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Définitivement
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Définitivement
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11 octobre 2014

Il m'emmena dans un recoin de la salle et me

Il m'emmena dans un recoin de la salle et me confia la chose en ces termes : "Bien sûr que l'art tout entier est une supercherie. Nous sommes une vaste organisation qui faisons croire à la crédibilité de nos manifestes. Dans chaque acte créatif il y a un canular, as-tu vraiment cru à ces justifications ampoulées auxquelles personne ne pipe rien ?". À peine eu-je le temps d'admettre qu'en effet, je trouvais bien souvent leurs textes emphatiques, qu'une trappe s'ouvrit sous mes pieds. Long tuyau puis atterrissage sur un matelas de gymnase. Tous en cagoule devant moi. Tous les artistes. Ils m'attendaient pour m'enrôler dans leur confrérie, maintenant que je connaissais le secret. J'allais devoir moi aussi jouer les gens convaincus de ce qu'ils font. Je me préparais moi aussi à dire des choses comme "mon art à responsabilité éthique invente du possible et contient l'audace de penser la beauté injustifiable de la perte et la mise à l'épreuve toujours renouvelée des sources de potentialités fécondes du pacte créatif à réinventer". Ça y est, je faisais partie du club.

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17 août 2013

C'est assez incroyable comme on n'a aucune

C'est assez incroyable comme on n'a aucune histoire à raconter quand un aspirateur rend l'âme. Ça pourrait pourtant nous inspirer, on se rappelle forcément des virages qu'on a pris dans l'appartement, chemins périlleux dont on devrait se souvenir rien qu'en égard au fil qui est ensuite brusquement réaspiré en zig-zag. Quand on enlève les derniers amas de poussière du gros embout qui ne servira plus, on pourrait au moins faire un jeu de mot facile sur le fait que "tout redevient poussière, même la poussière". Mais non, ça ne vient pas. L'art de glorifier les rebuts ne marche que quand ils participent de la saleté, ça fait décadent ; quand ils l'éliminent, ça fait juste anecdotique.

6 octobre 2014

Encore pire qu'un "système" : une "mythologie".

Encore pire qu'un "système" : une "mythologie". Ils disent "je vais essayer de trouver du sens dans ce que j'aime car tout est lié". C'est la même volonté dictatoriale d'ordre et de grille, c'est comme insulter les autres visions. J'aurai beau leur révéler que la pop anglaise est toute ma vie, ils me crieront que ce n'est pas vrai, que cela ne se voit pas du tout dans ce que je fais et que je n'ai rien à répliquer. Ou alors ils me feront remarquer que si c'est vraiment la pop anglaise que je cherche, j'échoue cruellement à la représenter. Il n'y a rien à leur répondre car je ne me situe pas sur ce plan : que les choses correspondent ou pas à quelque chose ne me semble pas être une raison d'être ou de ne pas être. Je ne sais même pas ce que je cherche. Si ça tombe bien tant mieux, si ça tombe mal tant mieux aussi car personne d'autre n'est jamais tombé mal de cette façon.

5 octobre 2014

Il ne faut pas croire que c'est parce que je fais

Il ne faut pas croire que c'est parce que je fais quelque chose que j'aime le faire (je parle de la création). Ou plutôt si, j'aime plutôt le faire, mais ce n'est pas parce que cela donne tel résultat que j'aime ce résultat. Et ce n'est pas non plus parce que je ne fais rien pour le changer que ça veut dire que ça ne me dérange pas, c'est juste qu'il faut que ça sorte comme ça, il n'y a pas d'autre moyen. 

J'ai l'impression de fréquenter de plus en plus de gens qui font ce qu'ils veulent faire, ce qui est inquiétant (inquiétant pour moi je veux dire, car personnellement je peux rarement faire ce que je voulais faire et d'ailleurs je ne sais pas ce qu'est "vouloir"). Comme si on pouvait toujours vouloir pouvoir (des fois je ne veux pas pouvoir) ! Comme si on voulait toujours pouvoir vouloir (des fois je ne peux pas vouloir) !

