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Définitivement
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Définitivement
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13 avril 2013

Je présente une émission diffusée du mardi au

Je présente une émission diffusée du mardi au vendredi à la radio. Quatre jours par semaine, comme ça chaque jour j'invite une saison. Qu'importe si la saison est en cours ou pas dans le monde extérieur, elle vient quand même, elle a son jour dans le planning. Par exemple, ce mardi, le printemps viendra nous expliquer que ça y'est on peut dire qu'il a vraiment commencé. La chronique de l'été, c'est toujours le mercredi, là je crois qu'il nous dira qu'il se prépare tout doucement. L'automne, comme d'hab', c'est jeudi, elle parle de toute autre chose en ce moment vu qu'elle n'est pas trop concernée par l'actualité. Et hop, j'ai placé l'hiver le vendredi, elle choisit souvent de décrire un livre qu'elle a aimé, quand elle vient de se retirer du temps comme actuellement. Elles aiment plutôt bien cet exercice, ça leur permet d'avoir une vie intérieure. Elles sont tellement tout le temps dehors que y'a un moment faut bien stopper, sinon c'est le burn-out. Qui supporterait d'avoir toujours affaire à l'air, de n'être défini que par la façon dont il habite le vent ?

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3 avril 2013

Avant, mon rêve c'était de rencontrer mes idoles

Avant, mon rêve c'était de rencontrer mes idoles musicales anglaises et de tailler la bavette avec eux ; maintenant, c'est de sympathiser avec un animal sauvage et de lui faire de gros câlins. Ça me paraît à la fois moins impossible (mon niveau en langue est définitivement irrattrapable, alors que je peux devenir soigneur en zoo) et beaucoup plus difficile. Tout en retrouvant les valeurs sensibles et sensitives, je ne peux pas m'empêcher de me filer dans de beaux draps inatteignables.

17 février 2013

Avant je croyais qu'être un fêtard de l'extrême

Avant je croyais qu'être un fêtard de l'extrême c'était avoir envie d'auto-destruction et donc de la mort mais en fait non, au contraire, c'est en avoir peur. Peur de la fin des choses. On dirait qu'une fête ne doit jamais finir pour être bien, si ça ce n'est pas nier la mort ! C'est le contraire des joies de l'éphémère, le contraire du no future pris dans son sens strict (qui inclue forcément la rapidité et l'urgence). Je ne comprends pas pourquoi il faut aller jusqu'au bout de la nuit. Pourquoi le soleil est-il l'arbitre ? Que veut dire cette attente ou plutôt que veut dire ce signal ? Pourquoi la lumière doit-elle siffler l'arrêt des festivités ? Que signifie ce symbole ? Pourquoi "lumière" au lieu de "beurre", "rugosité" ou "pétunias" ? Tant qu'on y est, pourquoi ne pas continuer la fête indéfiniment ? Je ne crois absolument pas à l'hypothèse de la fatigue physique. Quand les marteaux-piqueurs et autres coups de boutoirs de la techno rugissent sans interruption de minuit à six heures du matin, c'est bien que toute notion de corps fatigué n'existe plus. Qui peut le plus peut le moins. Allez encore un effort, n'ayez pas peur de la mort, ne cessez jamais de faire la fête et mourrez-en, bande de cons !

5 février 2013

Tiens, j'ai enfin tissé un lien avec un animal !

Tiens, j'ai enfin tissé un lien avec un animal ! C'était ma bonne résolution de 2013 et elle est déjà exaucée. J'avais besoin de ça pour me rassurer concernant mon corps (mon corps étant mon principal souci depuis toujours). Une relation animalière ça passe entièrement par la douceur, par la qualité de notre attention sensible, de notre gestuelle. Dans l'idéal c'est ce que devrait être l'amour : seulement de l'affectif. Mais il faut toujours qu'on mette de l'intellect là-dedans, des histoires de goûts ou visions en commun (qu'on appelle paradoxalement "sensibilités communes"). Le problème est là : nous parlons. Or l'amour ne doit pas parler. Tant pis, il y a les animaux. Et aussi l'amour, je vous rassure (je n'en démords pas que c'est encore mieux). Mais pourquoi avoir créé le langage ? (Le pire c'est qu'en répondant à cette question on devient forcément un pro-langage car cela demande du langage de le faire, donc au final on n'est jamais impartial, c'est embêtant.) C'est pénible le langage, ça complique tout. C'est peut-être justement pour ça que c'est agréablement pénible, finalement. Y'a des choses qui se passent, quoi. Des choses qui se passent. Ouais.

3 février 2013

Machin est diplômé des Beaux-Arts de Truc : mais

Machin est diplômé des Beaux-Arts de Truc : mais qu'est-ce qu'on s'en fiche ! Et même, au contraire, c'est une preuve de faiblesse car on voit qu'il n'avait que ça à faire. J'aurais bien aimé moi aussi n'avoir que ça à faire. Mais j'avais plein d'autres choses plus importantes : acheter des tonnes de livres sans pouvoir m'en empêcher, acheter des tonnes de disques dans plusieurs éditions différentes pour avoir la sensation de n'avoir rien manqué de tel groupe qui fait tant de bien à mon coeur (dans le même ordre d'idée concernant les livres : relire plein de fois les mêmes lignes pour être sûr de bien en avoir fait le tour), trouver la femme de ma vie, essayer de soigner tant bien que mal ces pensées obsessionnelles concernant les livres et les disques, passer mon temps à me plonger dans des mélodies, puis dans mon cerveau, puis dans les mélodies de mon cerveau, bref tout cela prend un temps fou qui ne laisse absolument pas le loisir d'être diplômé des Beaux-Arts de Truc ! Les vrais artistes sont des fumistes qui sont bien intégrés dans la vie, ils sourient aux photographes, ils ont des amis, ils parlent. Les faux artistes sont bien trop préoccupés pour se consacrer à leur art qu'ils pratiquent de manière aléatoire, fulgurante, hasardeuse, au p'tit bonheur la chance : il n'y a que comme ça qu'on peut mettre dedans tout ce qu'on est vraiment.

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21 janvier 2013

Il fallait que je mange une salade de limaces si

Il fallait que je mange une salade de limaces si je voulais que les vigiles du métro me rendent mon manteau. J'ai dit tout de suite "Ah non, moi c'est comme pour Fort Boyard, jamais je ferai ces choses-là !". Voulais-je dire Koh-Lanta ? Toujours est-il qu'après je me suis empêtré : "C'est beaucoup trop visqueux, je préférerais encore manger un... un... Comment on dit déjà ? Une écrevisse ? Non, c'est pas ça ! Un... un... un scolopendre ? Non ! Argh, je trouve pas !". Je voulais dire un SCORPION, bon sang ! J'y étais presque !

(Mais sinon j'ai vraiment aimé Fort Boyard, comme le prouve ce blog de souvenirs de télévision de service public des années 90.)

20 janvier 2013

Nous avons décidé de renouer ensemble (on dit

Nous avons décidé de renouer ensemble (on dit "renouer le lien"), car nous sommes deux fils du même père et je pense personnellement qu'un fil c'est comme un noeud, on peut le nouer. Je sais que j'ai déjà noué des fils parfois, nous pourrons donc nous nouer aussi, comme nous sommes des fils. De par le fait, des fils du même père qui plus est. Donc nous nous nouerons comme avant, comme dans la grande maison avec le tuyau d'arrosage, la balançoire et le chien. Nous nous renouerons. Et j'en ferai un roman.

