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4 mars 2016

Le déploiement des évidences (5/5) : Déchiffrer

Le déploiement des évidences (5/5) : Déchiffrer le code

Le ridicule de tout savoir ou science : on cherche à connaître du réel, alors que si c'est réel on devrait déjà le connaître, non ? Il n'y aurait rien de plus ridicule pour un homme du Moyen-Âge qu'un historien du Moyen-Âge : « Tu travailles sur ce que je fais chaque jour ? T'es un peu un gros con, non ? ». Il n'y aurait rien de plus ridicule pour une bactérie qu'un biologiste : « Tu travailles sur ma routine de chaque seconde ? C'est toi le parasite ! ». 

C'était en gros ce que je pensais (sans exagérer) il y a quelques années. Connaître des choses sur le monde me semblait superfétatoire, ça faisait trop surimpression, on baignait déjà dans le monde alors en parler ne rimait à rien. L'invention, c'était l'imaginaire. Aujourd'hui, je pense tout le contraire : l'imaginaire est créé par notre cerveau alors c'est du déjà-vu, c'est ennuyeux, ce n'est que notre cerveau ; le monde ne peut jamais se montrer réellement, il faut débusquer les mystères innombrables qui se cachent sous les faux-semblants. Évident pour presque tous, je sais, mais pour moi quelle révolution ! Dommage que ce soit si épuisant, que le corps ne suive pas.

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17 décembre 2015

L'erreur de tout ce qui se conçoit comme

L'erreur de tout ce qui se conçoit comme "mouvement" ou "message" souhaitant "convaincre" au sein de la "démocratie", c'est perpétuellement ceci : « Chers vous qui êtes déjà nous, c'est pas vous les cons c'est les autres ! ». Ne regardez pas ailleurs, je parle pour tous ceux qui. Comme si celui qu'on voulait faire venir à nous n'était pas con, qu'il ne fallait jamais le reconnaître, jamais le lui dire ! Tout discours sérieux, réellement lucide et éclairé devrait pourtant commencer par « Chers vous, que vous vous sentiez déjà nous ou pas nous, vous êtes des cons ! Vous l'êtes forcément, vous le serez peut-être moins à l'avenir, espérons, mais en tout cas pour l'instant vous êtes cons, vous l'êtes autant que les autres, ni plus ni moins ! ». Le problème, c'est que cela nous évoque une religion iniatique qui manierait la culpabilisation à visée sectaire. Or, pas forcément, car c'est à cause des passagers que nous avons collé ces caractéristiques, pas à cause du véhicule. On pourrait le faire marcher différemment, non ?

4 janvier 2019

C'est dingue, ça fait dix ans qu'on s'est pas vus

C'est dingue, ça fait dix ans qu'on s'est pas vus et ça reste la personne qui semble avoir le mieux compris cette facette de moi-même ! Quant à cette autre facette, c'est vrai que c'est plutôt cette personne-là qui l'avait apparemment saisie, tout en passant complètement à côté de cette facette-ci ainsi que d'une autre encore qui, elle, a pleinement été explorée par cette autre personne dont je n'avais pas encore parlé.

Je fais pas exprès, tout est bien moi, c'est compact, uni, pas dissocié. Je trouve que ça va bien ensemble (même si tout ne serait pas à prendre pour quelqu'un qui voudrait par exemple être le Christ). Pourquoi vous voulez pas tout savoir ? Pourquoi chacun se cantonne à un coin ? C'est quoi qui vous cache quoi ? Je montre tout, pourtant ! 

Seul un compartiment (ou à la rigueur plusieurs tiroirs mais qui relèvent du même rangement) semble intéresser chacun autant qu'il est quelqu'un. C'est peut-être ça le problème, c'est que vous êtes quelqu'un tout comme moi, que je ne peux donc m'empêcher de voir comme un certain quelqu'un qui est “un” en croyant que “un” signifie univocité, tout comme vous ne retenez que ce que vous voulez bien voir, tout comme je ne retiens moi aussi que ce que vous semblez retenir de moi !

AH JE VOUS Y PRENDS !

2 janvier 2019

Ça a sûrement déjà été écrit dans tous les

Ça a sûrement déjà été écrit dans tous les journaux intimes du monde, mais je le tente quand même : « et si la meilleure preuve d'amour c'était de se dire “de toutes façons j'aurais été un vermisseau à traîner pour elle, pour elles, donc si je l'aime, si je les aime, je dois définitivement la, les préserver de moi” ? ». Ainsi, je rayonne. 

