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28 décembre 2019

Avec la pop, je me reparcours. Mettons, par

Avec la pop, je me reparcours. Mettons, par exemple : je me souviens à chaque fois parfaitement de la dernière fois que j'ai écouté tel album que j'écoute actuellement, je me remémore ce qui a pu se dire et se passer autour, par exemple, ici, un invité qui disait “c'est qui, la musique ?”, invité qui est désormais père, en plus d'être toujours l'ami de la fille qui était mon amoureuse à l'époque mais qui ne l'est plus maintenant ; écouter ce disque actuellement, c'est me rappeler que les choses peuvent rester des choses, que le monde existe toujours puisque j'écoute actuellement ce disque alors que par ailleurs je ne suis plus avec mon amoureuse (bien que la dernière fois que j'ai écouté le disque c'était le cas, j'étais avec, incroyable ! c'est ça dont il faut se rendre compte et dont on ne revient pas ! comment en revenir ? comment revenir de ce passé non anodin ?) ; qui plus est, j'écoute ce disque en me repenchant sur des pages faites en écoutant des disques qui me permettaient déjà à l'époque de me reparcourir, et ainsi de suite. Palimpseste. 
Je crois que j'ai su très tôt que je préférais ne plus rien dire et que c'est par la pop que je trouverais un appui d'existence pour ce rien, pour le nourrir, le faire être gros de tout ce qu'il faut tout de même faire sentir qu'on ressent (faire sortir pour continuer à ressentir et à ensuite ressortir ces sorties de sentiments en se reparcourant, et ainsi de suite). Toutes les pages que j'ai pu faire, c'était en appui sur la pop.

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9 juin 2020

Comme un frisson de répulsion à chaque fois que

Comme un frisson de répulsion à chaque fois que je m'imagine pouvoir être quelque chose (une profession, par exemple). Car cela serait alors me faire croire – et faire croire à tout le monde – que je ne serai plus ce que je suis mais ce dans quoi je me suis mis, qui prendrait alors naïvement les atours de ma personne dorénavant dirigée toute entière vers la chose comme si elle y était intéressée, comme si elle croyait qu'elle s'y résumait. Sûrement la plus grande peur, le plus grand dégoût que je peux encore continuellement éprouver (tout le reste – maladie, solitude, impairs commis – m'étant devenu bien trop familier pour en ressentir une appréhension).

L'irréalité du monde ne revient à mon sens qu'à cela : une communauté d'hommes immergés dans la seule acceptation inacceptable à mes yeux (être quelque chose), régulièrement prise de soubresauts de panique à l'encontre de perturbations qui sont pourtant tout ce que la vie peut offrir de réellement consistant.

3 juin 2020

ExtraitsDécembre 2002 : Les albums de pop

Extraits

Décembre 2002 : Les albums de pop font-ils exprès d'être courts pour que l'on soit triste à la dernière chanson ? Si celle-ci a toujours un caractère mélancolique, indépendamment de sa structure mélodique, c'est parce qu'on sait alors qu'on se dirige vers la clôture. On a déjà la nostalgie du premier morceau, quand tout s'ouvrait à nous. Si l'album était plus long, on aurait moins d'émotion. C'est justement le fait que ça se concentre un max, que ça se compacte impec, qui fait que la pop est dense.

Septembre 2005 : Je jure de ne jamais choisir ce que je ferai ! C'est quand je dois m'y consacrer que les choses me paraissent ternes, sinon à part ça (à part dans ces moments) je les aime toutes.

À peu près tout le temps : Mais on dirait qu'il réclame la parole, cet être humain (qu'importe qui c'est) ! C'est drôle quand ils font ça : vouloir rajouter quelque chose avec la bouche. Ça ne m'est encore jamais venu à l'idée en direct, dans un lieu réellement existant. 

Octobre 2008 : Il ne faut jamais être dupe de ce que les gens disent d'eux, ni même de ce qu'ils peuvent faire paraître de plus systématique. C'est ce qui se dégage malgré eux, comme insensiblement, fort discrètement, qu'il faut retenir et qui les rend tous si attachants.

2010 ? 2011 ? 2012 ? : “Oh ! C'est... c'est original, ah oui, des dessins et de l'écriture comme ça sur la page !”. J'ai perçu ça comme un élan spontané, je pense que c'est l'apanage de telles personnalités autistiques ; son regard avait l'air sincèrement et agréablement étonné. C'est enfin la certitude que ce que je fais est de nature sensible, c'est de cette personne que m'est venue l'assertion qui m'a fait le plus plaisir depuis mes débuts. De son côté, elle doute, pense que c'était stéréotypé venant de lui. Ne serait-ce pas plutôt elle-même qui doute ? 

Entre 2017 et 2013, mais aussi depuis 2005 et confirmation en 2019 : Je lui dis les caractéristiques de son cerveau (c'est prouvé et c'est une personne qu'il connaît), il me dit qu'il n'y croit pas. Il fait son fier, il veut rester artiste. C'est un exemple de sujet, un exemple de point d'honneur spiritualiste, ça pourrait être tout autre chose. Il tient à penser qu'on est déterminé que par soi, que par son don à vivre. Comme j'ai envie de le mettre tout entier dans un tiroir et de le refermer violemment ! Comme je ne comprendrai jamais qu'il ait choisi de penser comme un artiste sur les choses du monde et de la vie ! Pourquoi n'a t-il pas proclamé le serment de ne surtout pas se réduire à ça ? Personnellement, je l'ai toujours juré. M'y abandonner, intégrer la grille artiste, ce serait définitivement se perdre.

Octobre 2018 : La chose la plus rassurante dans le fait que j'aille si mal, c'est que la principale raison en est que je ne peux pas suffisamment répondre à toutes les différentes sources d'amour qu'il y a dans les choses (je manque d'énergie pour ; elles me laissent coi d'admiration). Si un jour je vais mieux, je commencerai à m'inquiéter sur ma propension à aimer (car cela voudra alors dire que je me contente de trop peu).

