtard, c'est mutant : longueur interdite, pas l'temps, mais cirque tout permis car ni geste ni odeur en face pour marquer une résistance. À partir de là c'est ignoble.

17 août 2015

Les deux façons ridicules d'assister à un propos,

Les deux façons ridicules d'assister à un propos, c'est :

– "Allez, allez, ah oui je sens qu'il va dire ce que je pense, ce que j'aime, ce que j'aime penser ! Ah oui, ah comment, putain, ah comment que ça va confirmer, que ça va me confirmer plus que jamais dans mon être, bordel !"

– "Allez, allez, faut que j'aille m'enfouir dans ce qui me dégoûte, dans ce que je ne peux pas concevoir ! Je jouis de ce qui m'est inacceptable, de ce qui me fait rendre la pâtée de mon éducation ! J'aime tellement pas que je vais aimer, pour la peine !"

On y verse tous plus ou moins. 

6 décembre 2021

À quoi ça les avance ?Au bout du compte, je crois

À quoi ça les avance ?
Au bout du compte, je crois n'avoir jamais compris pourquoi les artistes font ce qu'ils font – ce qui leur plaît tant à vouloir circonscrire leurs obsessions dans telle ou telle forme.
Bien sûr, je serais tout autant mal à l'aise à vouloir tenter de me projeter dans la volonté d'un "écrivain", d'un "penseur" ou d'un "chercheur", pour la même raison qui me fait fuir – il me semble avec raison – tout attachement obsessionnel envers un "projet", "domaine" ou "but" de papier. Sauf que ceux-là cultivent finalement (réellement) des fins qui les dépassent, qui les honorent. On comprend pourquoi. 
Les artistes, on comprend pas pourquoi. On a l'impression qu'il n'y a qu'eux au milieu, que la complaisance (toujours un peu dégueulasse) dans leur matière. 
Et encore, si ce n'était que ça... après tout... nous aussi, les faux artistes, on a notre attention fixée sur nous, à peu près sans cesse. Sauf qu'on ne fait pas mine de la "sublimer" : on ne tient pas à entrer dans quelque dynamique sociale que ce soit, l'art n'étant pas pour nous une façon d'officialiser, de fixer notre monstration (la fameuse "œuvre", beurk). On suit ce qu'on (ce que "je" ou ce que "ça") nous dicte, un point c'est tout ; des fois on passe par ici, des fois on passe par là, des fois on passe par nulle part, mais en tout cas c'est toujours nous. C'est pas notre "résultat", c'est nous. Juste nous. (C'est ce qui fait que c'est tout de même moins dégueulasse : on fait moins croire, accroire que ça nous dépasse, qu'on ne "maîtrise" pas, que ce serait "beau", "plus grand" ou "indicible" ; puisqu'on vous dit que c'est nous !)
Bien sûr, si on renverse les choses, c'est le faux artiste qui est le plus obsessionnel et le vrai qui se "maîtrise" (ou plutôt qui se maîtriserait dans sa façon de ne rien maîtriser, ce qui prouve bien qu'il tient définitivement à embrouiller son monde) ; en réalité, secrètement, les vrais artistes nous envient, ils savent que c'est nous, les faux artistes, qui tenons l'art, son origine, dans nos mains. Trop fragile pour nous, bien sûr, trop fragile pour nos mains fragiles, alors on le laisse se briser au sol, en en étant fiers qui plus est, c'est notre façon d'être "bruts", il paraît, "naïfs", sauf qu'alors on mime la façon "vraie" ; non, on ne fait rien tomber, on maîtrise bien tout et c'est sans doute cela qu'ils (les vrais) ont choisi de laisser tomber (ce sont eux qui tombent dans l'art, qui s'y "consacrent"). Le solipsisme de la "création", on l'assume jusqu'au bout, on ne se pose même pas la question de s'en "sortir" ou pas, on suit juste ce qu'il faut suivre, on est ce qu'il faut être ; celui qui prend le chemin du "devenir vrai", il se débarrasse de tout ce qui est trop de l'art, de tout ce qui est de trop dans l'art, pour faire l'art qu'il montrera – l'art qu'il ne montrera pas devenant alors, magiquement, de façon pour moi rigoureusement incompréhensible, hors de vue, hors de propos, renvoyé dans le champ du "faux", du "raté", du – si vous me permettez le jeu de mot – "hors d'œuvre".
Nous, les faux, on est toujours hors. 
Oh, c'est pas tant qu'on en est toujours fier, on n'est pas plus meilleur qu'un autre, au contraire.
C'est juste qu'on n'y croit pas. On n'y croira jamais.
On ne croira jamais en l'art.

21 avril 2023

Le temps-zéro par son expulsionQuel plaisir –

Le temps-zéro par son expulsion

Quel plaisir – non, quand même pas, mais quel soulagement je prends à reproduire l'expulsion. Je rejoue la donne. Sauf que cette fois-ci, c'est moi-même qui me fout dehors, qui me réduit à néant – non, quand même pas, mais à moins que rien. 
Je voudrais ne plus jamais avoir de meubles, jamais, comme je voudrais ne plus avoir de présence, pour que personne n'ait plus jamais à produire mon absence, l'ignorance de moi, etc. Me faire d'emblée tout petit, penser dès maintenant à mon dépérissement, à ma réduction tout minus, autant le dire, à ma disparition, pour que personne n'ait plus à la déclencher à ma place. Que je leur épargne la tâche.

Dès le départ, je savais qu'en me faisant venir dans ce lieu, à l'insu de tout réel, c'était – donc – le déni de tout le réel de ce qu'il s'était passé, à savoir du fait que j'avais été expulsé d'un autre lieu. Je ne pouvais rien avoir à faire dans ce lieu, puisque l'expulsion était comme définitive, encore pas rattrapée en esprit, jamais "soldée", comme on dit, outre-acceptée, anti-advenue. C'était du réel – peut-être même le seul réel, car rien d'autre d'aussi intense n'avait pu se construire à sa suite – mais du réel "non avenu" et donc à partir de là non-dépassable vers un autre réel possible, encore moins dans un lieu où je me retrouvais comme poussé comme de force, à savoir par la mort de son précédent occupant. 