L'écrit et le dessiné c'est en me forçant que j'y arrive, c'est parce qu'on me montre du doigt ce qu'il faut lire (je suis rarement convaincu par ce qui est "bien" ; mais ma foi il faut croire que les gens ont leurs raisons). Il n'y a que dans la musique où je suis sûr de moi, il n'y a que chanter que je suis sûr d'aimer faire (c'est donc pour ça que ça me bloque ; mais au moins quand j'en écoute je ne fais confiance à personne d'autre).

26 septembre 2014

Regarde, lui il s'aplatit, il est fin, il se

Regarde, lui il s'aplatit, il est fin, il se replie bien : c'est clair, c'est net. Bon, par contre tu as été douteux quant à l'intérieur, mais au moins tu pouvais le ranger facilement et le regarder sans arrières-pensées perturbatoires.

Lui il tient mieux en mains, il est plus dense, on sent qu'il y en a là-dedans, que c'est pas de la gnognotte. C'est conséquent. Mais par contre tu remarques qu'en bas à gauche il y a une petite écornure et ça gâche tout ton plaisir quand tu le contemples.

Par contre quand tu écoutes c'est la même chose pour les deux, tu sens que ça doit être ça la vérité à poursuivre ; pour mieux l'atteindre il faut fermer les yeux, ça te rappelle tout et rien ; et du coup tu verses une larme.

Sinon il y a aussi ça que tu avais inscrit avec ton propre marqueur et tu t'étais appliqué mais maintenant il n'en reste plus rien et de par ta faute. Tu l'as interverti avec celui qui contient davantage de contenu, même s'il t'est moins cher et que tu t'y es moins investi. 

Et sinon il y a aussi cela qui te gêne quand il fait suite à ceci, du coup tu l'as jeté, mais du coup pour l'avoir tout seul tu es obligé de passer par un biais par lequel tu répugnes, mais qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse.

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20 septembre 2014

Mettons tout de suite les choses au clair : il

Mettons tout de suite les choses au clair : il n'y a rien à en dire. De tout cela je n'ai pas à en parler. C'est arrivé dans des circonstances spéciales, n'ayant rien à voir avec tout le reste de ce qui a pu m'arriver. C'est en quelque sorte une passade, une bévue, un portemanteau. Une casserole, quoi. Ça ne me définit pas, ça ne me représente pas, ça ne m'exprime pas. Ça fait à peine m'esquisser, et encore, avec des pastels gras que t'as piqué à ta nounou ! Je sais quels goûts elle a ta nounou, elle achète tout en solde dans des brocantes pourries de chez qui tu sais ! Mais oui, c'est tout vu ! Je n'ai pas à me prononcer sur la façon dont ça a pu advenir. Ça n'est jamais rien qu'un fait. Il en arrive tous les jours des faits. Même que parfois ils ne correspondent qu'à peine à la réalité. Ils sont vite dépassés par leur interprétation, ou plutôt l'interprétation que les gens en font, comme ta nounou par exemple ! Je la connais ta nounou, elle est capable de tout, une fois elle a même cassé tout ce que... tout ce que... tout ce que j'avais... tout ce que je voulais... tout ce que... ta nounou, tout ce que... Je l'aime, je t'aime, je l'aime ta nounou. C'est toi ma nounou. On fait la paix ?

1 septembre 2014

"Tu veux me montrer ? Allez, montre-moi !". Et du

"Tu veux me montrer ? Allez, montre-moi !". Et du coup je dégueulasse tout car j'ai les doigts pleins de chocolat. Il n'est pas content alors que c'est lui qui m'avait enjoint de lui montrer la chose. J'avais pris ça pour un ordre auquel je me devais d'obéir dans la seconde donc j'ai oublié que je devais m'essuyer les doigts avant. C'est toujours comme ça : je considère les autres comme des maîtres pressés qui réclament satisfaction séance tenante et du coup j'en oublie le monde des objets récalcitrants qui demande qu'on se concentre sur nos mouvements. Le monde c'est plus important que les gens, il faut bien que je me mette ça en tête. Sans le monde, pas de gens.

C'est pour ça que j'ai des petits picotements de plaisir dans le crâne quand les autres m'oublient et se concentrent sur leurs trucs. Tout est bien en place, je sais qu'ils ne sont pas en train de s'ennuyer, alors que quand ils sont avec moi j'ai toujours peur qu'ils s'ennuient vu qu'ils ne m'aiment pas. Quand ils se penchent sur leurs activités il y a leurs yeux qui suivent des directions, leur attention est portée et moi du coup je me porte tout seul. C'est le seul moyen. Mais si on veut s'intéresser à moi je le saurai et je me dirai que je dois répondre tout de suite aux attentes et injonctions. C'est comme vous voulez. Ça a aussi sa part de charme mais alors il faudra que vous soyez gentils car sinon c'est trop douloureux.