Février 2019 : Ce que j'ai dit a pourtant un sens ! Comment ne pas s'en apercevoir ? Ce qui me désespère, ce n'est pas un éventuel doute concernant le bien-fondé de mes dires (ils ont été pesés, ruminés), ni même sa raillerie ou son mépris, c'est ma façon de m'abaisser devant son jugement qui ne vaut pas mieux qu'un autre !

Mai 2020 : Tiens, je ne crains pas sa réplique, ses réactions. Je lui fais valoir mes arguments et je sais qu'il en comprendra la teneur, comme il a l'air d'avoir compris quel feeling je déplois depuis qu'on se connaît (pas si longtemps). C'est l'une des premières fois de ma vie que je n'appréhende pas une discussion, que je ne me vois pas déjà parer les coups avant même de savoir comment il va prendre ma façon de dire. Je saisis enfin ce que pourrait être un autrui non enfermé dans la brume.

31 mai 2020

Faire savoir la vérité relève sans aucun doute

Faire savoir la vérité relève sans aucun doute d'une pulsion sadique. Ce n'est pas nécessairement se sentir supérieur en soi (en tout et pour tout), ni forcément prendre sa revanche en tant qu'inférieur (on ne se regarde pas ainsi de haut), c'est une pure action qui se vit dans le moment : c'est dire ce qu'on a trouvé, montrer ce qu'on sait. 
Le sage a alors raison de désapprouver : est-ce vraiment ce dont a besoin l'autre ? Qu'en fera t-il ? Il faudrait plutôt lui confier nos intuitions (qui reviennent souvent au même), sans dévoiler par où l'on est passé. 
Le sage conclura alors : autant ne passer nulle part, tout est déjà là, tâchons d'y être réceptif. Mais c'est alors lui qui cède trop facilement à ses penchants pour la fin en tant que fin, à atteindre d'emblée. Or, l'essentiel est dans le chemin. Là où le sage aura toujours tort, c'est dans sa conception de l'aboutissement : il sait vers où il veut aller. Personnellement, je ne le sais pas.
La science cherche la plupart du temps à se faire croire qu'elle le sait (le fameux théâtre méthodologique où elle se donne fière allure) ; la preuve qu'elle ne le sait pas, c'est le plaisir sadique qu'elle prend à trouver, à montrer qu'elle a trouvé. Et le public en redemande. Ce qu'il demande, ce n'est non pas qu'on lui trouve (qu'en saurait-il, ce qu'il faut trouver ?), c'est qu'on lui montre.
Le sage souhaite au contraire ne rien montrer, ou tout du moins montrer qu'il n'a rien à montrer, rien à prouver. Mais à trop s'arrêter à ses souhaits (il fait une éthique de ses souhaits, le zigoto), il manquera ce qui fait tout le sel des étapes. Il croira être tout fier de ne rien avoir besoin de trouver, alors qu'il aura au contraire trop trouvé pour se demander même une seule seconde s'il n'y avait pas autre chose à chercher. 

Personne n’aime être tout seul dans sa vérité, ni le scientifique ni le sage. Il faut toujours qu’ils l'imputent aux objets qu'ils construisent. Comme par hasard, les choses de la science se prêteront à elle, épouseront ses formes ; comme par hasard, les choses de la sagesse rejoindront les visées préalables du sage. 
Espérons tout de même qu'ils auront passé un bon moment (sans que l'obsession ne gâche la passion).

23 mai 2020

Rien ne m'angoisse tant que la pensée d'une

Rien ne m'angoisse tant que la pensée d'une séance chez un psy. Son attente, mon devoir de sens et de sincérité. Je préférerais braver toutes mes autres peurs, habiter au 7ème étage et devoir ouvrir ou fermer la fenêtre, développer séance tenante un discours théorique suffisamment construit sur un sujet encore inconnu quelques secondes avant mais aux enjeux brûlants, affronter le vent sans écharpe... Tout plutôt que le regard posé sur moi d'un praticien de l'âme. Il faut donc remédier à un tel blocage : prendre rendez-vous chez un psy afin de soigner mon anxiété à aller voir un psy. Mais ce psy, devrai-je donc me tenir face à lui aussi ? (Ou dans son dos, mais c'est kif-kif.) Vais-je réellement devoir lui exposer mes intenses réticences à la psy' ? Je ne crains rien autant que ce moment. Je préférerais que l'on me lance d'une poussée sèche le long du descente en ski, que l'on me fasse chanter en public cette mélopée contre laquelle ma voix de tête bute et se perd, que l'on m'oblige à tenir sur un vélo tant que je n'ai pas trouvé la stabilité requise. Tout plutôt qu'avouer dans le détail le malaise que je ressens à me confesser auprès d'un psy. Ce n'est pas très glorieux, je sais. Il faut remédier à cela. Seule solution : un psy spécialisé dans les gens qui rechignent à aller voir le psy qui leur permettrait de prendre conscience de leur problème avec le fait d'aller voir un psy. Cherché dans l'annuaire, trouvé. Numéro composé, mais vite raccroché (de mon côté ; du sien, pas eu le temps de quoi que ce soit). Car rien n'est aussi effrayant pour moi que ce tableau-là. Un obstacle insurmontable. Tout plutôt que ça. Plutôt un bain de lombrics, plutôt dix ans sans amour, plutôt dix ans de salariat, plutôt réparer un lave-linge que mettre les pieds chez quelqu'un qui attendrait de moi que je lui parle de mon trouble profondément ancré, de ma quasi-phobie (possiblement avérée, mais je ne le saurai jamais), de ma panique ultra-circonscrite, ne portant que sur une seule action (mais quelle action décisive !) : celle qui consisterait (j'en tremble rien qu'en l'écrivant) à aller raconter ce qui caractérise mon refus buté de consulter un psy compétent concernant la pathologie se manifestant par le symptôme unique d'effroi envers l'idée de parler à un psy formé aux questions de terreur envers le fait possible de devoir, plutôt que n'importe quoi d'autre dans la vie (même le mal de mer, même un moniteur autoritaire de nage), aller dire des mots à un psy. 

Mais il faudra régler ça, c'est sûr. Peut-être qu'un psy...

