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20 août 2019

On était dans une librairie et je tentais de nous

On était dans une librairie et je tentais de nous trouver une BD, quelque chose qu'on aimerait tous les deux. Je feuilletais des choses vraiment trop sommaires, indignes, même si possiblement intéressantes. L'une semblait l'intéresser, elle me disait "et il y a ça, pourquoi pas ?" mais je sentais quelque chose de pas totalement convaincu dans sa voix et son regard un peu perdus, comme si elle cherchait surtout à me faire plaisir et ne comprenait pas ce que je pouvais trouver à ces choses. Je rêve encore de ça, alors qu'elle avait écrit à quel point elle avait pu se nourrir avec joie des traits avec lesquels je l'avais mise en contact, mais c'est comme si mon manque de légitimité était indécrottable. En mettant mon existence dans des livres et des disques que j'achetais, c'était histoire de me trouver des appuis solides me ressemblant potentiellement, à la fois meilleurs que moi et me reflétant en partie. Lorsqu'ils me reflétaient trop, c'était un problème ; je montrais ainsi de manière impudique ce que je pouvais être et parfois je risquais de ne plus m'aimer à me découvrir ainsi (quelle étrange expérience par exemple d'écouter une musique qui nous plaît trop devant tout le monde, c'est comme si on nous arrachait ce plaisir ou qu'au contraire on l'offrait de façon indécente). Quelque chose de l'affection, du sentiment d'existence que l'amour doit apporter se joue ici, comme si je ne parvenais pas à me suffire à moi-même, que sans ces béquilles artistiques (pourtant fort encombrantes) je ne me jugeais pas digne d'attention, que je n'occasionnerais que des regards perdus en ne sachant pas quoi montrer de moi, de ce que j'aime, que je ne pourrais laisser l'évidence aller, celle-ci ne se manifestant qu'en de rares occasions solitaires, vite insaisissables.

(Impossible de savoir sur lequel des deux blogs va ce texte alors pour la peine il est sur les deux. Il est ici aussi, pour rappel : http://leseulvraihetero.canalblog.com )

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18 août 2019

Différentes preuves concernant la pop (7) Pour

Différentes preuves concernant la pop (7)

Pour une fois (lui qui était dans un autre monde, sauf récemment où j'ai appris qu'il écoutait le chanteur qui m'a sauvé), il était d'accord avec moi quand j'avais dit « les disques que l'on préfère ne sont pas forcément ceux que l'on écoute le plus souvent ; les disques que l'on trouve objectivement les mieux demandent de l'attention, donc on va moins souvent les passer que des choses plus faciles, moins importantes pour nous ». Oui, c'était convaincant, séduisant (c'était il y a dix ans à peu près, un peu plus). Maintenant, j'apporterais un rectificatif, je serais moins intellectualiste : nos musiques préférées ne sont pas non plus celles que l'on trouve objectivement les mieux, j'avais mélangé. Ce qu'on préfère, je dirais que c'est à mi-chemin de ces deux tendances extrêmes : le disque irréfléchi, pur réflexe sans que l'on soit dedans et le disque que l'on aime aimer, où l'on se regarde aimer (attitude qui est souvent l'apanage de la classe intellectuelle). Notre son à nous et rien qu'à nous, la pop qui s'adresse à moi est généralement à la fois évidente et intelligente (mi-chemin qui est donc aussi une cumulation des deux plaisirs car la Pop est Une) : aisance et cerveau qui crépite, cerveau qui crépite dans l'aisance.

17 août 2019

Les seules fois où ils font de la sociologie,

Les seules fois où ils font de la sociologie, c'est pour cantonner un intervenant à sa façon d'apparaître, le réduire aux manies de son aura. Ils prennent décidément tout par le mauvais côté ! Bougres d'emplâtres, on se fiche bien de son caractère, tentons de nous pencher deux secondes sur ce que sa mythologie nous fait entrevoir d'unique (l'alchimie singulière de ses fragments mêlés, que l'on n'est pas obligé de tous goûter de la même façon, mais reconnaissons néanmoins que sa voix tente de nous faire apparaître une certaine façon d'être réceptif au monde) ! Moi aussi j'étais rétif aux mythologies auparavant, mais à celles qui ne font que se calquer sur la sanction légitime ; finalement je me suis dit : autant de mythologies que d'êtres alors allons-y, apprenons ce qu'elles peuvent nous apprendre sur nous, lorsqu'elles semblent s'adresser à chacun de nous. Ah ben tiens, ça me donne envie de faire directement les

Différentes preuves concernant la pop (6)

Ma pop s'adresse à moi, chaque pop s'adresse à soi. C'était ça que j'essayais de lui faire comprendre en lui disant que ce concert était inespéré vu qu'elle n'était plus là : c'était inespéré que ce chanteur viennent chanter là pour moi, lui qui s'adresse à moi, il avait justement choisi ce jour-là où j'avais prévu d'aller le voir pour s'adresser à moi, dingue !

C'est comme quand je venais de perdre mon chat : le lendemain, j'écoute le nouvel album de celui qui fut longtemps mon seul groupe favori et qui n'en avait plus sorti depuis dix ans, ce groupe avait donc choisi ce jour pour me dire « mais regarde, il y a encore de la vie, on te le dit, on te le dit à toi » !

Et c'était comme juste avant que je perde à tout jamais des oreilles dignes de ce nom : j'étais dans une période où je me disais « mais c'est pas possible, la pop c'est trop, c'est trop pour moi, trop de choses, trop de mélodies » (divine Plainte ; Deleuze dit que se plaindre c'est reconnaître que la vie est trop, pour cela il la considère avec bienveillance) ; le dernier album – que j'écoutai avant de me les faire flinguer (les oreilles) – contint des guitares et des mélodies si fraîches que des larmes vinrent, juré craché, pourtant j'étais loin de me douter de ce qui allait se passer, si c'est pas la preuve ultime !

16 juillet 2015

La nature c'est noueux, bourbeux tout le temps.

La nature c'est noueux, bourbeux tout le temps. Or hop, nous on déploie des surfaces nettes, des murs lisses. Donc forcément ça se peut pas, ça peut pas, ça veut pas, ça va pas. Ça fait juste des symboles qui tiennent jamais bien longtemps. Et si l'erreur inaugurale irrattrapable était la création de la propreté ? 