Impossible donc d'y vivre quoi que ce soit pouvant déboucher sur un quelconque avenir possible. 

Mais maintenant que je m'y expulse moi-même, que j'en sors enfin, c'est comme si à la fois je tentais le retournement du temps-zéro par l'affirmation de ma propre faculté à m'expulser de moi-même quand j'en ai envie, comme pour à la fois affirmer que je ne suis réellement que ça depuis l'expulsion, quelqu'un à expulser, quelqu'un à disparaître, quelqu'un à m'évanouir et qu'en même temps c'est moi qui le fais maintenant et en toute conscience, et peut-être bien que c'est en sachant qu'on y va jusqu'au bout qu'on y va vraiment tout au fond, que faire place nette c'est aussi faire place nette de soi, non pas du réel mais de cet irréel – justement – que l'on a fait passer pour soi durant tout le long depuis le début d'avant le temps-zéro, je veux dire lorsqu'il ne s'acceptait pas comme tel, ne se regardait pas suffisamment en face pour se voir comme le début d'un zéro absolu, autant le dire, d'une disparition. 
Cette fois-ci c'est moi qui m'en charge. 

2 décembre 2022

Différentes preuves concernant la pop (11) L'une

Différentes preuves concernant la pop (11)

L'une des plus ultimes preuves, même si j'ai besoin alors d'une aire extérieure à elle, connexe, pour la prouver, c'est celle-ci : c'est elle qui m'aura fait découvrir des émotions de pop toute particulières, qui m'aura fait prendre des tournants émotionnels concernant la pop, notamment un tournant de gravité, de noirceur, qui est maintenant le mien à jamais et dont je porte le flambeau avec constance et responsabilité. Car cela me comble et m'incombe. C'est l'une des seules choses dont j'aimerais être pouvoir "digne" : cette pop-ci, cette pop grave, éthérée, agrandissante, supérieurement influente sur toutes sortes de membres, d'organes, de sensations de l'organisme. Et c'est elle qui l'a choisie, je veux dire c'est elle qui m'y a mené. Elle en tant que partenaire féminin.

Or, c'est une constatation féministe que j'ai toujours considérée comme première : celle selon laquelle c'est "le mec" qui fait découvrir la vraie, la belle culture dans la relation. "Je vais te montrer ça, c'est moi qui connais mieux que toi". De nos jours c'est comme ça, du moins entre petits-bourgeois ou classe moyenne inférieure. C'est toujours le mec qui "fait découvrir". Très tôt je ne voulais pas avoir cette place, qui me semblait tout spécialement dégueulasse, celle que je vois en premier comme dégueulasse (alors qu'il y en a bien sûr mille autres, mais j'étais à l'époque obnubilé par la culture, il n'y avait qu'elle, ce qui n'était certes pas très matérialiste mais ce qui permettait au moins de se rendre compte de dimensions essentielles que d'autres obnubilations avaient tendance à passer sous silence) : cette position du mec qui "fait découvrir la bonne culture", non, je ne serai jamais ça. Je me le suis dit à peu près dès quinze ans, je crois. Ce ne devait pas être une "place" que l'on se devait de prendre avec la présomption de l'évidence, comme un sans-gêne. Ce devait être une place à rejeter.
(S'il m'arrivait de vouloir en "montrer" plus que de raison dans d'autres arts moins essentiels pour moi, c'était plutôt parce que je me sentais nu sans ces œuvres ; mais ce n'était pas dans le but de faire emprunter un chemin plutôt qu'un autre. C'est elle qui m'a conduit sur un nouveau chemin concernant la pop.)

Et c'est sans doute ma seule fierté, se trouvant être l'une des différentes preuves concernant la pop : j'ai tenu. J'ai tenu à ne pas la tenir, cette place. C'est elle qui m'a fait prendre le virage musical quant à la pop. C'est elle, avec ses belles et graves musiques. C'est elle. J'étais un mec et pourtant c'est elle qui m'a donné ça. J'en serai à tout jamais digne. 

25 septembre 2022

Il faut quand même que je le dise, que je dise au

Il faut quand même que je le dise, que je dise au moins ça afin de corriger les éventuelles mésinterprétations, en premier lieu les miennes : le temps-zéro a commencé dès que je suis venu habiter ici, entre ces murs. C'est cela qui sidère, qui bloque désormais toute pensée : c'est cette envie rageuse, désespérée d'effacer ces presque-deux années passées ici (j'écris ces lignes alors que je me pousse moi-même dehors).
Pour une fois, oui, j'accepte le verbe, je "fuis", car je fuis tout simplement la mort ou du moins la non-vie. Cet appartement m'a sans cesse renvoyé une vie empêchée, la mienne, la sienne (celle de celui qui habita ces murs avant moi), la leur (celle des "miens", tous plus ou moins déchus au seuil même de leur... bien plus que de leur "rêve", carrément de leur vie). Moi là-dedans, et qui plus est sans toi (voire, encore pire, "moi là-dedans PARCE QUE sans toi"), ça a tout de suite été inconcevable : c'est cela le temps-zéro, qui m'a mis en face de l'apnée qu'avaient constitué les trois années précédentes mais sans que ce soit cette apnée qui soit à proprement parler impensable ni même inacceptable, car malgré son aspect irréel (et de plus en plus à mesure que j'y repense) elle avait pu avoir ses moments de réalité (par exemple, la preuve de l'attachement réciproque que l'on avait su préserver). Ce qui n'était pas la réalité, en revanche, c'était le fait de venir ici, comme ça, dans cette situation, comme si je n'avais pas vécu de vraie vie avant. Le temps-zéro, c'est cette affirmation, que l'on peut considérer comme une affirmation de vie en face d'une expérience de mort ou du moins de non-vie : "il n'y a pas que ce qu'il y a actuellement, cela n'a pas de réalité ; j'ai connu la vie avant ; il n'y a même eu que cette vie ; tout ce qui n'est pas cette vie, c'est du zéro ; j'en suis là, à ce quai-là, à destination pour peut-être nulle part, cela ne me regarde pas, ne me regarde plus ; tout ce qui me regarde, c'est la vraie vie, la vraie réalité, tout ce qui a vraiment été vécu ; bloquer sur ça, être sidéré par ça, j'appelle ça le temps-zéro".
Et cela dure depuis que je suis arrivé ici. Et il faut que cela se termine d'une manière ou d'une autre, sans que la question de la nature de mon devenir puisse avoir une quelconque pertinence puisqu'elle n'est pas en jeu.
Il y aura de la vie lorsque la vie m'aura retrouvé.