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15 mai 2020

On ne pouvait que réagir ainsi. C'est à chaque

On ne pouvait que réagir ainsi. C'est à chaque fois à cause de lui. Il est fait pour qu'on l'aime et qu'on soit si affecté par sa capacité à ne pas nous en vouloir même quand il ne comprend pas ce qu'on lui fait.
Mon organisme s'est définitivement chamboulé à partir du moment où l'on devait lui faire des perfusions – à lui, pas à mon organisme (pas pour l'instant). Son regard, son refus, son feulement, c'était trop d'incompréhension. Impossible pour moi de le voir si incompréhensif : comment un être qui l'aime pourrait lui faire ça ? Allait-il, après ça, pouvoir continuer à nous aimer ? Le fait est que oui et que c'est sans doute ça le plus bouleversant : ce genre d'être passe outre, revient de l'incompréhension, tandis que nous en sommes incapables. Ils ont cherché à me faire un truc bizarre ? Qu'importe, je les aime ! Je ne crois pas qu'il sache, dans l'action, qu'on l'aurait fait "pour son bien" ; il sait juste, hors de l'action, durant tout le reste qui n'est pas cette incompréhensible action, qu'on l'aime et c'est ça qui importe, qui emporte tout. 
À partir de là, il est évident que ce genre d'être est le plus aimable qui soit, que c'est son bouleversement à lui qui va nous bouleverser le plus. Ce genre d'être est celui qui est le plus fait au monde pour être aimable, indépendamment de tout ce qu'on pense des autres (et ce n'est pas de leur faute, de toutes façons).
Trois ans de bonus à nos côtés, à ses côtés, ça valait le coup, il a assuré. On n'aura pas vu la différence avec avant. Trois ans après les tentatives de perfusions, il a malgré tout usé la corde et même si c'est compréhensible cela restera incompréhensible : gradation du bouleversement de mon organisme lorsque je dois attendre la mort avec lui tandis qu'il ne le sait pas. "Pour son bien" ? Là encore je n'en sais rien, pas sûr (peut-être encore un peu vivre en un sursaut certes précaire et provisoire mais toujours bon à prendre, non ? non ? non.), mais là encore, tout ce dont je suis sûr c'est que jusqu'au bout il nous aimait et qu'à partir de là ça ne peut être que lui qui soit le genre d'être le plus aimable et qui par conséquent bouleverse à tout jamais mon organisme.
C'est forcément lui qui devait causer tout ça, il n'y a que lui pour. Le plus aimable. Le seul fait pour être aimable, fait pour ça au sens où nos ancêtres ainsi que les siens l'ont voulu, donc ont voulu aussi être bouleversés à ce point (en tout cas de notre côté). Les autres, à savoir les gens, ce n'est pas parce qu'ils sont aimables qu'on les aime, c'est même parfois pour tout l'inverse. Ils ne nous pardonnent rien, ont leurs visières qui les empêchent de trop aimer, ce qui ainsi est réciproque. Ils choquent, je dis pas, mais ça fera pas le même effet.
Oui, vraiment l'impression que c'est à cause de lui, car seul lui peut. 

16 décembre 2019

Je les ai de nouveau tous réunis pour leur poser

Je les ai de nouveau tous réunis pour leur poser une question. Celle-ci : « Et pensez-vous que je pourrais par exemple n'écrire jusqu'à la fin de ma vie que des textes concernant la pop, l'évoquant, l'invoquant ? ». Certains semblent perplexes, je précise donc derechef : « Parce que quand même, depuis le début c'est la raison pour laquelle je suis là, je m'y suis mis tout entier dans la pop pour me sauver la vie depuis tout petit, parce que je sentais qu'à mes côtés, dans la pièce d'à côté, la vie s'éteignait, alors vous voyez bien de quoi elle relève la pop, comment donc ne pas lui consacrer tous mes dires ? Tout le reste m'épuise, seuls les constats sur la pop me semblent pouvoir révéler, relever, peuvent potentiellement me relever en me révélant ».

Il n'y a pas de jeu sur les mots, tout est factuellement concret, elle est plus forte, elle imposera son jugement, exemple que je leur donne : écrire-dessiner avec la pop, avec la pop digne de ce nom, c'était toujours gagner puisque la confiance en cette musique, la fierté à la vivre, se transformait en confiance en mes dires, en mes traits, qu'il y ait orgueil préalable ou non ; à l'inverse, quand une source de sons vraiment trop non-pop surgissait, la nullité se faisait sentir, indépendamment de toute croyance en mon mouvement (j'aurai beau avoir démarré la feuille avec ferveur, l'absence de pop me fera perdre toute contenance). Si ça c'était pas la preuve ultimement définitive d'elle ! La preuve du fait qu'il fallait lui consacrer tout le reste de mon autel !

« Tu crois pas que t'aurais pu marquer la ressemblance avec le mot “hôtel”, avec ton refuge mental ? », s'exclame nasillardement l'un des hôtes conviés à m'écouter. La conférence prendrait alors une tournure ironique, la séance est donc levée.

13 décembre 2019

Franchement, c'est pas dit ! C'est pas dit que ça

Franchement, c'est pas dit ! C'est pas dit que ça aurait changé quelque chose, que j'en serais pas là aujourd'hui à écrire ce texte, si j'avais pas choisi la pop. Je me doutais bien qu'il y avait un risque à l'investir ainsi aux dépends du reste de la vie, mais je me disais aussi que rien ne prouvait qu'en l'oubliant davantage (si j'avais fait le choix cruel de l'oublier) on m'aurait considéré autrement. Certes, aujourd'hui je n'ai plus rien que la pop, mais si j'avais pas eu la pop il ne me resterait même plus la pop, il ne me resterait plus rien. Comment savoir si cela a réellement joué un rôle dans le fait qu'on semblait ne pas être convaincu par mon existence ? Je n'étais pourtant pas sans arrêt rivé à mon baladeur ! 

La pop, cela prenait sans conteste du temps d'écoute. Tout en l'écoutant, je suivais spontanément le reste des choses à faire suivant les préoccupations du moment. J'ai toujours été préoccupé par les mêmes contenus, mais ceux-ci ont pris des dehors toujours changeants. Me revoici ici aujourd'hui avec ce texte, situation la plus solitaire du monde (je n'ai quotidiennement plus que la pop dans ma vie, tout le monde est parti), situation qui en évoque d'autres, de plus anciennes qui ont déjà existé et dont je pensais m'être extirpé en poursuivant mes diverses obnubilations successives, mais sans que celles-ci ne me permettent pourtant, apparemment, de me prémunir contre le retour de la situation présente, principalement caractérisée par l'écriture de ce genre de texte.