10 janvier 2013

Qui nous dit que ce qui est imprimé dans les

Qui nous dit que ce qui est imprimé dans les livres est vraiment ce qu'ont écrit leurs auteurs ? Nous n'avons jamais accès aux manuscrits ! Qu'est-ce qui empêche l'éditeur, ou le cas échéant le traducteur, de rajouter ou de supprimer des mots en toute impunité quand l'auteur est mort ? Croit-on vraiment que cet assemblage manufacturé de pages collées entre elles que l'on tient dans les mains c'est Sartre, c'est Bukowski, c'est Kafka, c'est Cervantès ? Quelle crédulité ! Mais nous avons été biberonnés à cette croyance aveugle depuis nos premiers grands examens : comment accepter les notes du baccalauréat alors que les copies ne nous sont jamais rendues ? Pourquoi devrais-je moins croire en Dieu qu'en mon 8 en Histoire que je n'ai pas davantage vu de mes propres yeux ? La dématérialisation, la relation à distance n'ont pas commencé avec l'internet : l'inaccessibilité des manuscrits de toutes sortes fut la première étape. On ne peut plus toucher la main de l'auteur, ni la sienne parfois.

(J'ai toujours eu du mal avec le tapuscrit, la preuve.)

8 janvier 2013

"Quand même, t'aurais pu me mordre les fesses ! -

"Quand même, t'aurais pu me mordre les fesses !

- Mais enfin je pouvais pas, tu vois bien que...

- C'est quand même pas compliqué de me mordre les fesses ! Dents + Fesses, c'est une équation simple non ? Je te demandais pas la lune !

- Mais ma chérie, nous sommes sur un échafaudage branlant...

- Oh ne sois pas vulgaire, je t'en prie."

21 décembre 2012

La plus grande insulte terrestre me semble être

La plus grande insulte terrestre me semble être "artiste". Priez pour que je n'en sois jamais un.

Artiste : Type tellement maniaque et misanthrope qu'il ne peut pas s'empêcher de "créer", comme il dit. S'il lève un peu le nez de son guidon, il voit qu'il y a d'autres choses à faire dans la vie. Quand il y parvient, il se trouve trop zen pour un artiste et il souhaite donc retomber dans l'isolement pour pouvoir continuer sa "carrière".

Artiste : Type qui a tellement fait d'aménagements dans sa "création" que son individualité se noie parmi celles des autres. On comprend ce qu'il veut dire, il est lisible. Comme si "créer" c'était traiter avec des notions de construction, d'aboutissement, de public, d'oeuvre ! À l'origine il s'agit plutôt de fouillis imbitable et par conséquent parfait : celui-ci contenait déjà toute sa folie de façon bien plus pertinente.

L'artiste se sent obligé de dire qu'il va "bosser" quand il vaque à ses occupations. Mais qui peut croire que cela constitue un travail ? Ce qui est un travail c'est plutôt de se prouver sans cesse que ça en est bien un, ça oui c'est une tâche de tous les instants.

"Regardez, je suis fait pour ça vu que c'est ma raison d'être !". Il pourrait très bien être fait pour toute autre chose s'il connaissait mieux le monde.

"Regardez, je suis utile vu que des gens m'aiment !". Sans le vernis de l'industrie, la production de son cerveau ne serait guère présentable.

Être artiste c'est auto-justifier son existence en réponse à l'insulte permanente que représente sa condition. Ça sonne bien, n'empêche. Ça en jette.

(Une autre version peut se lire ici.)

18 décembre 2012

En fait, contrairement à la plupart des gens (ça

En fait, contrairement à la plupart des gens (ça leur est plus pratique pour vivre), je n'ai jamais pu confondre le monde et la vie. Il me semble encore aujourd'hui qu'un carriériste hédoniste n'aime que le monde et pas la vie. Profiter de la vie c'est écouter le fil de ses pensées qui se déroule, sans rien faire d'autre. Profiter du monde c'est tout faire pour se complaire dans l'organisation sociale qui masque l'existence pure. Le dépressif entonne un chant d'amour à la vie tandis que l'actif s'en détourne le plus possible car son implacabilité lui fait peur, d'aucuns disent sa cruauté. Je fais partie de ceux qui trouvent que l'implacabilité cruelle se situe plutôt du côté du monde. Ce qui est absurde c'est de l'accepter et de trouver ça moral et raisonnable. Plus on s'agite, plus on s'enrichit, plus on est fait de bric et de broc risibles. Pour m'en payer une bonne tranche je préfère mon petit spectacle mental.

Vous avez remarqué que dans le paragraphe ci-dessus la vie est dans un cerveau et le monde dans des bureaux ? Quel esprit étriqué, névrosé, aveugle, pour ne pas dire angoissé et effrayé ! Tel est pris qui croyait prendre ! La réconciliation de la vie et du monde, c'est le monde vivant : la nature, les animaux. Il y vient petit à petit. Ça lui prendra bien cinquante ans pour rattraper le temps perdu. (Encore une bonne raison de ne pas se laisser distraire par le monde social, va t-il rétorquer !)

21 décembre 2012

Il me semble que le seul moyen de savoir si

Il me semble que le seul moyen de savoir si quelqu'un est quelqu'un de bien, c'est de se poster devant lui et de lui dire inopinément : "Bonjour, êtes-vous complètement con ?". S'il y a étonnement et sourire, on a affaire à une personne ouverte. S'il y a directement colère ou énervement, on peut être sûr qu'il s'agit d'un bas de plafond. J'ai tout le temps ce genre d'idée avec les gens qui m'aliènent, qui m'agressent, qui m'oppressent, ceux-ci étant en général mes supérieurs hiérarchiques ou spirituels (j'ai une peur bleue de toute forme d'autorité) : je rêve de leur lancer "Eh salut, t'es complètement con ?", pour vérifier si c'est vraiment des gros méchants et qu'ils méritent mon mépris (s'ils prennent la mouche) ou s'ils ont la classe et qu'ils méritent ma soumission (s'ils se marrent).

(Une autre version peut se lire ici.)

14 novembre 2012

N'empêche, on a du mal à croire que la peine de

N'empêche, on a du mal à croire que la peine de mort ait pu exister un jour chez nous. Non pas tant parce qu'elle est cruelle (tant de choses cruelles persistent encore, comme la prison, l'école, le travail ou la télévision), mais bien parce que c'était du niveau mental d'un gamin attardé : tu as tué alors je te tue, hi hi, lol ! Comment un tel raisonnement a t-il pu être pris au sérieux au point d'être institué ? Dans le même genre régressif au ras des pâquerettes, il y a le libéralisme. Là encore, c'est moins l'injustice évidente du système qui est la plus pitoyable (ses défenseurs le reconnaissent volontiers, ou alors ils sont de mauvaise foi), c'est son niveau zéro de quotient intellectuel. On dirait un gosse aux neurones limités : "Bon alors on va dire que tous les pays sont en concurrence, comme ça quand par exemple les salaires baisseront dans un pays eh ben les autres devront s'aligner dessus pour être encore dans la course du marché, hi hi, c'est trop simple et c'est trop marrant de tirer l'homme vers le bas ! Eh, maintenant on joue au loup, dis, Riton, lâche tes billes, tu veux pas qu'on joue au loup, dis, dis, dis ?". Une économie qui malmène l'individu, c'est tellement prévisible, tellement anti-imaginatif... C'est tout ce qu'ils ont su proposer après le communisme ? On a du mal à y croire, définitivement.

11 novembre 2012

Depuis quelques temps j'aime vraiment l'Humour,

Depuis quelques temps j'aime vraiment l'Humour, je défends l'idée en bloc, j'adhère à fond (j'ai un peu "viré ma cuti", comme on dit mochement - quelqu'un ici connaît le sens du mot "cuti" ? personne, j'en suis sûr ! - oui, car avant je disais que l'Humour n'était rien sans la Poésie, mais j'étais snob et non-comprenant car l'Humour en soi c'est déjà de la Poésie, pardi). L'Humour c'est la Vérité, c'est dire les choses comme elles sont vraiment, à savoir qu'elles ne sont rien ou pas grand chose. Dis-moi de quoi tu ris, je te dirai qui tu es. J'ai l'impression d'avoir inventé l'eau tiède mais c'est très important pour moi, ça donne foi en ma position existentielle qui est celle d'exprimer les choses sans ambages. Or, le sérieux c'est le pire ambage, il fait croire qu'on sait des choses sur la vie et que celle-ci n'est ni ennuyeuse ni révoltante. L'Humour c'est dompter sa rage et sa lassitude pour en faire quelque chose qui révèle la Vérité au monde. L'Humour est Saint. Si Dieu n'ouvre pas le paradis à tous les Humoristes, c'est qu'il n'a rien compris.

