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Définitivement
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Définitivement
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11 août 2018

(La psychanalyse me dirait peut-être que si mon

(La psychanalyse me dirait peut-être que si mon désir de transparence sociale se fait jour à ce moment, c'est parce que ma pulsion libertine détermine ma pulsion libertaire. Mais tel Sartre disant que le plaisir de l'enfouissement précède le plaisir coïtal et non l'inverse, je réponds que c'est le monde social dont je rêve qui rendrait possible la pratique affective afférente, et qu'inverser la causalité conduirait à un hédonisme oppressif.)

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10 août 2018

Je reviens un instant sur le rôle du médecin : on

Je reviens un instant sur le rôle du médecin : on sent de plus en plus une certaine négligence, une familiarité. Serait-ce à dire que l'enduit se dégrade ? Ou bien cela a t-il toujours été sa marque, rendue possible par le fait qu'il connaisse notre corps ? Quoi qu'il en soit, dans le cadre de la relation telle qu'elle est établie, cela ne peut manquer de nous faire violence. 

« Mais y'a paaaas de herniiiie, lààà ! »

« Allez, pissez tant qu'vous pouvez ! » 

« J'vois vraiment pas c'que ça peut être votre truc »

Je ne crois pas qu'on puisse imaginer un quelconque employé du « monde des activités » s'exprimer avec une telle nonchalance, ou alors c'est quand le craquement du vernis ne laisse apparaître que la haine envers l'ordre des choses, ce qui est déjà un pas, même si on préférerait tous que cela commence par se brancher sur l'humain tout aussi plein de refus qu'il a en face de lui et qui n'a donc pas plus de raison que lui-même d'être traité comme un « objet à traiter ». 

8 août 2018

Je suis allé voir un médecin : il tenait son rôle

Je suis allé voir un médecin : il tenait son rôle ; on sent sacrément l'emprise qu'on ne peut défaire sans honte ni risque, sans risque honteux. Ça s'entend dans le ton qu'il prend.

Je suis entré dans un magasin, dans un service, dans un magasin de services : là aussi ça tient le rôle ; pour le coup, c'est l'enrôlé qui est crispé, qui semble craindre la moindre frasque langagière de sa part. Il ne relâche jamais sa peau. 

Que ce soit dans ce « monde des activités » ou plus généralement dans le « monde social régi par le monde des activités, même ses à-côtés », ce n'est jamais facile de forcer la transparence. Non seulement nous sommes tétanisés par ceux qui nous détiennent, mais de plus nous ne voudrions pas passer pour de petits dictateurs libertaires qui iraient promener la main sous la jupe de ceux qui préservent encore leur distance dans leurs sourires.

Peut-être qu'après tout il doit y avoir préservation tant que nous ne sommes pas à l'unisson... Mais on ne m'ôtera pas de l'idée qu'un tout est présent dans chaque propension à déchirer ses vêtements, que ce n'est pas simplement une étape temporelle mais carrément une preuve de la perversion en acte des rôles.

5 août 2018

Ajar, on sent qu'il prend plaisir à enfin être

Ajar, on sent qu'il prend plaisir à enfin être ingénu ; moi c'est différent : j'ai bel et bien été longtemps ignare, je ne surjoue rien, simplement j'essaie de retrouver cet état langagier qui est encore celui que j'ai quand je bafouille à cause de mon inadaptation à la verbalisation. Mon plaisir de l'ingénuité est donc toujours un peu tristounet car c'est plus proche du fardeau cognitif que de l'exercice stylistique. 

17 juin 2018

Je n'aime pas me dire que je suis seul face au

Je n'aime pas me dire que je suis seul face au monde entier car c'est vraiment trop romantisant. Je m'efforce donc de m'en prémunir (de penser cela). Mais tout de même, il y a une chose que vous faites tous, tous autant que vous êtes, c'est avoir de l'assurance quand vous parlez. Vous déclarez que des choses sont sûres, ça vous prend souvent. On dirait que vous vous êtes donnés le mot. Si je devais mettre un paragraphe au frontispice de ce blog (il le sera jusqu'à ce que j'écrive suffisamment pour qu'il ne le soit plus), c'est cela : VOUS ME FAITES TOUT LE TEMPS ME RAPPELER QUE JE N'AI PAS D'ASSURANCE, ALORS ALLEZ-Y MOLLO, MERCI.