À un moment, j'ai sérieusement commencé à me sentir bien, je ressentais de l'intérêt pour tellement de choses différentes, je faisais preuve de tellement d'esprit que je me suis senti invincible. Cette euphorie m'a vite paru louche (elle l'avait souvent été jadis) et la peur a donc grandi, la peur du retour du malaise, du doute. C'est là que ça s'est précipité : je sentais que je ne tenais qu'à un fil, qu'il suffisait de n'être brusquement (moi-même ou les autres) plus convaincu(s) par mon existence pour perdre l'entièreté de mon assurance acquise. Il s'est passé ce que j'avais pressenti mais sans l'avoir prémédité : ce sont essentiellement les partages qui se sont avérés précaires, mon lien au monde ne s'était, il faut croire, pas suffisamment affermi. J'avais pourtant l'impression que ça y est, c'était parti. Mais me revoici aujourd'hui ici. 

Croire que tout serait la faute de la pop serait risqué. Elle est tout ce qu'il me reste ; si je devais elle aussi la remettre en question, je me verrais dans l'obligation de me conduire vers une illusoire indépendance affective de l'ordre du virilisme qui ne durerait sûrement qu'un temps et verrait naître une peur du retour du rien encore bien plus puissante que celle que j'ai déjà connue. Telle serait ainsi vraiment ma fin (et c'est ce qui fait la misère qui nous entoure, que je ne souhaite pas rejoindre). C'est justement en me penchant sur ce gouffre repoussant que je saisis ma dernière chance intérieure : je n'irai jamais dans cette négation, je tiendrai la route, la seule route qui vaille, sans cesse similaire et changeante à la fois, la seule pop digne de ce nom, le cœur de ma croyance ; en tentant dans le même temps de me réaccrocher au monde, de lui expliquer que je n'ai pas spécialement voulu ce texte, que bien qu'actuellement inévitable (ce genre de texte) je me serais bien passé de l'écrire, qu'il en soit certain !

26 novembre 2014

Pourquoi c'est non, pourquoi je m'y refuse

Pourquoi c'est non, pourquoi je m'y refuse encore, pourquoi je n'ai jamais vraiment franchi le pas, pourquoi je ne m'en sens pas capable, pourquoi je ne m'y vois même pas, pourquoi je ne le conçois que difficilement :

- Déjà parce que c'est tellement important, tellement précieux qu'il faut que ça garde un statut spécial, hors-nécessités.

- Parce que j'ai toujours pensé qu'il fallait être équilibré dans sa tête pour s'y consacrer, quand bien même cela paraît peu répandu dans l'histoire. J'attends de grandir intérieurement pour prétendre à. On a chacun sa vitesse, on n'est pas tous égaux. C'est quand tout est clair là-dedans (doigt qui tapote le crâne) qu'on peut partir aux quatre vents. En attendant, réglons.

- Parce que cela me vient du tout premier artiste que j'ai aimé, qui voulait caresser le monde. Cela doit passer par une douceur teintée de lucidité (car c'est évident que j'ai envie d'aimer l'univers), ce mélange pouvant parfaitement mener à ma bizarrerie – je ne vois pas ce qu'il y a de contradictoire. Tant que celles-ci ne sont pas compréhensibles ni même parfois possibles (comme si c'était forcément spontané !), cultivons à fond le surplace qui creuse sa raison d'être. 

Je parle donc de l'art.

3 décembre 2019

C'est pas pour faire exprès que c'est tout

C'est pas pour faire exprès que c'est tout l'inverse chez moi, je vais vous expliquer la logique.
Chez les gens, au début c'est la pudeur puis viendra l'épanchement dans la relation. Mais voici ma logique à moi : c'est justement au début que doit s'ébrouer la transparence, l'extraversion de notre introversion afin que l'on puisse être témoin de ce que nous sommes (avec le risque de se faire “petit dictateur libertaire” qui violente l'autre ne souhaitant pas poursuivre sur cette pente, mais on cesse quand on sent poindre le malaise) ; et ensuite ce ne sera plus tellement la peine (ce serait superflu) de se confier autant puisque la beauté résidera dans l'effectuation qui perdure, qui devient chaque jour plus concrète (avant d'exploser de trop de concrétude, bien entendu).
Chez les gens, la honte vient d'évoquer les sentiments les plus intérieurs plutôt que la vie courante. Mais voici la mienne de logique, bien plus logique pourtant (je trouve) : c'est justement dans les sensations existentielles les plus profondes, souvent les plus intimes-affectives qui sont aussi les plus spirituellement marquantes, que se fait jour une universalité proprement criante qui dévoile l'humain générique (ses possibilités donc les nôtres, les nôtres dont les siennes) plutôt qu'elle ne nous déshabille particulièrement ; par contre, si je dois expliquer mes choix de vécu les plus extérieurs, je dis trop de ce qu'a été ma cruelle et inconvenante contingence, c'est vraiment indécent, je ne vous le permets pas. Ah mais hein.

23 novembre 2019

Différentes preuves concernant la pop (10)

Différentes preuves concernant la pop (10)

C'était clairement la preuve que j'avais décroché quelque chose qui m'accrochait violemment : je suis allé réveiller ma grand-mère en pleine sieste pour lui dire à quel point cet album m'avait fait toucher une sorte de complétude profondément semblable à ce que j'avais toujours voulu ressentir de rétif, d'intensément grisant et spontanément frissonnant, phrasé naturellement incarné et par là même digne de ce nom, figure écarquillée sur fond solidement découpé (Never Mind The Bollocks, Sex Pistols, écouté sur baladeur) ; mais elle n'avait pas l'air de comprendre, elle aurait préféré ne pas être extraite de là où elle était. Cela témoigne de mon égo-logique de l'époque, qui me fait parfois honte mais pas ici car c'est trop beau à dire : le Punk m'a donné envie de ne plus avoir d'égards pour le sommeil des miens. C'est ce qu'il méritait, un point c'est tout.

