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Définitivement
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Définitivement
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30 juillet 2019

Quand je repense aux drôles d'artistes auxquels

Quand je repense aux drôles d'artistes auxquels j'ai eu affaire (que ce soit en tant que fan ou en tant que collègue), tous plus mentalement atteints les uns que les autres (l'un d'entre eux m'enverra par la poste "fous-moi la paix" puis se suicidera quelques années plus tard), je ne pouvais pas ne pas devenir sociologue. Mon constat est le même que celui d'Erving Goffman étudiant les asiles : c'est surtout le cadre qui rend fou. Nette sensation que je suis plutôt normal à la base, mais qu'en devant me consacrer à ce type d'art (puisqu'il paraît qu'il faut bien choisir quelque chose) je ne pouvais qu'imiter les affres de ce champ socio-mental. Et le fait est qu'en analysant chaque réaction ou jugement qui m'a blessé (particulièrement blessé étant donné ma seule réelle maladie connue, ce que l'on nomme l'hypersensibilité, désormais expliquée ou tout du moins illustrée métaboliquement), avec la relative assurance qui est désormais la mienne, je ne peux que constater qu'il s'agissait d'un florilège de délires réhaussant le mien (la nature dépressive de plusieurs de ces intervenants sera par ailleurs confirmée), car en me disant que quelque chose clochait chez moi je ne faisais que m'enfoncer dans d'autres façons de clocher, les leurs venant désormais colorer la mienne qui par conséquent s'aggravait. Et comme progressivement je suis devenu non viable, même en étant intellectuellement sorti de ces inextricables errements esthético-comportementaux se croyant plus importants que tout, me revoici à ma table comme au début car m'étant construit dans ces plis je n'ai encore rien pu édifier d'autre malgré mes velléités ; me revoici donc dans cette histoire de fous et croyez-moi que je ne m'en réjouis pas.

(Heureusement que ma discipline m'avait préparé à la découverte que l'on ne se défait jamais – ou difficilement – de son premier champ de jeu, de ses premiers jeux de champ, de camp.)

(En relisant ce texte, je me dis : mon premier texte vraiment aigri, il fallait bien que ça arrive ! Puis je pars dans un rire donc ce n'est pas dit que ça continuera, car si déjà je suis capable d'en rire c'est que quelque chose n'est pas tout à fait atteint.)

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28 juillet 2019

Indémêlable circularité : l'impression qu'à la

Indémêlable circularité : l'impression qu'à la base je voulais tout, il y avait une envie de tout ; et que c'est la faiblesse et la façon qu'ont les autres de la regarder qui fait reculer, sélectionner, discriminer arbitrairement (par exemple, dessiner plutôt qu'autre chose alors que c'était bien le dernier de mes goûts). Comme je le disais souvent, et je continue à penser que les choses doivent s'exprimer ainsi : dire qu'il y a un “manque de confiance en soi” est faux, car à la base je sais que je peux tout, que je veux tout (peut-être trop alors, mais c'est un autre problème) ; alors ensuite il y a ma faiblesse, mes atteintes, mais ce ne sont pas elles en elles-mêmes qui me posent problème, c'est le regard porté sur elles par les autres, qui détermine ensuite ma perception sur elles et par conséquent mes décisions, mes bifurcations (on dirait que ça leur pose vraiment problème, que ce n'est pas possible pour eux que je sois comme ça, alors que ce n'est qu'une donnée à prendre en compte). Mais second sens possible de la dialectique (qui revient au même, bien qu'il faille l'exprimer à son tour pour en saisir le sel) : à la base, en premier, il y a ma faiblesse, le fait que je ne tienne pas debout ; mais loin d'être un quelconque obstacle à la perception des données en jeu, ce sont ces incapacités, m'empêchant de pouvoir m'investir dans quoi que ce soit à long terme en tant que carrière, qui me permettent de ne pas me limiter à mes propres vues, de ne pas faire de nécessité vertu et de vouloir tout

23 février 2016

Vous allez arrêter un jour de faire les pitres,

Vous allez arrêter un jour de faire les pitres, tous les deux ?

D'un côté, voici Monsieur « L'être humain a vraiment tout perdu, quelle dégénérescence après la pureté instinctive de nos ancêtres, nous il faut nous cadrer ! » ; de l'autre, Monsieur « Que l'être humain est noble avec son langage digne de ce nom, complexe et équivoque, les animaux eux ne font que communiquer ! ».

Déjà, vous remarquerez que ces deux zigotos se positionnent chacun par rapport à l'autre. Le premier a quelque chose à régler avec « ceux qui disent trop de bien de l'homme » et le second avec « ceux qui disent trop de bien de l'animal ». Il semble qu'il faille toujours se positionner par rapport ; c'est ça être un pitre. Non seulement par rapport, mais par rapport à ce qui se dit de bien ou de mal sur ; propension quasi-naturelle qui peut avoir ses richesses — car après tout c'est celle que je suis en train d'adopter : je me positionne par rapport à ces zigotos – mais qui doit prendre conscience d'elle-même pour ne pas rester sèche et naïve.

