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Définitivement
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4 décembre 2012

La plupart des humoristes, même ceux que j'aime

La plupart des humoristes, même ceux que j'aime souvent, me semblent se cacher derrière leur humour au lieu d'être eux-mêmes. C'est agaçant car j'ai cent millions d'idées délirantes dans leur genre mais je me les refuse car ce serait passer à côté de moi-même, or depuis le tout début que je crée je n'ai qu'une seule exigence : être toujours au plus près de moi-même. Mais qu'est-ce que c'est "soi-même" ? Peut-être qu'ils sont bel et bien eux-mêmes, c'est juste que leur eux-même est différent du mien, ils en ont bien le droit ! Oui mais dans ce cas-là : quelle insouciance ils ont ! Je n'y crois pas. Suis-je donc le seul à avoir sans cesse des myriades de mots/traits emberlificotés qui courent dans la tête dans tous les sens, sans aucune concession à la drôlerie ou à l'émotion (ces passages obligés de l'art officiel) ? Comment les faire taire, comment les censurer ? Comment faire croire que je peux me les masquer en écrivant des blagues ou des scénarios (mots synonymes : un scénario est toujours une blague mentale, une supercherie) ?

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2 décembre 2012

Et dire qu'il était là depuis tout ce temps... Je

Et dire qu'il était là depuis tout ce temps... Je passais devant tous les jours en me lavant les dents, en secouant les bras et en chantant du punk, il était à portée de main dans la grande étagère du salon : "Plume" d'Henri Michaux, exemplaire ayant vraisemblablement appartenu à ma mère. À quinze ans il aurait pu me faire découvrir que j'avais un frère, que la littérature était digne d'intérêt et qu'il fallait que je m'y lance au lieu de gribouiller frénétiquement des dessins imbitables. Quand il m'est apparu c'était trop tard, tout était joué, tout était perdu : au lieu d'être son disciple j'ai été son fan. C'est le problème de notre génération, on est des fans faute de mieux, on ne peut pas sérieusement participer au monde de l'art, on a raté trop de coches. On n'a pas les clés (sauf les intellos, les riches et les riches intellos).

23 novembre 2012

Ecrire des trucs c'est un peu comme quelqu'un qui

Ecrire des trucs c'est un peu comme quelqu'un qui arrêterait pas de dire "ce qui est incroyable c'est que..." pour donner de l'importance à tout ce qu'il pense alors que cela n'en a pas. Chaque écrivain devrait introduire ses phrases par "ce qui est incroyable c'est que" pour qu'on comprenne pourquoi il a voulu les écrire. Mais comme ça fait un peu lourd au niveau du style, tout le monde oublie. C'est dommage, les choses seraient plus claires.

22 novembre 2012

La grosse dondon est tellement grosse qu'on a

La grosse dondon est tellement grosse qu'on a décidé de la découper en morceaux et de les faire tous manger à quelqu'un qui a un appétit d'ogre. Le problème c'est qu'il n'y a que la grosse dondon elle-même qui aurait pu manger un mets aussi bourratif. Du coup on remonte le temps, morceaux de dondon dans le baluchon, pour les refourguer à ladite dondon jadis intacte. Paradoxe temporel : elle se mange elle-même et grossit encore plus. Donc on la découpe en morceaux et ainsi de suite, on s'occupe comme on peut.

21 novembre 2012

Assis sur un banc dans le froid, quand quelqu'un

Assis sur un banc dans le froid, quand quelqu'un passe près de moi ça fait un courant de chaleur vachement chaleurifiant, rien que pour ça je comprends les gens qui aiment les gens ! Ils contiennent un feu intérieur ! Souvent utile dans certaines circonstances comme celle-ci. Bien sûr, il faut qu'ils soient suffisamment habillés pour que leur taux de chaleur emmagasiné soit suffisamment réchauffant pour le passant frigorifié qui les côtoie. Une forme de convivialité qui est le contraire total du naturisme, en somme.

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19 novembre 2012

Eh mais c'est fou ça car on dirait que, mais oui,

Eh mais c'est fou ça car on dirait que, mais oui, c'est lui !!! Le loulou ! Le gros loulou ! Il m'avait manqué tiens, le loulou ! Comment ça va ?

"Bah ça va, j'ai pas trop changé tu sais."

Mais je ne te demandais même pas si t'avais changé, gros connard !!! Gros connard le loulou !

