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Définitivement
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7 mai 2014

J'avoue que je ne comprends pas comment on peut

J'avoue que je ne comprends pas comment on peut en vouloir à quelqu'un. C'est peut-être avec ce simple sentiment que j'échelonne ensuite toute ma vision des choses. Quand je pense à la société, j'imagine des individus qui ont un recul suffisant pour se rendre compte qu'ils aiment les gens. Je ne vois dans le cynisme qu'un simple divertissement. Quand je remonte aux causes de toute cette merde, j'y vois un trop grand amour pour son prochain qui a entraîné un éloignement toujours plus grand de la nature nourricière. Devenir sociaux, notre perte mais aussi notre plus grande bonté, ça va ensemble. C'est simplement dommage que cette bonté ait écrasé toutes les autres. Croire que le pouvoir ou la soumission ça protège, c'est l'erreur irrattrapable.  

(Quand j'ai bien aimé passer des moments avec un autre, il faut que je le lui dise après coup par les moyens de communication. Mais cette attention devient vite maniaquerie grandissante, effrayante. Pourquoi avoir besoin d'épiloguer ? L'instant ne se suffit donc pas ? Depuis j'ai arrêté de. Je me dis que la reconnaissance de l'intensité réciproque est tacite. L'expliciter c'est comme l'imposer pour lui faire dire qu'elle existe alors qu'on le sait très bien et qu'il n'y a pas besoin de le rappeler. C'est gâcher pour se protéger, c'est l'erreur irrattrapable.)

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5 avril 2014

L'humour est partout et nulle part, c'est bien là

L'humour est partout et nulle part, c'est bien là son problème.

(Comme souvent, les inventions servent à tout ce à quoi elles ne doivent surtout pas servir. On aurait pu profiter de l'internet pour enfin expérimenter la lenteur et l'approfondissement, or c'est la vitesse qui a gagné une fois de plus. C'est bien une preuve que ce n'est qu'un outil, un symptôme entre les mains de nos maux.)

Tous ceux qui passent leur temps à sortir des vannes en paradant sur nos écrans, j'aurais envie de leur dire qu'ils se trompent du tout au tout, qu'ils font d'eux ce que tout le monde attend. Qu'avoir conscience de soi est la base de l'humour, or ils avancent toujours plus loin vers l'absence de conscience. À partir de là, à quoi cela sert-il d'être drôle ou pas ? Qu'est-ce que ça change ? Le plus intéressant ne serait-il pas de ne surtout pas chercher à être drôle (et c'est peut-être ça qui pourrait être vraiment drôle, d'ailleurs) ?

À l'inverse, dès qu'on parle de choses sérieuses et que l'humour devrait donc logiquement arriver pour nous rappeler le fondement des choses, il n'y a plus personne. Le trio libéralisme-nationalisme-xénophobie est devenu un sujet comme un autre que l'on détricote, alors que c'est au contraire la solidité de ses mailles qu'il faudrait interroger. Dès qu'on défend une posture (même celle de n'en défendre aucune et d'être cynique), on s'interdit d'être moqueur envers soi-même, alors que c'est ce qui ferait ressortir la solidité ou pas de nos élans. S'ils tiennent à quelque chose, l'humour servira justement à démontrer l'inconséquence et l'hypocrisie des autres. On a tout à gagner. C'est juste un risque à prendre.

(Par exemple, devant un rétif à l'immigration : lui proposer d'inventer une machine à remonter le temps qui empêche le colonialisme, comme ça les sauvages n'auront jamais découvert qu'on est des gens cool pouvant les abriter sur nos terres progressistes. Formuler les choses comme ça et voir ce qu'il répond. S'il ne répond rien, étudier sa réaction faciale sera aisé pour déterminer qui est dans la justesse des sentiments.)

2 avril 2014

Dans ce rêve, cette connaissance me disait, ou

Dans ce rêve, cette connaissance me disait, ou plutôt écrivait sur une feuille : "Peut-être qu'après tout, ce qui est puéril c'est de se creuser un chemin". Non seulement le tracer ("la voie toute tracée" déjà critiquée depuis des décennies), mais aussi le creuser, c'est-à-dire piétiner tellement les herbes et écarter tellement les branches qu'on en perd les évidences. Pour prouver ce qu'il avançait, il dessinait un pré défiguré par des circuits humains qui avaient cru qu'ainsi on allait lui donner notre figure alors qu'on lui donnait juste la forme de nos pieds et de nos véhicules. Explorer c'est souvent conquérir et conquérir c'est dénaturer à force de vouloir exulter. Et si se blottir suffisait ?