8 août 2014

Quand dans la musique ou dans les livres il y a

Quand dans la musique ou dans les livres il y a l'extérieur ambiant qui s'immisce, comme par exemple cet accordéon ou ce marteau-piqueur dans cette pop, ou cette drôle de pensée quotidienne dans cette prose poétique, ça fait partie de l'oeuvre à tout jamais et tant pis si l'artiste ne l'avait pas conçue comme ça, il n'a pas son mot à dire.

«Tiens, à un moment j'ai pas trop aimé que cette page soit cornée, je trouve que ça gâche l'effet. Pourquoi ça, monsieur l'auteur ?

- De quoi parlez-vous ? Je n'y suis pour rien !

- Ta gueule, j'ai lu le livre et cette page était cornée donc elle est cornée dans l'oeuvre, c'est comme ça, que ça te plaise ou non ! Ça a joué dans mon appréciation, dans l'état d'esprit qu'elle dégageait, dans l'atmosphère esthétique.»

Et on a raison. Elle était cornée, il y peut rien. Il est plus faible que cette page, c'est lui qui nous serine toujours pour qu'on considère son oeuvre avant sa personne. Mais c'est quand ça l'arrange.

26 juillet 2014

Il faut choisir. Soit on décrit avec peu de mots,

Il faut choisir. Soit on décrit avec peu de mots, soit on décrit rien de spécial. Dans la vie, quand j'entre dans une aire spatiale, le nombre d'impressions qu'elle me suggère est assez peu élevé et ça me suffit. Elles se mêlent de plein d'autres flux de pensée qui n'ont rien à voir avec le cadre. S'attarder à faire croire qu'on peut assister exhaustivement à l'autour-de-nous, c'est forcément une vue de l'esprit qui cherche à s'échapper loin de la vie. Il faut choisir, je suis partant pour jouer à je-mets-des-mots-sur-ça, je-tire-des-mots-de-ça, mais alors ce sera autre chose que dire ce qui se passe vraiment.

23 juillet 2014

Ceux qui nous enjoignent de ne surtout pas

Ceux qui nous enjoignent de ne surtout pas pratiquer la nostalgie le font d'un air tellement sévère, prennent un ton tellement peu apaisé que ça sent l'arnaque : ils devraient être plus sereins si vraiment ils ne regrettaient rien. 

(C'est comme ceux qui vomissent l'enfance, ils exacerbent tellement ce rejet que c'est la puérilité qui s'exprime en eux.)

21 juin 2014

Balancer spontanément son ignorance aux yeux du

Balancer spontanément son ignorance aux yeux du monde, ça ne veut pas dire la "revendiquer" (arrêtons ces mots, vraiment), ni "se débarrasser d'un poids pour se jeter dans l'arène" (vraiment arrêter ce genre d'expressions), c'est juste se dire qu'elle est prégnante en nous et que l'on peut choisir de la transmettre voire de l'exagérer pour meubler. Les gens qui existent comme cela m'ont toujours paru plus sympathiques que ceux qui veulent tout savoir, tout prouver. Encore faut-il se préparer au fait que l'on risque de connaître demain ce dont on parle aujourd'hui à tort. Si notre ignorance nous fait honte après coup, ce n'est pas tant pour elle-même que parce qu'elle change sans cesse d'objet : on souhaiterait être permanent.

11 juin 2014

C'est au Pôle Emploi de Caen que j'ai découvert

C'est au Pôle Emploi de Caen que j'ai découvert Nathalie Sarraute. Dès les premières pages j'ai su qu'elle m'avait attendu, qu'elle écrivait pour moi. Les anguilles qui frétillaient dans la salle étaient d'un autre monde, celui où l'on veut avoir un poste, "poste" étant un mot que l'on trouverait difficilement chez Sarraute.

Je venais de si loin pour un entretien. L'employeuse au sourire commercial qui m'a reçu me parlait de choses n'ayant rien à voir avec Nathalie Sarraute. J'ai essayé de faire bonne figure mais je ne comprenais pas pourquoi j'étais là. Néanmoins je ne lui ai pas tellement déplu, comme on le verra.