3 novembre 2019

Différentes preuves concernant la pop (9) Je l'ai

Différentes preuves concernant la pop (9)

Je l'ai déjà écrit ailleurs, mais je le redis d'une autre façon : une seule mélodie, une seule tournure suffit à me dire que tout le reste du monde et de la vie en vaut la peine.

Histoire de l'exprimer encore autrement : dans cette chanson à laquelle je pense, que je me chante en ce moment, en plus de son déroulement digne de ce nom, la cerise sur le gâteau réside dans la jouissance que procure le soudain cri simiesque pendant le solo de flûte. C'est typiquement la preuve, le parfait genre de preuve.

Vu que c'est difficile à se le représenter quand on connaît pas, je tiens à dire qu'ils ont choisi de le montrer afin qu'on saisisse bien toute l'importance (car il faut insister, il faut appuyer, moi aussi je suis quelqu'un qui insiste, je suis quelqu'un qui appuie, vous me connaissez depuis le temps) : il y a donc un singe, une flûte (et des sortes d'abeilles qui dansent) entre 1:57 et 2:30 ; je vous le dis pour que vous sachiez à quel point tout peut être prouvé pour ceux qui sauraient pas directement ressentir, pour ceux qui ont jamais le temps de se consacrer enfin à la pop (alors qu'il faudrait).

9 octobre 2019

Contre la mystique aristocratique du détachement,

Contre la mystique aristocratique du détachement, je souhaiterais faire valoir l'attachement à tout ; parvenir à prouver que ce dernier n'est pas assimilable à un "attachement à rien" : on ne passe pas d'une chose à l'autre, on a perpétuellement présent dans notre esprit et dans notre cœur tout ce vers quoi on est orienté. Nous ne croyons pas aux vertus de l'oubli, dont se vantent pourtant aussi bien les chantres du détachement que ceux de l'attachement circonscrit (cet unisson devrait d'ailleurs les interroger sur ce qu'ils sont) ; tout est toujours en nous et c'est justement ce qui fait qu'on peut librement être touché par tout, être relié à tout ce qui nous fait nous, en variant alors les sources d'émotions puisqu'elles sont toutes en permanence rattachées à un sens, à différents sens respectifs, chacun irremplaçable (la croyance en l'interchangeabilité étant signe d'un sentiment de vide mal négocié). Ainsi, nous respectons vraiment l'être pour ce qu'il est. 

8 octobre 2019

Oui, ça se complète, ça marche ensemble, ça forme

Oui, ça se complète, ça marche ensemble, ça forme un cercle vertueux. Je voudrais vraiment qu'au beau milieu de mon set expérimental, soudain – mais non, pas soudain justement, au contraire comme quelque chose qui s'imposerait naturellement, irait de source, résonnerait une harmonie parfaitement digne de ce nom que le puriste bercé jusqu'alors par mes dissonances ne pourrait qu'apprécier comme une suite logique, en se rendant compte (tout penaud) qu'il avait auparavant répondu à un simple orgueil de position lorsqu'il dépréciait la pop. Ce serait aussi subversif que prendre une virée violemment particulière durant une mélopée universelle. Ce serait cette fois-ci l'universalisation qui serait dérangeante ; cela permettrait de se rendre compte qu'il y a tant de formes de justesse à soutenir et que chaque virée est à prendre pour ce qu'elle dit d'adéquat quant au moment.

26 janvier 2015

D'abord, j'ai essayé les études d'art. "Bonjour,

D'abord, j'ai essayé les études d'art. "Bonjour, alors vous allez devoir faire de l'art, c'est ça qu'il faut faire dans la vie". Devoir faire de l'art ? Ce qu'il faut faire dans la vie ? Mais mes dessins c'est maladif, névrotique, c'est un symptôme d'autre chose, c'est trop dangereux de s'y complaire, surtout pas devoir faire ça dans la vie !

Du coup ensuite j'ai essayé les études de philosophie. "Bonjour, alors vous allez devoir philosopher, c'est ça qu'il faut faire dans la vie". Devoir philosopher ? Ce qu'il faut faire dans la vie ? Mais mes pensées et mes yeux sur des livres c'est maladif, névrotique, c'est un symptôme d'autre chose, c'est trop dangereux de s'y complaire, surtout pas devoir faire ça dans la vie !

Du coup après je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose que je n'aime pas. Forcément. Parce que tout ce que j'aime je ne l'assume pas, ne le reconnais pas, j'en ai toujours un peu honte : ce sont des manies, des lubies dont je dois m'extirper, dans lequelles je suis englué et desquelles je sortirai un jour victorieusement, quand je serai enfin un vrai adulte qui ressent des choses sérieuses dans sa tête sérieuse.

La musique et l'écriture j'ai jamais essayé de m'y enfoncer vraiment parce que je ne fais déjà que ça. À quoi cela servirait-il de les "choisir", de les "investir" alors que je suis bercé par elles à chaque minute ? Par exemple, je vous assure que parfois c'est simplement l'existence d'une chanson qui me donne envie de ne pas rien faire du tout ! Ou l'existence d'une voix.

Affectivement : bébé cadum, c'est ça le problème. Laissez-moi m'endormir, laisser filer, me dire que le monde est concentré sur ses choses et que pendant ce temps je peux parcourir mes chemins en toute quiétude.

(Quant au politique, c'est le pire refuge insane, je déteste quand je m'englue dans ça. Désolé.)

28 septembre 2019

C'est incroyable, c'est exactement la même façon.

C'est incroyable, c'est exactement la même façon. Les mêmes façons, même, car il y en a deux. 

La première façon, c'est la manière qu'ils ont d'être spontanément friands de ce que je peux apporter, reconnaissant avec bienveillance la pertinence de mon existence, comme à l'époque où j'étais une star. Dans leur regard, c'est tout ce que j'avais perdu de vue depuis maintenant quatorze ans, tout ce après quoi j'ai couru. Je ne pensais pas le retrouver ici, à l'autre bout du pays, chez des gens de leur âge. Ainsi, je suis de nouveau justifié.