Ensuite, on est tout de suite frappé par une contradiction : la frontière est bien tracée (humains/animaux), mais elle refuse d'accepter la principale conséquence de son tracé, qui serait l'incompréhension méthodique. Si je dis que les modes d'être de l'humain sont radicalement différents de ceux de l'animal, en quoi puis-je donc me permettre de comprendre ces derniers sous mes propres et uniques critères d'homme, et pire encore, de les juger ? Certes, j'ai développé le langage, mais en quoi celui-ci devrait-il constituer un outil de mesure des modes animaux, puisque je dis qu'il n'est pas de leur monde ? Certes, je me trouve immoral, mais en quoi puis-je plaquer mes éloges de moralité sur ceux que je considère justement n'avoir jamais été atteints par les flétrissures que je déplore ? 

On retrouve chez nos deux pitres tout ce qui les illusionnera toujours : l'art et la loi, qui les font se sentir si beaux, si forts.

Tant que nos deux pitres passeront leur temps à se répondre l'un à l'autre, on continuera le cirque.

(Car l'un mène sans cesse à l'autre, circulairement. Celui à qui la croyance en l'homme manque est conduit à déplorer son immoralité puis à proclamer fièrement, pour avoir quelqu'un face à qui se positionner : « oui mais au moins je suis un homme avec un langage, ça vous pouvez pas me l'enlever ! », proclamation prenant insensiblement une dimension individualiste : « et puis ça veut rien dire un homme, je suis pas un homme comme tous ces cons, je suis unique, je n'ai pas à porter le poids de ces charniers ! », donc retour à la croyance impossible, à la déploration et ainsi de suite...)

8 janvier 2015

Bon, il faudrait que je le sache une bonne fois

Bon, il faudrait que je le sache une bonne fois pour toutes : c'est quand je fais les choses de l'art sans y penser (que je me laisse porter par elles) que ça parle, que ça dit. Quand il y a un "allez je vais faire une chose comme ça, allez je vais dire ça, allez je poste un postulat", ça dit rien de très parlant, ça rayonne guère, ça claque peu, ça casse pas. Compris ?

24 octobre 2014

«Non, on peut quand même pas dire que c'est

«Non, on peut quand même pas dire que c'est pareil, moi je veux me suicider mais c'est par sentiment d'incapacité, de peur, alors que lui, bon d'accord il a tenté de se pendre mais après il a tué des enfants donc c'est pas le même topo, c'est qu'il devait se sentir au-dessus de tout. L'incapacité et la peur c'est moi, c'est pas lui. Faut pas mélanger. Lui il est hors de la pensée, alors que moi faut me comprendre.»

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23 octobre 2014

Souvenir qui s'est répété jusqu'à ce que je

Souvenir qui s'est répété jusqu'à ce que je décide qu'il fallait que ça cesse : dans la file d'attente de la salle de concert où va jouer ce groupe que j'écoute en me forçant un peu – parce qu'il faut bien s'intéresser aux choses que connaissent les gens normaux de notre pays – je m'aperçois que ces gens sont tellement sociaux que c'en est écoeurant. Je ne voulais plus revivre ça. La musique comme activité conviviale n'est plus musique du tout (la seule dimension initiatique du pogo est d'apprivoiser la sueur et les contacts corporels ; ça peut servir mais des automates gorgés d'eau s'en acquitteraient très bien). À partir de maintenant j'écouterai seulement des choses qui me parlent pour elles-mêmes et non pas pour ce qu'elles représentent comme mises en scène ou communautés. La musique c'est la chambre intérieure. À partir de maintenant je chercherai la chambre intérieure. Je ferai même exprès de me concentrer intensément sur la tonalité sensitive des ambiances de la chambre intérieure. C'est comme ça que tout a commencé, il ne fallait pas dévier. 

Ni stagnation de nos maladresses ni imitation des lubies des autres : écouter de la musique c'est aller toujours plus profondément vers ce qu'on cherchait depuis le départ mais pour lequel on se contentait de fort peu faute de mieux. Maintenant, autant aimer vraiment.

(En littérature : obligé d'être guidé, je peux pas autrement. Je me place, je me situe. Seuls les sons ne sont pas de la pose.)

12 février 2014

Après Michaux Amygdalectomie. J'ai droit à une

Après Michaux

Amygdalectomie. J'ai droit à une pompe à morphine. Est-ce bien la peine ? Mais je dois essayer, au moins pour s'assurer que ça fonctionne bien (les deux fois où j'appuierai sur le bouton seront commanditées).

Je ferme les yeux et soudain, du rouge, du rouge en plein, uniquement rouge, obscènement rouge, incommensurablement rouge. Les matières ont des grammages différents mais servent toutes à la gloire du rouge. Ici c'est granuleux, là ça se soulève clairement comme un coeur qui bat, là on est dans le pigment pictural, on passe du corps à l'art et même au cartoon, ici ce sont plein de petits oiseaux rigolos (rouges, donc) qui lèvent leur unique patte en choeur, comme des petites majorettes psychotiques (car bien sûr il y a boucle sans fin). Je regarde l'intégrale des Shadoks ces jours-ci. Tiens, n'y aurait-il pas une rangée bleue parmi mon fourmillement aviaire ? Mon cerveau se rend bien compte que Rouxel n'accepterait pas cette unité colorée. Ça se termine là.

Ce que je ne dis pas, c'est que je peux à tout moment faire cesser le jeu en ouvrant les yeux. C'est ce double mouvement si radical, si peu subtil, c'est ce retour arbitraire à la réalité qui rend la chose intolérable. Je ne suis pas ici dans l'hallucination, je suis dans l'engouffrement gratuit et volontaire dans le rouge : il me suffit de fermer les yeux et j'y plonge, il me suffit de les rouvrir et je m'en libère. Grotesque séparation des tableaux. Négation de la porosité du rêve, on passe d'un extrême à l'autre. La chambre n'accepte pas le rouge et le rouge n'accepte pas la chambre. La morphine, ma morphine tout du moins, ne sait pas créer le mélange. Je suis décidément rétif au déréglement des sens.

