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Définitivement
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7 octobre 2014

J'ai enfin trouvé la raison qui m'empêche d'avoir

J'ai enfin trouvé la raison qui m'empêche d'avoir envie de faire de l'art sérieusement : je n'ai pas l'ego placé au bon endroit. En fait, ce qui me porte c'est de me dire que la pensée parlera. Qu'importe qui se la réapproprie, qu'importe qu'on ne retienne pas d'où elle vienne, je serai content de savoir que les fruits ont germé. Autant bosser dans le social, non ? Un artiste normal rigolera de tout ça, dira qu'il n'a pas d'autre prétention que celle de plaire à lui-même comme aux siens, que d'amener sa voix. Personnellement, mon moi-même me suffit dans mon cerveau et en plus je ne l'aime pas toujours, alors construire ma vie sur cette mission qui n'en est pas une ne me sied guère. Ce serait à la fois trop m'écouter et ne pas assez m'entendre. Tergiverser, c'est le juste milieu que j'ai trouvé.

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29 mai 2014

La lecture fascisante du monde prend plaisir à

La lecture fascisante du monde prend plaisir à être à chaque fois l'inverse du bon sens. Là où il faut avoir conscience que le pouvoir est tout simplement entre les mains de gens souhaitant le conserver, d'agrégats d'êtres humains intéressés, on nous parle de complots méchamment compliqués à échelle gigantesque. Là où il faut avoir conscience du poids de l'organisation sociale et économique des structures, on attaque la victime ou la marionnette comme mauvaise individuellement. C'est faire exprès de biaiser.

17 octobre 2015

« En fait », « mon » « problème » « avec » «

« En fait », « mon » « problème » « avec » « l'écriture », « c'est qu'il » « faudrait » « que je mette » « tous » « mes » « mots » « entre guillemets », « tellement » « je » « ne crois pas » « à la possibilité » « d'un sens » « qui soit » « mien » « et par là même » « qui puisse » « être partagé » « en toute connaissance de cause ». 

 

Notes

« En fait » : Bien la preuve que tout n'est que tics, que l'époque commence ses assertions par « En fait » et que cela me vient naturellement sans que j'y puisse quoi que ce soit, et même que je trouve cela nécessaire car cela permet de faire apparaître que je me tiens dans un discours, alors que pas besoin de le rappeler, c'est évident, toute parole est situable...

« mon » : Qu'est-ce qui est moi ?...

« problème » : À moins que cela crée ce que l'on appelle une « limite qui crée le style », que cela soit une chance de l'impuissance, mouais...

« avec » : Il n'y a pas à accoler le fait « écriture » au fait « problème », ce sont une seule et même chose car au même moment, toujours, sans cesse, l'écriture est un problème, c'est l'écriture-problème comme un seul phénomène...

« l'écriture » : Mais qu'est-ce que j'appelle comme ça ? À peu près tout, car j'aimerais que tout ce qui me vient (la « pensée ») se traduise en mots communicables histoire de ne rien perdre, car j'ai déjà assez perdu comme ça...

« c'est qu'il » : Toujours ces rapports à établir entre les propositions alors qu'il n'y a pas de « rapport » entre elles, au sens où elles font partie d'une même unicité de tonneau (« du même tonneau », dit-on plus rapidement) et qu'il faudrait pouvoir exprimer cette immédiateté, bien plus que ça, cette instantanéité, bien plus que ça, cette simultanéité, celle-ci rejoignant « en dernière analyse », comme on dit, l'autre versant du sens de « ça n'a pas de rapport » : l'absurdité, qui est un « trop de tout » s'annulant lui-même, alors la boucle est bouclée...

« faudrait » : Toujours ces injonctions à être, bon sang !...

« que je mette » : Commode le verbe « mettre », naïveté du vocabulaire, etc...

« tous » : Vraiment tous ? Bien sûr que non ! Obligé d'en regrouper certains, car bien des notions se servent de l'accolation de plusieurs pour arriver à leurs fins...

« mes » : Bien sûr que ce ne sont pas les miens, mais ça vous aviez compris...