29 août 2022

« Tu es en sécurité ? »Sur le coup, je n'ai pas

« Tu es en sécurité ? »
Sur le coup, je n'ai pas compris pourquoi elle me demandait ça, puis me suis dit que ça devait être la formule de rigueur. Il faut dire que je venais de lui envoyer l'autre formule de rigueur, celle qui généralement lui précède : « Je veux en finir... » (ou quelque chose comme ça).
Puis, hop, je suis tombé dans le coma plus de quatre ans et demi et me revoilà, maintenant, au temps-zéro. Tout ce qu'il y a eu entretemps (plus de quatre ans et demi, donc), je l'ai traversé évanoui, ailleurs, sans y croire. Tout a été faux, tout servait à nier le temps-zéro. 
Oui, c'est ça, allez, on la refait : je me rends compte du vertige que serait ma vie sans elle, mais c'est trop inconcevable pour que je puisse le supporter alors je souhaite que ça s'arrête, je le lui dis, puis après je ne sais pas ce qu'il s'est passé (pendant quatre ans et demi), le flou total, je n'ai plus jamais parlé comme ça, je n'ai plus jamais entrevu cela tel que ça m'était apparu comme la seule réalité, j'ai vécu en apnée, dans l'autre monde qu'on m'avait confectionné pour que je fasse semblant d'y croire, avant de remonter, enfin, aujourd'hui, au temps-zéro où je ressens les vraies choses et la vraie vie. C'est peut-être maintenant que je me rends (de nouveau) compte (la dernière fois c'était il y a quatre ans et demi) que tout s'effondre quand elle n'est plus là, mais au moins, c'est remonter au niveau du vrai que de se le dire, c'est être enfin dans le vrai, dans ce que je ressens maintenant. Depuis ce moment de vertige duquel j'ai voulu me détourner trop vite pour faire bonne figure, que j'ai souhaité conjurer dans un délire sans fin où je m'imaginais continuer à vivre une vie alors que je ne vivais rien de réel, que rien n'existait proprement dit.
Me voici enfin, pour la deuxième fois seulement depuis cette fin de 2017, dans le réel, dans la vraie vie de là où j'en suis réellement. Encore au temps-zéro.

27 août 2022

Ce serait comme être partisan de Daech ou de

Ce serait comme être partisan de Daech ou de Hitler. De ne plus vouloir célébrer ce carton. Il ne faut vouloir rayer de la carte du monde aucune force de vie. Ce jeu de dés en carton qu'elle m'avait fabriqué et offert, c'est de la force de vie pour toujours. Ne plus le garder précieusement, ne plus le célébrer régulièrement, ce serait vouloir tout faire mourir. Il ne faut pas vouloir tout faire mourir, car tout a existé. Ça en est la preuve. 
J'ai quand même décidé de le mettre dans un autre carton, conservé de façon un peu moins accessible, mais n'y voyez là aucune façon de marquer le coup en ce temps-zéro, aucune volonté de "trait tiré". Mes traits sont tirés mais ça n'a rien à voir, simplement on ne peut pas sans cesse garder tout présent auprès de soi dans tel ou tel espace (la preuve, elle n'est elle-même plus présente dans ces espaces car il paraît "qu'elle n'est plus là avec moi", j'ai appris ça récemment, il y a un peu plus de quatre ans et demi ; or, c'est bien sûr en partie faux puisqu'elle est à peu près toujours partout).
Avant de fermer le carton (que je me vois déjà réouvrir dans un futur proche, quand j'aurai enfin compris ce qu'il m'est arrivé, quand je serai sorti du temps-zéro), je rejoue, je retire les dés (et je n'écrirai pas "une dernière fois" car c'est faux, je peux les retirer quand je veux, même mentalement, même simplement avec mon cœur) ; trois gros dés à douze faces qu'elle avait fabriqués, trois parties de phrase qu'elle avait écrites sur chaque face de chaque dé, une infinité de combinaisons qu'elle avait dénombrées (j'ai déjà refermé le carton au moment où j'écris ces lignes et je n'ai pas noté le nombre, il faudra que je le réouvre et que j'y rejoue sans cesse, pour la peine, jusqu'à ce qu'elle soit là ; non, c'est une mauvaise idée, je me calme, je suis au temps-zéro) ; en fait, non, je triche, je ne tire pas les dés mais je sélectionne la phrase que je voudrai lire quand je réouvrirai le carton (peut-être demain, peut-être dans un an, peut-être dans quatre ans et demi) : "Tes yeux m'aiment, je le sais !". C'est ça que je voudrai lire, c'est ça que je veux lire. Car je veux qu'elle l'ait su. Ça a été vrai, ça a existé.
(Larmes du temps-zéro au moment où j'écris ces lignes.)
En fait, lecteurs, vous n'avez pas toute la phrase par pudeur ; la vraie phrase que je lirai, que je lis, c'est "Tes yeux [...] m'aiment, je le sais !", les mots du deuxième dé contenant l'un des surnoms secrets qu'elle me donnait. On ne dévoile jamais un surnom secret d'amour, on le lit pour soi, on le vit. Je le lirai, je le lis, je le vis. Ça existe toujours autant, c'est toujours autant vrai. 
(Larmes du temps-zéro.)