"Tu l'as dit, toujours comme ça je suis. Tu l'as da, toujours je suis comme ça."

C'est sur ces mots qu'on s'est épousé. Sûr que c'était ces mots.

17 novembre 2012

C'est fou comme avant il suffisait que je sache

C'est fou comme avant il suffisait que je sache que mon ami allait lire mes pages pour que je sois motivé à les faire. C'est fou comme je savais que j'étais un bon, que ce que je faisais ne ressemblait à aucun autre, que j'allais forcément casser la baraque avec mes dessins tordus et mes textes abscons. C'est fou comme j'avais du temps pour m'y consacrer, c'était toute ma vie, il était hors de question que je touche à quoi que ce soit du quotidien ou du social, c'était trop bas pour moi, trop vil, trop mesquin, je ne m'intéressais qu'à ma destinée, qu'à mon cerveau malade. C'est fou comme c'était reposant. Rien ne sera jamais plus gratifiant que ça. Ce n'était pas les prémices d'une oeuvre, c'était son aboutissement. Tout ce que je fais aujourd'hui ce n'est que m'efforcer de ne pas trop régresser, de retrouver le plus possible ce que j'avais acquis et que j'ai sans cesse perdu à cause du monde tout autour qui n'y comprend rien et qui m'enjoint de me mêler à lui.

17 novembre 2012

Un constat s'impose, même si celui-ci ne fait pas

Un constat s'impose, même si celui-ci ne fait pas plaisir : l'audace est à droite, définitivement. Pour deux raisons :

1) Nous, gens de gauche, cinglés aux névroses morales, avons toujours pensé en secret que c'était ceux du camp d'en face qui étaient les plus déséquilibrés du ciboulot avec leurs névroses immorales. (La meilleure preuve c'est que leur conception décalée de la morale – croire que celle-ci se situe dans des valeurs préétablies, créées artificiellement, alors qu'elle réside naturellement en l'homme – pourrait leur faire écrire exactement la même phrase que je viens d'écrire juste avant.) Quand ils étaient au pouvoir nous nous sommes tus poliment, certes en amenant dans le débat des données sociales ou économiques, mais jamais sanitaires. Nous faisions comme si leurs cerveaux étaient normaux. Or, qui manie désormais à la perfection le champ lexical de la folie pour parler de la politique de ses adversaires ? Jean-François Tourette-Copé. Quelle ironie insensée ! (Je lui emprunte à l'occasion l'un de ses adjectifs favoris.)

 2) L'eugénisme est un plaisir de fin gourmet, avouons qu'il nous trotte souvent en tête. Par exemple, il paraît évident que les "super-riches", comme on les appelle poliment, sont des cas psychiatriques particulièrement graves qui n'ont pas intérêt à avoir de la descendance, étant désormais entendu qu'être gosse de milliardaire est bien plus perturbant qu'être fils de prolo. Or, nous n'avons jamais proposé d'interdire aux personnes dépassant un certain patrimoine d'élever des marmots, c'eut été pourtant faire preuve d'audace. Là encore, qui gagne largement la palme de l'imagination provocante ? La droite, en faisant savoir que les invertis ne peuvent prétendre à ce droit. Et mince, encore une fois nous avions manqué une belle occasion d'être les premiers à être mal-pensants ! Et après nous nous étonnons de recevoir des quolibets...

L'audace n'est peut-être pas dans nos gènes, ça doit être ça. Tant pis, c'est pas grave, on a autre chose à la place, non ?

16 novembre 2012

Le plus grand risque de toute création artistique

Le plus grand risque de toute création artistique – et elle aura beau se targuer d'une volonté de cohérence, d'intégrité, de pertinence, d'éthique – c'est de devenir un système qu'on voit arriver à cent mètres à la ronde. Elle perdra toujours à ce petit jeu, elle ne deviendra jamais une pensée philosophique (ou alors il faut qu'elle s'en donne les moyens et c'est rarement le cas). Impossible de nous faire croire qu'un cerveau soit sûr de sa vision du monde et se complaise à réitérer sans cesse les mêmes constats qui se rejoignent tous pour tendre en une logique imparable. Il y a forcément un manque d'honnêteté quelque part, un voile sur la face, une absence de lucidité. Le seul moyen de le reconnaître c'est de se permettre enfin de virer de bord, juste pour voir. Ça fait pas mal, au contraire, ça fait crépiter. Essayez.