22 août 2015

Ici, je dis des choses pour ceux qui savent déjà

 

Ici, je dis des choses pour ceux qui savent déjà (c'est pour ça qu'à long terme, ici pourrait devenir des choses uniquement pour moi, ce qui est à la fois souhaitable – par franchise – et non souhaitable – par vanité). Or, ce qui porte vraiment, ce qui porte à ouvrir les portes, c'est aussi de dire des choses pour ceux qui ne savent pas forcément, non ? Mais cela, c'est dans le monde qu'il faut le faire. L'écriture n'a toujours été (pour moi) qu'auréolée de mystère irrépressiblement indicible, jamais de portée pouvant vraiment porter, parler. Encore donc un constat d'échec (ou comme si) poussant à arrêter – ce qui n'est donc pas à proprement parler un échec, car ainsi tout commence, le monde arrive.

Le monde arrive et je l'attends de pied ferme. Ce n'est pas à lui que je demande de m'attendre. Il me semble depuis peu qu'il y a deux modèles de gens : ceux qui veulent être un moi devant les autres, qui souhaitent pouvoir influer sur eux, vivre à eux (idée impossible à exprimer autrement que par cette tournure se situant entre vivre sur eux, trop violent, et vivre par eux, pas assez) et ceux qui veulent que ce soient les autres qui vivent devant soi, qui n'attendent que leurs paroles multiples et riches, que leurs éclairs divers et variés pour commencer à vivre, qui pensent leur moi nul et non avenu tant que la vie des autres n'est pas venue y mettre son grain de sel, remédier à leur peau de chagrin. Je fais bien sûr partie des seconds. Et je ne dis pas que ce sont les moins pénibles ni forcément les moins égoïstes. Mais après tout, ce sont les premiers qui vampirisent leur monde, nous on ne projette rien, on veut au contraire que ce soient les autres qui projettent car ils sont si beaux, si chauds qu'ils vont tout faire pour nous aider, ou plutôt non, pas forcément faire, on ne voudrait pas abuser, mais en tout cas être : oui, tout être à défaut de tout faire, ce qui n'est pas moins exigeant. Si les premiers veulent que les autres fassent tout pour eux, nous on veut que les autres soient tout pour nous.

Mais que l'on se place devant ou derrière, on vit toujours à travers.

 

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5 août 2019

Différentes preuves concernant la pop (2) Dans la

Différentes preuves concernant la pop (2)

Dans la pop, c'est vraiment l'ensemble qui fait sens. L'ensemble de la chanson, l'ensemble de l'album, l'ensemble de la carrière. Chaque moment ne pourrait pas être là sans l'autre (différence radicale avec l'impression de hasard que laisse la musique improvisée). Chaque touche éclaire l'autre. Et chacune est présente dans chacune (la meilleure pop est Une, « compacte » : on ne reconnaît pas d'où viennent les différents apports, tout a la force de l'évidence). Ainsi, quand j'écoute ce disque “gothique”, sa tendance à la fois sobre et rugueuse annonce déjà la douceur et la spiritualité de la tournure suivante de ce chanteur (qui embrassera le soufisme) ; ceux qui ont le moins compris quoi que ce soit à la pop, ce sont ceux qui jugeront cette étape comme un “virage” ou une “trahison”, ceux-là sont irrécupérables, n'ont plus qu'à aller écouter du rock. La pop c'est suivre ce que nous intime notre chemin de vie. Bien plus qu'elle n'évoque, la pop habite. Et ça marche dans les deux sens : les disques les plus mélodiques de ce chanteur sont bel et bien entremêlés de ses rugosités passées et futures, car oui, comme souvent, il bouclera la boucle en revenant se frotter à sa sorte de détresse plus inquiétante (mais tout aussi délicate). Tout est relié à tout : énergie créatrice, puis élan vital venant corriger les possibles risques de la première énergie, puis éternel retour, nostalgie des origines. (Je connais un essayiste qui tient à revendiquer la mélancolie aux dépends de la nostalgie, j'aime pour ma part cette impureté de la nostalgie, qui convient bien à la pop.)

3 décembre 2015

Surgit souvent une contradiction que l'on refoule

Surgit souvent une contradiction que l'on refoule : on se dit que "le peuple" ne peut pas être massivement plus con qu'avant, que ce serait croire en une forme de dégénérescence morale, et pourtant, dans le même temps, on est bien certain que le capitalisme bêtifiant grandit d'année en année et tisse sa toile dans nos habitus. Je ne m'explique pas cette impasse de l'homme de gauche, pourtant de bonne foi. Si tu reconnais l'action globale implacable de ce que tu combats à tout instant, comment cette action ne pourrait-elle pas avoir un effet sans cesse aggravant sur les consciences, devenues donc différentes de celles d'antan, devenues plus méprisables d'une certaine façon (même si les méprisables ne sont pas à mépriser, bien sûr, car une philosophie ne fait pas une anthropologie, souvenez-vous) ? 

Oui, tes frères deviennent de plus en plus cons, ont perdu l'accès à ce qui dévoile les structures, on leur a tout mélangé dans la tête, comment cela aurait-il pu en être autrement puisque les mâchoires de ton ennemi sont chaque jour plus carnassières ? Oui, contradiction à dire à ton frère « rends-toi compte des dégâts immenses ! » quand tu penses que son cerveau n'en est pas affecté.

1 août 2019

« Tu t'en sors plutôt bien », m'avait-elle dit.

« Tu t'en sors plutôt bien », m'avait-elle dit. Comme souvent, je n'ai pas compris tout de suite car je ne me comparais qu'à moi-même au lieu de considérer l'extérieur. Toujours considérer l'extérieur pour nous sauver. Le fait est qu'elle aussi, ainsi que lui, ainsi que tous, tous mes amis s'en sortent « plutôt bien », à savoir de façon douloureuse. Mes alter-ego vivent tous plus ou moins les mêmes nuances de douleurs que moi, bien qu'elles ne s'appliquent pas aux mêmes contenus ni au même cadre de représentations. Qui l'eut cru qu'ils iraient un jour aussi mal que moi, alors que je les croyais tous si solides ? On peut bien sûr considérer notre communauté, la belle équipe que nous formons, en vue de considérations générationnelles à teneur politique, mais je l'ai déjà trop fait, cette fois-ci j'aimerais tenter autre chose : et si c'était aussi pour ça que je n'allais pas, parce que je sentais bien qu'eux non plus, tout eux qu'ils étaient (et quels eux, quels eux il sont !), n'étaient pas tellement non plus dans leur assiette ? À qui donc me vouer pour me montrer la voie à suivre ? Comment ne pas m'attrister de les savoir traînant les mêmes béquilles depuis tant d'années, s'engouffrer avec moi dans les fausses sublimations ?