Dans le train j'ai pleuré en lisant Nathalie Sarraute car elle disait tout ce que j'avais toujours voulu dire. Je pleurais peut-être aussi à cause de tous ces kilomètres faits en vue d'un projet niant l'existence de Nathalie Sarraute. Je n'avais plus pleuré depuis ce lit à Annecy qui avait été fait juste pour mon amoureuse et moi et dans lequel on avait osé jouir. J'avais peut-être aussi pleuré intérieurement le jour où j'avais enfin rencontré à Paris tous ces gens de la bande dessinée qui obnubilaient mon cerveau au point de m'empêcher de découvrir Nathalie Sarraute (je m'étais débarrassé d'un poids, "ça, c'est fait").

Je reviens à Lyon et le patron d'une librairie rebelle et cynique que je fréquentais me fait une proposition. Je ne vois pas quel rapport il peut avoir avec Sarraute mais je vais essayer.

Une fois sur place je me demande comment j'ai pu croire tant d'années à cette gaudriole, comment elle a pu me masquer Sarraute. Je fais comme si je ne tendais pas vers Sarraute, comme si j'étais toujours le même con, et ça marche si bien qu'on me juge trop con pour le poste, je veux dire pour le poste de Lyon car la dame commerciale anti-Sarraute de Caen m'avait rappelé mais j'avais décliné à cause de l'offre du rebelle cynique anti-Sarraute de Lyon, croyant que ce serait moins pire.

Aujourd'hui ça fait un an que je vis avec Sarraute. Encore hier soir elle m'a dicté des mots qui se sont bien sûr perdus dans les limbes de ma mémoire anti-mots (c'était pourtant éclairant, il devait être question du fil de l'écriture abstraite que l'on tire et qui peut nous mener à tout, contrairement au concret qui nous cache le vrai), du coup à défaut d'être écrivain j'ai écrit ce texte où je dis que j'aime Sarraute.

8 juin 2014

Si je peux vouloir m'intéresser aux sciences

Si je peux vouloir m'intéresser aux sciences humaines c'est pour y trouver des raisons qui prouvent que le monde est inique et que ce sera compliqué d'inverser la tendance, c'est donc mortifère comme centre d'intérêt, ça sert juste à refuser de vivre. C'est prendre l'excuse d'une envie de réel pour le fuir encore plus. À l'inverse, le besoin de littérature, de langage pur, d'univers textuel qui n'a d'autre fin que lui-même, c'est pour m'aider à mieux percevoir les choses qu'il y a en moi et autour. C'est s'échapper pour mieux revenir.

30 mai 2014

Du mal avec les traductions car une langue ce

Du mal avec les traductions car une langue ce n'est pas seulement des mots à comprendre, c'est aussi et surtout un rythme à prendre. Par la force des choses je ne peux aimer que la littérature française : je saisis ses respirations, il n'y a pas de mots plaqués pour "correspondre". Par la force des choses je ne peux aimer que la pop anglaise : le feeling est authentique, elle seule fait naître de telles mélodies au lieu de "faire comme si". (À ce propos, suis-je la seule personne qui arrive à goûter une journée par la simple présence d'une suite de notes dans sa tête ?)

22 août 2013

La plus grande supercherie régressive c'est de

La plus grande supercherie régressive c'est de dire que pour être "concernée", la littérature doit faire du polar ou de la fresque. Depuis la nuit des temps, à chaque fois que des écrivains se concentrent sur l'écriture et seulement sur elle, on crie au luxe de bourgeois. Il faut croire que certains aiment tellement la civilisation du travail qu'ils veulent que l'art s'y complaise en la célébrant sans cesse, même de manière polémique. Or, exprimer sa "condition sociale" de la façon la plus sincère possible, c'est l'envoyer sincèrement bouler en témoignant du fait qu'elle ne nous définit pas intérieurement. Oui, quand un cerveau est relié à un stylo c'est bien à l'intérieur que ça se passe donc tentons vraiment ce souffle, laissons filer les mots et les pensées dans n'importe quels sens, plongeons dans les paradoxes, explorons les bribes d'interstices d'étrangeté irréductible et inaltérable. Peut-être que personne ne peut nous enlever notre "condition", mais on peut encore moins nous enlever le fait de chercher ailleurs si nous y sommes.