Du coup c'est malin, ça se complexifie encore (concernant la pop) : à cause que je l'ai revue l'autre jour, cet album me fera à tout jamais penser à elle, alors que c'est l'artiste que j'avais édifié pour elle (l'autre, celle d'après) ! Du coup je me suis mis à pleurer mais je ne savais plus si c'était à cause d'elle ou à cause d'elle, c'est vraiment malin, vraiment pas malin. C'était à cause de tout ça à la fois, à cause de la distance de l'amour en général. À cause que mes bras ne peuvent s'ouvrir que de loin (on dirait, c'est pas que je le veuille mais ça fait toujours ça), que c'est « ok, alors tout compte fait ce sera encore pas moi cette fois-ci, ce sera un autre, comme toujours, mais vous faites bien car je n'aurais pas fait l'affaire, je ne surjoue pas je le sais très bien, t'inquiète, vous inquiète, enfin vous inquiétez pas, je rayonne d'amour à distance, tel est mon rôle il faut croire ».

9 décembre 2018

Faut faire gaffe à la pop, mais quand même pas

Faut faire gaffe à la pop, mais quand même pas trop (pas plus que de raison, pas que ça te masque tout).

2009 : Je fais écouter ce morceau parfaitement pop à cette amie et elle semble ne rien comprendre. Comment lui expliquer ? Je vois bien que ça veut dire que ça colle pas (en effet, ça rompra). Comme hier avec ce mec : « ça ronronne, non ? », qu'il me dit. Alors que je commençais enfin à entrer dedans, justement parce que ça commençait enfin à creuser la pure suspension mélodique ! Chez un non-comprenant de la pop, tu as toujours l'impression qu'il ne comprend pas ce qu'il se passe, que rien ne se passe pour lui. C'est justement parce qu'enfin rien ne se passe qu'on entre enfin dans ce qui nous intéresse (nous) : ça a trouvé à quoi s'accrocher, qu'il y avait une tournure qui révélait quelque chose de la vie que toutes les variations chaloupées ne faisaient que masquer. (Pour un béotien du jazz, tous les morceaux semblent se ressembler ; pour un béotien de la pop, cela semble être pareil ; il faudrait pouvoir expliquer qu'on s'entend sur ça, se rejoindre dans l'incompréhension couplée.)

2017 : Tiens, je suis en train de découvrir cet artiste pop contemporain qui aurait pu m'effrayer il y a quelques années mais qui me touche aujourd'hui. Il faut me laisser le temps de m'y plonger, mais je sens le potentiel de partage amoureux : ma dulcinée aimerait et moi aussi, on se rejoindra dessus. Ce sera notre nouvelle B.O., nous repartirons de bon pied. Laissez-moi quelques semaines et je soigne l'ambiance et l'état d'esprit. Ça se mariera (je vous vois venir, je n'ai pas dit « on se mariera » même si j'ai prononcé l'expression par inadvertance et que ça l'a fait rigoler, qu'elle semblait flattée). Je vais mettre les p'tits plats, etc. Je vous dis que ça !... Sauf qu'en fait elle me quitte. J'avais pas vu venir. J'avais pourtant préparé tous les CD, c'était tellement nous, tellement phénix vibrant renaissant. Mais on me la fait pas à moi : il y a une réalité parallèle où l'on est repartis grâce à lui, grâce à la pop, où c'est notre nouveau fond. On a même fait l'amour dessus une fois (j'y arrive parfois maintenant). Si si, ça a existé dans une autre voie possible de l'existence. Là j'ai juste chopé la mauvaise, mais vous verrez qu'en me réveillant de ma prochaine anesthésie, je reprendrai les bonnes chaussures (il faut bien, je suis en train de faire la collection des disques).

Donc ouais, des fois ça masque et des fois ça révèle, mais même quand ça masque ça révèle déjà le fait que ça masque alors que ça devrait révéler. Il faut tendre à ce que ça révèle. C'est étudié pour.

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11 octobre 2018

J'ai fait le compte, ou plutôt l'inventaire :

J'ai fait le compte, ou plutôt l'inventaire : toutes les personnes que j'ai récemment eu l'occasion d'apprécier en pleine connaissance de cause (les fréquenter pleinement dans la ville où je réside) ont un trouble dont je suis également atteint. Lui, c'est fatigue permanente. Elle, c'est intestin délicat. Lui, c'est oreilles échauffées. Elle, c'est tremblements de fringale. Lui, c'est tensions et vulnérabilité. Elle, c'est sommeil précoce.

C'est comme cela que nous nous reconnaissons. C'est pour cela que l'on s'entend.