12 novembre 2012

"G.I. Joe or Mac-Do", c'est ce que j'ai dit à

"G.I. Joe or Mac-Do", c'est ce que j'ai dit à Barack Obama cette nuit dans le chalet de ma grand-mère paternelle.

Je lui avais paumé sa veste, il me l'avait prêtée gentiment et je l'avais paumée. Pour l'instant il gardait son sourire car il est sympa, mais je sentais qu'il commençait à perdre patience vu que mes recherches dans le chalet étaient infructueuses. J'étais sûr de l'avoir laissée sur le dossier d'une chaise. Forcément elle n'y était plus. Barack m'aidait à mettre la main dessus, on n'est jamais trop de deux pour chercher une veste dans un chalet. J'eus l'idée d'aller demander à ma belle-mère si elle ne l'aurait pas déplacée et elle m'apprit les deux possibilités de rangement possible où celle-ci pouvait possiblement se trouver : "G.I. Joe ou Mac-Do".

Dans le rêve ça voulait dire que la veste pouvait être soit dans une petite pièce à ciel ouvert située dans le jardin et nommée "G.I. Joe", soit dans une sorte de petit local alimentaire près du garage et surnommé "Mac-Do".

Je communiquais donc ces renseignements à Barack dans un anglais parfait : "G-I. Joe or Mac-Do", ce qui le fit rire de toutes ses dents, non pas à cause de mon accent mais bien parce qu'il avait déjà cherché dans ces endroits-là et que manifestement elle ne s'y trouvait pas.

Je me réveillais fort heureusement à ce moment critique.

L'interprétation me paraît claire : en temps de crise, il faudra choisir entre l'impérialisme militaire et l'impérialisme alimentaire. Et la grandeur de l'Amérique ne se trouve peut-être dans aucun des deux.

5 novembre 2012

Cette histoire se passe au mois de décembre. Les

Cette histoire se passe au mois de décembre. Les pneus de sa voiture avaient définitivement rendu l'âme, ce qui le faisait rouler tellement lentement qu'il se fit courser puis arrêter par


Non désolé je ne peux pas continuer, je ne sais pas ce qu'il me prend d'écrire avec l'accent du Midi, je suis sûr que je vous massacre les oreilles et j'en suis navré. Je reviens d'un séjour là-bas et c'est contagieux, vous comprenez. Oui Ludovic, fidèle amateur de ma prose, c'était donc pour ça que tu avais lu "au mois de desssammmbreuh", oui fidèle Aglaé, c'était aussi pour ça "les peuneus de sa voitureuh", oui je sais bien que les trois adverbes en "-ment" se prêtaient particulièrement mal à ces intonations pittoresques, ils traînaient comme un filet d'huile d'olive et vous n'avez pas que ça à faire, oui désolé, tout s'explique maintenant, c'était pénible hein. Je reprendrai une autre fois, comprenez-moi. Merci.

29 octobre 2012

L'Histoire se base sur un postulat très

L'Histoire se base sur un postulat très contestable : les faits passés sont révélateurs de quelque chose, on apprend d'eux. C'est à cause de cette croyance qu'un anticommuniste va rejeter intrinsèquement toute une doctrine en prenant l'URSS comme preuve scientifique. Dans tout autre domaine, on n'accepterait pas un tel sophisme : je ne me lève pas ce matin, je ne cherche pas du boulot, je ne fais rien, car tout ce que je fais échoue toujours, autant rien faire. C'est suivre la même logique et pourtant tout le monde nous tombe dessus en nous traitant de fainéant. Les anticommunistes ne seraient donc que des fainéants. Ça se tient.

(Bizarrement, les militaires existent toujours alors que la plus grande leçon de l'Histoire c'est : toute guerre est naze car elle nous enferme dans un mécanisme où même les "armistices", "résistances" et autres "libérations" sont cruelles et injustes. Encore plus bouchés que les communistes, ces militaires !)

25 octobre 2012

La première fois que j'ai croisé un policier,

La première fois que j'ai croisé un policier, c'est quand j'avais encore l'âge de confectionner des petits avions manufacturés, si vous voyez ce que je veux dire.

Je lançais mon engin et hop, à tous les coups y'avait un flic qui l'interceptait en me disant :

"Papiers du véhicule.