Mais tout de même, nous sommes beaux. Y'a pas à dire.

24 février 2016

Depuis toujours, ce sont mes affects

Depuis toujours, ce sont mes affects sociologiques qui ont empêché ma prise de connaissance du monde. Je voyais le social en premier et cela m'effrayait au point de ne pas savoir saisir ce qu'il pouvait m'apporter même à son insu (c'est-à-dire par les différents savoirs qu'il s'est construit pour se cacher et que l'on regroupe sous des vocables comme “art”, “philosophie”, “politique” ou “convivialité”). 

« Ce que raconte ce professeur a l'air intéressant, d'accord, mais pourquoi parle t-il comme un professeur ? Cela m'angoisse et me glace. »

« Ce que veulent tisser ces jeunes gens a l'air enrichissant, d'accord, mais pourquoi parlent-ils comme des jeunes gens ? Cela m'agresse et me crucifie sur place. »

« Ce que défend cet artiste a l'air éclairant, d'accord, mais pourquoi parle t-il comme un artiste ? Cela me fait rire jaune et m'agace. »

Ne pouvaient-ils pas s'en empêcher, tous autant qu'ils étaient, ou se croyaient-ils obligés ? Ma fuite prématurée m'empêchait à chaque fois de résoudre la question.

J'ai longtemps pensé qu'il fallait étouffer ces tropismes intérieurs, symptômes de mon immaturité affective, pour qu'enfin s'évanouissent les tropismes extérieurement perçus sur mes semblables. Mais ils ne font que revenir au galop. Grandir, c'est les nourrir de savoir positif. Me faire sociologue serait enfin faire quelque chose de ma perte de moyens face au monde, plutôt que de la nier ou pire – quelle ironie ! — de vouloir la remplir de contenus chipés à ceux qui me font peur.  J'irais dans la moelle de mes impossibilités. Directement. En en faisant profiter le reste des inadaptés. 

14 juin 2016

Théorie générale de la frustration : le loin dans

Théorie générale de la frustration : le loin dans le près

 

Le loin dans le près dans le couple :

Le loin c'est si romantique (charmes de l'épistolaire), le près c'est si charnel (que ça en devient mystique) ; le loin dans le près c'est quand la distance s'est installée dans la relation.

 

Le loin dans le près dans les classes :

La bourgeoisie n'en pouvait plus d'être loin dans le près par rapport à l'aristocratie qu'elle voyait quotidiennement parader. Elle lui a coupé la tête. Le loin, c'est le peuple qui se fait couillonner au final car il n'a pas les clés, mais tout est dans son potentiel d'imagination. Il peut s'approcher, en pensée ou en acte, de là ou ça se passe. C'est d'ailleurs bien souvent le près lui-même qui s'en charge (le pouvoir), tout en le repoussant des balcons ; le capital a rendu le prolétaire loin dans le près, le prolétaire a vu que s'il pouvait s'organiser il était pas loin, en tout cas moins loin que le loin ; le temps n'est plus à l'espoir mais à l'action, à tout moment ça peut s'enflammer.

 

Le loin dans le près dans les notions contemporaines (à relativiser) d'urbain-périurbain-campagne :

La campagne, la vraie, produit encore son monde, ou si elle ne le peut plus elle se suicide. C'est le loin.

Le périurbain a perdu la campagne et s'aliène à la ville sans jouir de ses vertus. Il devient aigri ou part à l'aventure (pour le meilleur ou pour le pire). C'est le loin dans le près.

L'urbain est divers et grouille. Ça peut s'embrancher sur le réel ou s'autodétruire, au choix. C'est le près.

 

Le loin dans le près : quelle échelle institutionnelle pour le fonctionnement démocratique ?

Le mieux, c'est d'avoir prise directe. Mais comme forcément tout nous dépasse, édifions d'ambitieux réseaux. Mais si t'as les gueules des chefs centraux en hologramme sur tes rétines, c'est à la fois trop loin et trop près donc gare à leurs fesses.

 

Le loin dans le près, bien plus qu'une croix à porter, se trouve face à deux possibilités : être le début de la fin (s'enfermer dans un mouvement-ancrage automatique de l'impensé) ou dépasser les perceptions reproduites inconsciemment (renverser la table).

(Mais attention, tous les fantasmes sont permis. Le fou sera le premier à se saisir de politique et le politique à devenir fou. Le fou « revendique son allégeance à », le politique revendique la folie de sa classe.)

 

28 juin 2018

Ma fameuse conclusion « de toutes façons ils n'en

Ma fameuse conclusion « de toutes façons ils n'en ont rien à faire », appliquée aussi bien à tort qu'à raison, n'en finit pas.

Cela m'a certes empêché de tisser des choses, mais cela s'est aussi vérifié dans certaines formes de négation qu'on me renvoyait (qu'il s'agisse d'une entité nommée mépris ou bien d'une autre apparemment plus factuelle nommée refus, qu'importe, je ne cherche plus à m'accrocher à de tels substantifs connotés qui feraient croire que je reproche quoi que ce soit de circonstancié à qui que ce soit : plus généralement, plus profondément, reste indécrottablement la sensation que l'on m'a nié).

Insupportable ce genre de paragraphe ci-dessus, n'est-ce pas ? Pour ça que « de toutes façons ils n'en ont rien à faire » est une devise somme toute très saine. 

Première hypothèse : ils arrivent quand même à mener des choses tout en sachant que de toutes façons ils (les autres qu'eux-mêmes) n'en ont rien à faire. Alors il faut que je leur demande la recette, c'est peut-être ça que j'ai raté, la capacité à leur demander la recette, comment faire malgré qu'on sache que. 