1 avril 2014

Hier soir, un mec a réitéré l'exploit de

Hier soir, un mec a réitéré l'exploit de s'adresser simultanément à soixante-six millions de Français qui lui auraient dit des choses qu'il a entendues. Prochainement, d'autres performances sont annoncées : s'adresser à une forêt, s'adresser à de l'eau qui bout, s'adresser à la musique pop, s'adresser aux intestins.

21 mars 2014

"Les Français disent que", "Les Français pensent

"Les Français disent que", "Les Français pensent que", "Les Français ont voté pour", ça y'est, on va de nouveau nous faire croire qu'on est des "Français", que la radicale diversité de nos existences nous définit moins que les injonctions proférées dans la langue qui nous est commune...

François est isolé, paumé dans son goudron péri-urbain qui laisse de moins en moins de place aux vrais parfums sensitifs et autres expériences anthropologiques. Ses parents étaient bas de plafond (lui l'a un peu remonté mais n'a pas suffisamment fini les travaux pour qu'on voie réellement la différence). Dans sa tête : pas de place à la poésie irlandaise ni aux harmonies bulgares, pas l'temps pour et pas l'coeur à ; il sait qu'il a peur de quelque chose mais il peut pas bien expliquer de quoi précisément. La télé marche encore. Il a bien raison, c'est sa seule fenêtre.

De son côté, François (un homonyme) côtoie tous les jours des compagnons de vie de quartier néo-urbain en pleine transition-culturelle-qui-va-s'efforcer-d'être-naturelle. Ses parents n'aimaient déjà pas tout ce qui entravait l'autosubsistance pleine et réelle. Dans sa tête : il pense pouvoir dire ce qui est beau ou pas, juste ou non ; une confiance acquise en se laissant emporter par des flots de lignes venant de tous horizons. La télé est éteinte depuis longtemps. Il a bien raison, il peut se faire ses propres débats intérieurs.

Pour le François en chef et ceux qui commentent son intendance, les deux François précédents sont des "Français". Aucune perception ni aucune intuition n'est commune aux deux, mais c'est pas grave, on va continuer à dire que ce sont des "Français" et qu'ils "pensent que" et "disent que".

Quand est-ce qu'on acceptera de ne plus être des "Français" ?

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19 février 2014

Des cases bien tracées, un lettrage plein

Des cases bien tracées, un lettrage plein d'emphase, un peu vibrant, un peu rond, des formes qui font et se défont, des fluides disséqués avec un trait net, un récit qui se passe ailleurs, qui veut mener quelque part et découvrir un but. Moi aussi je pourrais le faire mais j'ai pas envie. Les mots m'appellent, besoin d'aller au bout du bout de ce qu'ils peuvent vouloir dire. Dessiner c'est déjà vouloir mettre un pied, ça doit tenir debout, nous voyons les êtres. Pour moi c'est déjà faire violence, c'est éroder à force d'appuyer. J'aimerais juste avancer sans marcher, juste frôler sans toucher, pour laisser libre cours à des déploiements trop longtemps circonscrits par mes fatigues.

7 février 2014

Les BD qui marchent ont un sujet fort, tout de

Les BD qui marchent ont un sujet fort, tout de suite rassembleur, tout de suite percutant. Ça a marqué l'homo sapiens dans sa chair, comme la maladie de sa tante, comme cette guerre dont il a entendu parler, comme ce pays dans lequel il n'est jamais allé. Qu'elles soient fictions ou reportages, les BD qui marchent coulent tout de suite dans le gosier de nos émotions les plus anthropologiques. On les retient tout de suite.

J'en ai rêvé d'une qui pourrait bien marcher. N'importe qui peut me prendre l'idée, je n'aurai jamais l'envie de la faire.