La seconde façon, c'est la façon qu'il a de ne pas en revenir de me voir ne pas maîtriser à ce point les choses à faire dans le domaine que je me suis fixé. Exactement comme quand il est question d'un quelconque travail, capitaliste ou non ! J'en étais sûr, je me l'étais dit dès le départ : tout travail revient au même, même l'art. On devient toujours aliéné, du moins lorsqu'on est préalablement caractérisé par une absence de maîtrise envers son corps. On nous force toujours à faire ce qu'il faut faire, même dans l'underground.

Il faut dire que tout ça nous renvoie à la condition professionnelle de l'artiste : une partie importante (centrale ?) de son activité revient à s'auto-justifier. L'œuvre qui se pense comme telle, c'est le résultat + la façon de se penser, de se considérer en la considérant. De là sa philosophie générale qui est celle du point d'honneur, le plus souvent spiritualiste (puisqu'il semble nécessairement se définir comme un “individu”, sic) : la vision du monde de l'artiste, aussi bien sociale que religieuse ou culturelle, c'est la mise d'un point d'honneur à considérer les choses d'une façon supra-matérielle, qui seule peut justifier son existence. De la même façon qu'il se doit de proclamer que son art a le droit d'exister et d'être perçu en tant qu'art malgré toutes les libertés qu'il prend à l'égard de l'art précédent (et qui le constituent par là même en tant qu'art situé, pertinent, faisant date), il perçoit la société comme un écheveau de langages, de signes, de symboles. Il veut croire qu'il n'y a que ça, ou du moins cela avant tout, avant toute autre chose matérielle. Car s'il reconnaissait une extériorité à toutes ces constructions (une base, une fondation ou une détermination), il devrait également se reconnaître comme énonçant simplement ce que sa position le conduit à énoncer : il saurait qu'il parle comme un artiste parce qu'il est un artiste, rien de plus.

Qui plus est, la plupart du temps, il s'est édifié une mythologie cohérente qui le place de façon bien douillette dans le sous-champ de sa pratique où seront reconnues et célébrées les mêmes références. Pour cela, la chose la plus triste qui soit (celle que je vis personnellement, qui fait que je ressens tout ça plus que tout), c'est l'impossibilité à aimer ce que l'on devrait aimer. L'impossibilité à trouver que la musique que l'on devrait logiquement apprécier selon la position que l'on occupe dans le sous-domaine de ce sous-champ par ailleurs non-musical soit d'un quelconque apport sensible, d'une quelconque pertinence esthétique. L'impossibilité à faire se correspondre les divers éléments de la panoplie culturelle de sa fraction de classe. Il en manque toujours beaucoup trop pour paraître honnête. (Or, on ne l'est que trop. Non pas tant par rapport à “soi”, un mystérieux “soi” imagé, que par rapport aux différentes panoplies traversées dans l'existence, chacune autant marquante, nourrissante et indispensable pour cela, chacune s'ajoutant donc aux autres dans une cumulativité qui apparaît comme la seule vivable à nos yeux.)

Au contraire, s'il y a à retenir quelque chose de précieux de l'analogie musicale, c'est celle de la multiplicité (que permet une carrière pop digne de ce nom) : voir à quel point on peut être à la fois si différent et si exprimant la quintessence de ce qu'on doit exprimer. Cela devrait nous servir de leçon, mais au lieu de ça on saucissonne – principe de la mise en mythe – en ne retenant que la posture de l'emballage : regardez les couleurs de la pochette, là, c'est tout moi comme quand je fais mon art et que je déclame ceci sur le monde ! Encore et toujours : privilège de l'auto-énonciation sur le contenu en soi, qui demanderait pourtant une attention aux mouvements biologico-psychiques que l'on y met.

6 février 2015

Deux tableaux se perpétuent : - Cette

Deux tableaux se perpétuent :

- Cette bibliothèque où des livres placés trop haut pour moi m'auraient sorti de mes hontes et fixations. Je l'ai déjà dit mais je le redis : je passais devant cent fois par jour et n'en ai jamais pris un seul alors que ma mère m'y aurait incité. Je bute contre ça.

- Cette fameuse année qui m'a laissé un goût d'irréel, où je n'ai rien fait d'autre que me pencher sur moi – tout seul dans un petit appartement, j'avais abandonné le cours des choses pour creuser l'indicible ; j'ai bien senti la gravité morbide mais je n'en étais pas dupe (je ne suis jamais dupe), l'essentiel me paraissant de poser des jalons décentrés, des vues obliques qui ont laissé une incomparable présence sensorielle, une justification émotionnelle que je n'avais pas encore ressentie jusque là et n'ai jamais ressentie de nouveau – hormis dans le domaine de l'amour, qui est à part car les deux pieds dans la vie. Simple "instinct de mort" ? Pas seulement, je crois. Aussi regard en biais sur le positionnement. Donc forte impression forcément.

Ce deuxième tableau, par sa liberté déchirante (c'est moi qui l'ai fait), a remplacé celui qui était à sa place auparavant : celui où, écolier adolescent, je mettais tout dans les historiettes, internes ou externes. J'y avais certes découvert le langage, les traits-constructions de mon monde s'échafaudant sur mes incapacités existentielles, mais je n'étais pas un être présent, étant déjà suffisamment pris par tout ce que suscitait comme joyaux mon absence. Dans le petit appartement, j'ai appris à être là en tant que fil qui passe et fuit. Ça m'a paru déjà mieux de le reconnaître.

24 septembre 2019

Qu'en est-il de ma relation aux vieux en forme

Qu'en est-il de ma relation aux vieux en forme (chanteurs ou entourage) ? Je ne sais pas si je m'y projette ou si je les envie comme quelqu'un d'extérieur à la partie. À la fois, c'est déjà tellement moi, cette sensation d'être déjà dans le post et d'avoir l'impression que c'est là que tout commence (et le fait est que dans une discographie, comme je l'ai dit, de tels albums tardifs sont souvent la clé de tout, la supra-quintessence) ; sûrement la façon la plus évidente, la plus saine de vivre une brusque rupture handicapante quelle qu'elle soit : se dire qu'on est déjà dans l'après et qu'ainsi ça change la donne, les enjeux apparaissant comme au-delà de ce dont on a pu puérilement se soucier. Ce n'est pas tant que l'on n'a “plus rien à perdre”, comme le répète l'ancienne, que ce qu'on a à perdre serait tellement tout, tellement trop que notre plainte se dépasse d'emblée dès qu'elle est prononcée (car toujours bien plus grande qu'elle-même, même si l'on met sans doute un peu de temps à l'accepter comme telle, le temps de laisser passer les dernières craintes tristes).