« mots » : Mais au final, qu'est-ce que c'est ? On dirait que je me moque facilement d'eux alors que pour la plupart ce sont vraiment des mouvements de la conscience, carrément !...

« entre guillemets » : Qui pourrait croire qu'ainsi je me mets à distance d'eux, alors que si je les dis c'est bien que je les prends à bras-le-corps, ou sinon ça vaudrait rien ? Qui serait vraiment dupe d'un artifice ponctuatif ?...

« tellement » : Tournure un peu familière, non ? Un peu « tellement j'te jure c'est vrai, mon frère », non ? Je crois que je n'ai jamais su ce qui était « familier » ou pas, ni ce qui était soi-disant « recherché »... Comme je dis souvent : dans mes « essais » je parle comme dans une « soirée », et dans une « soirée » je parle comme dans mes « essais », mais j'y peux rien, c'est ce qui me semble adéquat, qui vous dit que ce n'est pas le social qui se goure complètement ?...

« je » : Est-ce vraiment « moi » qui ne croit pas, alors qu'en fait c'est le monde qui fait que je ne crois pas en « moi » mais que dans l'absolu je crois en tout ce qui est « en moi » (car l'esprit ne peut pas être incohérent en lui-même, comme dirait Valéry) ?

« ne crois pas » : Disons que j'aimerais croire, mais qu'on me crie que non. Qui crie ? « Moi » ou « pas moi » ? Telle est la question...

« à la possibilité » : Souvent, c'est pas que je ne crois pas en les choses, c'est que leur possibilité même me semble indiscernable, révocable, ce qui est encore pire...

« d'un sens » : Oui bon ça c'est impossible à creuser, c'est Dieu, quoi, c'est tout...

« qui soit » : Est-ce le sens qui « est » ou bien « être » qui est le sens ?...

« mien » : Oui bon on a compris...

« et par là même » : Toujours besoin de ces liens, de ces « rapports »... Et si nous coupions le lien, et si nous leur coupions la chique, leur creusions le croupion (ce qui revient au même : couper c'est creuser, ou plutôt creuser revient à couper, ou plutôt conduit à couper) ?...

« qui puisse » : Question de pouvoir ou de volonté ? Qu'est-ce qui nous met en marche ? Le fait de savoir que l'on peut vouloir ou que l'on veut pouvoir ? Les deux à la fois, non ?...

« être partagé » : Mais qui veut encore lire quoi que ce soit de « moi » ? Même moi je veux pas !...

« en toute connaissance de cause » : Car c'est ça que je voudrais, connaître les causes, les causes de tout ; les conséquences, peu m'en chaut après tout, car elles viennent « après tout », justement, c'est ça le « problème », peut-on faire une écriture de causes à délier ?...

 

27 mars 2014

...Mais subir des lieux c'est aussi la naissance

...Mais subir des lieux c'est aussi la naissance du mystère, de la légende. L'enfance ce n'est que ça dans l'esprit de chacun : de drôles de circuits tortueux ou immenses que l'on a empruntés, par exemple cette descente en pierres qu'il y avait juste à côté de la fenêtre de la chambre du rez-de-chaussée. À tout jamais ça nous parlera.

...Et même l'adolescence ce sont des circuits. Même au lycée, on pouvait monter par cet escalier-ci ou par celui-là, ils se rejoignaient et on ne comprenait pas comment. (Ceux qui ont vu se développer trop tôt leur sens de l'orientation ont à tout jamais perdu une case de poésie.)

...En fait, les circuits deviennent directions quand le Travail arrive. Au Travail, on ne parcourt pas, on va quelque part. Même ceux qui ont la chance d'avoir la dimension "chercher" dans leur pratique ou leur activité sont obligés de régler le GPS. Il faut forcément délimiter la route et comprendre pourquoi, quand on se penche, on voit des marques au sol. On se doit d'identifier certaines inscriptions. Elles ne sont pas un rêve qui a sa propre logique, elles épousent le sens qui leur a été établi. "Ah, le chemin c'était donc ça et l'escalier était comme ça ! Ah okay !" Et on n'a plus qu'à mourir.