Ça s'appelle "Muette". Le début est dessiné à la main, en couleurs directes, il y a un peu de texte. Une femme, une vieille fille, vit seule avec sa mère, sa vieille mère. Boulot merdique, vie routinière, désabusée mais pas désespérante car faite de menues joies épicuriennes. Profil clairement intellectuel. Puis soudain, un jour, elle rentre chez elle et découvre sa mère morte, sûrement agressée car on ne lui connaissait pas d'affection grave (du moins c'est ce que l'on comprend). À partir de ce moment et de cette case, le dessin devient rigide, fait à l'ordinateur, en bichromie grise et il n'y a plus aucun mot. La meuf a perdu la parole tellement qu'elle est choquée dans sa life, et du coup la BD aussi devient muette. Il y a une sorte d'enquête policière qui se fait ensuite mais comme la nana n'arrive à rien dire, c'est pas facile. Les séquences sont forcément de plus en plus simples car faire du polar sans paroles n'est pas évident. On arrive quand même à saisir qu'au bout du compte c'était pas un crime, que la vieille s'est suicidée parce qu'elle était trop déprimée de vivre une vie déprimante avec sa fille aigrie. (Oui oui, tout ça est expliqué sans mots, c'est pour ça que ce sera reconnu par les instances du neuvième art qui salueront la performance.) On pourrait penser que ça minerait définitivement la fille, mais non, hop, elle retrouve la parole et la BD reprend des formes et de la couleur pour nous dire que l'essentiel est de savoir les choses, que maintenant qu'elle sait que sa mère était dépressive à cause d'elle, elle a enfin réglé un truc et qu'elle va se débrouiller pour mener une vie épanouissante qui aurait plu à sa mère si elle était encore de ce monde. Fin.

Bon, je veux tout de même 1% des ventes si c'est primé à Angoulême. ©

6 février 2014

Radio Animaux (2ème version) Les infos, ça

Radio Animaux (2ème version)

Les infos, ça concerne que les homo sapiens, donc on se dit que forcément ça doit parler que d'homo sapiens. Super comme mentalité. "Alors il s'est passé ça dans telle partie du monde avec des homo sapiens", "alors des homo sapiens ont fait ça", "des homo sapiens ont dit ça", "des homo sapiens ont protesté contre ça", c'est bon on a compris qu'il y a des homo sapiens, on peut pas élargir notre vue ? J'aimerais entendre parler le matin de ce qu'a fait ce coati au Mexique, de ce qu'a senti cette mangouste du désert, de ce qui a étonné ce capybara. Ça m'intéresse tout autant.

Alors bien sûr, chacun ses espèces favorites, chacun ses sujets de prédilection, on ne pourra jamais satisfaire tout le monde, mais c'est justement de tout le monde qu'on doit parler, de tout le monde entier, de toute la vie. Or, ce qu'on entend sur nos ondes ce n'est qu'homo sapiens, homo sapiens, homo sapiens, et quand on regarde ailleurs c'est juste par charité, c'est pour tout ramener à nos problématiques d'homo sapiens, qu'elles soient faites d'auto-satisfactions ou de culpabilités. On pourrait pas en sortir un peu, dis ?

 

(La première version de Radio Animaux a été publiée sur Vents Contraires en 2012, la voici.)

9 janvier 2014

En fait le problème des valeurs de ce monde c'est

En fait le problème des valeurs de ce monde c'est qu'elles mêlent le nomadisme et la sédentarité de manière irrationnelle et hypocrite. On est enfin ouvert à tous les vents culturels de la planète et c'est vrai que c'est ça l'intelligence, mais on est dans l'impossibilité de les goûter vraiment car à ma connaissance les moyens de transport sont encore payants. C'est un peu le summum de la cruauté, c'est du style "je te tends un bonbon puis je te le retire". Pour justifier cette ineptie, on glorifie encore la propriété, cette vieille tare puante. Par contre, pour ce qui est des flux, non ça non ils ne doivent plus nous appartenir, te nourrir dans ton quartier non mais ça va pas, il faut savoir ce qu'en pensent les patrons des antipodes voyons, pense à t'aligner sur les marchés, c'est ça la solidarité économique ! On a pris le pire de tout, comme pour nous dégoûter de penser le déplacement et l'immersion de manière réellement humaine.