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13 mai 2018

Je viens de relire ce blog et j'ai compris où

Je viens de relire ce blog et j'ai compris où était la difficulté : j'ai voulu saisir le plus possible ce que je voulais dire, ce qui fait que forcément j'ai voulu comprendre les choses. Or, d'habitude il faut choisir entre comprendre les choses et dire vraiment ce qu'on veut vouloir dire.

Je crois que le poète dit « je veux parler des choses, pas les comprendre car alors je me perds dans des coupes du réel » ; il a peur de ne plus coller à ce qu'il veut dire. Je crois que le scientifique dit « je veux comprendre les choses, plus qu'en parler car alors je me perds dans des façons d'habiller le réel » ; il a peur qu'on ne voie plus ce qu'il veut dire. 

Deux sortes différentes de travestissement ; lequel des deux construit le plus hypocritement la figurine à l'effigie de ses travers sacrés ? Sacrés car intouchables car « pitié, nous dit-il, ne touchez pas à mes travers qui font mon âme, ma raison d'être, ô ma fiche de poste ! ».

Je ne sais pas si on voit tout le temps ce que je veux dire, par contre faut vraiment qu'on sache pourquoi je le dis ; tant pis si je ne sais pas où tout ça mène, mais l'incompréhensible mérite un scalpel ; tant pis si j'en conclue que c'est confus, au moins j'en aurai retracé la genèse en partant du principe que le réel existe (j'aurai joué le jeu) ; tant pis si je parle dans le vide, au moins j'aurai pris conscience qu'un monde l'entoure. Qu'il est tout de même solide. Que plutôt que de taper la tête dedans ou de le frôler gentiment (deux voies de garage se rejoignant), j'ai vraiment cherché à déterminer de quoi étaient faites les striures qui composent la surface qui m'était ainsi proposée de par ma position, certes pas plus privilégiée qu'une autre mais pas moins non plus.

8 mai 2017

Il paraîtrait que je ne serais plus artiste ?

Il paraîtrait que je ne serais plus artiste ? Mais qui vous a dit ça ? Ce n'est pas parce que je ne fais plus d'art que je ne suis plus artiste, bien au contraire, je le suis ainsi encore plus ! En faire, c'était comme être fonctionnaire ("allez hop, j'en fais parce qu'il faut en faire"). Ne plus en faire, c'est enfin laisser libre cours à ma propension à toujours en faire même quand j'en fais pas. Ainsi donc ça se voit mieux que j'en fais toujours, vu que j'en fais pas, alors que quand j'en faisais on pouvait croire que c'était juste histoire de me donner un genre mais qu'en fait ça ne tenait à rien. Désormais on voit que c'est toute ma vie, car même quand j'en fais pas, ça se sent que j'en fais. En tout cas moi je le sens, et c'est l'essentiel. 

Et donc pourquoi les sciences sociales ? Eh bien je me rappelle avoir dit une fois à ma grand-mère “oh tu sais, on pourrait croire comme ça que je pense qu'à la politique et à ces trucs d'humains qui se groupent [je ne lui avais pas dit comme cela, bien sûr, mais nous sommes bien ici dans une écriture qui se pense comme art même quand elle n'en fait pas], mais en fait il n'y a que des questions de style et de langage dans ma tête”. Et c'était pas faux même si c'était pas vrai. C'était pas vrai parce que seules les sciences sociales me semblent être dignes d'investissement pratique et cognitif, mais c'était pas faux parce qu'elles sont là justement parce qu'il m'est affectivement (émotionnellement) impossible d'investir le langage pur quand bien même seul lui me préoccupe, le saut dans la confrontation des fragments d'agencements d'intuitions m'intimidant bien trop : je ne peux que m'appuyer sur des propos qui se déploient en idées (et même quand je ne peux ceci, par incapacité ou par faiblesse, tant pis y'aura qu'à singer ça passera).