9 novembre 2012

L'autre nuit, en plein milieu de celle-ci : joie

L'autre nuit, en plein milieu de celle-ci : joie inextinguible. (Ce mot sonne bien mais dans le contexte il est faux, il convient plutôt à la soif, je sais bien mais j'aime bien les mots faux qui sonnent bien, comme "inextricable" par exemple, la preuve.) La sensation que ça y'est, j'avais trouvé une lueur qui résolvait tout ou plutôt que je m'étais rappelé pourquoi j'avais tout pour être heureux. En fait, c'est simplement que mes névroses s'étaient dissoutes le temps de l'accomplissement d'un rêve souriant et qu'elles ne sont réapparues que tardivement au réveil, quand j'étais aux toilettes. Donc après, forcément : impossible de me rendormir : la tête prise par la recherche du chaînon manquant pour retrouver l'insouciance.

(J'ai souvent eu l'impression que mon problème n'était pas tant de ne pas trouver ce que je cherchais, mais plutôt de ne pas savoir ce que je cherchais, de ne pas savoir quoi trouver. Cette entité inconnue, je l'ai appelée "L'antépénultième roseau", la preuve. Aujourd'hui je pense davantage que le but serait de me délester de quelque chose plutôt que d'acquérir quoi que ce soit. C'est ce que je pensais aussi quand j'étais beaucoup plus jeune, comme quoi on revient toujours aux vieilles sagesses.)

22 octobre 2012

S'il y a un mot ridicule dans la langue française

S'il y a un mot ridicule dans la langue française c'est bien "compétitivité", que ce soit quand on scande ses syllabes (ce qui donne, quand on remet dans l'ordre : "Titi est un con qui pète et qui a un vit en forme de T" : niveau potache 4ème ou 3ème) ou quand on conçoit sa philosophie (en gros : abstraction capitaliste cynique : dans la vulgate libérale c'est ce qui est le plus vague qui est le plus inhumain). Et pourtant nombre de responsables politiques en raffolent. Nous révéleraient-ils enfin en plein jour qu'ils font partie d'un vaste cirque burlesque qui allie la niaiserie la plus régressive et la plus sotte à la cruauté la plus froide et la plus vide ?

10 janvier 2023

Rien à voir Ce n'est pas parce que je me dis

Rien à voir

Ce n'est pas parce que je me dis souvent "ceci est mon dernier texte avant...", "ceci est ma dernière BD avant ma...", que cela veut dire "avant ma mort" ! C'est un sentiment d'épuisement, certes, d'envie de vide, mais ce qui est espéré est bien un état de recouvrement de mes facultés physiques et mentales initiales (qui n'étaient déjà pas la panacée). Il faut croire que, comme tout le monde, le concept de "pathologie chronologique" n'arrive pas à imprimer en moi, cela doit être impossible pour le cerveau lorsqu'il est question de se "conduire vers", la fameuse conduite vers (cf d'autres textes dans la bibliographie Définitivement en tapant les mots-clés "conduite vers"). Il faut que cela dérive soit vers une sorte de fin innommable, que je n'envisage pas à proprement parler comme "de la mort" mais plutôt comme "du rien" – "ceci est mon dernier texte avant... le rien, l'arrêt de tout texte" – , soit vers une vraie "guérison" proprement dite ou, comme on dit dans le jargon, une "rémission" (qui emprunte, comme on pourra le remarquer, au registre religieux) – "ceci est la dernière BD avant... avant que je puisse vraiment avoir de nouveau l'énergie pour faire une BD joyeuse et dynamique avec des bonhommes qui malaxent leurs traits et leurs langages de façon... contagieuse, comme l'avait écrit l'un de mes éditeurs !". J'attends l'éclaircie totale pour me dire que ça va mieux et que je dispose des moyens dignes de ce nom pour poursuivre une œuvre en toute connaissance de cause, en toute conscience de mes moyens. (Mais bien sûr que d'ici là, rien ne m'empêche d'entrer en transe et de produire des textes comme des dessins comme à l'aveugle, hors-conscience, mais je vous avertis que ça donnera autre chose et qu'on y comprendra encore moins quelque chose.)

Il y a eu des fois où il y a surtout eu juste le manque, la solitude au départ, et où j'ai bien dû l'incarner dans un individu pris quasiment au hasard. Cela n'est arrivé en fait qu'une fois, au lycée. Mon meilleur ami m'avait soufflé un nom, je peux bien l'avouer maintenant. Pourquoi pas, elle ou une autre pouvait convenir à mon manque, rien qu'en m'imaginant un amour pour elle ; à l'époque, je me contentais de la non-réciprocité, des câlins à une image. Ce fut donc elle donc je fus "amoureux", si l'on en croit les textes de l'époque. Il fallait aller jusqu'au bout de la conjuration de la solitude, quitte à mimer (mais de façon authentique, sans mauvaise foi) des pleurs d'amoureux transi, comme éconduit alors que je ne lui avais à peu près jamais adressé la parole. Tout le monde a sans doute vécu ça, mais encore une fois, ce qui m'apparaît le plus nettement après coup, c'est la conscience que j'en avais tout en le vivant. Je savais que le but ici était de "combler", que je n'avais pas élu une individualité. Normalement, on élit une individualité. Par la suite, j'ai toujours élu une individualité. Il y avait peut-être du manque en-dessous, mais celui-ci souhaitait avant tout élire. Il a découvert que finalement, ce qui était le plus fort, c'était d'élire. C'est d'ailleurs quand on élit qu'on dépasse "l'image" et qu'on en vient vraiment à l'être de chair. Par exemple, en 2009, à peine descendu du train : "houla mais je pensais pas que je l'avais élue à ce point ! Mais elle est vraiment... bon ben c'est décidé, je l'élis à fond !". Ça, déjà, je comprends mieux, c'est de l'amour. Mais on a peut-être tous nos phases un peu larvesques, repliées sur soi (sur son manque). Je ne crois plus avoir jamais été une larve ensuite, dieu merci, j'ai toujours élu. Présentement, par exemple, j'aimerais élire de nouveau. Merci de vous présenter. 

9 janvier 2023

Je vous jure que je reconstruis pas. Je vivais

Je vous jure que je reconstruis pas. Je vivais déjà ça à l'époque comme une sorte d'état-limite, de "trip" hors de la réalité. Il y a des fois où je ne savais plus où j'étais, où tout me paraissait être hors d'atteinte ; c'était trop scénarisé "sous acides", même si je ne connaissais pas encore – bien entendu – l'expression : il y a des fois, par exemple, où se mêlaient le mal de voiture, l'impossibilité de me dire que ma mère était morte ou en train de mourir, la mélodie déchirante de la chanson que j'écoutais, l'odeur d'essence, les virages, de nouveau le mal de voiture, ne plus savoir si on a faim ou si on ne veut plus jamais avoir faim (déjà à l'époque), l'air qui change sur la peau (quand on passait du chalet au retour à la ville), le silence, le silence, le père qui parle pas beaucoup, qui parle pas, personne à qui parler, le silence, le silence, tout ça mélangé et impossible à décrire autrement que par une énumération se lisant successivement alors qu'il y avait simultanéité, perte de tout repère temporel pouvant relever du "continu" ou du "discontinu", j'allais reprendre l'école mais est-ce que c'était l'école puisque cela consistait surtout, c'était le plus important, à chanter et à se considérer comme quelqu'un d'à la fois discipliné et expressif, qu'est-ce que j'aimais vraiment faire, allais-je pouvoir toute ma vie, allais-je devoir toute ma vie chanter ce qu'on me dirait de chanter et pas autre chose, et pourquoi revenir toujours à la solitude au final, au final le soir et le week-end on est seul, on n'est plus au spectacle, est-ce que ces alternances violentes peuvent vraiment créer à la longue un sentiment non dissocié de vie ? Je ne me disais bien sûr pas tout cela exactement en ces termes, mais je suis certain que la sensation d'irréalité dominait. C'était trop. Tout était trop. Violent, incompréhensible, inacceptable, gratuit, contradictoire, il y en aurait des adjectifs d'adulte, mais c'était trop.