30 décembre 2013

L'internet mondialisé nous renvoie en pleine face

L'internet mondialisé nous renvoie en pleine face deux cruelles impossibilités, deux énigmes irrémédiables : la langue animale et la langue anglaise. On pourra faire du mieux qu'on peut, nos écrans nous rivent à un monde qui s'éloigne toujours plus des sensations de notre chat : on le met dans des vidéos mais on saisit encore moins sa façon d'être à la vie. On pourra être parfaitement bilingue, nos paroles ne couleront jamais autant que de la pop cristalline : on superpose des mots et ça sonne encore plus grotesque que nos chants franchouillards.

Si l'on ne veut pas que notre peur de l'infini engendre le retour du fini facho, cultivons le vrai fini qui court sur notre peau. Bien sûr que l'animal nous parle, il suffit de ressentir son souffle, de se mettre à son rythme pour pénétrer son regard ; on n'est pas si loin quand on écoute attentivement. Pour l'évidence musicale anglo-saxonne, il s'agit aussi d'écoute, plongeons dans les lignes subtiles et virevoltantes comme si nous les cisaillions nous-mêmes ; rien que plonger c'est déjà de la création alors autant plonger. Et tant pis si l'on ne comprend pas tout, au moins on a parcouru.

28 décembre 2013

En gros, tout le monde s'accorde à dire que c'est

En gros, tout le monde s'accorde à dire que c'est à la fois beaucoup plus simple et beaucoup plus compliqué que ça, qu'on pourrait suivre des évidences qu'on refuse de croire possibles (le compliqué est simple), au lieu de se borner à des carcans figés qu'il faudrait interroger (le simple est compliqué). Mais pour cela, pas la peine d'utiliser des mots à la fois trop simples (trop sacrés) et trop compliqués (trop grandioses), c'est déjà faire fausse route ! Mais c'est le monde qui nous y oblige. Et tant que les oppresseurs ne reconnaîtront pas la force inique de leur monde et invoqueront la nature à notre place, on sera démunis. La nature c'est nous.

17 décembre 2013

C'est juste que tout s'est inversé mais au final

C'est juste que tout s'est inversé mais au final on en est au même point, voire même encore plus déboussolés. Avant c'était les gueules autoritaires qui nous dirigeaient et la distraction moelleuse qui était notre évasion, maintenant ce sont les gueules coulantes qui nous dirigent et les fondus d'autorité qui nous distraient. C'est ça qui est devenu trop fun à regarder, trop divertissant, c'est la pensée réactionnaire qui nous dit que le fin du fin c'est le travail, la famille et la patrie. C'est trop l'éclate, c'est trop frais, ça prend pas la tête. Avant c'était eux le pouvoir. Notre opium c'était le bubble-gum. Maintenant il y a le bubble-gum au pouvoir et les réacs sur nos écrans de détente. C'est pas mieux, c'est même pire car on veut remplacer quelque chose qui ne nous plaît pas par quelque chose qui nous a encore moins plu avant, on le sait bien mais c'est juste pour caresser nos névroses dans le sens du poil.

14 octobre 2013

Il a placardé une pizza à demi mangée sur sa

Il a placardé une pizza à demi mangée sur sa porte. Il a placardé une pizza à demi mangée sur sa porte. Histoire de nous dire qu'ici on mange comme des porcs (car c'est une marque junk-food, pas du tout traditionnelle ou petit doigt en l'air). Histoire de nous prévenir qu'ici ce sera à la bonne franquette, qu'on commencera des plats sans les finir, qu'on goûtera à divers mets dans le désordre, tous bien dégueulasses comme il se doit, aucune finesse prévue. Ça va faire combien de temps que la pizza est là comme ça ? Ça va faire combien de temps ? 

La légende dit qu'au début elle était entière mais que c'est un voisin qui passait par là qui en a mangé un bout. À l'époque elle était encore mangeable (bien que dégueulasse comme il se doit), mais maintenant je crois qu'on peut dire qu'elle est plutôt périmée, étant donné la température du couloir de l'immeuble pendant l'été (dans lequel nous sommes). La légende dit que la date de péremption s'imprime en chiffres de feux sur sa surface et sur les yeux de ceux qui en sont illuminés comme des prophètes après une révélation ou un miracle. Car c'en est un, en quelque sorte. D'autres légendes disent qu'il n'en est rien, que l'odeur suffit pour savoir ce qu'il en est, pas besoin de chiffres de feux.