Si j'ai tout ça à la fois, ce n'est pas forcément avec les mêmes atours (je disais l'autre jour à "fatigue permanente" : « c'est marrant parce qu'on dirait que toi c'est par le cerveau que tu sens que tu n'peux plus lire, que c'est trop pour toi, alors que moi c'est purement corporel, oculaire : mes yeux ne tiennent plus la route, et bien plus que mes yeux, toute ma poitrine également, enfin je sais pas comment dire », « ah non moi je sens que je pourrais continuer si ma tête y était, mais je comprends plus rien, tout s'affale, tombe », « moi de mon côté je me suis jamais reconnu dans “tomber de sommeil”, c'est pas que je tombe, c'est que je suis crucifié en l'air par la faiblesse, loin de tout »). Mais il est clair que j'additionne les corvées. Ce serait certes immodeste de dire que je les contiens (mes camarades), car ils ont autant à m'apprendre que j'ai à leur apprendre (sur la douleur), mais disons que c'est la cumulativité qui fait que je bénéficie d'une telle sympathique bande d'éclopés.

1 octobre 2018

« C'est du lard ou du cochon ? ». C'est à peu

« C'est du lard ou du cochon ? ». C'est à peu près ce que m'évoque toute écriture qui se pense comme telle. Il faut croire que c'est ce qui fait sa force (j'ai même tellement tendance à le croire que j'en rajoute parfois dans la confusion, n'est-ce pas). Mais on a malgré tout envie de secouer l'auteur par les jambes pour lui faire dire ce qu'il ressent vraiment, hormis des mots. 

En musique, cela gêne moins qu'il y ait le lard et le cochon, cela s'assemble compactement, on ne les distingue tellement plus que la vie nous apparaît. (Par exemple : je chante et par ailleurs j'aime les filles et la douceur, donc ça me paraît être la moindre des choses de faire advenir mon intérieur "féminin" doux quand je chante, ça vient sans calcul ; simultanément, l'énergie vocale est une réponse à ma tension saccadée, donc apparaît également nettement une certaine théâtralité brusquement non-douce, aidée par la dimension de violente incarnation inhérente à la pop ; on comprend tout de suite que ça vient ensemble, pas de « phrase à soupeser pour qu'elle produise son effet », pas de « recherche d'équilibre », nous ne sommes plus dans une « alternance de sensations à ordonner », nous sommes directement à l'écoute de ce qu'il faut faire pour être.)

Pourquoi mes meilleurs textes sont-ils écrits quand je reviens d'un hôpital où l'on s'est occupé de moi ? Peut-être parce qu'enfin je ne suis que ce que je suis : je ne cherche plus à appeler qui que ce soit en particulier puisqu'on vient de me considérer comme quelqu'un de digne d'attention. C'est juste un bonus d'incarnation que j'offre, pour remercier le monde de m'avoir permis d'être pris en compte. Merci de votre attention.

28 septembre 2018

Vous montrer les mélodies que j'aime, c'est me

Vous montrer les mélodies que j'aime, c'est me mettre tout nu. Écouter mes disques en la présence de quelqu'un d'autre m'a toujours semblé être comme m'exhiber sans pudeur. Je pense sincèrement qu'à partir du moment où quelqu'un sait que ce qui me représente le plus c'est (par exemple) l'album Condition Blue de The Jazz Butcher (toutes les chansons, leur succession, leurs contrastes, leur cœur, leurs tournures), pas la peine de faire l'amour avec moi, c'est déjà tout comme. 

(Je m'en rappelle, je n'arrivais pas à me concentrer quand elle voulait qu'on mette de la musique pendant qu'on le faisait ; j'étais tout entier dans la musique. Chez moi c'est soit l'un, soit l'autre.)

Cette nuit, rêve : j'écoute un disque en la présence de quelqu'un qui n'a pas les mêmes goûts que moi et qui avais l'habitude de multiplier les remarques désobligeantes sur mes choix ; maintenant qu'on est tous les deux matures, je me dis que je pourrai lui faire prendre comprendre ce que je trouve aux différentes sortes de mélodies qui se succèdent : « tu vois, ça c'est telle sorte de mélodie, là maintenant c'est telle autre, tu entends, on la reconnaît par telles caractéristiques, et ensuite on passe à une tournure qui est plutôt de cette sorte-ci, déchirant n'est-ce pas, et puis maintenant forcément c'est un peu plus enjoué, c'est ça la vie ». Il faut expliquer la pop. (Dans le rêve, il a l'air à la fois perplexe et respectueux ; je ne sais pas ce qu'il en serait dans la réalité.)