Donc je ne pourrai revenir à l'art que quand je serai allé au bout des sciences sociales. Et je ne pourrai revenir à la musique que quand je serai allé au bout de l'art. « Le meilleur pour la fin ». Ce sera le titre de mon album au top 50 à 50 ans (quand c'est chanter des mélodies qu'on préfère, il n'y a pas de pop alternative ou commerciale, il n'y a qu'une pop juste).

(Et puis le social, c'est globalement rempli de risible, et je ne vis que pour le risible.)

(Et puis faire de l'art, pour moi, c'était sans cesse s'autojustifier d'en faire. C'était comme ça que je le concevais : son contenu consistait à mettre en scène son autojustification. Donc au bout d'un moment ça tournait en rond. Au moins, la science, ça veut dire ce que ça veut dire.)

9 avril 2017

Alors c'est la musique ou les sciences sociales ?

Alors c'est la musique ou les sciences sociales ? La musique ça fait mal aux oreilles et les sciences sociales ça fait mal aux yeux, mais surtout, surtout, surtout, surtout (sortir la tête de l'eau ? définitivement ?) : c'est inconciliable comme tiraillement. La musique et la bande dessinée ça allait bien ensemble, la musique ça faisait pleurer (comme d'hab) et la bande dessinée ça faisait pleurer aussi tellement c'était pénible de ne pas être compris et je me jurais que si un jour je l'étais (compris) et que c'était trop tard (car il y a un moment pour tout, quand c'est pas l'heure c'est plus l'heure) je tiendrais bon et je dirais que c'est fini parce que j'avais assez pleuré comme ça. Dont acte.

Rien qu'une jolie mélodie pop me fait pleurer, j'en suis arrivé à ce point (mais ça l'a toujours été, simplement ça sortait à l'intérieur). Peut-être qu'il fallait que j'en arrive à ce point. Point tellement abouti que rien que d'avoir dans la tête une jolie mélodie, sans forcément l'écouter, me suffit presque à considérer que la musique peut très bien continuer comme ça (en dehors des oreilles), que peut-être que ça suffira. 

Je ne voulais faire que ça à la base, être chanteur pop. C'était ainsi, c'était la volonté, ça marchait à la volonté. Alors que : jamais voulu faire du dessin, surtout pas, je le faisais tout en ne voulant pas le faire, pour m'occuper la main pendant que je pleurais dans la pop. Que ça.

Maintenant, les sciences sociales je veux, pour remplacer la musique. Ça reprendra quelque chose de trop longtemps délaissé (ce pour quoi je voulais quand même parfois articuler des idées, malgré tout). Je sais pas si ça suffira mais on va essayer. 

(Et comment meubler ? Mais il n'y a pas à meubler quand on pense, tout est dans la pensée ! La musique ici ne meuble pas, elle vient en dehors, séparément. Elle agresse, étourdit et fait pleurer, c'est pas facile après de revenir, ça nous a fait repartir. La pensée semble ne pas pouvoir la supporter, la place est déjà occupée. Mais il faut bien s'époumoner pour ensuite ratiociner.)

(Encore et toujours, la musique sera donc annexe alors qu'elle est centrale, mais cette fois-ci c'est parce qu'elle fait trop mal.)

 

31 octobre 2016

Ce jour-là je l'ai carrément su : ma grand-mère

Ce jour-là je l'ai carrément su : ma grand-mère disait que c'était plutôt les institutions qui pervertissaient, ma belle-mère pensait que c'était plutôt l'Homme qui avait ça en lui, et moi j'ai direct dit, du tac au tac : “mais vous avez déjà vu l'Homme ailleurs que dans ses institutions, vous ? moi je connais pas !”. Ça a coupé même ma chique à moi de me surprendre à enfin comprendre ce qui me dérangeait dans l'art et la philosophie, qu'elles pensaient l'Homme comme ça, tout seul, comme s'il existait. Ce jour-là j'ai carrément su que je voulais les sciences sociales.