Je ne rappuierai pas sur le bouton. Ça ne passe pas. On me l'enlèvera. Il faut parfois se faire écouter.

14 juin 2014

Le système de diffusion-distribution que je

Le système de diffusion-distribution que je conçois pour mes livres, c'est en un seul exemplaire original – le vrai original où j'ai tracé mes lignes, pas une copie – que je transmets à un ami puis qui le transmet à un autre et ainsi de suite. Et je le récupère quelques mois ou années après, le délai étant fixé selon l'intérêt, la disponibilité et la localisation géographique des personnes concernées. C'est le seul échange culturel évident et soutenable. Cela convient tout autant à la honte que j'ai de ce que je fais – je n'aurai plus mes méfaits sous la main durant une période suffisamment longue pour qu'en les revoyant je m'aperçoive que je les aie oubliés et les redécouvre donc avec affection – qu'à ma conception de la seule échelle artistique qui vaille : le territoire amical – qui n'a certes pas de frontières mais une histoire, un vécu communs.

29 avril 2014

« Promis, j'essaierai de tout dire. » En

« Promis, j'essaierai de tout dire. »

En raccrochant je me rends compte que ce sont eux qui doivent tout dire.

 

Moi ça va plutôt bien avec moi, je me comprends, je me saisis ; ce sont les autres qui me renvoient une image qui me fait peur. Il faut dire que j'ai peu d'occasions de les voir. Je les ai tous invités la semaine prochaine, j'ai loué une grande salle. Ça fera une grande assemblée.

 

La psychanalyse prend le problème à l'envers : penser sur soi, les gens le font déjà toute la journée entre deux boulots ; ce que nos compagnons de vie pensent sur nous, c'est là que résident les fantasmes. C'est à eux de parler, c'est aux autres.

 

Je les ai tous eus au téléphone, ils étaient contents de venir, pour la plupart. (Ceux qui ne sont pas contents seront au moins contents de dire qu'ils n'étaient pas contents.) Pas un ne sera absent (hormis ceux que j'ai oubliés).

 

Certains sont déjà là. Ils discutent sur le perron.

Je me disais justement l'autre jour que toute notre vie (à peu près) se résume à voir des gens qui attendent debout en se parlant et en changeant de positions. Il n'est pas si souvent que ça question d'un bus ou d'un train qui s'apprête à surgir, contrairement à la croyance populaire sur le nombre de minutes passées à. Il ne s'agit même pas de moments flottants puisqu'ils s'assument : il est dit qu'il faut être là dehors avec des bras, c'est le statut de la fête. Elle a toujours déjà commencé tout en n'ayant pas encore démarré. Ce n'est pas qu'il manque quelqu'un ni qu'il manque du sens, c'est ça le sens.

Pareil pour les manifestations culturelles, des deux côtés de la barrière. Malgré l'aspect de pose calculée et hormis dans le feu de l'action, les images de nos artistes préférés nous montrent des gens posés là à être là avec leurs bras.

« Cette assemblée sera à la fois fête et manifestation, du moins c'est ce que j'espère », me dis-je en ce moment sans trop savoir ce que je dis.

 

« Comment tu vas ? » Grosse bise. C'est une amie de ma mère. Elle a à peine changé. « Quel univers créatif personnel tu avais quand tu chantais quand tu faisais tes p'tits spectacles quand tu étais petit ! » Je ne sais pas si c'était moi, mais en tout cas ça correspond avec ce que j'entendais à l'époque donc ça doit coller. (Les gens qui n'ont pas changé, c'est ce qu'ils disent de nous qui n'a pas changé.)

Oui, à l'époque j'entendais souvent des choses comme ça. Il faut croire que j'avais du mérite. Quand ai-je précisément cessé d'en avoir ? On ne peut pas faire une frise temporelle si cohérente que ça. Aucun repère ni repaire pour découvrir les clés. Chercher ailleurs.

Et nuancer. Et nuancer car j'aperçois maintenant Geoffrey, dont j'aimais bien le style (à tel point que je l'avais surnommé Alain, ça lui allait mieux), qui m'avait demandé en revenant de la piscine combien de tours de nage j'avais faits. Je ne sais plus combien j'avais répondu. Ce n'est pas tant le mensonge que je retiens dans l'histoire (je ne savais pas nager), mais c'est ce blondinet sans prénom qui, des années plus tard, m'avait dit que j'étais « tout sec » en me voyant marcher le long du bord, très peu trempé en effet, faute de capacité à. J'ai appris ensuite qu'il désignait familièrement ma maigreur. Il est là devant moi, il rigole du fait que je l'aie pris pour Alain et il suppose l'association qui a eu lieu : « Et le plus drôle c'est que tout est déjà là ! Le rapport au corps : inadaptation ou dysfonctionnement ? Insouciance ou désincarnation ? » s'esclaffe t-il. Je commence à craindre qu'ils se mettent à parler de moi au lieu de penser à travers moi, mais je le salue quand même.

 

Bon, la salle est correcte. Disons qu'elle peut accueillir tout le monde, c'est l'essentiel.