Le vieux en forme que l'on peut côtoyer ou observer, c'est ce qu'on ne sera vraisemblablement jamais : il permet alors de s'abandonner dans la contemplation ; l'envie d'être lui ne se reconvertit pas en jalousie, du moins une fois que l'on a fait le deuil de la partie en jeu. Cela relève du pur mouvement de constatation curieuse et vive (et l'on se demande souvent : comment me verrait-il, sûrement comme le dernier des monstres puisque je ne représente même pas ce qu'il a été, je suis d'emblée un faux jeune, un jeune empêché). Je m'aperçois que les affaires de générations m'ont très tôt soucié : à partir de quel moment peut-on décemment être perçu comme diminué, ne plus se sentir concerné par ceci mais plus que jamais par cela ? Je crois que je change d'âge tous les jours (les flux d'énergie ne passant pas dans les mêmes endroits, se concentrant de-ci de-là suivant ce que mes organes ont décidé : concentration directement déterminée par la digestion, la gestion du sucre, de la lumière, des sons à l'intérieur ou à l'extérieur du crâne...).

21 septembre 2019

Un beau jour, on découvre qu'on aime le

Un beau jour, on découvre qu'on aime le psychédélisme et la sociologie alors qu'on ne s'y était pas préparé. On avait cru tout le contraire. On le découvre quand c'est trop tard pour se préparer à quoi que ce soit (même se préparer en vue d'un projet). Comment donc rattraper, alors que l'on est en partie réduit par tous les choix contraires à nos propensions ? À défaut de pouvoir devenir ce que l'on aurait dû devenir, on s'efforcera de l'affirmer le plus souvent possible ; affirmer que c'est cela que l'on est après tout, tout bien réfléchi, que c'est par ces biais que l'on a toujours goûté la vie, que ce sont ces sources de savoirs et de sensations qui nous ont à notre insu soufflé ce qu'il fallait saisir et nous guident et nous guideront encore tant que nous serons ainsi faits.

19 septembre 2019

Différentes preuves concernant la pop (8) Je me

Différentes preuves concernant la pop (8)

Je me rappelle que le jour où je me préparais à les revendre (les anciennes versions, non remasterisées, des trois CD de la trilogie), j'ai hésité à les lui laisser, ou plutôt à les lui offrir (car on était encore ensemble). Mais c'était trop glauque comme vision, la preuve, j'avais pensé au verbe "laisser" qui signifiait que cela pouvait se finir un jour : "laissons-lui dans la perspective où un jour chacun aura ses propres disques et non plus la communauté des passions permise par la communauté de la relation". Brrr, surtout pas... Qui plus est, la noirceur de la démarche était redoublée par la noirceur vaporeuse de l'ancien mastering que j'allais lui "laisser" (les flous des voix n'étaient donc pas faits exprès ; le mix restauré les faisait apparaître dans toute leur claire beauté, certes noire aussi à leur façon, mais claire). Non seulement elle n'aurait plus accès à moi en tant que moi si jamais on se séparait, mais qui plus est je ne "laisserais" que la version vaporeuse, troublée, empêchée de mes disques (empêchée par la rudimentarité de la technologie de mastering des premières versions pressées aux débuts du CD). J'ai donc revendu. Et on a écouté, réécouté, d'abord elle et moi, puis moi tout seul avec la musique désormais, ces trois albums à nul autre pareil, sonnant encore un peu comme nos hésitants débuts (où je les avais découverts) mais jamais complètement, ils ont changé, ont été restaurés, comme nous, nous aussi, restaurés, désormais séparés, initialisés (mais jamais complètement, car l'autre est passé par là).

5 septembre 2019

Tu as retrouvé qui tu étais. Tu n'avais plus été

Tu as retrouvé qui tu étais. Tu n'avais plus été ainsi depuis... depuis combien de temps déjà, depuis des années, plusieurs années. Ceux qui n'ont jamais cessé d'être quoi que ce soit ne connaissent pas cette expérience, ne peuvent pas retrouver qui ils étaient puisqu'ils sont toujours eux. Toi, au moins, tu as pu vivre cette impression en cet instant : tu es de nouveau celui que tu avais pu être, qui n'avais pas cette douleur permanente. Tu peux de nouveau regarder de la lumière dans les yeux ; depuis plusieurs années, dès que tu es confronté à un quelconque éclat, ça irrite puis ça irradie direct. Ça t'a rendu zinzin, à force. Et là, grâce à cette étrange molécule : il n'y a plus de filtre parasite entre la sensation lumineuse et toi, ce que tu n'avais plus vécu depuis des années, à aucune seconde de ta vie, tu te dois de le répéter, de le faire comprendre, tu ne leur as pas assez dit. Chaque seconde était douleur sous la lumière. Si tu veux être plus exact concernant ce que tu vis en cet instant – et par là même encore plus impressionnant, plus impressionné, plus exalté dans la description –, tu sens que le cerveau s'attend à souffrir, donc léger mouvement de recul-crainte (cette anxiété mécanique, infra-consciente qui ne t'a plus quitté depuis), mais oh, incroyable, il ne se passe pourtant aucune douleur, elle n'a pas lieu comme à son habitude, il y a juste une perception banale comme toute perception, cette banalité t'avait manqué, c'est donc ça la non-douleur, c'est juste la légèreté, et ainsi une douce euphorie te prend. Tu sens bien qu'il y a de la chimie derrière car tu te sens quelque peu ralenti dans ton exaltation, tu planes quelque peu, il ne peut y avoir que ralentissement s'il y a exaltation, avec cette chimie. Mais libéré du filtre de la douleur qui s'était imprimé sur ta vie à chaque seconde depuis des années, plusieurs années (combien de fois te faudra t-il le répéter), tu ne t'es jamais senti aussi vivant. Ou plutôt si, tu t'es déjà senti ainsi : avant, avant la douleur. Tu t'es retrouvé, dis-tu. Mais ça fait aussi pleurer, de se retrouver ; ça ne tenait donc qu'à ça, toute cette douleur qui t'a paralysé, crucifié, hypnotisé, créant tant de désastres dans tous les compartiments de ta vie ? Une larme aimerait couler, pour l'occasion. Ça a failli. Mais tentons de profiter de la chimie.