19 août 2022

D'expérience, ça peut quand même être utile que

D'expérience, ça peut quand même être utile que les larmes deviennent extérieures. D'ailleurs, si l'on doit parler de ceux qu'on appelle "les autres", je trouve qu'ils se mettent soudainement à être beaucoup plus empathiques et convaincus par ce qu'on dit lorsqu'on pleure extérieurement et non plus seulement intérieurement. C'est un grief qu'on peut leur faire ("il faut donc que je me mette dans cet état pour que...?") mais il faut les comprendre, surtout que 1) ça peut nous arriver à nous aussi, dans l'autre sens (je veux dire d'être dans la position de celui qui ne comprend pas quand ça reste intérieur), 2) on peut plus facilement être désemparé, "débordé" par une pression que l'on sent contenue, que par une pression que l'on sent jaillir en toute liberté, car c'est comme si alors la tension s'abaissait et que l'on pouvait rejoindre l'autre plus finement, plus compréhensivement dans ce qu'il ou elle exprime. Du moins c'est comme ça que j'explique, aujourd'hui, comment j'ai pu être autant débordé par les pleurs tout en ne débordant jamais, donc sans qu'elle n'ait l'impression et moi non plus que je prenne sa détresse, tous ses maux, littéralement à bras-le-corps (alors que, bien entendu, je ne pensais qu'à ça), ceci aggravant sans doute sa tension, ma tension, notre tension, comme si on sentait que "l'autre" n'était pas autant là qu'il aurait dû.

Il faut dire que, pourtant, elle ne se privait pas de jaillir, ce que j'entendais cinq sur cinq (et même un peu plus), mais que j'étais persuadé qu'elle ressentait très bien dans quel état cela me mettait, que je n'avais pas besoin de l'exprimer. Je ne savais pas encore à quel point "les autres", pour la plupart, même elle, comprennent avant toute chose l'expression. J'ai essayé dernièrement, depuis que cela m'arrive : je pleure, je dis tout de suite (alors certes, ce n'est plus auprès d'elle vu qu'elle n'est plus là à mes côtés, mais c'est toujours plus ou moins à son propos donc des fois je me dis qu'elle m'entend, même si j'espère ne pas trop l'affecter non plus, à force d'oreilles qui sifflent) ; et là, oh, incroyable, cela m'a fait ça à plusieurs reprises : lorsque les larmes sont là, visibles, extérieurement coulantes, ça comprend ! "Ça", je veux dire "les autres", ils semblent mieux saisir ! Et là, oh, ils se mettent à parler un peu plus normalement, comme s'ils étaient eux-mêmes, comme s'ils croyaient à ce qu'ils disaient, sans distraction, sans distance, sans "être à autre chose" ! Enfin, j'y accède, à leur monde. En m'exprimant. Ce que j'ai toujours eu la sensation de faire, mais à l'intérieur.

Une nouvelle vie m'attend. Maintenant je pleurerai tout le temps.

3 août 2022

Il semble que l'on souhaite me refiler le concept

Il semble que l'on souhaite me refiler le concept d'angoisse, or il n'évoque rien pour moi. 
Mais c'est peut-être à cela qu'il sert, à n'évoquer rien, l'angoisse étant censée être (du moins vulgairement) une peur vide, sans contenu précis ou du moins faisant de tout et n'importe quoi son contenu, quelque chose d'insidieux, toujours présent comme en fond.
Cette définition (si elle a un sens) me semble trop accorder à une sorte de juste milieu idéal, facilement circoncivable entre les étaux des mots. Car pour ma part, dans ma réalité de tous les jours, il y a l'anxiété à la visée claire, éventuellement obsessionnelle, éventuellement obnubilante mais pas spécialement "angoisssante" car pouvant même, lorsqu'avec le temps on s'y est familiarisé, être vécue sur le mode de la tranquillité. Et de l'autre côté il y a une agitation intérieure (celle par exemple de la douleur ou du malaise proprement dit) qui se situe en deçà de tout contenu. Si on peut dire qu'elle s'imprime comme un poids sur chaque seconde de ma vie depuis que je la "ressens" (ce qui me fait penser parfois : "je n'ai pas eu une seule seconde d'apaisement depuis 2015 ; lorsque je me le fais croire je mens et c'est cela qui me rendra fou, à la fois de le vivre et de me faire croire le contraire"), en revanche c'est se simplifier bien trop la tâche descriptive que de dire qu'elle serait simplement "sans contenu", car c'est encore sous-entendre qu'il y aurait un "contenu" possible, c'est se situer encore dans les coordonnées des visées à "contenus", c'est simplement rajouter un "sans" pour faire croire que l'on s'efforce de bien expliquer le phénomène ; or, lorsque l'on est dans l'ordre dans l'en deçà de tout contenu, il n'y a justement pas de "contenu" qui tienne, même dans l'absence : on ne peut pas évoquer l'absence de quelque chose qui ne se situe pas dans la même réalité ; cette agitation intérieure n'est pas vécue dans les coordonnées de la conscience ou même de l'envers de la conscience (désolé de refaire un peu mon sartro-cartésien, mais il faut bien être conscient de son "angoisse", même sans la nommer comme telle, conscient des sensations angoissantes qu'elle nous fait éprouver, pour répondre à sa définition), au contraire elle doit toujours se rappeler qu'elle a affaire à un "cerveau" ou même à des "sensations" quelconques, elle ne se vit, du moins à la base, que comme état de fait : une agitation me prend, "vide" si l'on veut mais non, c'est encore trop croire qu'elle pourrait être "pleine" de quoi que ce soit, elle est juste un poids, une vigilance, une attente de délivrance, d'emblée un espoir que cesse le malaise.