- Il n'est fait que de ça, monsieur." lui répondais-je toujours.

 

Beaucoup plus tard, alors que j'allais sur mes cinquante ans et que j'avais compris que ça y est il fallait arrêter de déconner, que le clivage gauche-droite y'en avait marre, que la dette n'allait pas se payer toute seule, je me fis arrêter pour conduite en état d'ivresse (comme tout adulte, je m'étais mis dans la tête que l'alcool n'était pas écoeurant). Là encore, ça ne ratait pas :

"Papiers du véhicule.

- Ils sont tous étalés sur le siège arrière, comme vous pouvez le voir. Il y a L'Express, Le Point, Marianne et Le Figaro Magazine. J'essaie de comprendre pourquoi, malgré qu'on me dise qu'il faille être de centre-droit, je trouve tous ces gens tristes et méchants. Ils portent des cravates, n'aiment aucun artiste que j'aime, n'écoutent aucune musique que j'écoute et se font passer pour des gens responsables alors qu'ils font des couvertures pour débiles mentaux. Est-ce que le matin devant la glace ils se disent qu'ils méritent de vivre, vous croyez ? Parce qu'à leur place je ne pourrais pas. Personnellement, rien que quand quelqu'un ne me sourit pas je me dis qu'il m'en veut, alors prendre les gens pour des cons ce serait le suicide assuré. Pourquoi ils ne se suicident pas ?

- C'est bon, vous pouvez y aller monsieur."

 

(merci à Mélanie pour l'idée d'enfance)

24 octobre 2012

"Bonjour les enfants, que ceux qui se sentent

"Bonjour les enfants, que ceux qui se sentent oppressés quand ils voient un flic lèvent le doigt, vous serez de gauche. Que ceux qui se sentent rassurés quand ils voient un policier brandissent le bras, vous serez de droite. C'est terminé pour aujourd'hui, sortez en rang."

Je ne sais pas si c'est une théorie universelle (la gauche peut aussi être historiquement l'Etat policier), tout ce que je sais c'est que je ressens cette gêne depuis toujours. Quand je croise un gardien de la paix je me dis qu'il m'en veut forcément, que j'ai fait quelque chose de mal et qu'il va tout découvrir en m'abordant, ça va pas rater. Peut-être un vieux gène de juif traqué. C'est comme l'athéisme, c'est inné. Si tu grandis avec t'es foutu toute ta vie.

21 octobre 2012

Ma passion c'est les vitres des fenêtres : il n'y

Ma passion c'est les vitres des fenêtres : il n'y a qu'elles qui me montrent tout ce qui n'est pas moi. Ceux qui sont près de moi c'est comme si c'était moi vu que j'ai pour eux de la compassion voire de l'identification, en somme de l'empathie. En somme les autres ça compte pas : c'est encore moi.
À l'inverse, ceux qu'il y a derrière les vitres c'est pas vraiment des autres vu que je respire pas leur bonté (ni leur amour ni leur volupté, en somme). Donc j'y crois pas de les voir, donc définitivement un grand merci aux vitres de me les montrer. J'en suis tellement bouche bée que je leur crache dessus vu que je les connais pas.

20 octobre 2012

Je préfère le dire tout de suite, c'est à cause des tics de langage que je n'aime pas écrire, je n'ai jamais compris comment on pouvait être motivé à écrire un mot pour la deuxième fois dans sa vie. Une fois ça suffit, après faut passer à autre chose. La musique c'est différent : un son, un accord, une mélodie ne seront jamais tout à fait les mêmes qu'eux-mêmes. Un mot est composé de signes très univoques. Ce n'est que le sens qui ne l'est pas, mais à tous les coups on sera sûr de retomber sur le même dans un contexte similaire, ça ne rate jamais. Si ici tout entre en résonance avec tout, tout en se différenciant de tout, c'est donc normal, vous êtes prévenus.

14 septembre 2022

Tant que je pourrai parler du temps-zéro, il

Tant que je pourrai parler du temps-zéro, il existera et ainsi nous existerons.

(Larmes du temps-zéro.)

Je ne sais pas exactement quand il a commencé. Je dis qu’un temps « moins-un » aurait duré quatre ans et demi, mais en y repensant j’ai eu plusieurs bouffées de temps-zéro qui l’ont prévenu, qui l’ont annoncé.