Et quelques années plus tard (maintenant, désormais), je ne peux même plus me faire croire que je suis le puissant chanteur qui va débouler, éructer et exulter, qui va vaincre la faiblesse par l'ampleur de son pied victorieux bien ancré devant le micro comme point d'appui ineffable. Car j'ai trop ouvert la mâchoire, cela allié à une mauvaise position sterno-cléido-mastoïdienne et une quantité de décibels trop irraisonnée, par conséquent me voilà enfin suffisamment rabougri pour savoir ce que j'ai envie d'aimer dans la vie. J'ai dit les sciences sociales.

28 août 2016

La musique, c'était trop fort pour moi. Toute

La musique, c'était trop fort pour moi. Toute mélodie digne de ce nom me faisait pleurer. C'est donc peut-être mieux ainsi, que je ne puisse plus en jouir à tout crin. Je me complaisais dans les regrets qu'elle exprimait à merveille.

La musique, c'est la seule chose qui établissait une continuité entre mes gouffres. Sans elle, il faut forcément étayer, on ne peut plus sauter par-dessus. Ce sera enfin me souvenir que l'art était un pis-aller faute de mieux en attendant que ma politisation sache ce qu'elle conçoit. Les problèmes posés très tôt furent obsessionnellement négligés au profit d'une individualisation lapidaire, d'un choix d'être échevelé ne correspondant à aucun désir de réel. 

Ce que je voulais dire à grands traits, c'est qu'il n'y a que de l'idéologie et du social, donc de l'idéologie du social (les paradigmes se font hommes, les conduites vers des fins s'imposent concrètement et violemment). Des disciplines faussement hétéroclites partent de ces bases spontanées et par là même tues (on les appelle philosophie ou religion, art ou politique).

Essayer de savoir ce que cela met en jeu de mille et une façons dans notre monde trop blanc, c'est l'affaire de toute une vie. Laissez-moi m'y consacrer.

15 juin 2016

Roman de science-fiction que je pourrais écrire :

Roman de science-fiction que je pourrais écrire : dans un futur transhumaniste proche, les cellules du cerveau muteront tellement vite ou pourront tellement être modifiées à l'envi qu'une personnalité se trouvera perpétuellement reconfigurée au cours d'une vie, quasi-quotidiennement. La veille on ne jure que par le football et les grosses voitures, le lendemain on est potentiellement le plus grand chercheur vivant en linguistique, le surlendemain on n'est bon qu'à être mécanicien ou bien danseur contemporain. Cela deviendra compliqué pour les couples : on ne sera jamais avec le même quelqu'un. Bien entendu, on aura toujours conscience du changement opéré, on évoquera nos lubies passées et présentes sans être dupe d'aucune d'entre elles ; on s'efforcera d'être un minimum à ce qu'on fait, mais l'on pourra lire entre les lignes une permanente ironie je-m'en-foutiste. Nous réconcilierons ainsi la décontraction postmoderne, certaine de son apocalypse (car tout est vain), et les vertus de l'homo faber qui œuvre de but en blanc sans se demander pendant cent mille ans si cela vaut le coup, car de toutes façons, demain ne sera pas aujourd'hui.

11 juin 2016

Si l'on devait aujourd'hui me demander la chose

Si l'on devait aujourd'hui me demander la chose dont je suis le plus fier en tant que Lucas Taïeb, ce qu'il faut retenir de moi, ce qui représente mon « fil rouge », comme on dit, c'est la création du concept de loin dans le près, théorisé en 2003 ou 2004 (les historiens divergent) et qui réussit à être décliné dans tous les domaines pratiques et théoriques qui me sont chers.

Le loin dans le près, c'était quand la fille que tu convoitais était assise dans la même salle de classe que toi, mais placée tellement loin que l'impossibilité qu'il y avait à projeter une prise de connaissance réelle ou d'entamer une discussion te sautait cruellement au cœur.

Le loin était bien moins pire, par exemple quand tu pensais à elle le week-end tout seul chez ta grand-mère, car au moins c'était clair qu'il fallait rien espérer. C'était fixe. Le loin dans le près empêche le confort intellectuel de la fixité car il est toujours mouvement vers la contemplation déceptive (« qu'elle est si jolie mais qu'elle est si loin »).