Elle est donc, dans le même temps, empâtement et transcendance, amoindrissement et promesse d'extraction, ce qui explique qu'elle puisse être (semble-t-il paradoxalement) vécue dans la simple évidence et dans l'acceptation. J'ai toujours été comme ça (par exemple : le sucre m'a toujours rendu bizarre ; ah bon, ce n'est pas le cas de tout le monde ?). Elle est aussi toujours surgissement et donc (autre paradoxe) acceptation sans possibilité d'habituation : elle est à chaque seconde un scandale en plus d'avoir toujours été là, ou du moins depuis longtemps. La lutte contre elle est infinie puisqu'elle est en deçà ou au-delà de tout "contenu de pensée" ou de "ressenti" possible ; c'est sourd, c'est continu, ça peut certes se teinter d'une visée claire (l'anxiété circonscrite, "je vais me faire déborder par elle de telle ou telle façon, à tel ou tel moment") mais ça ne peut jamais se situer dans le vide, dans un "sans" : c'est juste la vie telle qu'elle s'incarne toute entière dans une agitation sourde qui m'accompagne depuis qu'elle me prend ainsi, mais qui ne dit rien sur comment elle va se colorer (par des pleurs, par une simple colère, une certaine euphorie ou une indifférence). J'aimerais bien pouvoir l'appeler "angoisse", mais je crains qu'elle ne se laisse pas s'enfermer ainsi (tout comme elle ne "m'enferme" ni plus ni moins qu'elle me fait être tel type d'être humain, dysfonctionnant comme ceci et pas autrement). Elle est bien plus fruste (n'est parfois rien de plus qu'un certain type de mouvement, d'élan ou de tremblement, sans que l'on puisse dire que je "l'éprouve" et à partir de là qu'elle "perturberait" une condition abstraitement idéale, immaculée, qui n'a jamais existé ou du moins qui n'existe plus dans les coordonnées dont on parle ici) et donc bien plus fondamentale : elle est malheureusement devenue mon être. En sortir, c'est comme me rappeler ce que j'étais "avant", c'est devenir un tout autre être. Ce ne serait plus moi, de la même manière qu'avant elle, ce n'était pas non plus moi (je ne me souviens plus qui c'était, ni bien souvent qui "je suis" à tel instant puisque je suis juste quelqu'un qui est "pris" ; non, pas par "l'angoisse", vous n'avez rien écouté, par une secousse, simplement par une secousse, toujours là mais qui – peut-être même pour cela, parce qu'elle est toujours là – ne dit rien de comment elle sera vécue, donc). Ce serait autre chose si ce n'était plus là. Et malgré tout j'y crois encore, j'ai toujours hâte (dans une impatience d'autant plus douloureuse).

11 juillet 2022

Le temps zéro, c'est : "c'est comme si c'était la

Le temps zéro, c'est : "c'est comme si c'était la veille que cette individualité avait choisi de se séparer de toi". Tout le reste entretemps n'a pas eu lieu, n'était qu'une traversée hallucinatoire (comme un très très long rêve pour distraire l'inconscient de l'essentiel) ; la seule chose qui a eu lieu, la seule chose dont tu es sûr, c'est qu'hier (oui, c'était hier), cette individualité a choisi de se séparer de toi. Et du coup il n'y a que cette individualité qui compte et tu es au temps zéro : le temps où "le temps sans cette individualité", ou plutôt "avec cette individualité loin de toi" (car tu ne peux pas concevoir un "sans" hormis en repartant dans l'évanouissement hallucinatoire dérivatif) commence. D'où le fait que tout commence et qu'en même temps tout s'effondre car les commencements (les tout premiers commencements) ne commencent que sur un effondrement. Tu ne sais pas ce que ça augure, tu ne sais pas ce que ça inaugure, tu es juste ici, là, au temps zéro.

Ce qui te donne l'impression de flotter en l'air comme loin de tout, avec perpétuellement les larmes qui tambourinent aux coins des yeux, c'est de t'apercevoir que tout est à recommencer sans cette individualité, ou plutôt avec cette individualité séparée de toi. Tu ne t'en rends compte que maintenant, vu que ça a eu lieu la veille (la très longue durée du rêve dérivatif t'a fait croire que c'était il y a quatre ans et demi, mais en fait c'était hier, comment as-tu pu te laisser prendre ?). L'aspect cotonneux d'irréalité vient davantage de la sensation d'avoir fait comme si tu avais continué à vivre dans l'hallucination sans cette individualité, que du fait de retrouver l'évidence de sa présence pleine et entière dans ce temps zéro (vu qu'elle ne t'a quitté que hier). Ce qui a été anormal, faux, impossible, c'est tout ce que tu as vécu depuis soi-disant "quatre ans et demi" (en réalité une longue nuit comateuse absurde, à la fois agitée et enserrée, agitée parce qu'enserrée) ; le temps zéro, c'est le retour vers ce que tu ressens pleinement depuis la veille, depuis que tu as pris conscience de l'éloignement définitif de cette individualité (puisqu'elle te l'a dit, c'était hier) : il n'y a plus qu'à accepter d'en être à ce point, encore à ce point (mais comment pourrais-tu en être à un autre puisque c'était hier ?).

Ou alors il y a bien eu une réalité, mais non signifiante puisque traversée sans conscience, comme non vécue (d'où l'impression d'irréalité complète) ; la seule conscience qui compte, c'est celle-ci : cette individualité n'est plus à tes côtés. C'est le temps zéro d'où tu dois repartir. Mais comment repartir ? Où ?

4 juin 2022

Cet ami me fait part aussi de son sentiment de

Cet ami me fait part aussi de son sentiment de décalage : que durant des périodes où il n'aurait pas dû aller bien, ça allait, que dans d'autres où ça aurait dû aller, il n'allait pas bien. C'est le cerveau qui décide. J'en avais fait part ici (en 2012).
Je ne sais pas aujourd'hui si c'est si vrai que ça ; au sens où je passais à côté de la vraie vérité ; au sens où je n'employais pas les mots pouvant réellement convenir à la décrire. Ce n'était pas plus le cerveau que le corps qui décidait, c'était la confrontation à une même substance-forme, un même contenu-expression que je verbalisai plus tard comme immobilité de l'agitation ou agitation de l'immobilité. Je me rends compte aujourd'hui que c'est cela qui crée les paradoxes perçus comme "temporels" (car relevant de "décalages", de "décrochages").
Et, pour le coup, c'est un concentré de... c'est une façon concentrée, économe, compacte, parlante, évocatrice de faire comprendre ce qu'est un malaise hypoglycémique : l'impression qu'une puissante vague arrive vers toi, très lourde ("je ressens toujours comme un poids", décrit cette camarade de symptômes, oui c'est cela), que tu vois arriver de loin, de très loin, dans mon cas de beaucoup trop loin car elle semble toujours déjà là bien avant d'être là, que le temps t'est donc compté, que ça se précipite, pas une minute à perdre (les surfeurs me comprendront), et qu'en même temps lorsqu'elle vient sur toi proprement dit, que tu la sens vraiment venir (ce qui est toujours plus ou moins le cas mais il y a bien un moment où tu as passé une limite et c'est cela qui est le plus indescriptible), tout se traîne en même temps que tout s'agite, tout s'affale, se liquéfie (logique, on parle d'une vague), s'enfonce, se perpétue dans le vide, devient fixe, emprisonné, privé de gestes, de mouvements, de possibilités de s'extraire du bourbier, de l'éclair foudroyant de cette lenteur qui t'a prise si intensément, si rapidement, si laborieusement. Tu ne peux, immergé quasi-totalement, qu'observer le monde, où tout s'active de façon heurtée tandis que cela s'imprime dans ta conscience comme de façon ouatée, un écho sourd, en "décalage". C'est cela le malaise.