Tiens, j'ai commencé ce texte par dire qu'enfant, ça pouvait être poétique de subir, et je termine en disant qu'adulte, on souffre de cette soumission aux lieux ? Oui, car le bourreau a changé : au début c'est le mystère de l'innocence (ou l'innocence du mystère) qui fond sur nous, puis on se laisse prendre en mains par le sens. Il ne faudrait jamais se laisser prendre en mains, par personne. Même pas par le mystère ? Disons plutôt par le jeu, alors. Oui, seule possibilité de s'en sortir : persister dans le jeu. Car on est toujours le jouet de. Comme avant.

Se dire qu'en allant au Travail on participe à une grande partie d'on-ne-sait-pas-quoi (toujours le mystère), qui dure depuis des décennies (qui est-on pour sortir du rang ?), que ça nous fera des souvenirs que l'on s'efforcera de rendre quelque peu tortueux ou immenses : essayer de retrouver les circuits qui se cachent dans les directions. Un moindre mal, en quelque sorte.

16 mars 2014

J'alterne hypersensibilité et relative

J'alterne hypersensibilité et relative indifférence. Quand j'ai trop d'émotion je n'ai pas assez de force pour l'exprimer, du coup je rattrape ça pendant mes périodes de regard hautain sur tout. J'essaie de me souvenir de ce que j'ai éprouvé et qui n'est pas forcément daté, j'envie presque ce moi qui a été capable de ressentir des choses il y a une semaine, j'emprunte les mêmes chemins de pensée même quand ils me semblent risibles, et j'étends tout ça. On croit que c'est sous le coup du choc que je sème, alors que c'est une coquille vide qui s'innerve rétroactivement.

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3 septembre 2015

Peu de personnes parlent de manger l'épaule.

Peu de personnes parlent de manger l'épaule. Pourtant je suis désolé, quand elle est couchée sur le dos et que nous on est sur le côté, c'est la moindre des choses de manger l'épaule – quand on veut que ce soit la bouche et plus seulement la main qui touche la peau d'elle. C'est rond et c'est directement accessible (le sein faut faire plus de chemin, faut passer par-dessus).

19 août 2015

Il me semble qu'à l'origine (à l'origine = quand

Il me semble qu'à l'origine (à l'origine = quand on voulait révolutionner : verbe intransitif embrassant tout), on cherchait à sortir de chez soi pour enfin parler et ouvrir (intransitifs aussi, oui). Maintenant, les revendications sont plutôt : « toujours plus de chez soi ! » (ce qu'on appelle la "confidentialité") et « non aux automates enregistreurs, car on veut parler à la caissière avant de rentrer chez soi ! » (avant on voulait parler, maintenant on veut parler à la caissière). Croire que c'est combattre le machinisme, c'est ne pas vouloir prendre la peine de renverser la proposition et de se demander : a t-on donc des vies si vides, si précaires, tenant à un fil si ténu pour que les nouvelles grandes luttes soient de "protéger sa vie privée" et de "préserver le contact humain aux guichets" ? 

Non, je ne suis pas mon ordinateur. Et avec la caissière je préfère que l'on échange les clés de chez soi plutôt que l'on parle du beau temps ; c'est plus pratique pour grappiller de nouvelles visions, plus efficace pour échanger de bons procédés pour tout casser.

21 août 2015

C'est tout ce que les artistes ont trouvé pour

C'est tout ce que les artistes ont trouvé pour faire leurs intéressants ? Des "œuvres" ? Des "livres" ? C'est pourtant tout ce qu'il faut éviter, ces espèces de gros blocs circonscrits qui ne prennent pas l'air, qui s'enferment sur eux-mêmes, qui disent « voilà, hop, je me tiens là ».

Ce que j'attendais de l'art, c'est qu'il s'émancipe enfin des objets prédéfinis, qu'il ne fasse surtout pas "œuvre", qu'il cherche autre chose dans l'espace physique et mental, qu'il s'accroche le moins possible à ce qui a été conçu ou conceptualisé préalablement. Quand je voulais devenir artiste, c'était pour trouver autre chose que l'échappatoire du livre ou de l'œuvre qui me semblait transitoire, existant faute de mieux, attendant l'an 01. Un artiste devait être celui qui tendait vers ça. 