Comment est-elle placardée ? Est-elle scotchée ? Avec du scotch ? Apparemment elle avait été humidifiée sur le dessous et ça lui a suffi pour se fixer. Elle est comme ça.

Ils avaient pris une pâte garnie au fromage, du coup elle est épaisse. Il y avait un supplément quand on choisissait cette option. La boîte a fermé depuis. (Je parle de la firme. La boîte de la pizza a tout de suite été jetée dans une poubelle ou une corbeille, je ne sais plus.)

8 septembre 2013

À ceux qui ont raté ça, je me permets d'évoquer

À ceux qui ont raté ça, je me permets d'évoquer l'un des plus incroyables feuilletons-révélations de l'été : on a appris que le fin du fin de la Justice, le but ultime à atteindre, c'était de ne surtout pas être « laxiste ». On se demandait depuis longtemps à quoi servaient les prisons, on avait bien émis quelques hypothèses : protéger la société de désordres humains imprévisibles, de dangers concrets imminents, ça on pouvait le comprendre, mais par contre on ne voyait pas pourquoi elles faisaient le maximum pour que les actes qu'elles combattent aient toutes les chances de se reproduire à la sortie de leurs entrailles. On a enfin saisi : leur seule aspiration doit être de ne pas être « laxiste », leur raison d'être est donc basée sur une injonction purement négative. Combattre le mal par le mal. Un pauvre vole, vengeance, nous le volons à notre tour. Ah tiens, comme par hasard, il en ressort encore plus pauvre et il vole de nouveau ! Comme c'est curieux ! Mais qu'à cela ne tienne, c'est reparti pour un tour à la zonzon : l'essentiel est de ne pas être « laxiste ». En toute logique, le retour de la phrase « Oeil pour œil, dent pour dent » dans les textes de lois aurait donc été réclamé par certains élus, comme on me le souffle dans l'oreillette. La philosophie de notre civilisation avance énormément, chers amis.

5 septembre 2013

Dire « Il faut que ça parle à tous, que ça

Dire « Il faut que ça parle à tous, que ça corresponde à ce que demandent les gens, à leur vécu » serait donc toujours égal à « Superficialité futile » et « Empilement de clichés construits de toutes pièces par de tierces personnes » ? Pourtant, si on répond ça, on fait du sophisme.

Au contraire, s'il y a bien quelque chose qui est commun à « tous », qui « correspond » à la vie intérieure de chacun quelque soit son identité, c'est justement l'indicible existentiel, le souffle que l'on ressent concernant les bribes diffuses de perceptions paradoxales dans ta tête et sur ta peau.

Les trucs que t'aimes parce que le monde te les a montrés ou te dit de les faire, genre ta lessive à tel degré plutôt qu'à tel autre ou cette façon de gérer une intrigue à rebondissements, ce n'est jamais ce qui te « correspond » le plus, tu peux avoir une petite accointance mais ça ne creuse pas très profond, c'est des mecs avec des costards et des chemises qui te l'ont fait croire. Ce n'est pas dans ça que tu vis vraiment, c'est dans tout autre chose : c'est dans les bribes et les paradoxes. Il faudrait juste un déclic pour que tu t'en rendes compte. Allez, ça peut bien advenir un jour, bordel !

25 août 2013

C'est quand même bien de se faire bousculer, non

C'est quand même bien de se faire bousculer, non ? D'avoir du mal à plonger dans des mots, à écarter leurs lierres enchevêtrées ne correspondant à aucun cadre factuel connu et par conséquent à tous en même temps (pourquoi cette obligation de "témoigner de son époque" ? l'écriture envierait-elle le journalisme ? drôle d'envie !). Les gens prennent plaisir à subir leur travail, leur famille, leur patrie : le masochisme gouverne nos sociétés. Pourquoi ne pas vouloir subir les mots fastidieux ? C'est quand même moins pire, non ?

18 août 2013

Pour savoir qui tu es, dis-moi si tu te sens plus

Pour savoir qui tu es, dis-moi si tu te sens plus libre et apaisé quand tu conduis une moto ou quand tu prends le train. Si c'est la moto, ça veut dire que tu es l'Actif : tes mains pilotent, elles sont bien fermes, tu aimes être maître de ta destinée, c'est toi qui fais défiler le paysage. Si c'est le train, c'est que tu es le Passif : ton corps se laisse porter, il est bien détendu, tu aimes pouvoir lâcher prise, c'est le paysage qui défile devant tes yeux. Les deux attitudes ont leurs formes de sagesse mais aussi leurs limites. Pas assez de contemplation dans la première, trop de dépendance dans la seconde. Entoure la phrase qui te correspond sur l'écran de ton ordinateur.