24 juin 2021

Pas d'art dans la vie avec l'artPour résumer, je

Pas d'art dans la vie avec l'art


Pour résumer, je n'ai jamais « voulu » l'être, bien qu'à des périodes je n'aie fait que ça.

C'est à la fois une certaine séparation de l'action et de la conscience, et en même temps la fin de toute séparation.

On pourrait croire : « tiens, comme il ne se donne pas les moyens de... comme il ne se pense pas en tant que... comme il ne se considère pas comme... c'est donc qu'il n'en est pas vraiment un ! ». Alors que dans les faits, je n'ai souvent fait que ça, même quand j'en faisais moins.
C'est pas parce qu'il n'y a pas la conscience qu'il n'y a pas l'action.

On pourrait croire : « tiens, comme il est toujours en train de... comme il peut pas s'empêcher de... comme il se met parfois à abandonner le reste pour... c'est donc qu'il en est un ! ». Alors que dans la tête, ça se fait sans « choix » de l'être, en gardant ses distances, même quand il y a pratique de.
C'est pas parce qu'il y a l'action qu'il y a la résolution.

Mais du coup, l'une n'empêche jamais l'autre. Elles sont chacune là, à leur façon. Mais toujours incomplètes, par définition.

14 août 2020

Le monde légitimé envers ma fille, 2040 (2) Je

Le monde légitimé envers ma fille, 2040 (2)

 

Je l'emmène voir comment l'on traite désormais. Ça se passe là où il y a du matériel.

« Tu vois ces graphiques avec des points ?

– Euh... C'est comme d'habitude, non ? Y'a toujours des points, des lignes et des bidules qu'on encercle pour pouvoir dire de quoi ils font partie, mmh ?

– En partie seulement, en partie ! L'essentiel est qu'ils ne s'appliquent pas aux mêmes données, ou plutôt que l'on relie et par là même relit celles-ci d'une toute autre façon. Ça nous fait encore plus apparaître à quel point on était ridicules d'être tout fiers de nos modèles, des relations que l'on établissait alors que l'on n'était même pas sûrs d'avoir identifié les bons termes à mettre en relation ! Quand j'y repense, j'ai envie de partir dans un grand rire, tu veux bien partir dans un grand rire avec moi ? Je t'y emmène...

– (pas l'air partante) Pour l'instant c'est ici que tu m'as emmené et je veux que tu m'y montres la raison pour laquelle ! (surjoue exprès la détermination à me faire cesser ma jovialité dissipée, à la dissiper justement)

– Bon, très bien. Alors je te présente Nicolin. Tu vois, Nicolin vient ici régulièrement, quasiment tous les jours s'il le souhaite, pour apprendre qui il est grâce à nos outils et aux siens (les nôtres n'étant rien sans les siens et vice-versa). 

– Apprendre ? On apprend encore ? Ça dicte encore ce que...? (j'étais sûr qu'elle le relèverait)

– Ou disons qu'on détermine, si tu préfères ! rétorqué-je. 

– Détermine ? C'est encore pire !!! (prend un air affolé)

– Roh, tu vois bien que tous les mots sont minés ! Or, il faut bien que l'on dise des trucs sur des trucs. On dit, c'est tout. On pense quelque chose dessus, alors on dit. Rien de plus, ne va pas t'en faire une idée régressive. Je sais bien que l'assurance, c'est la chose inatteignable pour nous autres (ceux qui avons décidé de survivre jusqu'ici en ne suivant pas ce que l'on entendait le plus souvent). L'image que l'on pouvait en avoir était même faussée jusqu'au trognon, puisque par définition, tous les gens qui disaient étaient ceux qui savaient, bref ceux qui ne se sentaient plus. On n'avait alors qu'à se dire que si on se sentait encore un peu, mieux valait ne rien dire puisque c'était semble t-il ce que faisaient tous ceux qui nous ressemblaient. Alors on laissait la parole aux autres, qui utilisaient des expressions comme "point barre" et "connard". Pour notre part, nous ne les avons jamais dites sauf pour mimer en nous moquant les férus de constatations.

– Mais alors ça dit quoi maintenant ?

– Ça dit... Ça dit ça, par exemple, regarde (je lui montre l'historique de Nicolin tel qu'actuellement consultable à ses côtés) : ça essaie de savoir pourquoi Nicolin a parfois tels états d'âme qui l'ont toujours empêché de dire. Tu vois qu'on est bien obligés de dire, parfois, quand il faut savoir pourquoi ça dit pas ! Comme tu peux le voir, d'après les récits grandeur nature qu'il nous en avait fait – toute reconstitution de période, qu'elle soit moment récent ou de jeunesse, prenant un temps le plus strictement semblable possible à la durée temporelle qu'elle se propose de traiter – , à chaque fois qu'il ne tenait plus spécialement à la vie, cela coïncidait avec l'ingestion de tel type d'aliment. Ce lien, on l'a trouvé ensemble, parce qu'on y a mis les moyens. Il fallait en passer par là pour aboutir. L'aboutissement, c'est que maintenant, il est en train de travailler sur le fait d'éviter de relier ces déprises à une quelconque vision ou jugement des choses ; il délie. Car oui, c'est bien souvent le principal acquis des nouvelles liaisons qui viennent se faire jour ici : elles coupent toutes celles qui encombrent, enferment. 