(Conscience proche de zéro lorsque j’écris ce texte, comme arrêtée, subjuguée. Il n’y a que toi de possible, en tout cas c’est ce que je conclue du fait qu’il y a un trou profond depuis que je t’ai senti t’en aller, aux différents degrés de « t’en aller », géographiquement mais déjà au niveau de tes mots, de ton regard que j’ai bien moins vu à partir du moment où tu as décidé de me quitter, comme s’il y avait un rapport entre les deux faits ; tu rigoles peut-être mais ce n’est pas si évident : j’ai vraiment cru un temps que tu pourrais continuer à être avec moi tout en n’étant plus là, tu sais sûrement de quoi je parle puisque tu as pu vivre des choses semblabes bien que non-comparables.)

Au moment où j’écris ces lignes, je suis replongé dans le cadre qui fut celui du premier temps-zéro, juste après ta décision, juste après le coup sur la tête ; le coup sur la tête mais pas encore la tête coupée à l’époque, car je semblais regarder en face ton absence, par moments, comme je regarde ce mur actuellement (le même mur qu’à l’époque), mais ça n’a duré qu’un temps, après je me suis tout coupé les fils de la tête et je me suis fait croire que tu pouvais encore être là malgré tout, que rien ne l’empêchait ou pas grand chose, qu’il suffisait d’y penser et bien plus qu’y penser, de le vivre.

Le temps-zéro, c’est aussi le vivre, vivre ta présence, mais la présence de ton absence. À la fois c’est encore plus fort, car en l’écrivant je me rends compte que quoi qu’il arrive nous avons existé, que nous sommes là, que rien ne peut être effacé et qu’à partir de là il peut bien y avoir le vide ensuite, le vide pour toujours, ça n’enlève rien à ce qu’il y a eu avant, à ce que nous avons été. Ça n’enlèvera rien à tout jamais.

À la fois c’est pour ça que je pleure, parce qu’il suffit de faire vivre ce lien en moi, et à la fois je pleure parce qu’il manque ta voix et ton regard, qu’ils apporteraient tout de même quelque chose en plus, quelque chose d’un peu plus « toi » et d’un peu moins « moi » dans ce lien que je souhaite voir durer toujours.

À la fois je trouve ça vachement beau d’être devenu si plein de pleurs tout le temps, que ça veut dire que je vis, que nous avons vécu, c’est définitivement la preuve qu’il y a eu quelque chose de plus grand que tout et que c’était toi, et à la fois je sais pas comment je vais faire pour la suite pour continuer l’autre vie, celle où il faut faire croire qu’il y a autre chose, qu’il peut y avoir autre chose, qu’il peut y avoir des choses sans toi (ce que j’ai pu parfois me faire croire au temps « moins-un » mais qui est inconcevable au temps-zéro).

Je suis très très fier d’écrire des choses aussi banales que celle-là car j’ai toujours dit qu’il y aurait principalement l’amour dans ma vie, ce qui semble vouloir dire (je n’arrive pas à faire autrement) « principalement toi ». Même si je ne vis plus jamais l’amour, je le vivrai quand même, car c’est justement parce que je le vis trop, que je n’arrive pas à en vivre d’autre, que je le vis. Donc je vis l’amour. Je l’ai vu, je l’ai vécu, je le vis. Et il se trouve (cela s’est imposé, je constate) qu’il n’y a que toi (c’est le temps-zéro).