(Ce n'est pas tant que ma vie a été longue, c'est plutôt que je suis curieux de savoir ce que tous ont pensé sur moi, ce qui fait un grand nombre à tous les âges.)

Je me suis demandé dès le début quelle disposition j'allais établir, quel positionnement dans l'espace. Chacun au centre quand il parle ? Moi tout le temps au centre et les autres autour ? Je ne voulais surtout pas verser dans le tribunal : je ne dois pas être jugé pour quoi que ce soit, je dois être assailli de constats. C'est à la fois bien plus violent (car bien plus général, bien plus systématique) mais aussi bien plus avantageux car il est clair que je suis le centre des attentions (un accusé n'étant après tout qu'un objet entre les mains du droit). Va donc pour le centre de la pièce. Et si le fauteuil est confortable c'est simplement parce que ce sera long, n'attendez pas là un statut solaire !

 

Je m'étais mis d'accord avec moi-même et avec les autres concernant la nécessité d'un discours de préambule. J'en reproduis ici la conclusion, le reste n'étant que messages de bienvenue, remerciements d'avance et autres salamalecs :

« ...Et n'oubliez pas, je ne veux pas que vous parliez de moi : je n'ai pas besoin de vous pour m'évoquer ! J'aimerais que vous parliez sur moi : je veux toutes les représentations que vous avez construites par dessus ce que je vous ai montré ou que vous avez semblé voir. À bon entendeur... »

Après ça, deux ou trois personnes s'en aillent, c'était prévisible. Le bruit de la porte qui claque est aussi important que leur présence, je leur en suis reconnaissant.

 

Tiens, c'est elle qui s'avance en premier. Ma plus grande amitié ratée. On s'était comporté comme des débiles. Elle reprend une phrase qu'elle m'avait écrite (ou à peu près) :

« Je suis impressionnée par la faculté que tu as de faire fi du monde autour de toi. C'est cette faculté qui définit toute ta philosophie, aussi bien son aspect béat que son aspect frondeur à deux sous (qui reviennent au même). »

Elle a raison, je me suis rendu compte en venant que c'était assez absurde d'inviter le monde alors que je ne vis pas avec lui. Je le connais à peine.

 

Bon, je dis à tout le monde de revenir dans quelques années, quand je saurai de quoi je parle.  

 

16 août 2018

Je peux dire à la fois ceci... : – Comme certains

Je peux dire à la fois ceci... :

– Comme certains mystiques se sentent tellement proches de Dieu qu'ils n'ont plus besoin du dogme (ni même parfois de Dieu), je me sens respirer tellement fort ce que l'on pourrait pompeusement appeler « le sentiment d'art dans la vie » que dans ma pratique (de l'art) je ne cherche plus à en faire. Tellement d'art qu'il n'y en a plus. Quand on voudrait trop en faire, on retrouverait le propos, le discours, seul moyen de faire passer ce que... non, bien plus qu'un moyen, une fin en soi : c'est tellement fort ce qu'on veut faire qu'il faut le dire. Non pas qu'on en soit « réduit » à ça, comme un certain surmoi esthète culpabilisateur voudrait nous le faire croire ; au contraire, on est augmenté. On en vient enfin à ce pour quoi on est là, on cesse de faire diversion.

...et cela :

– Au départ, je veux dire. Ça veut parler, proposer, tisser du propos. Mais la façon de dire ces dires est toujours un casse-tête : c'est ainsi que se présentent les énigmes langagières qui prendront un tour artistique. C'est par les impasses du discours, par la mise en œuvre toujours délicate d'une rationalité insaisissable que je vais me mettre à faire le styliste. Je vais profiter de mon incapacité à expliquer et à exprimer (ces deux mots tabous du surmoi esthète culpabilisateur) pour « investir le langage pur », pour faire un « saut dans la confrontation des fragments d'agencements d'intuitions » (auto-citation d'un texte précédent). Ça perd souvent l'idée de départ mais ça y gagne justement bien plus qu'une simple idée : la complexité de ce que je suis.

Où l'on voit que l'inversion de causalité est un salutaire moyen de s'émanciper d'une première inversion de causalité devenue trop encombrante de par son hypocrisie, et ainsi de suite... Appuyer sur l'autre pôle, tordre le bâton dans l'autre sens, c'est révéler ce que le monde a trop longtemps déguisé, et ainsi de suite... Binarité, circularité = liberté sans cesse à recommencer. 

7 août 2018

Ça y est, je me sens enfin mûr pour la

Ça y est, je me sens enfin mûr pour la transparence sociale, mon rêve de toujours (ainsi que de mes amis Sartre, situationnistes, etc.) ; avant, c'était trop tôt, encore trop emprunté, honteux, je n'étais qu'un bredouillant, je me savais libertaire mais je collais trop à mon t-shirt et ça suffisait pour me faire perdre tous mes moyens. Il n'empêche que durant tout ce temps, depuis le début, je savais que la transparence sociale adviendrait, que les rôles éclateraient à la gueule de ceux qui maladroitement et hypocritement ne les tiennent qu'à un fil (nous tous, quoi) ; je soutenais le combat bien fort dans ma tête, mais à cause du t-shirt je restais observateur ; ça ne pouvait qu'arriver, ils n'avaient pas besoin d'un attardé affectif pour les aider. Or, on attend toujours. Pourtant, je vous assure que j'étais enfin prêt à me dénuder, à saisir tous les sourires pour ce qu'ils sont (à savoir tout, ou en tout cas le commencement de la possibilité d'en faire quelque chose d'autre). Eh oh, ce n'est plus la peine de m'attendre, c'est bon ! Ne me dites pas que ce n'était pas à cela que vous complotiez avec vos ricanements entendus, vos teufs et compagnie ? Il devait forcément être question de destruction du capitalisme dans vos alcôves !