Seconde hypothèse : certains ont réellement quelque chose à faire de ce qu'on leur propose comme atours, modalités, etc. Je veux dire des propositions qui ne leur correspondent pas nécessairement au préalable. Alors j'aurais dû insister auprès de ceux qui me semblaient pouvoir avoir un potentiel suffisant d'écoute, de bienveillance, de neutralité, de non-arrogance. Si je dois dire une seule phrase juste sur ce blog, c'est celle-ci : je n'ai cherché que le contraire de l'assurance, à tort ou à raison. Être ouvert à tous les flux possibles, des millions par heure, gagner en confiance pour tout perdre dès que je m'aperçois qu'ils n'en ont rien à faire, puis nous regarder dans la glace (tous autant que nous sommes, moi inclus, mais pas moi plus qu'un autre car j'aurais pu être autre et le suis d'ailleurs bel et bien) et se dire que tricher n'est pas possible, qu'une forme d'adéquation n'a pu que se faire à notre insu et se fera encore, même quand on flanchera (et cela ne se privera pas d'arriver, mais peut-être comme une victoire, pardi, car au moins ça viendra enfin justifier l'ensemble).

21 juillet 2019

Il n'a pas l'air de comprendre ce qu'elle a dit

Il n'a pas l'air de comprendre ce qu'elle a dit dans son texte, il l'accuse de tous les noms. Il suffirait pourtant qu'il sache d'où elle vient, comment s'est constitué son paysage mental, pour qu'il pardonne entièrement (dans un premier temps) puis qu'il saisisse le fond du problème. Au lieu de ça, il reste fixé à des idées qu'il lui prête. Plus que jamais, toute idée prise indépendamment de tout ce qui l'a fait naître me semble le travers récurrent des discussions d'idées : ne devrait exister que l'explicitation de sa construction, afin de permettre la compréhension de son angle de vue qui mérite toujours d'être saisi pour ce qu'il dit des personnes en jeu (le but étant bel et bien de traiter de personnes, non ?).

9 juillet 2019

Avec la science sociale, je peux faire mon

Avec la science sociale, je peux faire mon intellectuel en sachant que je fais mon intellectuel. Avant la science sociale, ce qui était gênant c'était à la fois de ne pas pouvoir faire mon intellectuel (pratique de la pensée) et de ne pas pouvoir savoir – ou en tout cas exprimer – que je faisais mon intellectuel en le faisant (conscience de la pratique, de la position de cette pratique). L'injonction intime à cogiter et l'injonction extérieure à m'activer se percutaient l'une l'autre car chacune prise isolément conduisait à une résignation morbide : il ne fallait pas oser dire à la pensée qu'elle devait se concevoir dans un monde, il ne fallait pas oser dire au monde qu'il devait se concevoir dans une pensée. La science sociale fait d'une pierre deux coups, gagne tout.

3 juillet 2019

Vous aurez suivi ici mes hésitations, mes

Vous aurez suivi ici mes hésitations, mes tiraillements entre l'art et les sciences sociales. Me voilà au pied du mur et du coup c'est successivement soit l'un soit l'autre, d'un jour à l'autre. Un jour je me rêve artiste, le lendemain intellectuel et ainsi de suite. Dans le monde des rêves, c'est le reflet inversé de la journée qui a précédé : si j'ai passé une journée artiste, je rêverai que je suis intellectuel et vice-versa. Par exemple, hier j'étais artiste, par conséquent cette nuit j'ai rêvé que je concevais un projet de recherche : il s'agissait d'avoir pour objet la méthodologie scientifique en elle-même, en la confrontant au regard profane ; dans la lignée des science studies, on observait les procédures de chercheurs (lesquels, faudra voir), mais sans s'en contenter : ensuite on faisait venir des personnes communes et on recueillait comment ils percevaient ces procédures (faudra voir quel panel, quelle représentativité) ; et enfin, par une sorte de retour complet sur soi-même (la réflexivité n'étant après tout qu'une version contrôlée de la tendance ludico-créative à la mise en abyme), on étudiait comment les savants analysaient ces visions profanes de la science, analyses qui ne pouvaient manquer d'être tout aussi situées que leurs objets et qu'il fallait par là même objectiver à leur tour. Je me disais qu'ainsi on aurait le fin mot. J'étais fait pour ça, il n'y avait pas de doute.

Maintenant que j'ai compris que les sciences sociales avaient comme première finalité d'aider à vivre – car grâce à elles tout a une saveur sur laquelle on peut se pencher, même ce vieux manuel d'école, même cette place de marché monotone, tout fait ou trace –, reste ce constat : que faire de ce goût de vivre ? Le remplir d'art, comme une sorte de retour de boucle, la science ne servant qu'à enrichir le goût d'art dans la vie ? Le remplir d'encore plus de science, afin d'atteindre à une perception en tout point consciente ? Le but est-il de saisir ? De laisser vivre, maintenant que l'on sait mieux tenir ?

8 février 2019

Après Après Michaux Exérèse de kyste. Je prends

Après Après Michaux

Exérèse de kyste. Je prends un opiacé et allez j'en prends direct un deuxième. Elle m'autorise à l'appeler pour confier ma douleur. L'effet se fait sentir dès le début : sa voix flotte. Curieusement, je réponds tout à fait lucidement à tout, juste que ça flotte. Sa voix me berçait déjà, mais alors là encore plus. 

Il serait beau de dire qu'au sein de cette réalité c'est comme si on était encore ensemble, mais trop ailleurs pour y croire vraiment. Tellement ailleurs qu'être dans l'ailleurs où l'on est encore ensemble ne serait pas encore être assez loin. Je dépasse l'alternance de ces états de conscience (qui dure encore jusqu'à aujourd'hui : on n'y est plus/on y est encore), ne reste qu'un esprit qui se regarde être.

« Allez, il faudrait quand même que tu ailles dormir ? ». Elle a raison.

Après le somme, le vaporeux devient lourd. Comment sortir de ce cerveau ? Sur le canapé, je me le demande. Je me regarde me le demander. Autant re-sombrer.

La nuit, je ne me regarde plus du tout, je suis en plein dedans. Au début rien n'alternait, cette fois-ci tout s'enchaîne à toute allure, les rapports se font tout seuls. Rien n'a le temps de m'apparaître, tout passe en criant. Tout est lié à tout. Tête chercheuse. On n'est plus dans l'onirisme, on est dans l'associationnisme puissance 1000. Je me demande comment les gens font pour rêver, comment ils arrivent à le supporter, comme si c'était toujours comme ça, comme si c'était toujours aussi rouge et tressaillant. 