Je me rappelle de ce soir, chez les parents de mon ancienne amoureuse, où j'ai réécouté cette compilation de chansons de voiture, de mal au cœur et de perte de ma mère. Je pouvais pas m'empêcher de vouloir pleurer en écoutant certains titres, et je crois avoir commencé à esquisser l'idée "mais alors c'est si tenace, ce que ça me faisait comme solitude ? et là, même si je suis là, maintenant, avec mon aimée, la solitude me poursuivra-t-elle encore un jour, tout le temps, indépendamment de ce que présentement...?", mais j'ai vite arrêté là la vision. Ce n'était pas encore soutenable. Et je ne sais pas comment ça a pu l'être un jour.

17 novembre 2022

Les quatre textes suivants furent publiés entre

Les quatre textes suivants furent publiés entre 2013 et 2014 dans le périodique La Cacahuète dirigé par Jessica Garcia et Geoffroy Monde. Merci à eux. 


Sous ta perruque



Sous ta perruque, qu'y-a-t-il ? Tout et rien.


Le tout je le déchiquète tellement fort qu'il m'assomme de sentences péremptoires avec plein de fois le mot "définitivement" dedans, celui que je déteste le plus. Et quand il le dit ça fait des postillons (essayez vous aussi).

Le rien j'aimerais bien le déchiqueter mais comme il est léger il rebondit et il est rose, tendre et sensuel. J'ai envie de le... Mais ces choses ne se disent pas.

Si j'admire autant ta perruque c'est parce qu'elle arrive à contenir ces deux zigotos qui n'ont rien à se dire mais sont quand même inséparables. C'est à l'image de nous deux : c'est quand on parle le moins qu'on s'embrasse le plus. 

Et j'mange jamais tes cheveux. 


(mai 2013, thème : perruque)

 

La démocratie moderne


"J'te jure, prépare-moi un dessert !

– Mais pourquoi donc ce serait la peine de me le jurer ?"

Je te jure que c'est le dialogue auquel j'ai assisté tout à l'heure. Dans la rue. Je n'ai pas pu me prendre compte de l'identité des protagoniste car j'avais le nez dans mon dessert. Vraiment dedans. Quand c'est tellement bon t'as forcément envie que le nez aussi en profite, il doit pas y en avoir tout le temps que pour la bouche, c'est ça la démocratie. La démocratie moderne. 

Ça, c'est l'introduction de mon cours de sciences politiques, j'ai trouvé ça plutôt culotté, il faut dire que le prof a l'air trop cool, il a le style "à la cool", tu vois l'genre cool que ça peut être, déjà il nous fait le cours cool dans un café trop chouette, un café-bar où on est attablés tranquilles les jambes écartées presque inconvenants, un mignon petit troquet qui sert aussi du manger solide à mâcher ou à grignoter entre ses dents, moi j'avais pas trop faim j'ai pris qu'un dessert


À la crème.

ÇA A VRAIMENT UN BON GOÛT SUCRÉ ET ÇA VIENT EN FIN DE REPAS


(septembre 2013, thème : dessert)



À temps ou à fond


"Eh, tu rattrapes l'oreille ? À temps ou à fond ?"


On a l'habitude de dire comme ça car ainsi on exprime bien le fait qu'il y a deux techniques : celle où t'es sûr de tendre la main suffisamment au bon moment pour la saisir et celle où t'y vas en force et en puissance pour assurer tes arrières au cas où tu manques d'agilité. 

Dans ce sport les circonstances sont assez justes et égales pour les mécréants : même si t'as pas de dextérité ou que t'as des petits bras tout secs tu peux tirer l'épingle de ton jeu en ayant une bonne vision du chemin plein d'air et de vent que prendra l'organe auditif propulsé par la bouche expéditrice.
Normalement tout le monde possède les mêmes atouts car les gens ont eux aussi sur leur visage les excroissances mises en jeu (1. oreilles ; 2. lèvres qui s'époumonent) donc on peut dire qu'ils savent ce qu'il en est ou en tout cas qu'ils peuvent s'attendre à ce qu'il peut y avoir (ce qu'il est possible qu'il se passe comme chose).

Je rappelle juste la règle : tu coupes l'oreille du mec, elle se détache et après il souffle dessus le plus fort possible au-dessus d'une falaise et t'essayes de la rattraper. Ouais, de la manière que tu veux, je l'ai déjà expliqué.  


(mars 2014, thème : oreille)



Petit Renardeau manque à l'appel
Fable fruitière de toutes les couleurs

La maîtresse crie dans le rang : 
"Êtes-vous tous bien là ? Petit Framboisier, Petit Abricotier, Petit Pommier, Petit Bananier ? Oui, vous quatre êtes là mais dans le décompte de ma tête j'ai oublié un autre d'entre vous qui, lui, n'est pas là.
– Petit Renardeau, madame ! Vous avez oublié Petit Renardeau ! s'exclame Petit Framboisier.
– Il est pourtant goûteux avec son excroissance caudale chamarrée, ajoute Petit Abricotier.
– J'parie qu'tu dis ça parce qu'il est orange comme toi ! rétorque Petit Pommier. Le orange t'est bon parce que tu t'es bon à toi !"
La maîtresse crie dans le rang :
"Et si vous appeliez tous en chœur Petit Renardeau pour qu'il déferle enfin parmi nous ?
– Ça fait pas mal de déferler ? demande Petit Bananier. Ça fait pas se décomposer ?
– Non, car il a pour pelure une épiderme qui se renouvelle grâce à de solides tissus.
– Mais ça va finir par s'arrêter à un moment donné ? Ça va pas trop s'amonceler vu qu'il a pas de racines ?"
La maîtresse hypocrite bobo franc-maçon, avec ses grands airs, ne sait que répondre.
Soudain, Petit Renardeau déferle jusqu'à n'en plus finir. 

Moralité : Fermons nos frontières à ce qui sent la fourrure. 