8 septembre 2022

Quand j’y repense, c’était impensable que tu

Quand j’y repense, c’était impensable que tu veuilles bien m’aimer. Et c’est pas seulement que j’y repense, c’est que c’est exactement ce que je me disais en même temps que je le vivais : « c’est impensable ce que je suis en train de vivre, ça rend si léger d’y penser en le vivant et c’est pas normal que je puisse être léger, je croyais qu’on me l’avait interdit ». C’était tellement impensable d’y penser, je veux dire de le vivre tout en se disant que c’était impensable, que ça m’avertissait de la possible fin.
Mais en fait, non, pas du tout, ça ne m’avertissait de rien, au contraire, puisque l’impensabilité de la situation rendait encore plus impensable une autre qui la nierait. C’est comme si la fin, loin de rejoindre une quelconque normalité, augmentait le taux d’impensabilité. Une impensabilité au carré.
Si si, c’est logique, quand on y pense : c’était tellement impensable que tu m’aimes, l’impensabilité créant ainsi une sorte d’intensité particulièrement singulière, que ne plus m’aimer ne peut être que tout aussi impensable puisque cet acte suppose dans le même temps de prendre acte d’une intensité (d’une impensabilité) tout en la niant ou du moins en la déclarant obsolète. Dire « c’est fini l’impensable » concernant une situation, rend encore plus impensable la situation passée aussi bien que la solitude présente.
Le sentiment d’irréalité est alors total, je pleure en me demandant pourquoi ne plus m’aimer puisque m’aimer a jadis été impensable et a donc existé. Pourquoi ne plus exister, pourquoi rendre encore plus impensable, et désagréablement cette fois-ci, l’impensabilité de ce que je vis comme de ce que j’ai vécu. Plus rien ne devient compréhensible, même si tout continue à s’éclairer d’une beauté comme d’une intensité irréparables (que je ne demande qu’à voir en face tant que j’en suis au temps-zéro : il n’y a que ça qui a existé, que cette impensabilité-là, celle de quand tu étais avec moi).

Je me rappelle qu’au tout début de quand tu m’as quitté, je tentais la discussion irréelle : on se disait déjà, je me rappelle de ce soir avec l’étrangeté absolue de la « chambre à part » (qui dépassait largement l’étrangeté absolue du rapprochement des débuts de nous ensemble, preuve de l’impensabilité accrue), je me rappelle qu’on se rappelait déjà des souvenirs alors que ça faisait sûrement à peine deux semaines, « ahlala, on était jeunes », je faisais mine d’accepter que c’était fini, qu’il y avait quelque chose qui n’avait pas « marché » (registre de langage que je persiste à trouver décalé lorsqu’il est question d’amour), je ne sais pas ce qui nous avait pris à tenter d’être comme ça si tôt. De mon côté c’était bien sûr absurde, mais même du tien je trouvais aussi qu’il y avait comme une impensabilité mal placée : cette situation de parler de nous au passé avait cela de grotesque qu’on ne peut et ne pouvait être à la fois spectateurs et acteurs de nous-mêmes. Il faudrait bien sûr qu’on en rie, et je souhaite encore aujourd’hui qu’on en rie, que l’on rie de moi même en cet instant où il n’y a que moi qui t’aime de cette façon, il y aurait matière à de beaux langages souriants d’impensabilité. Mais ça demanderait de se rejoindre dans l’acceptabilité de ce temps-zéro, ce qui n’est sûrement pas ce dont tu aurais rêvé pour nous deux (si tu rêves encore de quoi que ce soit, je veux dire si tu continues malgré tout à penser à mon individualité d’une façon particulièrement différente qu’à celle des autres, ce qui serait une impensabilité dont mon cœur te saurait gré à tout jamais, même s’il n’a rien à te demander, pas plus aujourd’hui qu’hier tellement tout est trop impensable pour lui).

5 septembre 2022

Temps-zéro.Durant ces moments, je me demande

Temps-zéro.

Durant ces moments, je me demande comment j'ai pu faire au temps moins-un, je veux dire non pas au temps où tu étais encore à mes côtés, mais au temps où je faisais comme si je pouvais continuer à vivre normalement si tu ne l'étais plus. 
J'essaie de me transporter en pensée durant cet étrange temps, à la fois postérieur à quand tu étais encore là – donc un temps déjà complètement fou, non-réel, non-acceptable –, et antérieur à la seule réalité qui peut se faire jour s'il faut vraiment partir du principe que tu n'es plus là : celle de la pure émotion d'effondrement et rien d'autre, le temps-zéro, donc. Je ne vois pas comment je faisais pour vivre, pour me dire "tralala, c'est comme si elle n'était plus là, blablabla".
"C'est comme si" : c'est justement ça, je faisais comme si ; mais comme je l'ai dit, je ne crois pas que je croyais à la possibilité que ce monde ne puisse pas être non-réel. Je voguais au-dessus de la réalité, ou plutôt au-dessus de la non-réalité puisque c'est bien celle-ci que je ne regardais pas en face – je me faisais croire qu'il y avait encore une réalité, comme quand tu étais encore là, alors que c'est une impossibilité dans les termes. 
En fait, tout était déjà complètement fou, complètement faux.
Là, aujourd'hui, le temps-zéro c'est tout le temps ça : une perpétuelle impression de fausseté, comme si tout est en carton-pâte. "Tralala, blablabla, il faut se faire croire qu'on va continuer à mener une vie sans elle, blablabla, tralala, comme si c'était une vie, comme si ça pouvait être une vie, lalala, hop, on va entreprendre telle décision, telle démarche, ah mais bien sûr que ça existe, ouiouioui, lalala, il suffit juste de se le faire croire et regardez, ça existe, c'est magique, hihihi !". 
Le temps-zéro, c'est ne pas être dupe de tels enfantillages. C'est redevenir enfin conscient. Oui, rien n'est possible, tout est à refaire, il n'y a plus de réalité qui tienne. Oui, rien n'est construit, tout est à remonter – si vraiment j'en ai envie, ce qui est encore une autre question, trop prématurée dans ma situation. La seule réalité palpable, la seule vérité, c'est le temps-zéro. Tu n'es plus là.