Le près, c'était par exemple avant d'entrer en classe, que tu pouvais essayer de lui adresser la parole ou en tout cas d'en rêver. Le loin dans le près n'est jamais un doux songe : il est trop concrètement obnubilant.

Le loin et le près fonctionnent aussi en mode obsessionnel (on parle bien d'amour non-réciproque de puceau attardé) mais tout leur est potentiellement possible. Le loin crée un monde d'émancipation poétique, le près sent que l'être et la peau peuvent ne faire qu'un. Le loin dans le près sonne le glas de toute forme d'espoir, de manière persistante, par aller-retour entre les deux points ; les yeux vont et reviennent sans cesse sur la créature inaccessible, se rappellent la distance affective effective. 

Le loin dans le près, c'est une clé anthropologique, sociologique, politique. Je l'ai vue se confirmer dans toutes sortes d'interactions, frictions, frottements : couple, classes, urbain-périurbain-campagne, échelle institutionnelle... Elle peut tout décrire, tout mesurer. C'est la théorie définitive de la frustration.

8 juin 2016

(J'envie les gens qui peuvent faire autre chose

(J'envie les gens qui peuvent faire autre chose en écoutant de la musique, moi elle me prend tout entier. Peut-être pour ça qu'elle m'a détruit les oreilles. Maintenant, encore moins possible de faire autre chose à cause de la douleur ; de plus, des sifflements m'accompagnent dans le silence.  Jamais trop aimé le silence qui suivait la musique — trop cruel, la musique manquait déjà trop dès la première seconde d'arrêt — alors que maintenant le silence n'en est pas un ; de plus, il évoque le soulagement post-tension auditive — car toujours à fond dans la musique mais la douleur s'y est adossée donc ça innerve différemment. Définitivement différemment.)

30 mai 2016

— Les artistes semblent toujours tenir au fil qui

— Les artistes semblent toujours tenir au fil qui se déploie plutôt qu'à la parole qui lui est afférente : le fil c'est l'œuvre proprement dite ; la parole c'est le propos qui vient à l'avenant, qui se déroule comme chacun voudra bien le prendre (ce qu'on répond à « qu'avez-vous voulu dire ? » : ça change tout le temps).

– Le Savoir, lui, appuie le propos, balise le territoire : on essaie que ce ne soit pas trop mouvant, on veut vraiment comprendre ce qu'il y a à comprendre (tandis que le fil fait souvent tout pour ne pas être compris du premier coup).

Je n'ai jamais pu me situer entre les deux. Tout en gardant un certain attachement forcé pour le fil artiste (forcé car je n'ai pas les mots, je n'y peux rien ; je n'aurai jamais les mots dont il faut user dans le Savoir, pourquoi cela est-il si simple pour les autres ?), j'aimerais dire sans passer par les non-dits d'une position qui ne se conçoit que comme fil qui crée. Je voudrais construire des clés théoriques de compréhension, qu'on les voie plutôt qu'on ne les entrevoie, qu'on ne me prenne surtout pas pour un mystérieux, mais en gardant ma voix — qui est la seule possible pour moi.

23 mai 2016

Rien de plus rassurant que de me dire que tout

Rien de plus rassurant que de me dire que tout est de ma faute. Rien à regretter puisque "je suis comme ça" ; impossible de refaire le match, je dors sur mes deux oreilles. Par contre, penser que le cadre a joué, c'est ça qui fait flancher. Là, on perd tout repère et on essaie alors vraiment (ou vainement) de construire une pensée sur les choses. Il faut se le redire encore et toujours : rien de plus rassurant que « la liberté », rien de plus inquiétant que « le déterminisme ». On bute encore et toujours dessus, on n'en sort pas. 