(septembre 2014, thème : renard)

28 septembre 2022

J'ai pas compris ce qui s'est passé avec ta

J'ai pas compris ce qui s'est passé avec ta peau.
J'ai pas compris.
Il y avait ta peau, il y avait la mienne, et c'est comme si, attends je crois pas pouvoir dire ça avec des mots mais on va essayer : il y a ta peau et là, ça fait comme quelque chose qui se parcourt tout au long le long de la mienne bien qu'elle ne soit pas tout entière complètement contre la tienne, d'ailleurs je me dis que c'est comme si c'était ça le paradoxe particulier ou la particularité paradoxale, c'est que malgré qu'il y ait pas ta peau tout entière contre la mienne (comment cela pourrait-il se faire ? essaie une seconde de t'imaginer ta peau tout entière, je veux dire tout le long complètement de tout son long, contre la mienne, moi perso je n'y arrive pas, je ne conçois pas l'image, je me dis qu'il y a forcément des surfaces qui en sont un peu distantes ou qui se décollent ici ou là ou sont barrées par des trucs comme par exemple des poils, malgré que tout ceci soit innervé, je le reconnais),
je disais donc, malgré qu'il y ait pas complètement ta peau à 100% totalement contre la mienne, c'est comme si je ressentais toute une sensation qui me parcourait de tout mon long à chaque fois que ta peau est entrée en contact avec la mienne, je veux dire lorsque l'occasion s'est présentée (il y a des occasions, elles se présentent, "bonjour, comment ça va, je suis une occasion et toi ?", "ah tiens moi aussi je suis une occasion, ça tombe bien", etc.)

je crois que c'est beaucoup moins simple que ce que l'on pense à première vue, qu'il faut s'y repencher sans cesse concrètement : il y a ta peau, il y a la mienne (ou d'abord la mienne et ensuite la tienne, comme tu veux selon ton point de vue, je suis ouvert à toutes les vues que tu pourras prendre sur la question), et là, c'est exactement comme si, quand elles se touchaient, tout un... toute une sorte de... quelque chose... enfin il y a quelque chose qui a lieu... mais dès que j'ai l'impression d'avoir un mot sur le bout de la langue (c'est pas forcément le cas de le dire car il n'y a pas toujours la langue qui est en jeu, des fois oui mais des fois non, des fois c'est simplement nos peaux, ça arrive, ce sont des occasions qui arrivent, "salut, j'arrive, je suis...", etc.), 
je disais donc, dès que j'ai l'impression d'avoir un mot sur le bout de la langue pour décrire ce qui se passe, ce n'est pas le bon, ça n'évoque pas ce qui se ressent dans ces moments, ce genre de... de façon de... d'être complètement... alors que par ailleurs, comme je le rappelle, il n'y a pas toujours 100% de ta peau qui... il ne peut y avoir que certains endroits bien particuliers qui... et des fois pas forcément des endroits auxquels on penserait en premier lieu, ni en second lieu, ni même en troisième lieu... c'est juste que dans ces moments c'est comme si tout... 

oui voilà, c'est peut-être juste ça qu'il faut garder dans la description, pour le moment : c'est comme si "tout", comme s'il était question de "tout", je veux dire de "tout" ce qui fait "nous" à ce moment, de "tout" ce qui fait "de nous" des êtres pour qui ce moment est "tout" ce que l'on peut ressentir de plus... et hop, là, ça y est, il n'y a plus les mots, il fallait juste dire "tout".

ça a l'air simple comme ça mais il faudrait s'y repencher encore et encore, j'y reviendrai sûrement.

Mais en tout cas j'ai pas compris. 
Ta peau, là, et tout ce que je viens de dire, ou du moins d'essayer.
J'ai pas compris.
J'ai pas compris ce "tout".
Je connaissais pas.

21 février 2023

Tes fesses.J’aimerais dire juste tes

Tes fesses.
J’aimerais dire juste tes fesses.
Voilà, tes fesses, le livre est fini.
Ça devrait être juste ça, le livre.
Tes fesses.

Car je trouve que le dire juste comme ça, par ces deux simples mots, « tes fesses », c’est ce qui sonne le mieux.
Ça me fait quelque chose au cerveau, ça me fait quelque chose au cœur, ça me fait quelque chose dans tout le corps, ça claque (sans mauvais jeu de mot) de juste dire « tes fesses ».

Tout ce qu’on pourrait ajouter serait de trop, quand bien même cela partirait d’une bonne volonté.
« Tes fesses sont, gnagnagna », non, pas envie de lire ça, « je souhaite que tes fesses, blablabla, j’apprécie tes fesses », non, qui peut avoir envie d’écrire ça ? Tout de suite, quand on rajoute des mots, ça sonne faux.
Quand on rajoute des mots à tes fesses. À « tes fesses », point.

Juste tes fesses.
Juste dire tes fesses.
Tes fesses.

Pourrait-on s’aventurer dans une description ?
Hé bien non, pas davantage, car il n’est pas question ici de faire comprendre quoi que ce soit à qui que ce soit, simplement de faire saisir la secousse émotionnelle et sensitive que l’on perçoit parfaitement par le simple syntagme « tes fesses », sans prédicat.
Je suis sûr que tout le monde saisit tout ce que ça implique rien qu’en prononçant tout haut, ou en chuchotant tout bas, « tes fesses ».
Allez-y : « tes fesses ».
« Tes fesses »…

Voilà, je suis sûr que vous avez compris, il n’y a rien besoin d’autre, tout est dit.

Si je me mettais à imaginer des détails, à plaquer des attributs, même prétendant s’approcher d’un certain « réel », ça casserait tout.
Rien que le mot « réel » ne va pas, ne peut pas aller avec « tes fesses ».
Car c’est juste tes fesses. « Elles » n’ont rien à prouver à la réalité, « elles » sont là et… point, elles sont là. Tes fesses. Même lorsque je ne parle d’aucune en particulier – en fait c’est comme vous voulez ; vous verrez que ce livre est surtout pour vous, moi je ne voudrais pas l’écrire, du moins rien écrire d’autre que « tes fesses ».

Je le dis encore : tes fesses.
Je ne me lasserai jamais de le dire : tes fesses.
On pourra bien me demander des précisions quant à…, je répondrai juste « tes fesses » car ça veut tout dire, on dit tout, en disant ça.
Tes fesses.
Répétez encore au cas où vous ne compreniez pas le choc que ça peut vous faire dès que vous y pensez vraiment, que vous faites glisser lentement les phonèmes sur vos lèvres (simplement les phonèmes, pour l’instant) : « tes fesses ».

Le livre devrait déjà s’être arrêté depuis longtemps.

Dites-moi si je suis le seul à être à ce point troublé par simplement « tes fesses ».
Je pourrais dérouler des anecdotes, mais ça serait moins fort. Ça serait moins fort que juste « tes fesses ».

Première anecdote, éventuellement : la fois où je marchais derrière elle et où ça faisait tellement longtemps que je l’avais pas vue que je l’ai reconnue par ses fesses.
Après coup, j’avais sans cesse cette phrase en tête : « je l’ai reconnue par ses fesses », « je l’ai reconnue par ses fesses ».
Mais on pouvait croire que tout le reste ne me faisait rien, alors qu’au contraire, c’était peut-être bien le verbe « reconnue » qui était central là-dedans ; j’étais heureux de la revoir, je ne m’y attendais pas, on a un peu parlé, elle m’a souri, elle semblait heureuse elle aussi. Simplement, il se trouve qu’au départ je l’ai vue de dos, qu’elle avait changé de coupe et que j’ai été sûr que c’était elle grâce à ses fesses.
Et que je trouvais que ça méritait d’en être ému ou amusé, donc de se chanter, ensuite, tralala, dans la rue, « je l’ai reconnue par ses fesses ».
Mais c’est une ritournelle, on l’oublie vite, elle aurait pu ne pas avoir la force qu’elle a eu (il aurait suffi d’une humeur différente, d’un regard modifiant sa direction d’à peine quelques centimètres…).
Ça n’a pas eu la force de tes fesses, je le dis pleinement.
C’était juste pour l’anecdote, ça ne joue pas au même niveau.
Rien à voir avec tes fesses, avec « tes fesses », avec le fait de dire, paf, d’un coup, « tes fesses ».
Je suis sûr que vous comprenez.
Fin de la première anecdote.