– Mais ça fait pas trop perdre la rage contre le monde ? (elle vient, durant le cours de ce dialogue, d'entrer ce que l'on appelle l'âge de bon sens, situé entre la crise d'insouciance et la crise de "connaissance")

– Au contraire, bien au contraire ! C'est tout l'inverse ! Venir chercher ici (il n'y a pas d'autre mot pour décrire nos séances) lui permet d'entrer plus que jamais en révolte contre tout ce et tous ceux qui l'ont empêché pendant tant d'années de ne pas trouver. Et crois-moi qu'il en a pas fini ! 

– ...Mais t'sais, j'ai davantage envie d'les appeler que d'les jeter. Mais pour qu'ils viennent ici aussi, du coup. » (intervient enfin Nicolin)

C'est tous ce qu'on espère bien.


7 février 2020

Comment je suis redevenu un artiste (2)Ce fut

Comment je suis redevenu un artiste (2)

Ce fut finalement comparable à ma plongée – dont vous avez été témoins ici-même – dans le savoir animal. La chose socio-politique est aussi une plongée dans une drôle de pâte vivante, qui met en jeu de fervants élans. Cela me dépaysait de toutes mes habitudes de langage : il était enfin question d'avoir prise sur ce que les autres construisent pour leur propre compte. On oublie ainsi notre séparation d'avec eux.

Je ne sais pas quand je cesserai d'être revenu de tout (ma “transcendance se transcende sans cesse”, dirait l'existentialisme). Comme le savoir animal (qui est nous dans notre plus simple appareil), le savoir sociologique est indépassable en son fondement : notre propension à dépasser ceci en cela, par cela, parce que cela, après cela, malgré cela, relève de notre position sociale. Si je choisis désormais (semble t-il souverainement) de revenir éternellement à mes anciens ancrages et de refaire sans cesse le chemin qui me mène de l'ignorance au savoir, c'est parce que je fus déterminé comme ignorant et n'arrive pas à sortir de cette disposition. La revendiquer sera encore un reflet de là où je suis socialement rendu : la vérité de ma pratique m'est inaccessible, je le décrète, alors j'en appelle à l'ineffable. (Comment je suis redevenu un artiste.)

11 décembre 2019

Il est vrai qu'on se demande souvent “mais

Il est vrai qu'on se demande souvent “mais comment en suis-je resté là, à cette époque ? que me manquait-il pour voir autre chose ?”. Il faut croire qu'on pensait que le monde pouvait se contenter de ça, d'un nous-même aussi fruste et désolé. On y croyait vraiment qu'il n'y avait que ça, que la musique se résumait à tels tambours, à tel cris, etc. Ce que l'on découvre ensuite, en même temps qu'une pop digne de ce nom, c'est qu'on est un moi globalement plutôt digne, à respecter, qui ne doit pas rester ballotté par ce que les autres nous font croire que le monde est. Et c'est vrai que quand on y repense, on s'aperçoit que la sous-musique que l'on pouvait ingurgiter collait tellement bien avec notre sous-moi (vérité non pas objective – nous ne saurons jamais qui nous étions – mais vécue : on se vivait comme sous-moi, on se rendait compte qu'on était en dessous de ce qu'on pouvait potentiellement être un jour, et cela perdure encore bien entendu, mais ça va tout de même un peu mieux malgré tout). Un beau jour il faut bien que l'on écoute enfin tout ce qu'il y a à écouter (en nous et à l'extérieur) !

À tout prendre, la pop déchirante aux accents complexes me sera toujours préférable aux vagues errements rétifs maladroits. Le rétif maladroit se glorifiant en tant qu'errement, ça laisse un sale goût, on croit que ça peut aller quelque part et en fait ça va seulement là où ça sonne de travers, comme tant d'autres travers déjà attendus, alors qu'on nous avait promis le rétif ; au moins, la pop déchirante ne promet rien, et c'est justement parce qu'elle ne promet rien qu'elle accomplit tout son potentiel lorsqu'elle se fait malicieusement complexe, on a alors gagné sur toute la ligne. Mais surtout, la préserver dans toute sa pureté (contrairement à la nouvelle stratégie vaine de l'errement rétif postmoderne occidental : mythologiser la pop, la fixer dans ce qu'elle a de plus détestable, en faire un jeu distancié, appuyer le ridicule en affirmant que telle est l'émotion ; or, tout faux ! Si l'émotion peut parfois s'aventurer aux bords du ridicule, elle restera digne si l'on tend bien l'oreille ; c'est la vie, vérifiez, les meilleurs sont dignes et aucun ne joue à se regarder simplement pour se regarder et en rigoler ; il n'y a pas à rigoler, je ne vois pas ce que vous trouvez drôle.)

17 novembre 2019

Profondément en nous, on sait qu'on résistera à

Profondément en nous, on sait qu'on résistera à tout, mais c'est justement pour ça qu'on est ouvert aux quatre vents et qu'on prend toutes les émotions. Les esprits plus froids, plus intraitables flancheront dès que leur froidure deviendra impossible à tenir (décompenseront, comme on dit), tandis qu'on saura s'accrocher à notre divinité, sans doute plus modeste que la leur mais par là même plus solide. Devons-nous râler de posséder une telle force lorsqu'on est si faible (cruelle ironie) ? Que nenni ! Cette force est née de notre tendance à se laisser ballotter et meurtrir, non pas tant à force d'atteintes qui auraient rendu notre cuir plus dur (on est bien moins durs que les froids, pourtant globalement plus faibles), mais parce que c'est en côtoyant l'éternelle précarité existentielle que l'on a respiré le sentiment de complète réceptivité à la vie, plus grand que tout, plus grand que notre déchéance quotidienne. Déchéance victorieuse non pas par perversion ni courage (nous sommes globalement peu courageux car trop stables dans notre hypersensibilité), mais par certitude de notre perpétuation malgré tout ou plutôt avec tout, en compagnie de tout ce qui nous transperce et par là même nous enrichit.