25 mars 2014

Résumé de l'épisode précédent (il faut cliquer

Résumé de l'épisode précédent

(il faut cliquer pour)

Nouvel épisode :

Possible explication de pourquoi j'ai jamais touché à cette imposante étagère de bouquins avec que du texte dedans (en plus du fait que mon crâne ne pouvait pas se concentrer sans images) : elle faisait partie du décor, un décor qui avait été posé là, dans cette nouvelle maison, par choix de mon père, parce que c'était comme ça, il avait fallu changer d'endroit (c'était beaucoup plus grand que l'appartement, je n'allais pas m'en plaindre ; même si en fait je m'en foutais). Il ne fallait pas déranger le décor, s'il était là c'est qu'il avait une raison d'être là, fallait rien perturber : un lieu est un lieu. (Encore aujourd'hui je raisonne comme ça : quand je débarque quelque part, même si c'est dans le cadre d'un travail où je suis payé pour influer sur mon milieu, je ne vais pas vouloir mettre ma main dessus, ce qui bien entendu me sera reproché.)

Ce qui pourrait encore me faire pleurer aujourd'hui, c'est de me dire que vivante, ma mère m'aurait indiqué quels bouquins attraper là-dedans. J'aurais attrapé Michaux, j'aurais attrapé Dubillard. J'aurais agrippé l'écriture, quoi. Beaucoup plus tôt. Et j'irais mieux.

20 mars 2014

Envie que leurs mains se rejoignent. Sa peau sur

Envie que leurs mains se rejoignent. Sa peau sur la sienne.

Trouver une bonne occasion : par exemple faire tomber leurs cuisses de poulet pour qu'ils se précipitent dans la poubelle et qu'ainsi ils joignent leurs mains pleines de graisse en pleine confusion sur laquelle appartient à qui.

Oui, envie que leurs mains se joignent. Sa peau pleine de graisse sur la sienne pleine de graisse.

Espérons que ça glissera facilement de l'assiette !

19 mars 2014

Il met la même veste tous les samedis. Allez

Il met la même veste tous les samedis. Allez savoir pourquoi !

Allez, allez-y ! Puisque je vous dis d'aller savoir pourquoi !

Puis les personnages y vont et ils en reviennent bredouille, tout en ne perdant pas espoir.

« On n'a pas trouvé la veste mais peut-être que dans cette non-veste se cache la veste... J'ai essayé de tracer des pointillés autour de la chaise où il n'y avait pas la veste, pour que peut-être la veste puisse apparaître soudainement, pour qu'elle vienne s'y loger confortablement et qu'ensuite je la découpe avec mes ciseaux mignons. »

Mais qui vous dit qu'interroger la veste va vous éclairer sur sa présence hebdomadaire, régulière et perpétuelle sur l'homme qui la porte ?

C'est le problème de l'humanité : elle prend tout par le mauvais bout (de la manche).

28 novembre 2013

Les fachos pensent que le Bien passe par les

Les fachos pensent que le Bien passe par les coups de trique, les libéraux pensent que tout se vaut, quant à nous on ne sait pas trop quoi penser, bien qu'on sache qu'on soit les seuls à avoir raison (ce qui nous est d'ailleurs reproché ! mais pourquoi ? c'est l'inverse qui serait grave : savoir tout penser précisément sans être sûr d'avoir la raison avec soi, et d'ailleurs ça c'est ce que font les fachos et les libéraux). On sait juste que le bien existe, on préfère lui enlever sa majuscule pour bien montrer qu'il est naturel et on essaie de mettre des mots dessus : "naturel" mais aussi "commun" (on est forcément en connexion) ou "existentiel" (on est forcément seul face à l'infini), on n'est pas forcément d'accord mais on essaie, on sait qu'on essaie. C'est évident que quelque chose nous relie, mais à la fois c'est normal que chacun suive sa voix, oui sa voix car c'est important de s'écouter, comme on prétend pouvoir écouter l'être dans ce qui est vraiment lui, dans ce qu'il semble ressentir sans concessions depuis ses tout débuts. Se dépouiller, on tend forcément vers ça.