Rouge et tressaillant ? Comme dans mon texte d'il y a cinq ans ? 

La morphine est un opiacé, comment avais-je pu l'oublier ? 

Même cause, même effet. Même pas fait exprès.

Inconsciemment voulu marquer le coup ?

 

à Mélanie

25 janvier 2019

Par les oreilles Ils les ont remasterisés et

Par les oreilles

Ils les ont remasterisés et c'est vrai que ça sonne mieux. J'ai revendu les anciens. Ils étaient reliés à mon ancienne histoire d'amour, mais c'est pas pour ça que je les ai revendus, c'est parce qu'ils ont été remasterisés. Du coup je suis partagé.

Le fait qu'ils sonnent différemment me permet de les voir sous un nouveau jour, de prendre "un nouveau départ". Ce sont de nouveaux disques. Tant mieux si les anciens sont partis avec l'amour ! Ainsi je "tourne la page". 

Oui mais alors, quand elle me manque, elle ne peut plus être là par les disques, vu qu'ils ne sonnent plus comme quand elle était là ! J'ai bien encore les disques mais ce ne sont plus les mêmes ! Ça me rappelle que si mon amour est encore présent en moi, il n'est qu'en moi et non plus à l'extérieur ! J'aurai beau chercher dans mon environnement matériel, je ne trouverai ni exactement ces disques ni exactement cet amour.

 

Encore par les oreilles mais différemment

Ces disques non-remasterisés ajoutés à ma mauvaise audition, c'était parfois de la bouillie sonore. Mais ça avait le charme du ouateux, quand je ne comprenais pas très bien en quoi consistaient vraiment ces arrangements, j'imaginais en partie ce qu'ils auraient pu donner, je tendais mon oreille et tous mes poumons participaient à recréer aussi bien les chœurs que les batteries qui passaient dans le décor. C'était plus fort que moi, ça faisait partie de l'expérience perceptive.

Oui mais tout de même, quelle clarté des voix et des rythmes désormais ! Ça se dévoile. Un peu de mystère est perdu car révélé (ah, c'était donc ça qui sonnait dans le fond, ils avaient voulu faire ça, ok !), mais on gagne en implication consciente, en toute connaissance. Ça ne se cache plus, c'est pleinement de la pop et non plus un jeu éthéré. C'est maîtrisé, on sait vers quoi aller, pas de faux-semblants. Quant à la douleur, moins le temps de s'y attarder vu qu'on entend enfin mieux (si les oreilles s'échauffaient tant sans appareils, c'est parce qu'elles butaient sur la bouillie ; c'est pas la bouillie en elle-même qui leur faisait mal, c'était l'otalgie réactionnelle, mais quand on trouve rien à quoi s'accrocher, forcément on s'abandonne ; maintenant, j'entends pleinement tout ce que la pop a mis en place pour me remplir !).

 

20 janvier 2019

Avant l'été (2002), je semblais comprendre de

Avant l'été (2002), je semblais comprendre de quoi il retournait, trop comprendre. Non pas que l'arbitraire ne m'apparaissait pas (ça m'oppressait), mais on aurait dit que je faisais partie du dessus du lot. Tiens, lui il cherche à me faire dire des choses intéressantes (il est sympa même s'il embête tout le monde) mais tiens, ça ricane quand il pose des questions en classe. Alors j'aurais dû ricaner moi aussi ? La pop : elle est passée où ? Les filles : je les vois pas.

Après l'été (2002), ah c'est donc comme ça que la pop sonne quand elle est punk, ah c'est donc comme ça que les filles ont l'air d'être, ça s'est ouvert tout seul en moi sans qu'il ne se soit rien passé, et surtout : où sont passés les arabes ? Au collège il y en avait, au lycée il n'y en a plus. C'était donc pour ça qu'il fallait ricaner, parce qu'on savait que de toutes façons ils n'allaient pas passer la barrière, que c'était déjà tracé dans le cahier de la vie ? Cette fois-ci c'est de moi qu'on ricane car je ne sais plus comprendre. Maintenant faut faire ça dans les formes. Du coup pour la peine je serre la main aux quelques non-blancs et je sais que c'est eux qui sont dans le vrai (je me rappelle quand je disais à cet ami « je suis admiratif de ce type qui a le culot d'arrêter les cours » et qu'il ne comprenait pas pourquoi il fallait être admiratif et que moi je ne comprenais pas pourquoi il ne comprenait pas, pourtant c'était évident que vu comment c'était barré, qu'on ne voulait plus de ceux qui n'étaient pas dans les formes, il valait mieux se barrer).

Du coup, forcément, à la fin : à la fois anarchiste et islamo-gauchiste. Pas autrement. Comprends pas comment autrement. Car en considérant bien le malaise dans toutes ses déterminations, on ne peut pas en rester au désir de briser l'oppression, c'est le simple fait de l'hypocrisie des autoproclamés pontes de l'universel qui est glaçant. C'est l'instruction en soi qu'il faut caractériser telle qu'elle est : de mauvaise foi (et pas seulement engoncée). 

Tout a germé en même temps, ce soi-disant tempérament artiste cœur d'artichaut ne pouvant que rencontrer la critique de la modernité, comme à toutes les époques. Car c'est la plus grosse supercherie actuelle d'oublier que les émancipateurs de l'esprit (j'ai enfin lu les manifestes surréalistes la semaine dernière) ont toujours ferraillé avec l'état actuel du progrès. C'est le principe même. Faire croire que la gauche est progressiste, c'est plutôt rappeler qu'elle ne s'est pas toujours prémunie contre l'évolutionnisme bourgeois. 

Quand on s'essaie au soi-disant tempérament social (nous les soi-disant tempéraments artistes), on s'y perd un peu parfois, certains s'y sont carrément perdus mais c'était l'époque. Maintenant on peut quand même savoir de quoi il retourne concernant les positions structurelles de chacun + dire que ça tient à rien (ce qui revient au même car « parler de l'idéologie comme d'une chose, c'est déjà la dépasser en partie », j'ai trouvé ça chez Sartre).