3 mars 2017

Peu de conditions aussi étranges que celle

Peu de conditions aussi étranges que celle d'hyperacousique : après un disque douloureux, se le repasser mentalement histoire de pouvoir l'écouter sans souffrir : le souvenir définitivement plus beau que le réel : le règne total du décentrement à la fois morbide et poétique ? Fredonner la mélodie reste toujours un moment de félicité car elle seule est la preuve de la non-pourriture du monde (“comment peut-elle exister ?” : se demander cela est le signe pour moi que la pop est grande, quelque chose d'inouï qui ne sort de nulle part, pour cela que j'aime oublier le “quelque part localisable”, que point trop de situable n'en faut !), et pourtant, quelque chose est perdu à jamais : le frisson du direct, les ondes placées juste comme il faut à hauteur de tempe ; maintenant ça peut pas s'empêcher de rentrer direct trop profond dans l'oreille, ça se tend, ça veut pas rester à fleur de crâne, à fleur de nuque, à fleur de colonne vertébrale, etc. 

Ça veut pas.

 

2 novembre 2019

Les autres ont souvent semblé penser que je

Les autres ont souvent semblé penser que je n'existais pas vraiment ; ils restaient aux abonnés absents quand je leur demandais de se manifester, quand je souhaitais savoir s'ils existaient vraiment pour quiconque (un peu comme quand on n'a jamais connu le sexe, ou bien alors pas depuis longtemps : on a l'impression qu'il n'existe pour personne, on se prend à se demander “mais comment ça se fait que les gens ont arrêté le sexe [vu qu'on n'en reçoit plus d'échos] ?”). Et à l'inverse, parfois, ce sont eux qui semblent m'interroger sur mon absence : “pourquoi existes-tu si peu, qu'as-tu fait de tout ce temps ?”. Alors que c'est à cause d'eux que je n'existais pas, puisqu'ils ne se mettaient pas à vouloir exister pour moi ! Mais allez leur expliquer...

26 octobre 2019

Je ne pouvais pas le passer sous silence. Disons

Je ne pouvais pas le passer sous silence. Disons que je me suis mis, progressivement, à pleurer de plus en plus quand j'écoutais de la pop digne de ce nom, à la moindre mélodie proprement déchirante, tout en me rendant compte (quasiment dans le même temps) que j'avais toujours pensé sociologiquement les choses et qu'il fallait désormais en tirer les conclusions. Ces deux faits incontestables, fort distincts et témoignant pourtant bel et bien tous deux, chacun à leur façon, de mon impossibilité à vivre normalement, à la bonne distance viable, ne pouvaient qu'ébranler le cours de ma pratique. L'ébranlement s'est même fait sentir trop lentement à mon goût, s'est instillé de façon laborieuse et je voyais bien que j'agaçais à toujours me plaindre que je n'étais plus à ma place parmi un champ se distinguant par le point d'honneur du détachement, de la hauteur. Mais comment le taire ? 

4 mai 2016

L'humour : qu'il soit mieux ou rien. Mieux que le

L'humour : qu'il soit mieux ou rien. Mieux que le sérieux, sinon c'est pas la peine. Ne pas le considérer simplement comme une façon de faire. Angle de vie à défendre en soi pour ce qu'il permet de concrètement, scientifiquement exploratoire. S'il ne peut plus être tout ça (et il est vrai que c'est rarement le cas), ayons la faculté de renouer avec le strict premier degré, dont la splendeur se trouvera ravivée comparativement à nos tentatives de drôlerie devenues décidément bien niaises, quand on y repense.