20 mai 2016

L'IDÉOLOGIE DE MOI La grande énigme c'est :

L'IDÉOLOGIE DE MOI

La grande énigme c'est : attendais-je tout ou rien ? Ai-je pratiqué l'attente ou la non-attente ? Les deux à la fois. Ces oppositions sont construites de toutes pièces (comme "complexe de supériorité/d'infériorité" ou "imitation/distinction" ; car quand je me sens inférieur je me sens supérieur, et quand je me distingue j'imite).

Il me semble que je savais dès le départ que je n'étais pas normal, qu'il fallait espérer que dalle. Je tentais donc les choses en ne considérant pas dans mon viseur la possibilité qu'elles avaient d'aboutir ou pas ; c'était déjà réglé, il n'y avait que moi que cela intéressait.  J'en tirais moins que le minimum vital.

Mais il me paraissait évident que j'incarnais le devenir des possibles, qu'il n'y avait pas à s'inquiéter puisque la compréhension du monde se réaliserait un jour, que je serai enfin intelligible pour qui de droit. Je n'avais donc qu'à me concentrer sur mon fil. Les regards amusés ne dureraient qu'un temps, ils finiraient par déboucher sur la communion des esprits dignes.

"Dignes" ? Parlons-en de dignité : je ne me sens pas digne de ce qui m'appelle. C'est jamais le moment, toujours trop tôt. Pas encore assez serein, encore trop tendu. Il faut que je sois en condition pour aimer ce que je veux aimer. Telle est l'attente.

19 mai 2016

L'IDÉOLOGIE DE TOUT Avant, on partait des grands

L'IDÉOLOGIE DE TOUT

Avant, on partait des grands ensembles pour arriver aux ordres intimés. Ce que l'on a appelé « la liberté » a semblé consister à faire le chemin inverse, à dire d'abord "je" pour tendre vers le tout, mais en ne questionnant guère ces ensembles conçus pour moi ; car cela serait inacceptable et l'est toujours. Sempiternelle résistance envers la science aussi bien qu'envers la spiritualité, auxquelles on préfère « la liberté » et « la religion » : on ne veut jamais expliquer la construction des ensembles, on préfère continuer à croire qu'on les façonne avec nos petites mains ou qu'ils s'imposent à nous unilatéralement, ce qui est la même chose. 

Que le bourgeois d'aujourd'hui ait comme plus grandes terreurs les sciences sociales et le voile islamique est très cohérent ; il aurait préféré que le XIXème et le XXème siècle n'existent jamais, pour son confort. Tout ce qui lui rappelle les faits prolétaires et postcoloniaux l'empêche de dormir. Son rêve, c'est le ricanement de l'abstrait désossé, du « sujet » qui s'auto-engendre et qui ne sait pas qu'il délire sans cesse. (Même Freud ne trouve plus grâce à ses yeux, c'est encore trop constructif.)

14 avril 2016

La volonté de déplacer les montagnes tue tout.

La volonté de déplacer les montagnes tue tout.

Quand on a reconnu que tout passait par notre intérieur qui s'auto-créait, ça aurait dû être un état de fait, un apport à prendre pour ce qu'il était : un apport à considérer, à enfin avoir en tête et non pas une poussée vers le remplacement des anciennes divinités par notre propre divinité, reconnue comme telle mais toujours là, toujours injuste et folle (car c'est la même depuis le début, qu'elle soit schizophrène, à savoir superstitieuse, ou obsessionnelle compulsive, à savoir industrieuse).

La volonté de dépasser les montagnes tue tout.

N'écoutons ni ceux qui ont des "mais juge donc, allez juge la nature !" plein leur voix autoritaire tonitruante — ça nous est si naturel de tout juger que si on nous l'impose c'est que ça ne va plus vraiment de soi, qu'on ne veut plus vraiment comprendre, que la civilisation juridique est devenue un obstacle à la connaissance — ni ceux qui maugréent violemment à rebours "mais ne sois pas orgueilleux, gamin !" — le problème n'étant pas d'être ou de ne pas être orgueilleux mais de savoir ce qu'on fait de cet orgueil.

2 mars 2016

Le déploiement des évidences (3/5) : La voix de

Le déploiement des évidences (3/5) : La voix de tête

Incroyable que cette mélodie existe, soit comme ci, soit comme ça, prenne cette tournure-là ! Quand bien même depuis dix ans elle fasse partie de moi !