Avec les tempéraments sociaux, on doit faire semblant qu'on tient au fameux clivage, Saint-Graal de l'Occident, les c'était mieux avant contre les ce sera mieux après, oh oui acceptez-moi parmi le bon camp, ô Saint-Temps, je me conduis vers toi, l'individu collectif que nous sommes nous conduisons vers l'après à bâtir par-delà les ténèbres de ceux qui n'avaient rien compris, qui n'avaient fait qu'opiner ! 

Alors oui d'accord, plein de choses encore à explorer et point la peine de déplorer dans le vide, mais justement, tout en fait partie, tout doit être repris à la racine, même le fait de reprendre, histoire de ne pas singer.

22 septembre 2018

« Tout ou rien », chez moi, ça vient de là : «

« Tout ou rien », chez moi, ça vient de là : « allez, même si tout nous déborde, on va s'efforcer de mener des actions du mieux que l'on peut, mais là oh ! On nous dit qu'on n'a pas fait comme il faut, oh, ok ! Alors ensuite, on va faire sans bruit, de façon réticente, en s'attendant à ce que l'on nous tombe dessus pour le moindre truc, et en fait oh, tiens ! On nous dit rien du tout à ce moment-là, alors que pourtant on croyait qu'ils nous engueulaient pour tout ! Faut-il donc faire tout ou rien ? Si je fais tout, je suis toujours déçu qu'on n'ait pas compris les raisons de tel ou tel embranchement, alors du coup je m'attends à ce que l'on me reproche ce que je n'ai pas fait, du coup tant qu'à faire je ne le fais pas ! En fait, faudrait soit que vous accueilliez tout de moi, soit que vous alliez jusqu'au bout de vos exigences morigénantes, je saurais ainsi mieux me préparer à vous ! »

C'est le problème de l'intention. Qui l'a vraiment traité ? Je ne connais pas bien la philosophie alors s'il vous plaît, indiquez-moi qui a réglé le problème de l'intention (sans en faire une théorie de l'action qui, par définition, fait dégringoler au second plan ce qui nous intéresse ici, l'intention). Je suis rarement d'accord avec les défauts et les qualités que l'on me prête. En gros, ça fait ça : « tu dis que j'ai cette faute-là à mon compte ? Pourtant, si tu savais comme je m'efforce du contraire ! C'est pas comme cette soi-disant beauté que tu me prêtes et qui n'est que calcul en catimini ! Vraiment, tu as tout faux, je suis à la fois bien plus attentionné et bien plus pervers que tu ne le penses ! ». On dirait qu'ils font exprès d'inverser. Mais si l'on perçait l'intention, l'on franchirait les limites de l'opacité et l'on comprendrait alors que dans les élans, ils, nous faisons toujours preuve de grâce, avec ou sans intérêt.  

7 septembre 2018

Détruire ou subvertir ? Le sentiment de gêne que

Détruire ou subvertir ?

Le sentiment de gêne que j'ai toujours ressenti face à la poésie (se pensant comme destruction du langage) ressemble à ma capacité à ne savoir écouter que de la pop (se pensant comme subversion de l'art mélodique).

Oui, "capacité" car assez de se cacher ! La pop est la plus belle stratégie !

Écrire ici, faire croire que je fais des phrases, simuler le discours pour faire naître autre chose (ce que d'aucuns appelaient l'art du détournement) me paraît bien plus adéquat pour ce qui est de la violence langagière à perpétrer.

La pop intelligente décoiffe davantage qu'une non-pop irréfléchie. Le fait que si peu d'esthètes savent l'apprécier m'étonnera toujours.

Comme le disait ma dulcinée qui n'est plus ma dulcinée, en parlant de l'une de mes icônes, « il a vraiment une bonne tête ». Et s'il s'agissait tout simplement d'aimer les artistes pour ce qu'ils sont ? De bons gars. Je ne vois pas ce qu'il y a à opposer à ça. Est-ce vraiment si fréquent ?

Je ne crois pas que j'arriverai à épuiser l'étude des différents tours que peut prendre une bonne mélodie faite par de bons gars qui ont une bonne tête. C'est toute une vie pour la/les saisir. C'est s'arrêter profondément sur un langage, ne pas le contourner trop vite. 

Contourner, c'est faire de grands gestes ridicules. C'est détruire pour rien. 

Subvertir les formes acquises, c'est vraiment montrer le monde et ainsi le dépasser. 

Plonger dans la quintessence pour aller au-delà. Comme faire des phrases qui semblent avoir un projet (plutôt que faire croire que l'on pourrait d'emblée se situer hors de toute causalité, dans une proclamation abstraite et lyrique, risible).

On voit ainsi ce qu'il y a à respecter ou pas dans le souffle transmis. Il restera le meilleur de l'homme : le bon gars et sa mélodie qui est tout ce qu'il y a à savoir. On sent dans leurs voix qu'ils cherchent juste la justesse de la couleur. Ça te suit partout. On est dans leurs voix, dans leurs lignes. Comme ici où j'espère qu'on sent que mon récital se proposait de respecter ma douceur transmuée en maladresse, et vice-versa.

Les anti-pop ne daignent même pas reconnaître que la pop est une chose. Alors qu'au moins, en en faisant, on met les mains dans le cambouis et on la fait accéder au statut qu'on a toujours voulu qu'elle ait. 

Il s'agissait ici autant de prendre pour argent comptant l'image que les autres me renvoyaient de moi que d'aller tellement au bout de ce tableau que cette image se retournerait comme un gant et qu'au final je maîtriserais cette violence et montrerais qu'il n'y a aucune raison que je sois ceci plutôt que cela.

C'est comme la pop : la pop la plus pop dépasse la simple pop (Cocteau Twins, XTC, Scritti Politti...).

Après avoir écrit ces lignes, sort un essai intitulé Dialectique de la pop (Agnès Gayraud, La Découverte, 2018) dont certaines tournures semblent rejoindre mes considérations (la pop est indémêlable de l'anti-pop, la pop est incarnée par des bonnes têtes) mais dont d'autres se situent à l'opposé de mes conceptions (ce qui est peut-être bien une preuve de cette fameuse dialectique) : ainsi, la forme de la pop serait une union utopique des succès quantitatif (populaire) et qualitatif (artistique), tandis que pour ma part je situe l'utopie dans le fait qu'une pureté mélodique puisse se contenter d'être ainsi pour être imparable, indépendamment de ce qu'en pensent les juges du monde, qu'ils soient magnats, prélats ou plèbe. Pour ça que la sobriété souvent souterraine du songwriting a davantage de chances de s'approcher de ce qu'est une mélodie pop en soi que les stars dont tout le monde, cet essai y compris, nous rebat les oreilles.