28 octobre 2013

"On sait bien que les gens sont portés sur les

"On sait bien que les gens sont portés sur les faits divers, les politiciens véreux, alors pourquoi ne pas être franc jusqu'au bout ?" s'est dit ce magasin culturel. Il a donc tout naturellement imprimé des sortes d'autocollants francs sur la tête de ses vendeurs, des sortes de pancartes en bois qu'on peut soulever pour voir leur gueule, si jamais on est foncièrement prêt à traiter avec lui malgré ce qu'on a lu de lui sur l'aire de franchise. (Il faut faire attention de pas rabattre trop violemment pour pas lui faire mal à sa gueule, du coup on va prendre de la matière carton au lieu de la matière bois.) 

Voici en quoi consistent ces aires : en gros il y a marqué la nature même de son être en tant que type qui choisit de travailler là et de mener cette activité, la nature même de cette activité par conséquent. On pourra donc lire sur la pancarte faciale franche de Ludovic : "Je sais bien que l'art c'est indicible et que c'est bien plus que ça, mais je manie quand même ses produits par douzaines avec mes mains dans des palettes, des cageots et des chariots pour en faire bouffer, car je dois bien bouffer moi aussi". Sur celle de Frédéric : "Je sais bien que tout ne se vaut pas mais je mets quand même tout sur le même plan, surtout ce qui est le plus nul car mathématiquement comme les gens sont surtout nuls ils vont surtout aimer ce qui est nul et ce qu'ils savent être le plus nul car ils l'ont déjà vu dans des endroits nuls". Sur celle de Yannick : "Je sais bien que ma mission serait d'éclairer mais je laisse ça aux néons violents au-dessus de moi car j'ai d'autres choses à faire, faut que je range des trucs et que j'indique où ils se trouvent".

Est-ce que ça a particulièrement attiré des gens ? Comme on s'y attendait : ni plus ni moins. Les gens savaient déjà tout ça.

21 octobre 2013

Il me dit : "Je n'aime pas qu'on me montre des

Il me dit : "Je n'aime pas qu'on me montre des images, qu'on les fasse défiler devant mes yeux, par contre quand tu les étires avec des mots, que tu essaies de comprendre les ingrédients de tel mouvement que tu dépèces, je saisis et j'adhère. Je me colle tout contre et je ressens des picotements. C'est peut-être parce que c'est moi qui fais le chemin pour les prendre en moi."

Sur ces paroles, je choisis de regarder ailleurs. Tout en surfant dessus (sur ses paroles, donc), je vois la personne au bout de la rue avec son pardessus et sa malette qui met un pied devant l'autre pour rejoindre son domicile. Il m'arrête tout de suite : "Tu vois, tu commets déjà des impairs : on croit que c'est la malette qui met un pied devant l'autre et tu surinterprètes en pensant que cette construction imposante, cette simple structure urbaine dont tu ignores les matériaux, est son domicile. Tu m'as perdu, j'ai enlevé mes mains de ta bouche, je ne possède plus rien."

Il m'agace un peu car je pense qu'il est autocentré. Qu'est-ce que ça peut lui faire si le bonhomme vient bel et bien d'entrer dans ce qui semble être l'immeuble dans lequel il est parfois tout nu sous la douche ? Bien sûr, il m'interrompt : "Tu veux dire que c'est moi qui vais prendre la douche chez lui ? Quand tu demandes qu'est-ce que ça peut lui faire tu parles bien de moi quand tu dis lui, donc quand tu dis qu'il est parfois tout nu tu penses aussi à moi en disant il, n'est-ce pas ? C'est comme ça que tu me vois ?".

Et il claque la porte de l'habitation donc oui, c'était bien la même personne, désolé. Je devais donc parler très fort et lui aussi, tant pis.