(Certes, on a parfois pu en faire des obsessions de ces illuminations, mais c'est notre solitude qui en était la cause – et non pas la nature de notre ancrage résolu dans l'intense ; il apparaît en effet que lorsqu'on est mis en présence de la beauté, on souhaite ensuite la revivre tout le temps même lorsqu'elle n'est plus là : naîtra ainsi la pratique à vide, répétitive, pour meubler l'absence de ce qui aurait dû être là ; mais à la base, c'est bien notre propension à la réceptivité totale qui nous a fait plonger ; il suffit donc ensuite de la retrouver dans ses manifestations réelles, qui ne manqueront pas d'advenir étant donné notre attachement à tout ce qui nous entoure.)

23 octobre 2019

« Et alors pourquoi à la fois la pop et la

« Et alors pourquoi à la fois la pop et la science sociale ? 
– Parce que les deux fonctionnent à la cumulativité. Les autres arts, les autres sciences font dans le coup d'éclat qui renverse la table. Elles souhaitent cacher la superposition. Personnellement j'aime mieux quand on la fait apparaître au grand jour, quand les différentes couches forment une sorte d'ensemble compact dont le plaisir réside dans l'intérêt que l'on porte à l'exhaustivité de nos déterminations. N'en rien omettre. Bien entendu, la pop comme la science sociale seront alors suspectées de faire inconsidérément preuve de distance envers tout, de ne pas savoir choisir, discriminer, de tout mélanger. Mais c'est plutôt qu'elles choisissent de ne rien oublier quant à ce qu'il faut considérer : on n'oublie rien, on se porte sur tout ce que le réel nous offre comme voies/voix, comme points, comme positions, façons. C'est la superposition des atours/atouts mélodiques, sociologiques. »

6 octobre 2019

Mais en fait à chaque fois je pleure avec cette

Mais en fait à chaque fois je pleure avec cette chimie, enfin j'veux dire l'autre fois ça a failli et cette fois-ci ça l'a fait proprement dit : tout retombe ("la pression" de la douleur) et du coup on se dit "ah mais oui c'est vraiment triste à en pleurer quand on constate à tête désencastrée la situation". Cette fois-ci, la douleur à la lumière persiste bel et bien mais le cerveau se sent comme qui dirait désencastré (comme si à défaut d'effet perceptif, se faisait tout de même sentir un effet euphorique).

Il faut dire que tu avais également pleuré plus tôt dans la journée en écoutant cette chanson et cet album jadis écoutés en état de douleur (physique) : tu pleurais parce que tu te souvenais qu'il annonçait – et représentait semble-t-il de façon récurrente – le cerveau qui s'accroche malgré tout à ces mélodies dignes de ce nom, qu'elles seules valent la peine s'il s'agit de continuer d'avoir affaire à des éclats dans le crâne. 

Tu te rappelles de ce vieux monsieur (relativement vieux, pas vieillard mais vieilli par la douleur) – qui t'annonçait ou te représentait ? – qui avait déclaré lors de la conférence d'information « ah oui et puis quand on vient de faire claquer la vaisselle et que du coup ça nous lance dans l'oreille on se dit "ah mais mince, j'suis négligent, maudit sois-je, j'aurais dû faire attention", on se culpabilise toujours de s'être fait mal à cause du bruit qu'on semble s'infliger à tort » : oui, tel est le lot de vous, c'était tellement toi quand il a dit ça. Toujours à se dire qu'on y est pour quelque chose dans la douleur qui arrive. Depuis que tu sais que tu n'y peux plus rien, curieusement, tu vas mieux.

Tu voudrais même qu'on t'envie, que tout le monde sache qu'au moins quand on est ainsi on atteint une sorte de détachement que les autres feraient bien de nous envier au lieu de nous plaindre. Ce n'est pas donné à tout le monde.

J'ai gagné la compréhension. Par conséquent je serai toujours bien. Vous aurez beau me voir toujours mal (et le fait est que je serai toujours mal), secrètement sachez que je possède depuis plusieurs années une illumination quant à mon état et quant au monde, le moindre instant étant à replacer dans le contexte qui le permet et le fait être unique en son genre, empêchant certes certaines potentialités de s'actualiser mais en permettant d'autres qui constitueront toujours une forme d'apport décisif ou tout du moins cumulatif, se présentant en écho à d'incarnés moments passés et se colorant donc d'eux aux dépends de son éventuelle univocité (qui advient nécessairement d'une façon ou d'une autre dans une journée, même riche).

25 septembre 2019

Plus les agressions seront fortes, plus je

Plus les agressions seront fortes, plus je prendrai une voix douce. Ça doit être mon petit côté Christ. Vers la fin, ne restera plus que mon goût pour tout, mon bonheur en tout, ma perte de tous mes moyens de vivre, ma façon de tomber en arrière et d'être ainsi plus vrai, plus fervent que tout. Plus démuni, plus diminué que jamais, mais dans le même temps jamais aussi passionné, aussi juste dans la façon de tenir le fil de ma voix. Cela se produira un jour : j'aurai choisi la chanson d'un autre vrai-faux androgyne, on me demandera alors « mais tu forces pas trop la douceur au niveau des manières ? », je leur répondrai qu'étant devenu tellement dur à la douleur je ne peux qu'appuyer la douceur, que l'on sent certes qu'il y a un appui, un choix résolu de façon d'être et que cela caractérise ceux qui doivent à un certain moment acter un fait, “marquer le coup” afin de ne plus être comme avant (on est nombreux comme ça ces temps-ci, du côté des questions de genre), mais que pour déclarer mon malaise envers l'époque j'aurai choisi une chanson faite de guitares, pour leur montrer que je veux la vie et pas un simili, une chanson rétive mais maîtrisée sur son fil, sereine dans sa rétivité, ce dont j'ai toujours rêvé, forcément quand il y a sérénité on part dans la douceur digne de ce nom, ça s'incarne en toute naturalité et non pas comme une bascule, ça coulera, je n'aurai jamais paru aussi comblé, entier, j'aurai choisi Here Come July.

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