Pour ça que je milite pour une ontologie de la pop qui traiterait de la mélodie et non de la mythologie. La mythologie est construite par les dominants, l'agrégation, l'idiosyncrasie nationale qui ne retient que ce qu'elle entend (rien de plus ennuyeux que les références alignées par une essayiste française !). Pénétrer les mélodies pourrait être le titre de ma tentative à moi.

Il y a une façon de se trouver dans le fait d'évoluer pop : les groupes que j'aime cheminent en ne laissant pas tomber leur détermination à plonger dans une pureté sans concessions. Prenons Always The Sun (Stranglers) : est-ce vraiment un hymne ? Essayez de chanter le couplet, pour voir ! C'est ça la pop, toujours plus anti-pop donc toujours plus pop donc toujours plus elle-même (je disais l'autre jour à mon meilleur ami : si je préfère la religion à la psychanalyse, c'est parce qu'elle nous dit « trouve-toi » plutôt que « transforme-toi »).

Après l'hyperacousie, j'ai découvert l'hypoglycémie. Parfois les deux en même temps, parfois indépendamment. L'accomplissement de la pop en moi se produit donc sous un certain jour affolé, innervé. Mon cœur s'accélère souvent : l'autre jour, en vibrant sur le plus beau live qui soit, j'ai cru que j'allais vivre le rêve morbide de la crise cardiaque faite sur le groupe qu'on préfère. Mais l'aurait-on su ? Il faudrait que ça se sache pour que ça ait du goût.

Ça prouverait que quand je dis mélodie je dis aussi rythme, que tout concourt pour que ça s'affole et produise de l'intense. Si j'y survis, je le dirai à tout le monde.

1 septembre 2018

Phénoménologie du prolo lettré Il n'est à l'aise

Phénoménologie du prolo lettré

Il n'est à l'aise ni avec la bourgeoisie culturelle ni avec les non-lecteurs. À ne surtout pas confondre avec « l'habitus clivé » du transfuge de classe, ex-prolo devenu lettré, espèce maintes fois étudiée qui n'est pas celle qui nous intéresse ici : nous parlons bien d'une origine sociale prolo lettré, non pas simplement prolo ni lettré. CSP ouvrier ou employé mais bibliothèque fournie des meilleurs livres qui soient ; conscience artistique et politique, politique parce qu'artistique, artistique parce que politique, donc littéralement « on n'en sort pas » : on se sent mal quand on en sort, quand on est chez les autres (bourgeois culturels ou non-lecteurs).

Le prolo devenu lettré souffre de n'avoir jamais considéré la culture comme une évidence, contrairement au bourgeois culturel qui y est né. Pour le prolo lettré, elle est une évidence, mais en quelque sorte c'est bien pire puisque malgré cela il n'en maîtrise pas toutes les clés. Je dirais qu'il se sent en famille quand il entend les intellectuels parler (ils disent des choses qu'il s'est toujours dit, qu'il a lues ou entraperçues dans la bibliothèque), mais il ne parvient pas à acquérir la même respiration qu'eux, cette aisance, cette confiance, ce rythme serein. Il a l'évidence sans l'aisance. 

Ils semblent l'appeler sans arrêt : « bien sûr que tu fais partie de nous, ne montrons-nous pas le même type de propension, ne ressentons-nous pas le même transport d'accomplissement quand nous touchons aux langages exploratoires et/ou théoriques ? Ta famille aussi se posait pour consommer toutes ces précieuses preuves de la richesse humaine et n'en pensait pas moins ! Ils l'exposaient à leur façon, c'était une façon comme une autre, ils n'avaient pas moins compris que nous puisqu'ils nous fréquentaient ! Alors à ton tour de nous fréquenter, et proprement dit cette fois-ci ! ». Mais quand on s'y essaye il y a toujours un certain décalage, une capacité morphologique qui fait défaut : on souhaiterait pourtant s'y fondre, mais on n'enfile pas complètement la peau. On est pourtant bien formé (on n'a pas à “s'y conformer”, contrairement au prolo non lettré), mais ça bâille entre les jambes, ça tire sur les manches, ça gratte dans l'étiquette. 

On se voit l'être.

Il nous apparaît que le converti (prolo transclasse) investit mieux le vêtement ; il n'a pas le choix, il faut qu'il l'endosse. Le prolo déjà lettré n'a pas à investir quoi que ce soit et c'est bien là tout le problème. C'est parce qu'il lui semble tant l'être, sans médiation, réflexion ni réalisation qu'une fois qu'il a à apparaître à lui-même ou dans le monde comme tel, il ne réalise que trop tardivement et douloureusement qu'il ne peut s'empêcher de se considérer comme tel à tout instant, alors qu'une évidence n'a normalement pas besoin d'être considérée. 

Le bourgeois culturel ne sait souvent pas qui il est, et même quand il le sait cela n'enlève rien au fait qu'il poursuit sa pratique consistant à l'être. Le prolo devenu lettré est devenu ; quand il se regarde, c'est pour constater qu'il l'est, avec fierté et douleur mêlées, tiraillements par définition opaques même quand ils sont conscients. Le prolo lettré s'observe avec évidence, assertion oxymorique : l'enfer !

Il bute sur ce ressassement : je suis là où je devais être, c'est transparent, aucun drame social là-dessous, mais je ne peux m'empêcher de me le répéter comme si quelque chose clochait ; des pieds à la tête, je suis un cultureux ; mais le fait même de devoir me le répéter constitue la preuve que cela ne va pas tout à fait de soi. 

Quel langage nous manque t-il ? Je ne crois pas qu'on puisse le définir comme corporel (ce manque et ce langage). Nos malaises viennent plutôt d'un surplus : un langage mental est là qui ne devrait pas, dont les bourgeois ne s'embarrassent pas ; un langage qui relève du mal de mer. Nous avons navigué dans nos bibliothèques sans vraiment de balises, ça chaloupait sûrement trop pour pouvoir parvenir à une certitude rigoureuse. Ce qui nous sépare des bourgeois, c'est la manière de parcourir, ce qui se ressent dans nos syntaxes : ni discipline-et-effort prolétaire, ni "bonne volonté culturelle" petite-bourgeoise, ni décontraction bohème ; plutôt un mélange oxymorique que l'on pourrait nommer maîtrise mal assurée.