9 décembre 2015

Toi tu dis violence fondatrice qui est en l'homme

Toi tu dis violence fondatrice qui est en l'homme ? Et toi tu dis structures sociales qui le pervertissent ? Vous dites la même chose. Ce qui est en l'homme, c'est la conduite vers les structures, la propension à s'y enfermer, à s'y répéter, à s'illusionner. Ce n'est pas un hasard si le terme de reproduction est à la fois sociologique et psychanalytique : c'est bien d'une névrose à la fois "collective" et "individuelle" dont il s'agit (guillemets rageurs car arrêtons une bonne fois pour toutes d'user de ce dualisme qui n'a aucun sens quand on parle d'un être perpétuellement immergé dans un bain d'autrui).

L'erreur sans cesse commise, sans cesse réitérée, c'est quand la proclamation mimant ou établissant un impératif sacré nommé "institution" n'a pas d'autre but qu'une persévérance aveugle aux conditions de compréhension ou plutôt de non-compréhension qui l'ont fait advenir.

Comprendre enfin, ce serait arrêter de justifier notre violence par nos incompréhensions. La réaction en chaîne est irrépressible mais pas forcément inexorable. L'anthropologue qui se décentre de l'humanisme rejoint l'humaniste par le fait même qu'il mène l'étude de cette réaction en chaîne : il reconnaît que l'homme n'est pas n'importe quel être, qu'il pense certes à l'aune de ce qu'il peut mais que cette potentialité peut s'apparaître à elle-même. Donc à partir de là, ça s'éclaire. Ça peut. Ça peut venir.

30 septembre 2015

Mon lutin, ou l’impossibilité Il me dit : « Je

Mon lutin, ou l’impossibilité

Il me dit : « Je n'aime pas qu'on me montre des images, qu'on les fasse défiler devant mes yeux, par contre quand tu les étires avec des mots, que tu essaies de comprendre les ingrédients de tel mouvement que tu dépèces, je saisis et j'adhère. Je me colle tout contre et je ressens des picotements. C'est peut-être parce que c'est moi qui fais le chemin pour les prendre en moi. » 

Sur ces paroles, je choisis de regarder ailleurs. À savoir que tout en surfant dessus inconsciemment (sur ses paroles), je vois la personne au bout de la rue avec son pardessus et sa malette qui met un pied devant l'autre pour rejoindre son domicile. 

Il m'arrête tout de suite : « Tu vois, tu commets déjà des impairs : on pourrait croire que c'est la malette qui met un pied devant l’autre, car tout est toujours une possibilité chez les choses ; de plus tu surinterprètes en pensant que cette construction imposante, cette simple structure urbaine dont tu ignores les matériaux, est son domicile. Tu m'as perdu, j'ai détaché mes mains de ta bouche – au sens où je ne suis plus agrippé à tes paroles ; je ne possède plus rien qui puisse faire mien ton discours. »

Il m’apparaît soudain comme autocentré. Qu'est-ce que ça peut lui faire si le bonhomme vient bel et bien d'entrer dans ce qui semble être l'immeuble dans lequel il est parfois tout nu sous la douche ? 

Bien sûr, il m'interrompt : « Tu veux dire que c'est moi qui vais prendre la douche chez lui ? Relis ta phrase : quand tu demandes "qu'est-ce que ça peut lui faire" tu parles bien de moi quand tu dis "lui", donc quand tu dis que "il est parfois tout nu" rien n’empêche de croire que tu penses encore à moi en disant "il", n'est-ce pas ? C'est comme ça que tu me vois ? ».

Et il claque la porte de l'habitation donc oui, c'était bien la même personne, désolé. Je devais donc parler très fort et lui aussi, car j’ai dit qu’il était "au bout de la rue", mais ce sont des choses qui arrivent ; et c’est peut-être ça son problème, qu’il puisse arriver des choses. 

Car dès qu’il arrive DES CHOSES (je précise bien que je parle des choses car après il risque de revenir en criant « comment ça, "il arrive" ? t’as vu où que j’arrivais ? »), on s’extirpe de son cocon et on n’est plus que diaphane, mais c’est un risque à prendre pour traiter du temps du monde (ou "du temps, virgule, du monde", au choix, car c’est à la fois pareil et pas pareil). 

Certes, quand on vise on suppose sans cesse alors tâchons de soupeser nos suppositions, mais sachons aussi que nous sommes celles-ci, rien que celles-ci ; accepter cela (celles-ci) c’est déjà se retrouver, me retrouver, le retrouver. Oui, là je parle bien de lui et il a compris car alors il ressort et me fait un clin d’oeil complice, en fait il n’est dupe de rien, pas même de lui-même (c’est pour ça que je l’aime, l’un dans l’autre).

15 juillet 2015

Je crois que la plupart des textes introspectifs

Je crois que la plupart des textes introspectifs qui me viennent, me viennent parce que je m'imagine que je réponds à des interviews. Je crois que ce n'est que pour ça que j'écris : pour répondre à des interviews. (Ce qui est blâmable à mon sens chez les écrivains médiatiques actuels, ce n'est donc pas ce besoin – bien plus que "légitime" : constitutif – mais tout simplement leur inanité. Pas de mal à vouloir dire et dire et dire, mais il faut que cela sonne comme jamais cela ne sonnera de nouveau. Pour ça que Sartre et Duras et Debord ont toute mon admiration, quoique l'époque en pense.)