25 avril 2016

Attention, là ce sera du paragraphe de première

Attention, là ce sera du paragraphe de première bourre. Souvent je m'étonne sans hésitation (c'est évident que c'est étonnant), et des fois j'hésite concernant des constats. Bref, voici. Il y a une chose dont je ne finis pas de m'étonner : le fait qu'absolument tous les autobiographes (à ma connaissance) disent qu'en fait ce n'est jamais eux dans leurs trucs, qu'ils reconstruisent, que le je n'est pas le même que leur moi. Quand je lisais cela étant plus jeune, je riais sous cape, n'y croyais pas, me disait qu'ils se foutaient de la gueule du monde. Plus je vieillis, plus je lis ce genre de choses et commence à me demander si c'est le monde ou moi qui suis fou. Car personnellement c'est toujours moi, bel et bien moi. Et je ne vois pas pourquoi ça devrait m'arracher la langue de le dire. Par contre, le machin concernant lequel j'hésite encore (je sais, c'est pas très joliment tourné mais je vous avais prévenu, quand je me mets à annoncer que je suis dans un paragraphe c'est mauvais signe), c'est ceci : soit je pense que je ne suis jamais sérieux dans mes trucs, soit je pense que je suis toujours sérieux, même quand je n'ai pas l'air. Étant plus jeune, je ne me disais jamais sérieux, même quand je parlais de mort ou de choses dans l'genre ; maintenant, je peux dire que je suis sans cesse sérieux, même quand j'ai l'air de friser l'incongruité grotesque. (C'est comme ça, c'est soit l'un soit l'autre. Quand je pense à ce que je fais, il faut soit que je considère ça comme 0% sérieux, soit comme 100% sérieux. Maintenant on est entré dans l'ère de ça rigole pas, vous êtes prévenus. Et je rigole pas, donc. Même si vous trouvez que le ton fait tiep.)

Je ne chercherai plus jamais à être drôle ; si je le suis, c'est que c'est involontaire. C'est ce que pensaient les gens avant, or c'était toujours volontaire, même dans les pires moments. C'est maintenant que ça ne l'est plus. Au point où j'en suis...

3 août 2019

L'essentiel se joue vraisemblablement ici, où

L'essentiel se joue vraisemblablement ici, où j'essaie de compiler la totalité des pensées nécessaires, afin de les épuiser, d'en tirer tout ce que l'on peut en tirer ; le reste (les dessins que je peux faire par ailleurs), c'est un accompagnement, c'est dans cet à-côté que je me suis engouffré en premier donc il faut bien perdurer dans l'entêtement existentiel si l'on souhaite être pragmatique (ce qui est désormais mon cas, incroyable). Mais mon véritable but historique et ultime a toujours été d'exposer exhaustivement mes pensées significatives : cela me semble jouable, étant donné leur circularité, leur nombre pas si important que ça (variant dans leurs formes – et encore... – mais pas tant que ça dans leur matière, qui est faite d'élans relativement immuables, dont la pop témoigne bien). 

Qui plus est, en me montrant ainsi totalement (car cela est bel et bien moi, c'est ma compilation, mon anthologie raisonnée, "raisonnée" au sens du seul filtre qui mérite d'être usé : celui de la valeur significative, à savoir révélatrice, de la pensée), je permets l'avènement rapproché de la transparence sociale : au temps où je ne faisais qu'écrire au lieu de vivre (désormais je me partage entre les deux, privilégiant l'une ou l'autre voie selon les époques), il m'avait semblé que la finalité de mes mots résidait en la facilitation de la reconnaissance, de la présentation. Ainsi, l'on saurait tout de suite qui j'étais, l'on n'aurait pas à me poser de questions introductives, l'on pourrait passer directement à ce qu'une relation humaine permet comme création inattendue, où l'assemblage de deux individualités entraîne l'édification d'un paysage irréductible à leurs modes de signification respectifs. Je baliserais tout afin de passer aux choses ambitieuses, qui substituent le déploiement de mouvements mutuels au simple dévoilement réciproque.

(Précisons que « Littré établit une distinction entre mutuel qui désigne l'échange libre et spontané, l'action de donner et de recevoir et réciproque qui exprime le retour, l'action de donner selon que l'on reçoit. », sic)

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