Deuxième anecdote, à la rigueur :
Cela faisait bien huit ans qu’on était ensemble donc elle s’en doutait depuis longtemps, surtout que je l’avais déjà écrit une fois mais bref, c’est toujours plus difficile de le développer « par oral », je devais être un peu dans les vapes pour que ça me sorte comme ça sur l’oreiller (c’était peut-être même avant de dormir et non pas avant de…), je lui ai dit quelque chose comme, en substance, « tu sais qu’il suffit que… enfin comme plein de garçons, sûrement, bien que parfois je me demande si j’en suis bien un mais… pour ça, en revanche, je t’assure qu’il suffit qu’il y ait tes fesses, là, et que… », je voyais pas ce qu’il y avait d’étonnant à ça, mais elle me reprend tout de suite en disant « ah oui ? simplement juste de voir mes fesses, comme ça ?… », et là elle me montre ses fesses, et… pendant longtemps, qu’est-ce que vous voulez que des fesses fassent pendant longtemps comme ça, elle… comme si elle commençait une sorte de danse mais c’était pour rire, faut bien meubler quand on fait que montrer ses fesses, je peux comprendre, et donc oui, j’étais obligé d’avouer que ça me…, « hé bien oui, voilà, il y a juste tes fesses là devant moi et oui, déjà, je… ça suffit pour… », ça l’amusait et ça m’amusait aussi de voir que ça l’amusait, qu’elle semblait le découvrir, comme si je lui avais révélé un profond secret, alors que quand même, depuis le temps, elle devait bien s’en douter, que ses fesses, quand même…
Voilà, ça se décrit, ça se raconte, ça fait sans doute quelque chose, ça peut faire écho, mais je trouve qu’on entre alors dans un autre type d’intimité ; il faudrait tout décrire, tout ce dont les deux êtres en question ont pu disposer en terme de personnalités, vécus, façons d’être, d’être mus, d’être émus… Le grand bazar habituel…
…Qui peut être très beau, je n’en disconviens pas, mais qui n’a pas la force de, juste, « tes fesses ».
Vous trouvez pas ?
Si vous trouvez pas, argumentez ci-dessous ou sur papier libre à l’adresse de l’éditeur.
Fin de la seconde anecdote.

Troisième anecdote, tant qu’à faire :
On vient de sortir du resto, ils discutent tous les deux, ils se connaissent depuis plus longtemps que je ne la connais et dans quelques années ce sera lui qui sera avec elle, tant mieux pour elle, ce n’est pas le sujet, simplement je me souviens qu’il s’était mis, ce jour-là, à lui confier un peu grotesquement qu’il ne pouvait pas s’empêcher de « regarder les fesses » des filles ou « leur fessier », je ne sais plus comment il disait (preuve que cela ne peut pas avoir autant d’efficacité émotionnelle que « tes fesses »), et voilà qu’ils plaisantaient là-dessus, plaisanteries éculées, vues et revues, archi-rebattues, et je me demandais ce qu’il leur prenait, ce qui lui prenait surtout à elle, qu’est-ce qu’il y avait donc dans l’évocation banale de ces « fesses » ce jour-là, durant cette discussion post-dînatoire en équilibre sur un trottoir à deux pas de son vélo à lui qu’il s’apprêtait à réenfourcher, qu’est-ce qu’il y avait pour que sa façon à lui de parler banalement des « fesses » qu’il regardait puisse apparaître à ses yeux à elle d’un quelconque intérêt humoristique ou même anecdotique, malgré leur complicité à tous les deux, qui ne m’avait jamais semblé reposer sur ce genre de choses. Je ne crois pas que ce soit ces fesses-là, les « fesses » en question de ce jour-là, qui annoncèrent quoi que ce soit entre eux. Je ne le crois pas. C’est juste histoire de dire qu’on ne peut pas mettre sur le même plan un « j’aime regarder les fesses… » même mentionné de façon impromptue à une amie de longue date que l’on va finir par séduire quelques années plus tard aux dépends de l’auteur, qu’on ne peut pas mettre ces « fesses » (s’il s’agit bien de fesses et pas de fantômes de fesses, purement déclaratives ou déclamatoires et donc abstraites) au même niveau que « tes fesses », que juste « tes fesses ».
Je crois qu’il n’y a pas besoin de pousser la démonstration plus loin, je n’aurais d’ailleurs jamais reparlé de cette histoire s’il ne s’agissait pas de prouver par l’absurde à quel point rien ne justifie que l’on puisse dire autre chose, pour vraiment secouer l’émotion et tout le reste, que « tes fesses ». Je ne veux plus que savoir que ça, que « tes fesses ».
Fin de la troisième anecdote.

Je… je tiens à préciser ou à repréciser que depuis le début je ne parle pas de fesses en particulier, du moins j’essaie (car ça pourrait être le cas, pourquoi pas, mais ce n’est pas le sujet), je parle juste de « tes fesses », du fait de dire « tes fesses ».
Ainsi je me dis que possiblement chacune et chacun pourra s’y reconnaître, reconnaître que ces deux mots peuvent claquer (avec possible jeu de mots, cette fois-ci) tant en image sonore qu’en parole symbolique, paf, je parle du fait de ressentir à coup sûr quelque chose lorsqu’on dit juste « tes fesses ».

Croyez bien que je n’ai aucune envie d’écrire quelque chose sur mon rapport aux fesses de qui que ce soit, que je pense la plupart du temps à d’autres choses qu’à « tes fesses », mais que je me devais de reconnaître, cela faisant partie de la liste des faits à reconnaître voire même à célébrer, que les deux simples mots « tes fesses » me font quelque chose, indépendamment du contexte.
Le contexte, comme je viens déjà suffisamment de le prouver, c’est ce qui fait tout s’évanouir dans le commun. Je n’avais aucune envie d’écrire tout ce que je viens d’écrire précédemment, croyez bien que je me serais simplement contenté, comme précisé au tout début, de simplement « tes fesses ».
Mais je me dis que vous seriez du genre à ne pas comprendre pourquoi je m’arrêterais là, et surtout pourquoi acquérir ou même lire un livre qui ne ferait apparaître comme seuls caractères à déchiffrer que « tes fesses ».
Du coup il faut bien que j’explique, mais si ce n’était que moi, si j’avais pu décider de tout, je n’aurais pas écrit autre chose que « tes fesses ».
(Voyez comme le langage est piégeux : j’allais écrire « je ne serais pas allé plus loin que tes fesses », malheureuse formulation qui, en plus de sembler être drôle là où l’on ne souhaite pas l’être – au sujet de « fesses » en particulier –, donnerait l’impression d’une sorte d’arrêt nécessaire d’un parcours, alors que l’on ne s’élance vers rien en disant « tes fesses », tout est déjà contenu en soi dans la proposition, rien n’est caché, rien ne suit.)

Croyez bien que je n’ai aucune envie de continuer à écrire autre chose que « tes fesses ».
Croyez bien que j’espère avoir fini par vous convaincre de la nécessité, de la beauté pure qu’il y a à simplement, en toute acceptation, sans mauvaise conscience aucune, apprécier le doux choc que constitue « tes fesses », le fait de dire, de lire, d’entendre « tes fesses ».
Tes fesses.
Je n’irai pas plus loin.

……

…Mais je veux bien revenir pour préciser que l’essentiel est d’avoir en tête que je ne voulais surtout pas écrire ce que je viens d’écrire, et que d’ailleurs personne ne peut avoir envie d’écrire ou de lire ça, des évocations de ce type (je parle des anecdotes, qui n’ont pu s’inviter ici que pour servir de contre-exemples).

C’est cela que j’aimerais faire « passer », comme on dit, que j’aimerais faire comprendre : il faudrait qu’il n’y ait que « tes fesses », point. Et ça me semble faisable, il faut y tendre.

À partir de là, j’admets que vous pouviez mettre un certain contenu derrière « tes fesses » – éventuellement les « fesses » que vous aimez, dont vous rêvez, que vous attendez, bref celles auxquelles vous aimez penser. Mais ça ne doit pas venir faire écran à la simplicité du mantra : « tes fesses », point. « Tes fesses » pour se tourner loin du passé – pas forcément loin de « fesses » et vers d’autres « fesses » mais comme vous voulez, je tolère, l’essentiel étant de passer outre le passé.
Pour le dire très basiquement :
Le passé : pas bien.
Le futur : « tes fesses ».
Ou pour être plus clair, car je ne sais pas si c’est suffisamment parlant (vous voyez, je fais des efforts) :
Ce qui n’est pas bien : le passé.
Ce qui est un futur très bien : « tes fesses ».