Le bourgeois culturel y est en soi (encore plus que "pour soi"), le prolo devenu lettré tenait tant à y accéder, nous prolos lettrés y sommes de-nous-mêmes-mais-du-coup-ça-devient-trop-pour-ce-que-ça-permet-à-notre-échelle. Ça nous déborde. Qu'en faire ?

Les non-lettrés nous semblent si arrogants à énoncer des choses sans savoir ; les bourgeois nous semblent si malotrus à mettre en scène l'évidence sans délicatesse. Je crois que nous aimerions faire de l'évidence une perpétuelle surprise à s'émerveiller, c'est pour cela que nous nous regardons sans cesse l'exposer dans un mélange de frisson et de maladresse : il faut sans cesse nous rendre compte qu'elle existe et que c'est inestimable. On n'en revient encore pas que nos parents aient pu nous offrir ça (tandis que les bourgeois en reviennent). 

Mais n'empêche qu'on s'excuse d'être là.

9 août 2018

Toujours hésité quant au sourire adressé : est-ce

Toujours hésité quant au sourire adressé : est-ce le commencement de tout ce que l'on souhaite (la fin des rôles sociaux), non seulement le commencement mais la potentialité pleine et entière, l'effectuation de la tendresse universelle qui sommeille, l'actualisation de ce qui nous pousse vers l'être de l'autre, ou bien son inverse, le masque, la peur panique du dévoilement ? Répondre « soit l'un soit l'autre, suivant les personnes », tel un moraliste du XVIIème siècle, ne m'a jamais convaincu. Comme d'habitude, je choisis la synthèse : les deux en même temps ; car de façon fort compréhensible en période pré-révolutionnaire, les deux mouvements sont présents en chacun de nous ; et de manière tout aussi évidente, l'appréhension d'être apprécié sous toutes les coutures témoigne de l'importance plus grande que tout que nous accordons à la chose : ce n'est pas tant que les autres doivent nous mériter, c'est surtout que nous devons mériter les autres, dont la richesse inégalable ne peut manquer de nous intimider.  

15 août 2018

Plus j'en connais, plus je me dis que les éclopés

Plus j'en connais, plus je me dis que les éclopés sommes les plus clairvoyants. Nous devrions gouverner la terre si nous n'étions pas justement les moins capables (par la force des choses) de nous acquitter de cette tâche (par définition).

Le problème des autres, c'est qu'ils ont quand même souvent du mal à faire des liens, ils restent arc-boutés (comme qui dirait ; et je vous jure que je voyais l'image du type à la fois appuyé et surélévé avant même de me remémorer le sens figuré). Leur position appuie leur propos (« j'ai cette vision-là de lui alors je vais tenir cet angle concernant son cas »). Ils s'y perdent. Comment donc expliquer leurs mouvements si convaincants, si attachants ? C'est parce qu'il nous faut bien Eux pour nous soutenir, nous les éclopés, mais ce sont nous qui devrions soutenir leur gaucherie, leur prêter notre voix qui sonne tout de même bien mieux.

14 août 2018

Ça y est, j'ai saisi le déplacement ! Cet auteur

Ça y est, j'ai saisi le déplacement ! Cet auteur me donnait envie d'écrire, puis je me suis vu écrire et ce n'était pas fameux, vraiment emprunté, puis j'ai relu une phrase et je me suis dit « ce n'est donc que ça ma vie, approuver des phrases ? », et par ce mouvement je me mettais à dériver vers « cet auteur n'est donc que des phrases, je ne suis donc que des phrases ? » (l'auteur et moi c'est souvent la même chose), avec, vous l'aurez compris, un certain goût amer, comme on dit. J'ai saisi la confusion à l'œuvre et je vais tenter de ne plus la reproduire : je prends mes faiblesses pour des jugements ; mon incapacité à me saisir de l'énergie d'autrui se transforme en déconsidération du tableau auquel j'assiste (moi me nourrissant de l'énergie, autrui produisant cette énergie : dans cet ordre-là, car ce sont mes propres limites qui inspirent les limites que j'imagine ensuite concernant l'acte). Les trois degrés de l'épuisement s'expriment ainsi : 1) Sensation physique brute, 2) Extrapolation concernant mon cerveau (« Je ne crois donc plus à cela ? », alors que c'est complètement faux, je crois perpétuellement à tout, je n'en ai simplement pas les moyens), 3) Extrapolation concernant le monde (« Ils sont sûrement aussi incroyants que moi, pardi ! », alors que non, ils sont souvent plein de détermination, pour le meilleur et pour le pire, en tout cas de quelle flamboyance ils font preuve !).

13 août 2018

D'accord, j'ai sans doute ignoré les autres

D'accord, j'ai sans doute ignoré les autres pendant longtemps, mais maintenant que je les ai découverts, quel émerveillement ! Certes, le solipsisme fait perdre quelques années, mais la contrepartie vaut vraiment le coup : le moindre geste d'Eux nous semble à tomber par terre, inestimable intensité que l'on n'aurait jamais vécue si nous les avions d'emblée reconnus.

12 août 2018

Vraiment, il ne faut pas confondre : ce n'est pas

Vraiment, il ne faut pas confondre : ce n'est pas l'exotisme qui intéresse les hommes totaux, improprement appelés « citoyens du monde » et ainsi mis dans le même monde que celui des néo-coloniaux ! Quand j'écoute ces sonorités, quand je goûte ces parfums, je ne cherche aucune étrangeté, je mets simplement en œuvre un moi augmenté, correspondant enfin à l'entièreté de mon innervation. Il faut que ce soit quelqu'un qui me dise que « cela n'est pas européen » ; je ne m'en serais pas rendu compte tout seul. 

Mais le deuxième temps constitué par cette information (« cela vient de là ») est néanmoins essentiel : il me permet d'être moins centré sur mon auto-création. Il y a donc des autres tout aussi totaux que moi, et c'est même grâce à eux que je le suis à ce point.

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