C'est le processus mental de l'interview qui m'apporte les choses à penser. Je dois préciser que jadis je m'auto-interviewais sur cassette audio pendant des heures. Ni monologue ni psychanalyse car ni adresse à moi-même ni regard extérieur : réponse à quelqu'un. (Mais à qui ?)

Par exemple, là, je m'entendais dire au journaliste que le seul genre littéraire qui allait de soi était le délire :

« L'opposition entre roman et poésie persiste stupidement alors que tous les esprits perçants des deux siècles derniers se sont évertués à l'achever » (de mémoire ça sonnait comme ça, je me souviens de l'allitération de persiste et perçants). Et bien sûr défilent Lautréamont, Roussel, Proust, Gide, Leiris, le Nouveau Roman, « qui ne font ni du roman ni de la poésie mais du délire (sic) ». Prenant conscience de la dimension restrictive du terme, qui ferait de l'écriture une pure gratuité, je tempère en précisant que ce soi-disant chaos se compose telle une partition, et là je rappelle ma formation musicale classique, comme il paraît qu'il faut préciser ses "formations" dans son "parcours" : « Ma seule formation est musicale ; pour tout le reste je suis autodidacte. Que cela se sente ou ne se sente pas dans ce que je fais, cela revient au même. Que doit-on vraiment sentir ? Je parle de partition, donc a priori d'organisation ou en tout cas de prévision (même dans l'improvisation il y a prévision), or j'ai passé plus de dix ans de ma vie à dessiner des bonhommes mal faits. Celui qui y voit une contradiction n'a rien saisi de la liberté du délire que l'art se constitue comme règle. Personnellement, je suis "fait pour" chanter (comme on dit) et ce que je "préfère" (comme on dit aussi) c'est jouer la comédie ; or, j'ai pris la liberté de me consacrer aux bonhommes mal faits, donc de n'écouter ni mon "fait pour" ni mon "préfère". Celui qui ne saisirait dans mes bonhommes que mes bonhommes et parlerait de contradiction quand je lui parle de partition (mais j'ai déjà évoqué ce diktat ici) peut passer son chemin et c'est d'ailleurs bel et bien ce que tout le monde fait, passer son chemin », et là je me réveille car je ne peux pas dire dans une interview que personne ne me lit car alors pourquoi m'interviewerait-on donc absurde donc sursaut. 

10 juillet 2015

Non seulement mon pantalon ne tenait pas (je

Non seulement mon pantalon ne tenait pas (je n'avais même pas trouvé utile de mettre une ceinture, alors que je savais pertinemment qu'il y avait un risque avec mes hanches maigres) – je devais le soutenir tout le temps avec ma main gauche pour ne pas qu'il tombe (ma droite me servant à faire de vraies choses) – mais en plus les autres m'écoeuraient par leur présence ; je suis donc allé fuir (me fuir, les fuir) dans un grand magasin culturel où j'ai compulsivement acheté une BD que j'avais déjà de mon dessinateur préféré depuis mes douze ans – mais dont l'exemplaire possédé avait des pages qui se détachaient, une reliure qui se décollait : tout était donc réuni ce jour-là pour que tout cela représente ma fange, tout ce qui a fait que voilà, ma vie est ainsi. C'était en 2006, comme ça on situe bien, ça aide. Je m'en rappelle encore, du coup j'ai écrit ce paragraphe, on ne sait jamais.

8 juillet 2015

Le monde légitimé envers ma fille (2) J'arrive

Le monde légitimé envers ma fille (2)

 

J'arrive habillé de manière gargantuesque – je ne le décrirai pas ici, vous savez bien ce que c'est. Je fais de grands gestes empesés, expressionnistes. Je lui demande direct :

« Bonjour madame, comment vous appelez-vous ?

– (rires) Mélentille, monsieur.

– Bien. C'est déjà un bon point, ou plutôt un point tout court. Un fait. Sur lequel je vais me baser pour dérouler mon processus argumentatif concernant ce pour quoi nous sommes là, à savoir tout un ensemble de faits.

– (air perplexe de sa petite bouille mignonne) Mais tu vas transformer des actes ayant leurs propres fins en discours visant sa fin à lui ? 

– Pire que ça : je les utilise. Le discours s'appuie sur les actes, ou plutôt s'affaisse dessus car il ne reste plus grand chose d'eux à la fin. Écrabouillés, les actes. Ne reste que ma manière de convaincre qu'ils ont voulu dire ceci et par conséquent qu'ils méritent cela. 

– Encore une histoire de mérite ?

– Ah oui, chez nous c'est toujours ça, on adore les échelles.

– C'est bien la peine ? (clin d'oeil)

– Ah mais bien sûr, c'est toujours la peine d'avoir des échelles. Des échelles de peine. 

– (se retient difficilement de pouffer) Et ça sert à quoi ?

– Comment ça, "ça sert à quoi" ? Mais à la Justice, madame ! À la Justice ! »

Et là on n'en peut plus, je la fais basculer par terre et on se marre l'un contre l'autre.