S'il est impossible de voir défiler des mots en soi de manière aussi précise et jouissive qu'en les lisant, à l'inverse il me semble que la mélodie dans notre tête est un plaisir encore plus grand que l'écoute en direct. Si je dois m'arrêter d'écouter de la musique ce n'est pas grave : ce que mon cerveau a emmagasiné pourra tout rejouer sans jamais se lasser. Enlevez-moi les oreilles plutôt que la mémoire. 

2 février 2016

Attention, cette fois-ci ça va être le texte où

Attention, cette fois-ci ça va être le texte où je vais tout dire de ce qu'il y a d'essentiel : tout ce sur quoi je tournais avait comme origine l'obsession, moteur formel, source signifiante préexistant au contenu du signifié. Le travail n'était pas de faire en soi-même mais de savoir si ce que je faisais me plaisait vraiment. L'oeuvre ne cherchait rien d'autre que l'éclaircissement de sa mise au jour. À partir de là, se mettre à faire réellement ? Pourquoi pas, je suis pas contre, "se choisir quelque chose" comme font les autres, je veux bien concevoir que ça ne tourne pas forcément à vide, mais alors surtout, surtout, surtout : ne pas s'appuyer sur les réceptacles d'obsession de jadis ! (Oui car ils étaient bien réceptacles – passifs, subissant – et non pas sources – actifs, déterminant : je n'ai donc aucune raison d'y croire davantage qu'à tout autre domaine.) En bref : pas de privilège accordé à là d'où je viens et ce que je connais déjà, car ce n'était pas pour eux-mêmes que je les menais, c'était comme en pensant à autre chose, comme support contingent, pour me donner un air, une place de là où parler. (Comme toujours, on choisit à chaque fois le pire – je parle du capitalisme : division du travail où chacun doit cultiver une lubie unique, mais pas de division accordée là où il faudrait la préserver : là où chacun devrait parler pour ceux qui peuvent l'entendre ; rien de tout ça : la voie où l'on s'est engagé, le promontoire d'où l'on cause doit se situer sur l'énorme et monopolistique scène où sont disposés anarchiquement tous les autres, car il n'y a que comme ça que l'on existe, que l'on est reconnu comme tel. En un mot, que l'on fait carrière.)

23 janvier 2016

Au moins, c'est carrément synchro ! Je me dis

Au moins, c'est carrément synchro ! Je me dis qu'à tous les coups ils n'auront aucune envie de s'encombrer de quelqu'un comme moi, que je ne sais jamais sur quel plan me situer, que le sérieux se mêle à l'absence de sérieux de manière définitive, que c'est comme ça que je conçois et ressens les choses, qu'ils me rayeront donc sans aucun doute de leur liste. Et c'est fou que je me dise tout cela car l'autre jour je suis sûr d'avoir perçu dans leur regard un sentiment d'agacement, mais sans passion bien sûr (je ne mérite pas la passion), plutôt comme la volonté d'un repli qui s'imposait envers moi qui ne suis d'aucun intérêt pour leurs plans immédiats, pour leur vision déjà configurée des choses. Ils ne m'ont pas attendu, pardi ! Et moi non plus je ne les attends pas, je suis mes claires et linéaires obsessions qui n'ont pas besoin de leur jugement. Au moins, c'est carrément synchro ! Car je me dis qu'à tous les coups ils n'auront aucune envie de s'encombrer de quelqu'un comme moi, etc. (ad libitum)