11 août 2013

Quand on se pique de création, on fait ce qu'on

Quand on se pique de création, on fait ce qu'on aimerait lire (ce qui est à la fois limitant et enthousiasmant) et on lit ce qu'on aimerait faire (ce qui est à la fois frustrant et encourageant). Quand on lit des choses qu'on n'aimerait pas faire et qu'on n'aime pas non plus lire, on est quand même un peu jaloux de voir que ces gens puissent être lus. C'est le seul moment, à ma connaissance, où l'on peut envier des gens que l'on méprise à la base. Je précise "à la base" car c'est le mépris qui vient en premier, on pourrait donc se tenir tranquille car le mépris apaise, nous n'avons rien à faire avec ces gens qui n'ont rien à faire avec nous ; et pourtant, on ne peut pas s'empêcher d'être en rage car ils continuent d'exister à notre place, ils nous masquent le paysage, ils nous le changent au point de nous en dégoûter. "L'art ressemble donc à ça ? Alors très peu pour moi, merci, adieu !" et l'on s'en va en gardant confiance en notre irréductibilité mais en perdant par le même coup notre croyance en le monde. C'est le seul moment, à ma connaissance, où l'on est à la fois fier et désolé d'exister, où l'on veut tout autant se cacher qu'éructer.

17 juillet 2013

Acte 1 (Présent) : Le principal moteur de l'art

 Acte 1 (Présent) :

Le principal moteur de l'art et de la pensée a toujours été l'adversité, quitte à réagir de manière adolescente à tout et n'importe quoi pour correspondre à nos névroses ancrées, même si elles établissent une régression morale ou esthétique à une époque donnée. Au début du XXIème siècle, on a décrété que défendre les faibles était risible car "politiquement correct" : l'éthique et le bon sens philosophique passaient du côté de la posture politique. À partir de là, vouloir revenir sur les acquis égalitaires était une preuve d'ouverture d'esprit. Les gens de droite n'avaient jamais participé à aucune rébellion, il fallait bien qu'ils aient la leur. Hara-Kiri c'était nous, pas eux ; ils en étaient encore jaloux. Ils nous enviaient le rire qui mord sauf que chez eux cela n'avait rien de métaphorique, c'était vraiment mordre pour faire mal à l'homme. Nous devions forcément finir par nous débarrasser de la provocation, elle avait trop servi à n'importe qui.

 

Acte 2 (Futur) :

Nous avons compris une chose essentielle, la voici. L'adepte de la provocation souhaite que tout reste dans l'ordre pour pouvoir faire son beurre : qu'un gros mot, qu'une image choquante soit choquante pour que son art ait un sens. Nous nous dirigeons maintenant vers une utilisation des choses honteuses qui tombe sous le sens, qui veut parler de la vie dans ses paradoxes et son ridicule sans recherche de l'outrance, juste avec lucidité, simplicité, honnêteté et absurdité. Je sens que certains ont peur que ça ait moins de saveur, mais qu'importe la saveur quand on ouvre de nouvelles dimensions sensibles et intellectuelles contenant justement leurs propres saveurs encore insoupçonnées. Je suis sûr que ça se diffusera aussi dans tout le corps comme des frémissements crépitants, il n'y a pas de raison.

7 juillet 2013

Pourquoi n'arriverai-je jamais à ressentir de

Pourquoi n'arriverai-je jamais à ressentir de nouveau ce que je paraissais ressentir quand je semblais percevoir ce genre de choses ? Ces sons de guitare ludiques (tout était un jeu), la porte de la commode qui claque, la réserve en bas du hangar à garage, le pot d'échappement trahissant ce qu'il en avait contre moi, l'établi rouge sur lequel je peignais mes plus belles esquisses, tous les noms des peintres ludiques (tout était un jeu), les oiseaux, les animaux, le violon, je sais ce qu'il va faire le violon, ah oui tiens il le fait, comme par hasard, l'herbe du jardin en contrebas, en pente, les pédoncules, les langoustes, les mangoustes, les pédoncules, rhododendrons, ratons-laveurs, mais qui donc peut bien lire les descriptions des livres jusqu'au bout, mais que se passe t-il donc dans la tête de ceux qui les pratiquent sans honte de leur ridicule ? 

1 juin 2013

Avant j'opposais la vie (la vraie) et le monde

Avant j'opposais la vie (la vraie) et le monde (les masques), maintenant je nuance, je doute de l'existence même de la vie – l'état de nature a-t-il un jour existé ? – du coup je parle de monde humain. Ineffaçable monde humain qui nous a façonné, on ne peut raisonner que par lui. Est-ce cela se faire une "raison" ? Est-ce cela devenir "adulte" ? C'est justement comme ça que le monde humain nous tient : par la "raison" et par le fait d'être "adulte". Ai-je le droit de n'accepter ni l'un ni l'autre ?

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