Hier, retour de l'hôpital : une amie m'envoie un live de ce groupe et de cette chanson qui m'évoquent tant. Que rajouter d'autre ? Je revois une période où j'avais déjà raison, où je sentais bien que j'étais malade mais que ce n'était pas pour ça qu'il ne fallait pas prendre tout ce qu'il y avait à prendre comme intensité possible. Une chanson lente comme ce que je suis devenu et qui contient tout ce que j'aurais pu devenir (et que je suis bel et bien devenu dans la mesure où ce devenir possible m'a porté tout du long). Tout se trouve justifié par un diagnostic : c'était donc bien ça, la pop me l'avait bien dit ! Elle m'avait bien fait comprendre qu'elle était ma béquille, on peut donc tout reprendre au début dans notre tête, refaire le tour des circonstances sans qu'il n'y ait plus de passé, présent ou futur, mais une simple justification perpétuelle, plus sensée que la douleur.

(Et se dire que si on a un jour quelque chose d'intensément grave, prouvé comme tel, on sera consolé par le fait que la pop nous l'avait montré d'avance, du coup on s'y prépare sans s'y préparer – à savoir en y pensant / mais sans que cela vienne gâcher la beauté / puisque cela en fait partie / mais qu'elle est bien plus que cela / mais elle est aussi cela / etc. Si cela arrive, ce sera la preuve que la pop est triste. Si cela n'arrive pas, ce sera la preuve que la pop est belle. Dans les deux cas, elle est ce qu'elle est, elle a raison d'être ce qu'elle est, elle est tout ça.)

7 novembre 2015

Il me paraissait évident que tout le monde était

Il me paraissait évident que tout le monde était pour détruire le capitalisme. Depuis tout petit, je regardais ces visages autour de moi, d'adultes ou d'enfants, qui n'étaient pas dupes, ces bras et ces jambes qui s'activaient faute de mieux dans des structures à dynamiter. Si peu de monde y parvenait, quasiment personne à vrai dire, ce n'était pas de leur faute ; l'intention était là, mais le mouvement général, les tâches énormes, insurmontables à mener étaient plus fortes que tout. C'était le déterminisme.

J'étais même indulgent avec les socialistes à cravates de la télé. Ma grand-mère me prévenait pourtant que c'était des faux jetons, mais je trouvais leur stratégie ni pire ni meilleure qu'une autre : l'essentiel était de vouloir détruire le capitalisme. C'est ce qu'ils voulaient forcément, c'était évident. Comme tous les copains autour de moi, comme tous les camarades d'école ou simples connaissances lancés dans cette grande course subtile et hypocrite où l'on faisait croire qu'on était insouciants alors qu'on savait tout, qu'on se destinait forcément à ça : détruire le capitalisme.

Mais depuis peu, depuis quelques années déjà mais je n'en reviens encore pas, je découvre que le monde m'a menti. Tous ces sourires malicieux avec qui je montais les escaliers du collège puis du lycée, sourires d'innocence malfaisante, d'espoir impertinent, prêts à détruire le capitalisme, c'était certain, renseignent désormais sur leurs réseaux professionnels qu'ils sont pour le capitalisme, ça ne semble pas les déranger d'avoir des métiers en rapport direct avec la continuation du capitalisme, c'est comme ça, ils arborent les mêmes sourires mignons qu'au temps des escaliers sauf que maintenant c'est pour dire qu'ils ont concédé au capitalisme.  

Et les encravatés des écrans en fait ils l'aiment vraiment le capitalisme, mais ça à la rigueur j'aurais pu m'en douter, ce n'est pas le plus grave dans l'histoire, eux sont nés encravatés, pas comme les miens. Les miens, j'ai vraiment cru qu'ils ne voudraient jamais se conduire comme des voitures, prendre certaines tournures, que c'était forcément trop con pour eux, pour nous, pour nos rires, pour nos shorts pourraves et blagues poétiques. Oui, toi quand tu t'esclaffais, que tu chahutais, que nos regards narquois se croisaient, tu voulais détruire le capitalisme, n'est-ce pas ? C'était forcément pour ça, non ? Pour quoi d'autre, sinon ? Hein ? 

28 août 2015

Les gentils sont restés soviétiques. C'est par

Les gentils sont restés soviétiques.

C'est par cette phrase inédite et pleine de sens de mon chanteur préféré, toujours enclin à comprendre les créatures politiques que nous sommes avec distance et sensibilité, que mon rêve de cette nuit s'est terminé.