9 janvier 2016

Je crois que je l'ai déjà dit mais pas ici, pas

Je crois que je l'ai déjà dit mais pas ici, pas comme ça : quand je faisais des espèces de bandes dessinées j'avais toujours hâte de passer aux mots ; les bonhommes c'était pour patienter, pour prendre le temps de réfléchir, pour m'occuper en attendant, comme on griffonne en téléphonant. Et je vous jure que dans mon esprit naïf, il m'apparaissait que ce devait être ainsi pour tous les autres : qu'ils s'obligeaient à mettre des dessins voire parfois à les soigner pour faire plus présentable, mais que l'essentiel était dans le texte. Je croyais bien entendu aux fameuses “potentialités” de cet art mais comme on croit aux possibilités créatrices qui résident dans la paresse ou l'état de crise, comme un pis-aller faute de mieux, comme un jeu pas forcément honteux (un jeu est rarement honteux) mais ne touchant à rien de ce qui fait vraiment sens, pouvant certes dévoiler ce qui manque, par la force des choses, mais ne pouvant par conséquent jamais entrer dans les tréfonds pourtant abyssaux du langage. L'auteur de BD peu bavard était une énigme totale pour moi et il s'en fallait souvent de peu pour que je ne conclue à sa stupidité tout aussi totale. Je reconnais enfin aujourd'hui que je n'ai aucun intérêt esthétique pour la chose graphique et narrative, aucune vision sur le sujet. Je me laissais porter par les traits comme on se laisse porter par une mélodie, par une danse ; deux domaines qu'il me semble même mieux comprendre que le dessin, alors qu'est-ce qui me prenait donc ?

4 janvier 2016

L'État et la Nation sont dans un bateau ; l'État

L'État et la Nation sont dans un bateau ; l'État tombe à l'eau, la Nation aussi, forcément : c'est ce qu'on nous dit.

La Nation serait ce qui nous dépasse, ce qui nous garantit, ce qui perdure au-delà des bouillonnements politiques de l'État ; l'État gère, subvient, sanctionne, prend des décisions auxquelles on se plie ou que l'on peut contester, suivant les cas. La Nation serait "au-dessus de tout ça", si l'on peut dire.

Et pourtant, si demain je prends une mitraillette et que j'insulte l'État à cause de ce qu'il représente pour moi, on me dit que c'est la Nation qui est touchée et que je ne mérite plus d'y être inclus. Serait-elle donc une notion si faible, si rabougrie, la Nation ? Tiendrait-elle donc à un fil si ténu, si précaire, pour qu'on la mélange sans cesse à de bas symboles politiques, elle qui serait si surplombante ?

Ceux qui croient le moins en la Nation sont les nationalistes, de conviction ou de posture. Car ils ne croient pas en la Nation, ils croient en l'État-Nation, nuance, à savoir en un gri-gri sacré qui fait régner l'ordre. La Nation ne peut avoir de sens que comme notion purement spirituelle, non-sacrée et non-normative, ce qu'elle ne réussit jamais à être.

3 janvier 2016

Je reste loin de tout car si j'entre dans

Je reste loin de tout car si j'entre dans l'organisation je me perds, je dis trop amen. En restant loin de tout, on se préserve de la notion de perte qui n'existe que par la présence de repères ; la perte ce n'est pas ne plus les apercevoir, c'est au contraire les placer partout maladivement et ne plus pouvoir s'en éloigner. 

1 décembre 2015

En fait, il ne s'agirait pas tant de ne pas avoir

En fait, il ne s'agirait pas tant de ne pas avoir "le droit" ("le droit" est toujours une vue de l'esprit) de "critiquer" telle religion, même prise excessivement en bloc, que de dire une bonne fois pour toutes que cette "critique" ne fait pas une anthropologie. C'est ce que l'on a toujours, encore aujourd'hui (et c'est grave, et c'est épuisant), à renvoyer à la face de tout principe philosophique surplombant qui incite l'homme à "accepter" ou "ne pas accepter" les propensions de son semblable, alors qu'il ne s'agit pas d'acceptation : le semblable est là, point. L'homme ne crée pas plus sa société qu'il ne crée son âme. C'est ce qui fera toujours de la philosophie une forme de religion si elle continue à ne vouloir penser que pour sa propre reproduction : ma vieille, ta grandeur ne t'empêche pas d'être une impasse invivable.

(Ô philosophie, tu nous dis ce qui est fort, ce qui est faible, rarement ce qui est l'homme. Tu aimes trier : ce qui a du caractère, ce qui est aliénant... Toujours juger, jamais comprendre.)

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