Mettez ce que vous voulez derrière ce futur, qu’il soit fait de « vraies » fesses ou non, mais essayez de vous imaginer la sensation que cela vous ferait éprouver s’il pouvait se résumer à « tes fesses », s’il pouvait tout entier être contenu (là : pas le droit au jeu de mots, on est dans le plus sérieux) dans « tes fesses », point.
Le futur : « tes fesses ». Fini le passé, avec « tes fesses ».

Y’aurait-il d’autres techniques, d’autres pensées possibles ?
Éventuellement, mais prenez conscience de la douceur qu’il y a à prononcer « tes fesses » en l’envisageant comme le son d’un avenir, la musique phonématique d’un futur.
À l’avenir : « tes fesses ».
À l’avenir, il y aura « tes fesses » et point.

Bien sûr, rien ne peut être réduit simplement à « tes fesses », on sait bien que c’est plus compliqué. Mais on essaie de se le dire, simplement le temps d’un instant précieux que l’on s’accorde. On a bien le droit, on sait qu’on ne pense pas à mal.
On dit juste « tes fesses ».
Essayez.


Tes fesses.

Je vous remercie.

(C’est surtout pour vous.)

2 février 2023

Le temps-zéro en février 2023Les "abandonniques"

Le temps-zéro en février 2023

Les "abandonniques" – mot que j'ai lu pour la première fois sous la plume de Frantz Fanon – , m'apparaissons comme des êtres foncièrement accrochés au réel (peut-être trop ?). Généralement, il n'y a pas plus acceptants de la mort que nous, souvent parce qu'on l'a vécu (et que c'est cela qui expliquerait, selon certaines théories, notre statut d'abandonnique). Toutes sortes de morts, de pertes, d'absences, semble-t-il, mais relevant toujours foncièrement d'une interprétation en terme de mort réelle, de séparation irrémédiable. Quand on voit, qu'on sait pourquoi c'est irrémédiable, il me semble qu'il n'y a pas plus rationnel que nous, j'en connais qui... Je ne crois pas que c'est ce déni d'une non-acceptation à ce sujet qui créerait, par déplacement ou "projection", la peur de l'abandon d'un vivant, d'une individualité continuant à faire sens dans notre monde. À moins de se situer psychiquement hors de celui-ci (et ça peut exister, et ça doit être une sacrée épreuve quotidienne), nous restons perpétuellement ancrés dans le monde tel qu'il existe, tel qu'il a existé un jour tellement fort pour nous qu'on a bien conscience que dans les données telles qu'elles sont présentes – l'individualité qui nous manque étant bel et bien encore vivante –, il existera toujours, ce monde. Et cette individualité. C'est très concret, il n'y a rien de plus concret, on ne rêve pas à l'édification de figures irréelles, on ne fait toujours que penser, au-delà de tout ce qui pourrait relever du "sentiment" ou de l'émotion passagère, au monde réel.

Est-il possible qu'un être, toujours vivant aux dernières nouvelles, ou plusieurs êtres éventuellement, plusieurs individualités (même si chacune de façon différente, avec sa propre couleur), nous manque(nt) durant toute une vie, que l'on ne puisse jamais dépasser ce temps-là, ce monde-là ? Cela me semble possible, puisque tout cela est bien réel. Nous ne rêvons pas, nous visons* une personne, une voix. Qui a existé, qui existe. Elle seule a ce timbre. On n'utilisera pas l'imparfait puisqu'on sait qu'elle est toujours de ce monde et qu'il ne s'agit pas de faire perdurer une chimère, un fantôme. Il y a quelqu'un, souvent une seule personne par devant tout mais possiblement plusieurs autres personnes par derrière, reliées directement ou non à la première personne, qui sont encore vivantes et qui nous manqueront toute notre vie.
Cela est un fait à prendre en compte et nous ne voyons pas ce qu'il y aurait à rajouter à cela, à interpréter, à dénier. On ne voit pas contre quoi il faudrait se révolter, même quand il nous arrive de pleurer à ce sujet.

Il ne faut pas croire que parce que le temps est zéro, il n'avancerait jamais. Il se fait, jour après jour, de plus en plus concret. Nous savons que nous ne pensons qu'à un monde réel. Que ce sont celles et ceux qui préfèrent les figures qui bougent vite hors de leur vue (par "peur de l'attachement", sorte de syndrome opposé au nôtre), qui ne sont pas assez ancrés dans ce monde. Nous, on y a bien les deux pieds. 

*j'avais écrit, au départ, "nous vivons" : il n'y a pas plus rassurant comme lapsus, nous sommes bien de cette vie. 

 

9 septembre 2022

Et si le plus subjuguant dans l'histoire n'était

Et si le plus subjuguant dans l'histoire n'était pas plutôt le temps moins-un ? C'est lui sur lequel il faut se pencher, qu'il faut chercher à creuser jusqu'à plus soif. C'est lui la bizarrerie. 
Moi avec toi, c'est la seule chose que je "conçois" proprement dit, c'était hier. Moi sans toi (le temps-zéro, la conscience de la perte irrémédiable), je peine à le "concevoir" (si je me mettais à le concevoir trop longtemps je finirais par être empêché de faire quoi que ce soit, même de penser) mais en revanche je peux dire que je le "ressens", oui, c'est d'ailleurs cela qui fait que tout compte fait il est précieux, comme je l'ai dit, c'est que je "ressens" enfin. Je sais que c'est la fin, je le vis. Il n'y a plus rien à faire, mais c'est justement cette sensation qui est enfin un "faire", qui est la seule vraie pensée-action non-hypocrite, réellement consciente que j'ai eu depuis plus de quatre ans et demi.

Cette espèce d'entre-deux sans conscience que fut le temps moins-un, c'est cela qui est à interroger. J'y repense désormais comme une sacrée drôle de période au potentiel de fascination non négligeable : je continuais à "vivre" alors qu'en dedans je ne vivais pas. Si je faisais des choses, c'est parce qu'en moi je pensais que tu étais encore avec moi ; "dans le fond" (comme on dit, et c'est le cas de le dire), en profondeur, je croyais que tu serais encore là toujours, que c'était juste le dehors qui se donnait des airs différents, qui s'amusait à me faire tourner en bourrique mais finirait par dévoiler le pot aux roses : tout ceci était une vaste blague pour me faire patienter (mais de quoi ? de ton manque passager d'amour pour moi ?), avant que tout rentre dans l'ordre un jour ou l'autre, nécessairement. En attendant, il fallait que je croie que je vive (car bien sûr, en réalité, il n'y avait pas de vie proprement dite puisqu'il n'y avait pas de conscience, pas de sensation de la vérité ; tout était coupé, interrompu, en attente).