– Il est vrai que ma grand-mère est la plus belle âme que je n'ai jamais connue et qu'à partir de là je ne vois pas, je n'ai jamais vu comment on pouvait ne pas être comme elle communiste, humaniste, internationaliste. Il me semble même parfois que si l'on ne saisit pas dans mon oeuvre que tout commence par là, que Lucas Taïeb est petit-fils de communistes, alors l'échec est vraiment patent. (Je ne raisonne pas ici en terme de "qualité artistique" mais de construction d'esprit, de positionnement de la voix : de là où je parle...)

– Il est vrai que ma génération n'en finit pas de me faire rire jaune de surprise et de dépit quant aux lubies qu'elle sort de son chapeau d'ignorance en la matière. Je vois défiler sur mon mur toutes sortes de monomanies grotesques : rafistolages constitutionnels à base de "tirage au sort", quêtes chimériques d'une Cause qui ferait se rassembler les contraires en un "peuple" que l'on ne définit jamais, indulgences envers les pires formes d'essentialisme et même songes royalistes. On dirait que Marx n'a jamais existé. (Ce que l'on pourrait prendre pour de la pusillanimité s'avère plutôt être un manque de modestie de leur part : les gars, ce que l'on doit changer c'est bien plus que ça, c'est à la fois tout et bien plus complexe qu'un simple tout, c'est bien au-dessus de vous et bien profondément en nous.)

– Il n'est pas vrai que l'on doive être condamné à gémir avec les rats et les loups concernant "le peuple", "le peuple", "le peuple" que l'on ne fait que nommer et entraîner sans jamais embrasser (il n'est jamais vraiment complet "le peuple", il est à géométrie variable ; l'on s'aperçoit vite que la plupart de ses porte-paroles en excluent les "étrangers", les "immigrés" voire même les "bobos", sans creuser aucunement le pourquoi du concept). Ceux qui ont bénéficié d'une base critique solide, solidement humaine et sensible comme ma grand-mère, peuvent résister aux phares des méchants.

30 juin 2015

Pourquoi des fois on comprend pas ? Parce que

Pourquoi des fois on comprend pas ? Parce que j'ose pas.

Par exemple, ce paragraphe publié le 1er septembre 2014 :

"Tu veux me montrer ? Allez, montre-moi !". Et du coup je dégueulasse tout car j'ai les doigts pleins de chocolat. Il n'est pas content alors que c'est lui qui m'avait enjoint de lui montrer la chose. J'avais pris ça pour un ordre auquel je me devais d'obéir dans la seconde donc j'ai oublié que je devais m'essuyer les doigts avant. C'est toujours comme ça : je considère les autres comme des maîtres pressés qui réclament satisfaction séance tenante et du coup j'en oublie le monde des objets récalcitrants qui demande qu'on se concentre sur nos mouvements. Le monde c'est plus important que les gens, il faut bien que je me mette ça en tête. Sans le monde, pas de gens.

On croit que je délire alors que je raconte un fait précis qui s'est passé au printemps 2012, dans un hôtel, à l'occasion d'une réunion de famille. Le protagoniste auquel j'imagine des intentions injonctives et à qui j'obéis sans faire attention au chocolat, c'est un cousin de mon père. Il voulait que je lui montre l'un de mes blogs sur son téléphone ; il n'y avait pas le feu, mais comme toujours quand il est question de mon art (que je n'assume pas, quoi que j'en dise ; malgré que j'en sois perpétuellement fier pour rien, fier qu'il existe puis fier qu'il n'existe pas vraiment parce que c'est mieux comme ça), je panique. J'étais en train de me tartiner de la pâte à tartiner – au chocolat – sur un morceau de pain, en le faisant très salement, comme souvent ; du coup j'ai mis du chocolat entre les touches de son téléphone (car il y avait encore de vraies touches à l'époque et pas seulement un écran, ce n'était pas un smartphone mais un blackberry, si mes souvenirs sont bons) en voulant lui montrer Lucas Taïeb. Ça m'a paru révélateur de tout, aussi bien de mon attitude face aux gens et aux objets que face à l'art ; dans le texte j'ai surtout voulu insister sur les gens et les objets, la dimension "art" étant déjà présente dans le fait même d'en tirer un texte que j'allais être le seul à pouvoir saisir.

Voilà, vous comprenez maintenant pourquoi j'ose pas ? Ce serait trop.

4 août 2018

Quand j'écris une phrase, généralement, j'ai la

Quand j'écris une phrase, généralement, j'ai la sensation suivante : « il est clair que la Littérature, cette espèce de monstruosité inégalable, n'écrirait pas cela, mais il apparaît aussi que la Contre-Littérature, cette espèce de sauvagerie qui a ses propres codes, trouverait ces tournures malhabiles, témoignant d'une "bonne volonté culturelle" vraiment à côté de la plaque, surtout que je n'ai aucune origine petite-bourgeoise... donc on va quand même écrire cela, car peut-être qu'après tout c'est ce qui fait que ça me permettra d'enfin me retrouver dans des mots et qu'ainsi ils verront que je m'y retrouve donc que ça ne peut qu'être louable de ne pas tricher ainsi ». 