25 août 2019

J'aimerais arriver à faire saisir dans une œuvre

J'aimerais arriver à faire saisir dans une œuvre à quel point je me suis souvent senti partir, tout en sentant (dans le même temps ou quelques secondes après) qu'une force plus grande que tout m'habitait. Arriver à faire comprendre qu'un sentiment tout proche de la mort qu'amenait par association d'idée ma faiblesse se voyait immédiatement opposer une espèce de feu spirituel intérieur qui amenait à conclure que le problème ne pouvait résider que dans mon corps. Sans doute pour cela que l'on ne m'a jamais pris au sérieux. Très tôt eu la certitude qu'il aurait fallu que je sois dépressif pour que les autres me perçoivent enfin comme réellement atteint, comme une sorte de preuve irréfutable, d'illustration par l'exemple. Mais non, sombrer n'était pas possible pour moi, cette éventualité se présentant même comme un luxe inaccessible : il fallait déjà parvenir à rester debout sur ses deux jambes, bien penser à respirer, ne pas basculer la tête en arrière à cause du trop grand nombre de pulsations dans le crâne, autant d'attentions de tous les instants qui ne laissaient pas de place à la mélancolie. Toujours surpris par ce à quoi j'allais encore bien pouvoir avoir affaire. Tout fut bigarré et j'en ai été bien trop étonné pour en être enragé.

14 août 2019

Je les ai faits venir pour statuer sur ma

Je les ai faits venir pour statuer sur ma perpétuelle ambivalence entre ma honte quoi que je fasse et ma fierté quoi que je sois. Comment expliquent-ils ça ?

Lui ne m'aime qu'à moitié, il dit donc : « Peut-être que cette fierté existe pour te complaire dans une impossibilité morale à surmonter ta honte ? On reconnaît bien là ta faiblesse de caractère, ton inconséquence ! »

De son côté, elle souhaitage davantage me défendre : « Mais mettez-vous à sa place, peut-être que cette fierté à tout crin, certes puérile et dangereuse à long terme, est une sorte de réaction de survie, façon spontanée, fervente de contrecarrer cette honte si glaciale, si glacialement cristallisée ! »

Je vais tenter de mettre la balle au centre (à mon encontre ou en ma faveur ?).

Je dis : « Disons que la fierté est une pièce rapportée de mes atteintes, tout en étant un moyen pour moi de faire comme si elles n'avaient pas lieu. Le plus dur est de faire perdurer cette conscience : je sais bien que je serais moins fier si j'allais mieux, mais je ne peux pas m'en empêcher, il n'y a que ça qui correspond à l'allant que je souhaite conserver. En gros, pour faire simple : mon état de fierté, c'est celui que je devrais avoir si je pouvais faire tout ce que je ressens comme potentiels en moi et comme ces derniers ne peuvent pas s'actualiser (à cause des atteintes), autant être quand même fier pour ne pas péter les plombs. »

Forcément, il renchérit : « Donc tu vois bien que tu t'illusionnes, que tu te complais ! »

Je réponds malgré tout (malgré que je sache qu'il ne sera pas convaincu par ce type de réponse, son but n'étant pas de traiter du réel mais de caractères, d'attitudes, d'intentions supposées) : « Bien entendu que d'une certaine façon j'en deviens gaga ! Mais tu oublies une donnée essentielle : il y a des atteintes. Ma fierté, c'est aussi celle de me savoir encore debout, relativement frais et partant pour la suite malgré ces atteintes, c'est ce goût de la permanence, d'une espèce de sentiment de Dieu. Très béat, j'en conviens. Mais comment faire autrement ? Ce dont je suis prêt à me dépouiller, c'est de tout ce qui brouille mon discernement quant aux sources de la honte, savoir quand elle me vient avant tout des autres ou avant tout de moi, pouvoir mieux peser et soupeser. Si, en conséquence de cet éclairage, je dois devenir un petit moins fier par ci, un petit peu plus par là, différemment fier, différemment honteux, très bien, je signe ! Faudra bien que ça bouge, hein, je dis pas le contraire ! »

À partir de là, on s'est mis à parler d'autre chose et ça m'allait comme ça.

 

13 août 2019

J'aimerais ne pas faire que me défendre de leurs

J'aimerais ne pas faire que me défendre de leurs propos, j'aimerais aussi en mettre d'autres sur la table, leur proposer les miens ; mais après avoir bien écouté les leurs, afin de ne pas reproduire le travers que je leur reproche, le manque d'écoute ; mais cette écoute ne devant pas être craintive de ce qu'elle pourra entendre, pour ne pas retomber dans la réaction de défense. En somme, il faudrait être dans ce que l'on pourrait appeler la proposition confiante en pleine connaissance de cause, ou « hop, tout bien pesé, voici ce que je pense pouvoir apporter ». Ce serait si simple !

12 août 2019

Faire juste quelque chose en particulier, me

Faire juste quelque chose en particulier, me concentrer sur la nécessité d'un sous-domaine (ce dessin-ci, ce texte-là, seulement ça, seulement ci), je n'y arrive plus car je ne suis plus convaincu que ça dise tout à fait quelque chose. S'il faut dire, il faut le dire tout à fait et l'on peut rarement. Par contre, tout ensemble, à savoir quand on relit ensemble les différents fragments qui se répondent, se complètent et s'enrichissent chacun par rapport à chacun, tous autant qu'ils sont, je crois tout de même que ça reflète un joli effort de vie, pour ne pas dire d'expression. C'est en pensant à tout à la fois que je suis convaincu par ce que je fais.

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