2 juillet 2013

La religion, c'est sûr que c'est trop un refuge.

La religion, c'est sûr que c'est trop un refuge. Les gens c'est pour oublier. Pareil pour la culture, trop un refuge. Hop, les séries télé ou les bouquins dans la tête pour pas penser à ce qui fait mal. Mais ce qui est pire c'est le travail, trop trop un refuge. Hop, tu te mets tout entièrement dans des tâches, tu charries, tu te démènes et à côté il reste plus rien, vraiment trop un refuge. Mais c'est rien comparé à la politique, à l'économie ou même à toutes ces sciences qui aspirent ton cerveau (genre la philo, la bio et tout ça), qui te font réfléchir sur des trucs qui t'éloignent de la vraie vie réelle qui existe, à ne pas confondre avec tout ce que cette vie contient comme refuges cachés, comme perpétuelles illusions, exemples : l'argent (en gagner pour quoi ?), la gloire (être reconnu pour quoi ?), la descendance (tu mets dans tes enfants ce que t'as pas su faire), l'amour (c'est bien beau mais au final t'es seul), la création (c'est bien beau mais au final t'es seul), les soirées (amis ou vagues camarades qui poussent des cris pour te divertir), la lessive (et autres tâches ménagères qui font partir ton esprit ailleurs que dans tes problèmes concrets), la bouffe (alors ça c'est le summum de se remplir de quelque chose pour rien), tout ça c'est trop trop trop des refuges, tu passes à côté de ta vie, à savoir de rien du tout, car il reste plus rien du tout, tout est un refuge, du coup autant tout faire.

8 juin 2013

Il m'est apparu comme une évidence ce matin :

Il m'est apparu comme une évidence ce matin : j'ai, j'ai toujours eu et j'aurai toujours raison d'aimer ce que j'aime ! C'est très important pour moi de m'en rendre compte car j'avais tendance à accorder aux autres le droit de juger ce qui était bien ou pas, or tout faisait sens en moi à toute époque, je m'en rappelle, donc ça veut dire que j'étais lucide et je le suis toujours car j'ai l'impression que ce sens continue, non, ce n'est pas qu'une impression, c'est une constatation, mais oui, mais oui ! Tout le monde a-t-il cette chance ?

30 novembre 2013

Si j'ai tant de mal avec la culture, en tout cas

Si j'ai tant de mal avec la culture, en tout cas dans ses formes les plus fréquentes, c'est parce que je hais qu'on s'exclame "comment c'est trop ça ! comment c'est trop vrai !". Il faudrait plutôt s'écrier "mais comment peut-il se permettre d'écrire ça ? comment en est-il sûr ? qu'est-ce qu'il lui prend d'asséner une phrase comme s'il était le roi ?".

Personnellement je ne recherche pas ce qui est vrai, ce qui est "ça", du coup ça me coupe de la plupart des pans de la plupart des arts. Pourquoi veut-on forcément tendre vers le vrai ? La vie et le monde c'est déjà du vrai alors ça suffit, arrêtons de vouloir en plus mettre du vrai dans l'art (qui n'est ni le monde ni la vie) ! Pourquoi si peu de gens aiment goûter aux plaisirs du faux, de l'absolument faux fou, alors qu'il n'y a que quand on est fou-faux qu'on est nous, qu'on est dépouillé de toute l'armure de vrai que l'on s'est créé ?

Par exemple, quand je ne me rends même pas compte que je chante et que je m'aperçois ensuite que j'ai une toute petite voix douce et gentille quand je chante comme ça spontanément, eh ben ça me fait pleurer de joie de me rendre compte que ce que je croyais être du vrai (mon intelligence brute, cérébrale et tortueuse) est en fait balayée par ce faux qui jaillit de ma bouche (ma douceur légère, insouciante et sensible). Si ça se trouve, c'est mon faux qui est vrai. Oui, c'est lui le vrai, c'est lui le beau. Donc comme c'est mon faux qui m'émeut et me plaît le plus et que mon faux est vrai, ça veut dire que moi aussi je suis attiré par le vrai. Donc je suis à peu près comme les autres. Ouf, merci.