3 août 2018

La meilleure raison pour ne pas mourir : « vous

La meilleure raison pour ne pas mourir : « vous allez voir c'que vous allez voir ! ». Mais non pas dans le sens « je vais vous éblouir », plutôt « vous allez voir c'qu'est un type qui vit sa déchéance de façon lucide et passionnée ! ». Non pas tant dans le sens « je vous emmerderai jusqu'au bout », telle la vieille acariâtre, mais plutôt « vous entendrez toujours parler du type qui ne sait plus qui il est mais qui n'en reste pas moins debout, fervent dans ses extrêmes ». 

11 juin 2015

Même quand je souhaite lire des classiques, c'est

Même quand je souhaite lire des classiques, c'est par égoïsme plutôt que par suivisme. Loin de vouloir me joindre à la meute des adorateurs, je rêve au contraire d'être le premier à percevoir telle ou telle nuance, façon d'être au monde, notion non encore décortiquée. Car je suis sûr que les autres sont aveuglés par le langage, tandis que moi je ne suis jamais dupe, pardi ! Je suis atextuel. 

9 juin 2015

Je sais que je suis là, comme ça, dans l’herbe,

Je sais que je suis là, comme ça, dans l’herbe, en périphérie de tout. Mon baladeur CD joue une musique que j’aurais envie de faire résonner dans le champ tout entier, mais pour ça il faudrait de l’électricité. Donc rêve d’une musique acoustique qui aurait la densité et la profondeur des vibrations saturées : c’est un peu tout ce que je cherche pour ressentir encore plus l’écorce de qui-vous-savez (les espèces de grands échalas présents depuis bien plus longtemps que nous). Donc on n’se refait pas, on a vraiment besoin de béquilles esthétiques pour que ça jaillisse.

2 août 2018

Quand la façon de parler d'un être prend trop de

Quand la façon de parler d'un être prend trop de place, le plus gênant n'est pas qu'il manque d'écoute. Ou disons que si, c'est une question d'écoute, mais ce n'est pas que je veuille mettre mon grain de sel à mon tour, bien au contraire. C'est que du coup mon silence dépare encore plus. Le problème ce n'est pas qu'il ne laisse pas parler, c'est qu'il ne laisse pas ne pas parler : à côté de son être, le nôtre semble relever d'un flegme hautain, alors qu'on se réserve juste le droit de se suspendre. 

1 août 2018

Si l'on excepte la transmission-inculcation par

Si l'on excepte la transmission-inculcation par l'éducation, il s'agira de se demander comment naît le sentiment de Dieu. D'aucuns pensent que c'est quand on est perdu que l'on se crée cet espoir. Mais on ne voit pas pourquoi l'on ne se contenterait pas du désespoir. On n'est pas plus avancé sur d'où ça vient.

M'est avis que c'est une confiance profonde en notre potentiel d'équilibre intense, confiance se trouvant démentie par notre vécu chaotique, ce dernier nous laissant comme deux ronds de flan (moins par son incohérence que par sa violence). Tandis que notre précarité ne cesse d'augmenter, nous ne cessons de respirer la vie avec ferveur et accomplissement : pour justifier cette contradiction, ne peut advenir que Dieu. Si je suis encore là après de telles secousses, c'est qu'il doit y avoir quelque chose, comme qui dirait.

28 juillet 2018

On est vraiment obligé de se torturer la panse,

On est vraiment obligé de se torturer la panse, d'avoir des formes à transmettre ? Trop mal partout pour « créer » (sic). Par contre, si vous voulez que je vous dise des choses sur le monde, ça c'est toujours ok. Je conçois. D'où les sciences sociales.

Le risque ou travers du « savant » ou du « penseur », c'est de ne faire rien avec quelque chose. Car lui au moins a quelque chose : le monde à parler. Mais il peut en faire rien. Il atteint le ridicule quand il se met en roue libre avec son monde à malaxer. Comme il comprend que dalle, il échafaude. Tais-toi !

Le risque ou travers de « l'artiste » ou du « créateur », c'est de faire quelque chose avec rien. Car lui n'a vraiment pas grand chose dans sa tête : juste son corps. Mais il peut en faire quelque chose, et alors là il ne se sent plus. Il atteint le grotesque quand il croit que ça rime. Il nous fait croire que c'est du solide. On nous la fait pas à nous !