Je peux dire que le temps-zéro, c'est rigoureusement l'inverse. En dedans, ça vit enfin, je me rends compte de la vérité (que tu n'es plus là), mais alors c'est d'autant plus difficile de poursuivre le versant apparent-apparat de la "vie". Et pourtant, il faut bien ; de la même manière que le temps moins-un était nécessairement une coupure, un entêtement dans la fausseté, le temps-zéro est un courant de force, d'ancrage dans la terre de mon effondrement sans toi. Il faut donc, pour savoir où il va déboucher (car je reste curieux de tout), tenter avec toute cette force effondrante de se soulever de terre, car si elle est faite pour me faire avoir conscience de la fin, elle est toute aussi faite pour me dire quel goût a cette fin (que je souhaite, sans doute par amour pour toi, pouvoir qualifier même en ton absence ; c'est toi qui a choisi la fin donc je dois la qualifier pour pouvoir te la montrer : "voici la fin telle que je l'ai comprise, telle que je la vis réellement, consciemment, sensiblement et non pas avec la tête coupée"). 
Je dois, à chaque seconde, "vivre" à l'extérieur tout en vivant la fin à l'intérieur, et ainsi on verra la vérité. On verra si la vérité conduit à la vérité. Je pars déjà sur de bonnes bases – celles de la vérité du temps-zéro, qu'on ne pourra jamais m'enlever, c'est déjà ça de gagné –, alors il faut mener les choses en se disant que quelles qu'elles soient, elles doivent faire avec la vérité de l'effondrement, elles doivent avoir le goût de la vérité pour pouvoir avoir leur propre goût (dont le goût de la vérité sera nécessairement une partie, qu'elles le veuillent ou non).
Chaque seconde me coûte alors une fatigue extrême et je peux très bien tout perdre, mais plutôt que de me faire croire que rien n'a changé (alors que tu n'es plus là), il y aura quoi qu'il en soit la vérité au bout, la précieuse vérité.

11 août 2020

Le monde légitimé envers ma fille, 2040 (1) « Ah

Le monde légitimé envers ma fille, 2040 (1)

 

« Ah mais tout l'inverse ! C'est tout l'inverse !

– Tu m'excuseras mais je me suis endormie d'un long sommeil et je ne me réveille que maintenant, dit-elle doucement (n'y voyez aucune référence, c'est bien ce qui nous est arrivé).

– Moi aussi, Mélentille, moi aussi, mais j'ai eu le temps, pendant que tu te débarbouillais, d'aller comprendre comment tout cela fonctionnait désormais. Et figure-toi, je te le redis, que c'est tout l'inverse !

– Par rapport à quoi ?

– Par rapport à tout, ou à peu près, ou disons concernant comment il faut se pencher sur les gens, ce qui est déjà pas mal. Tu vois, avant, on savait pas vraiment qui c'était les gens, sauf quand il fallait leur dire quoi être (là on savait toujours). Maintenant, c'est le contraire : on a décidé que les jugements, il fallait vite expédier ça, et pas seulement “comparaître immédiatement”, non, carrément n'en pas faire un plat ; rien de mieux qu'oublier quand quelqu'un a mal fait : s'y appesantir reviendrait à dire qu'on est fasciné par son mal, voilà ce qu'on s'est dit. Donc vraiment, les grandes robes qui n'en finissent pas, qui déclamaient à n'en plus finir non plus, leurs barreaux et tout le toutim-tintouin, on a détruit. C'est cassé. 

– Mmmh... (pensive) Mais pourtant on voyait que certains y prenaient plaisir, à mettre des mots sur tout, à... à essayer de cerner les types devant eux. Personne peut plus cerner quoi que ce soit, maintenant ?

– Ah mais bien au contraire ! C'est tout l'contraire ! Maintenant, on cerne tout. Tout sauf ça, tout sauf le mal. On cerne le type pour pouvoir lui apporter ce qui lui conviendrait. Exemple : il se trouve qu'un type, un jour, possède à la fois un corps, un cerveau, une histoire et des intérêts. Eh ben désormais, toute l'armada des grandes robes se réunit en transdisciplinarité pour se pencher sur lui !

– Sur lui ? Tu veux dire sur... sur son cas ? Cela reste un cas, hein ? (aime bien chercher la p'tite bête)

– Cela reste un soin, oui, si tu veux ! On s'est dit que c'était finalement pas dégueulasse, de soigner. “Va te faire soigner”, bah oui, avec plaisir, et toi aussi t'en aurais bien besoin, qu'il faudrait répondre ! Tout le monde, faudrait. Faudrait tout le monde. Et des deux côtés, tu vois. Là, les robes, elles s'efforcent de saisir ce que le type a besoin pour que ça puisse lui convenir, pour... pour que sa vie lui convienne. Non pas qu'elles sauraient à sa place qui il est, mais par contre ce qu'elles savent c'est ce à qui, à quoi il peut prétendre, vu qu'elles seules – vu qu'elles sont plusieurs et pas lui – le regardent de là où elles sont. Lui il cherche leur regard et elles c'est aussi le cas de leur côté, quand c'est leur tour. Bref, on commence à se connaître. On a droit à ça. C'est inscrit dedans.

– Ah parce que vous l'avez laissé ? (le droit)

– Boarf, y'avait encore du papier, fallait bien qu'il serve... C'était histoire de marquer le coup. Mais maintenant, promis, l'essentiel c'est pas lui, c'est nous ! »

 

5 janvier 2023

Le temps-zéro en 2023 Je persiste à penser qu’il

Le temps-zéro en 2023

Je persiste à penser qu’il y a quelque chose de chaleureux, d’inespéré dans cette hypothèse selon laquelle je ne ressentirais que maintenant toute la tristesse et le solitude qu’il y avait à ressentir dès le départ mais que je n’avais pas pu ressentir « à temps » puisque trop de choses à maintenir au-dessus du vide (mon corps sentant qu’il allait tomber comme jamais, ce qui ne se produisit en effet que plusieurs mois après le choc) m’embuaient le regard, l’esprit, les sentiments, toutes les sensations. Maintenant, le temps du réel, du non-mensonge, de la non-mascarade serait venu, à force de recentrage sur « soi » et de destruction du superflu (notamment l’intellect et ses prétentions, implosant d’elles-mêmes). Se ferait ainsi jour, par la radicale impossibilité à accepter la solitude, le début réel de la vie après le vide, ou plutôt encore en plein dans le vide (du zéro) mais pouvant donc enfin, en se voyant et se ressentant ainsi, avoir en face de lui le vrai nouveau début à faire advenir et non son apparence ou sa contrefaçon mimée seulement pour se faire croire et faire croire au monde que l’on existait, que l’on croyait réellement à ce que l’on vivait. 

Maintenant, même quand on a du mal à y croire, on y croit car on sait que le sentiment d’irréalité fait partie du vrai, fait partie de la solitude réellement vécue, réellement ressentie. C’est cela qu’il y a à vivre, qu’on l’appelle « temps-zéro » ou autrement. 

Dès le début c’était irréel, c’était impossible, c’était inacceptable. Et c’était justement cet irréel qu’il fallait regarder en face en pleurant comme maintenant et non pas en le transformant en un drôle de réel transitoire un peu différent, comme une version altérée de la réalité qui aurait dû normalement se poursuivre. La seule réalité qui devait se poursuivre, c’est cet irréel, c’est cette solitude que l’on avait bien trop souvent redoutée pour qu’elle puisse ne jamais arriver.

En plein dans une journée normale avec des autres, des choses hors de son domicile, domicile qu’on allait retrouver le soir avec l’amour à ses côtés, on se disait déjà, on se disait tout le temps : « et quand il n’y aura plus que le domicile et aucune attente d’aucun autre existant, et non seulement le domicile mais même plus l’amour à ses côtés dedans, comment on fera pour croire que ce sera encore la vie, qu’on sera pas sans cesse oppressé par trop d’irréalité, de la même manière que parfois on a pu être oppressé, extrême inverse, par trop de réalité ? ». On y pensait sans arrêt, on savait qu’on y tendait en le redoutant d’autant plus, plus que tout. On pressentait le temps-zéro, on en avait le goût qui s’imprimait déjà sur la langue, plus ça nous arrivait de nous sentir seul avant tout, malgré tout, déjà seul comme en s’y préparant, en s’y préparant même tellement trop que quand elle est arrivée on ne l’a pas vue venir. On a cru que c’était pour de faux, alors que c’était la seule réalité possible puisqu’elle s’était déjà annoncée à nous bien avant d’arriver : l’irréalité vraie de la solitude du temps-zéro.

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