29 mai 2013

J'y peux rien si dehors il y a ça. Complètement

J'y peux rien si dehors il y a ça. Complètement posé sur la fenêtre, il y avait ça. Quand je dis complètement, c'était complètement et ça l'est toujours. Jamais quelqu'un n'a autant été (à ma connaissance) posé sur une fenêtre. Cela m'évoque, m'évoquait et m'évoquera des souvenirs. Cela aurait pu aussi (à la rigueur) m'évoquer ce que cela m'aura bientôt évoqué dans quelques minutes, mais pour cela une intuition immédiate et fugitive est (à ma connaissance) indispensable. Que celui qui me souffle "à la rigueur" soit foudroyé dans l'instant (de ce pas).

6 mai 2013

L'erreur fatale et éternelle me semble être la

L'erreur fatale et éternelle me semble être la perpétuation d'une appartenance. C'est ça la courte vue, c'est ça le regard baissé.

Tu ne te reconnais pas dans le prophète donc tu vas chercher à t'en éloigner encore plus. Jusqu'au-boutisme d'adolescent, bouderie ridicule. Comme si tu n'aimais plus l'homme. Crime.

Tu te reconnais dans le prophète donc tu vas vouloir lui ressembler en tous points. Autorité du passé, morale en bloc. Comme si tu n'aimais que l'homme. Crime. 

Illuminations, rien qu'illuminations.

La vraie recherche est dans les vecteurs contraires : reconnaissance puis éloignement ; non-reconnaissance puis rapprochement. Sinon, c'est trop s'écouter.

Tu saisis ce qui t'attire mais tu perçois ce qu'il y a à redire ; tu ne te sens pas concerné mais tu comprends les délices. Dans les deux cas, tu adhères ou pas, qu'importe, au moins tu as parcouru.

5 mai 2013

Ah ouais tiens, pile quand tu commences à

Ah ouais tiens, pile quand tu commences à t'endormir y'a les coups de boutoir de la techno qui résonnent. Donc c'est confirmé que c'est la pire vision de la musique qui soit car vu l'heure qui s'affiche, ça doit être aussi le moment où la vivacité corporelle du fonctionnaire de la teuf commence à battre de l'aile : la musique comme fonction réveillante dans un cadre codifié, comme outil stimulant au service d'une convention, comme simple adjuvant, comme décor des corps. La fête ne s'intéresse qu'au corps et on ne sait d'ailleurs pas trop pourquoi elle le malmène comme ça, on ne voit pas où est le but révolutionnaire. Quant à l'esprit, il est au contraire choyé : tout est en ordre, c'est le week-end donc tu éructes puis ce sera la semaine donc tu bosseras, le meilleur des mondes encore une fois.

28 avril 2013

N'empêche, ce qui est encore plus drôle qu'être

N'empêche, ce qui est encore plus drôle qu'être "élu pour diriger un pays" (je rigole pas, y'a vraiment des gens qui croient qu'il faut que ça perdure !), c'est être assis à un bureau, entre quatre murs, vivre sa vie, seulement sa vie, seulement sa propre vie dans son monde et dans son cerveau, et "débattre de politique" sur un ordinateur. Impayable ! Ce sont les deux maillons d'une même aliénation, ils se nourrissent l'un l'autre et ils sont contents, ils sont niais, ils sont gagas avec un sourire baveux aux lèvres. Tant qu'il y aura des gens pour "diriger un pays" et d'autres pour "débattre de politique", tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes.

21 décembre 2012

Nous parlent-ils d'étoiles, d'extraterrestres,

Nous parlent-ils d'étoiles, d'extraterrestres, d'animaux inconnus, de concepts non encore exprimés, de découvertes fondamentales ? Non, ils gèrent les affaires courantes, lancent des circulaires et des rapports à mettre dans la catégorie "terre à terre", n'ont aucunement l'intention d'éclairer notre regard sur l'existence, signent des papiers. Il en faut mais c'est pas la peine d'en faire tout un plat, on peut certes leur donner un bureau mais pourquoi carrément une Elysée et un Matignon ?

(Une autre version peut se lire ici.)

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