J'y peux rien si le binaire règne. Si je dis qu'il règne, c'est parce qu'on me refuse le non-choix, donc il faut bien qu'il règne pour pas que je prenne tout pour moi. Autre exemple : les gens sont-ils aliénés et faut-il le leur dire ? Certains disent que oui et oui, d'autres que c'est les prendre pour des cons, qu'il y a une complexité rationnelle des choses. Encore du binaire. Mon opinion, c'est que c'est un mélange des deux : oui, ils sont poisseux, mais pas de raison de les regarder de haut ; entrons dans leur monde, rendons-nous compte que nous devrions en rendre compte. 

28 février 2015

L'humanisme, la sociologie, le punk et la pop

L'humanisme, la sociologie, le punk et la pop persistent en moi, quand bien même je voudrais les décrocher – ce qui m'arrive souvent, car je suis maintes fois convaincu par ceux qui s'en séparent sans regrets ou les conspuent violemment. S'ils reviennent s'imposer avec la force de l'évidence, ce n'est parce qu'ils seraient des "principes" résistant à des "opinions adverses", c'est parce qu'ils fondent mon paysage entier. Pour ça : impossible pour moi de confondre "être d'accord" et "être".

8 février 2015

Il fallait que je chante toujours ; en m'agitant,

Il fallait que je chante toujours ; en m'agitant, en extirpant les mélodies de leurs carcans - carcans que j'aimais, sans eux rien n'étant possible. Impossible de me poser autrement. "Lis un peu !" me criait-on. Impossible. Rigoureusement impossible. Un livre ne pouvait être qu'un remède, une contention, une camisole. C'est ce que ça a donc été.

Un peu comme ce qu'est le dessin pour l'écriture. Normalement je veux tout écrire, c'est pour ça que je vis ; l'arrivée du dessin était une manière de dire "je me fiche de tout ça, faisons n'importe quoi" – je ne peux donc pas accepter ses carcans à lui car il n'est pas là pour avoir des carcans, sinon je fais autre chose. Le dessin c'est seulement quand je vais trop bien pour avoir quoi que ce soit à dire, ou que je fais comme si. Donc jamais compris pourquoi : 1) quand ils ont l'air d'aller pas bien dans ce qu'ils racontent, les dessinateurs continuent à se perdre dans le dessin au lieu de ne faire qu'écrire ; 2) ils semblent accorder de l'importance au fait de passer du temps sur des dessins, sans s'inquiéter du fait que ce sera autant de temps en moins passé sur le texte.

Ce n'est que pour ça que je bâclais, j'avais hâte de passer au texte, il n'y avait que ça de vraiment sérieux : "hop bon je mets vite un bonhomme histoire qu'il y en ait un, mais après hop je me consacre à ce que je veux dire". Je n'ai fait que ça.

Au bout d'un moment, les textes avaient tendance à vouloir être aussi futiles que leurs émetteurs. Ça devenait dangereux. Donc s'arrêter à temps.

3 mai 2016

Trois mots de plus en plus pénibles (mais s'en

Trois mots de plus en plus pénibles (mais s'en empêcher est une autre histoire)

Dignité : Je dis "pénible" mais je dois bien admettre que celui-ci laisse sans voix ; ça tombe bien, ce sont les sans-voix qui l'emploient. Avec la dignité, on sait que tu combats pour vivre, ni plus ni moins ; rien de plus mais c'est bien plus que "c'est déjà pas mal", c'est déjà tout. Et ça suffit, ça veut tout dire.

Justice : Bon, là on y arrive vraiment au pénible. Ok d'accord, je vois ce à quoi tu aspires, mais pourquoi t'immisces-tu dans le vocabulaire du droit ? Tu n'as rien à y faire, tous tes ennemis y macèrent, y paradent ! Dégueule le juste et l'injuste, tu t'en porteras mieux ! Purge-toi de ces bouts d'ailes lyriques au lieu de te les sentir pousser. 

Démocratie : Alors là, il faut déjà se penser dans une arène, dans un monde public où l'on se conduit vers. Vous ne visez donc que ça ? L'abstraction la plus plate, tellement plate que ceux d'en face l'ont plein la bouche ? Ah, vous dites qu'ils l'utilisent pour mieux tromper leur monde... Mais s'ils l'utilisent, n'est-ce donc pas qu'elle en fait partie intégrante, de leur monde ? Qu'ils n'en useraient pas si elle ne pouvait pas s'adapter à leurs formes ? Ah, vous dites que la Vraie n'a pas encore existé... Mais alors, si elle est à inventer, elle ne s'appelle pas comme cela. Cherchons autrement.