 

7 juillet 2015

Le monde légitimé envers ma fille (1) « Regarde,

Le monde légitimé envers ma fille (1)

 

« Regarde, Mélentille ! Regarde là-haut qui vole ! Ne trouves-tu pas que c'est si beau, que c'est si haut ? Regarde comme il n'y a que ces plumes qui puissent exister !

– Et ça vient vers nous ? demande-t-elle.

– Mais oui, si on veut, si on peut ! On tend vers ça !

– Et ça tend vers nous ?  

– Mais oui, ça parcourt des kilomètres pour nous retrouver, pour ne faire que nous frôler ! On le mérite et il nous mérite. C'est tout ce qu'on a toujours rêvé, toujours souhaité vouloir, toujours voulu souhaiter. Si l'on devait résumer tous les précipices que l'on a franchis, toutes les excavations desquelles nous nous sommes extirpés, toutes les anfractuosités dans lesquelles nous nous sommes sans cesse améliorés en attendant ce jour dernier, ce jour abouti, on pointerait le doigt vers cela que tu vois, qui vogue sur le vent plutôt qu'il ne plane simplement. Comprends-tu la différence, saisis-tu la grandeur ?

– Je suis pas sûre, on va voir.

– Oui, tu auras tout le temps de voir. C'est ta vie qui t'attend et ta vie c'est la manière dont il descend en piqué sans que l'on puisse rater l'évidence qu'il vient nous apporter. C'est ça que sera ta vie. C'est la précision de son bec sur ta peau, qu'il faut toujours rechercher.

– Il faut lutter pour ? Et comment ça s'appelle ? 

– Oh, bien sûr que ça tombe pas tout sec dans le gosier, même eux ne font pas ça entre eux, ils se chapardent la première place. C'est le pouvoir d'achat, ma fille. C'est ça que tu vois, c'est tout ce sur quoi ta vie se fondera. Le pouvoir d'achat, ma fille. Le pouvoir d'achat. »

 

3 juillet 2015

Ma grand-mère semble se sentir toute petite face

Ma grand-mère semble se sentir toute petite face aux livres : elle les soupèse, les ouvre au hasard et dit souvent (ou en tout cas c'est comme ça que je peux le retranscrire car ce n'est pas ça dans le texte) : "oh, ça c'est quelque chose, il y en a là-dedans, ça va être dur de se mettre tout ça dans la tête, après ça je vais me sentir nourrie", l'autre jour elle a même dit "après avoir lu ça je serai immortelle". Pour elle, les écrivains sont des "philosophes", elle emploie souvent le mot "philosophe" pour dire écrivain, pour elle Kafka est un "philosophe" par exemple, ce qui n'est pas tout à fait faux.

Je me dis parfois que cette intimidation s'est perpétuée et peut expliquer ce que je vous répète à longueur de temps (que les livres, les livres d'écriture, n'existaient pas pour moi jusqu'à il y a peu). Mais je crois plutôt qu'il s'agissait d'orgueil : je pensais que ce qui était dans les livres, je l'avais déjà écrit, je l'avais déjà pensé, alors à quoi cela me servirait-il ? Ce que j'avais écrit, ce n'était bien sûr pas les mots mais la pensée qu'ils faisaient transparaître – on retrouve là l'obsession du "philosophe". Depuis, j'ai découvert que même si je l'avais écrit, des tintements de langage me manquaient pour le dire vraiment, non pas pour l'exprimer (je ne me suis pas senti empêché d'exprimer, d'exprimer encore et d'exprimer sans cesse) mais pour le faire s'articuler en sortant enfin du rond-point.

16 juin 2015

Je suis sûr qu'en fait tout le monde pense

Je suis sûr qu'en fait tout le monde pense pareil, ou à peu près, mais que c'est la différence de langage qui crée le malentendu.

Chacun se terre trop dans son langage.

Moi-même j'ai besoin de sa douce musique pour me sentir mieux, elle me rappelle des choses que je connais, qui me rassurent, comme tout le monde. Quand j'ai trop été agressé, elle vient à point nommé pour dévider sa fange. 

Ça déroule figé tout autant que ça pousse à s'éclaircir sur le mieux. On se dit que bon, l'un dans l'autre, quand même, hein.

C'est ça qui rabote nos aspérités tout en les cultivant à foison (ce qui n'est pas contradictoire car elles cherchent toujours à revenir, ce sont jamais les mêmes, ce sont toujours les mêmes). Mais faudrait pas le faire à plat, faudrait que chacun se le fasse sentir conjuguément, en toute innocence ; comme est innocent le fait de s'apercevoir que conjuguément n'existe pas alors qu'on l'entend si fort dans sa tête. Mais ils ont pas le temps ou ils se font croire qu'ils veulent pas, ce qui revient au même.

15 juin 2015

Je suis sûr que quand elle m’a dit ça c’était un

Je suis sûr que quand elle m’a dit ça c’était un truc qu’elle avait pensé vite fait une fois entre deux pensées, qu’elle avait encore jamais formulé avec sa bouche et qu’elle m’a fait remarquer comme ça en passant parce qu’on parlait de quelque chose de semblable. Je suis sûr qu’elle l’avait jamais articulé avant ça, avant moi.

Ça m’a donné l’idée d’organiser un colloque.

J’ai fait venir tout le monde dans un amphi et je leur ai demandé : « Est-ce que ça vous est déjà arrivé, dans une conversation avec moi, de sortir comme ça une idée, un contenu de phrase que vous n’aviez jusque là jamais formalisé tel quel avec votre mâchoire, que vous aviez juste tissé furtivement dans le flot de vos circuits neuronaux et que j’étais donc le premier à percevoir en tant qu’ondes vocales, signifiant linguistique ? »

Quelques mains se sont levées, mais pas tant que je l’aurais pensé. 

D’abord un peu vexé dans mon amour-propre, je m’aperçus que c’était les gens que j’avais tout le temps envie d’embrasser qui m’avaient consacré leurs exclusivités. 

Donc en fait ça me suffit, c’est bien comme ça.

23 février 2015

Dans l'enfance on te refile de force des espaces

Dans l'enfance on te refile de force des espaces que tu n'arrives pas à transformer en mondes. C'est moi ou toute la vie on t'impose des espaces en te faisant croire que c'est des mondes ? C'est moi ou c'est juste insupportable ? C'est à la fois moi et pas moi.

C'est moi dans l'enfance car d'habitude le vide devient jeu-création investissant-modelant ; chez moi il était incompréhension, irréalité, ennui. J'ai trouvé les mondes dans les interstices : les déploiements mélodiques, la chaleur du papier. Ma fascination persistante ne peut donc que se mêler de répulsion morbide envers ces fuites contingentes. Je n'y vois pas de libération, d'accomplissement.

C'est pas seulement moi car on fait tout pour nous faire perdre le monde. Déjà qu'à la base il nous en faut beaucoup plus que les autres... L'imbécile trouve les autres "pauvres en monde", comme si savoir en faire apparaître partout c'était être pauvre ! Nous on est vite perdus alors on met des espaces qui mettent des distances. On ne sait plus le pourquoi du comment mais on continue.

17 février 2015

Résumons l'histoire : c'est elle qui avait pris

Résumons l'histoire : c'est elle qui avait pris la chose et je la lui ai empruntée pour la regarder en attendant qu'elle commence à s'en servir. Pour la remettre à sa place j'aurais dû lui dire de se décaler donc j'ai préféré la poser de l'autre côté en le lui précisant à mots couverts pour ne pas la déranger. Quand ce fut à son tour de l'utiliser elle ne l'a pas trouvée du côté où elle l'avait mise et elle s'est même assise sur le nouvel emplacement que j'avais choisi, ce qui l'a quelque peu froissée.

Ce que je me reproche : d'avoir voulu consulté une chose que je connaissais déjà suffisamment, de ne pas avoir osé lui demander de se déplacer pour pouvoir la reposer du bon côté, de ne pas lui avoir dit clairement que je l'avais posée ailleurs, d'avoir choisi un endroit sûrement plus risqué que le premier qui me semblait pourtant bancal mais quand même moins.

16 février 2015

Une solution pour l'économie : autoriser le vol

Une solution pour l'économie : autoriser le vol dans une ville pour chaque produit : un produit par ville et une ville par produit. Quand on vole ailleurs que dans la ville consacrée, on ne va pas en prison mais on est dans l'obligation de revendre le produit de manière compétitive et assermentée. Les gens intéressés pour voler tel produit iront volontiers faire un tour dans sa ville dédiée : tourisme multiplié par le nombre de goûts qui sont dans la nature.

14 janvier 2015

En fait, une seule question importe (obligé

En fait, une seule question importe (obligé d'être en mode question après un truc pareil, non ? si non, vraiment, je ne vous suis pas) : qui c'est ces tarés ? Ce qui revient à se demander : pourquoi le sont-ils ? Toute émotion ou symbole qui ne se construit pas sur ce "qui c'est ?" tombe à côté. "Liberté d'expression" et "laïcité" n'ont rien à voir avec "qui c'est ?". C'est plaquer des faux concepts sur nous tous. C'est quand même insupportable de continuer à aimer ces guirlandes alors que c'est ça qui nous empêche depuis toujours d'explorer le "qui c'est ?". C'est plus que ridicule, c'est nous tuer encore une fois (ce qui arrive certes déjà tous les jours, mais quand même).

"Qui c'est ?", bien sûr que c'est aussi nous. Bien sûr aussi que le "nous" n'existe pas, mais alors aucun "nous". Si je dois considérer "qui c'est ?" comme des ennemis, alors je dois aussi reconnaître que tout ça n'a lieu que "là où ça se passe", que je ne cautionnerai jamais la concentration des hommes et des pouvoirs dans cette chose nommée "la capitale". Si je dois "combattre", alors c'est aussi contre la structure qui me dit de "combattre", sinon c'est pas du jeu.

En fait, on meurt de trop "réagir", plongé dans le grand bain des gens qui ne plongent jamais à l'intérieur d'eux-mêmes, par profession ou par faiblesse.

22 janvier 2015

«Aujourd'hui j'ai dit "mort à eux parce que

«Aujourd'hui j'ai dit "mort à eux parce que voilà" et hier j'avais dit "cela existe plus que tout" et avant-hier je disais "on peut dire ça sur ça parce que lui l'autre jour il a dit ça en faisant ça donc on en sait beaucoup sur ça" et je crois qu'après-demain je voudrai m'écrier "cela les définit tout entier, tous ces gens qui sont comme ça !" et du coup je ferai quelque chose qui entre en cohérence avec mon incohérence et après il y aura des gens qui se pencheront sur tout ce que j'ai dit ou fait et analyseront tout ça et diront pourquoi j'ai dit ça et fait cet acte que même moi je ne comprends pas. C'est ma vie.»

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