2 mai 2016

Ma vie se trouvera changée quand j'accepterai

Ma vie se trouvera changée quand j'accepterai enfin de lire ce recueil de textes de philosophes sur Le travail que je possède depuis bientôt dix ans et qui nous avait été recommandé par un professeur au ton ricanant et remontrant dans le cadre d'un cursus. Car tout y est.

Comprenons-nous bien : je ne sais pas si tout est dans ce livre, je ne m'avance pas, mais je veux dire que tout est dans ce fait de refuser de lire un livre parce qu'il a été recommandé “dans le cadre d'un cursus” par un “professeur au ton ricanant et remontrant” (comme j'en ai croisé beaucoup par la suite : notamment celui-ci, là, que je saisis dans ma mémoire, qui nous prévenait à l'avance de nos éventuelles erreurs en nous engueulant, attitude pire que celle des militants aveuglés par leur « conduite vers » : on devance l'attitude d'autrui en lui prêtant d'office une faute : réflexe de sale flic : comment peut-on décemment en faire carrière ?).

Au lieu de lire ce livre traitant de mon thème favori et au sommaire alléchant, j'ai tout arrêté, passé mon temps à auto-disserter, léché à fond ma manière de concevoir : je m'y suis complu. Les textes de philosophes, c'était juste bon pour les cursus remontrants.

La philosophie : une sorte de modèle-obstacle. Si je la hais tant, c'est parce que j'ai cru qu'elle me plaisait. Accepter d'y attraper ce qu'il y a à attraper, maintenant que mes affects me sont clairement apparus. 

29 avril 2016

Blanc et non-blanc en même temps. Blanc alors je

Blanc et non-blanc en même temps. Blanc alors je vais écouter une vraie musique de prolos blancs, comme ça au moins c'est clair. Non-blanc alors je ne comprendrai pas pourquoi les blancs se voilent autant la face quand ils font des trucs de blancs et qu'ils ont l'impression d'être universels, d'explorer le fin du fin de la pertinence alors que c'est toujours selon leurs vœux et leurs yeux, partout et tout le temps. À partir de là, tous leurs faits et gestes m'apparaîtront comme ce qu'ils sont pour un mi-blanc : à la fois toujours familiers mais toujours énigmatiques, toujours explicables mais toujours ridicules, toujours accessibles mais toujours surjoués. Tous gosses de riches, de cathos ou de riches cathos même quand ils ne le sont pas. Pourquoi tous toujours trop uniformément blancs dans les mots, les notions qu'ils élisent comme leurs préférés dans la conscience juridico-politique, dans la présentation des modes, la façon de les vivre ? Tenter de m'y immiscer, de “comprendre sans juger” : ma grande mission, ma vocation. 

28 avril 2016

La même paresse conduit à rejeter la littérature

La même paresse conduit à rejeter la littérature à idées comme la littérature à recherches formelles : le règne de la littérature à constats, qui veut remplacer à la fois les sciences sociales et l'art fictionnel pour que nos dents rayent le ras des pâquerettes. Donc camarades, visons bien l'ennemi à viser, ne nous trompons pas : écrivain-philosophe, ton ennemi n'est pas l'inventeur de langages, ne le traite pas d'inutile car tu passes pour l'utilitariste que tu n'es pas ; poète de la prose, ton ennemi n'est pas celui qui veut avant tout dire et développer, ne le traite pas de sous-artiste car tu passes pour le mondain que tu n'es pas. K. Dick louait bien Joyce !

Le truc triste, c'est l'impression que quand même il faut choisir entre les deux nobles voies, or moi j'aimerais à la fois dire et jouer. Or, peut-on dire en jouant ? (Je veux dire vraiment dire, hein, pas faire croire que.)

27 avril 2016

Combien de fois m'est-il venu l'idée de démarrer

Combien de fois m'est-il venu l'idée de démarrer un nouveau blog chaque fois que j'abordais une nouvelle nuance de pensée ! Mais il faut que je résiste. L'aire nommée Définitivement résumera à elle seule tout ce que j'ai toujours voulu faire, devra sans cesse répondre à la définition complète et équivoque de "Lucas Taïeb". Marteler à ceux qui n'en sont pas encore convaincus que tout y est inscrit, que ça suffit, qu'on peut s'en contenter à jamais. Chant du cygne ? Plutôt rideau qui englobe l'ensemble des phénomènes dans l'ampleur de son drap, tout en clôturant la pièce. 

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