Or non, la plupart souhaitent juste "faire des livres", "faire des oeuvres", point. Plus grand chose à leur dire, par conséquent. Ils sont sûrs que c'est ce qu'il faut faire.

(« Ça ne peut pas faire un livre », me répondait-on. « Mais justement ! avais-je envie de leur dire. Mais justement ! C'est bien pour ça ! C'est bien pour ça qu'il faudrait le faire ! »)

20 août 2015

Si je gardais tout ça dans un carnet, je n'y

Si je gardais tout ça dans un carnet, je n'y reviendrais jamais, je ne me prêterais plus guère attention (qui a dit « ce serait mieux » ?). Comme je choisis de le montrer séance tenante, je suis enclin à le reparcourir de plus belle, à repérer ce qui fait défaut et ainsi à m'observer de manière plus approfondie. La précipitation du dévoilement permet la progression de l'aboutissement. 

(Le « ce serait mieux » de la parenthèse, c'est peut-être moi après tout, car ma plus grande victoire a toujours été d'arrêter de créer ; ainsi, je me laissais tranquille. Je me souviens de cette assertion prononcée triomphalement devant mon père, durant les premiers jours de mon histoire d'amour : « Enfin, je ne m'oblige plus à écrire ou à dessiner ! » et lui ne comprenant pas que j'en sois si fier. Pourtant, perdre toutes mes tensions ce serait bel et bien cela : enfin dire « c'est bon, je lâche ». Ainsi, rien ne serait fini, au contraire, tout pourrait commencer vraiment. C'est en voulant sans cesse continuer que tout est perpétuellement en train de finir.) 

18 août 2015

Quand je suis trop transi, trop aigri qu'on ne

Quand je suis trop transi, trop aigri qu'on ne m'accepte pas parmi les gens à qui je pense ressembler, je me dis que c'est parce que je dois être différent, alors je fais tout pour exagérer cette différence, quitte à me travestir. Au moins, je comprendrai pourquoi. 

En fait, si l'on ne veut pas de moi, c'est bien sûr à cause de mon inconstance. Trouver donc une constance qui sera mon dogme interne, qui, sans être figée (car ce serait redevenir transi), correspondra à une cohérence qui me portera, dont les mesures seront à ma taille. 

Mais c'est redire toujours la même chose. J'aurai beau professer le sage accomplissement, la vue large et lucide, il y en aura toujours un qui ira retrouver mes répliques d'il y a deux ans et s'écriera « mais ça ne peut pas être le même homme ! ». Je ne sais pas ce que je préférerais. Qu'il en conclue « qu'il a donc changé en bien, enfin ! » ou bien « qu'il était donc pas bête, en fait ! ».

12 août 2015

Ce sont les apologistes du "progrès" qui sont

Ce sont les apologistes du "progrès" qui sont contre lui : ils veulent réduire l'homme à ses seules fins utilitaires. Nous on dit « tout est possible dans le fini », eux ils disent « non non, c'est fini le fini, améliore ta condition infiniment et restes-y, hors de toute échelle, hors de toute pensée, t'as rien à dire d'autre, t'es juste un moteur, t'es jamais situé quelque part ». Ils prétendent à l'universalité de leurs vues, alors que ce qui est universel c'est justement l'impossibilité d'universalité. Allez, refoutons-leur de vrais concepts dans leurs gueules, c'est ça notre force !

14 août 2015

Dans les "soirées entre potes", difficile de

Dans les "soirées entre potes", difficile de parler de soi à soi, tout est appelé à se situer dans l'arène des autres. Sur les "réseaux sociaux", on feint d'embrasser l'arène mais on prend tout pour soi, on cherche à se défendre. Je ne comprends donc pas le monde : ici il recherche la collusion, la démonstration, là il se récrie et se perche sur son intimité. Il ferait mieux de la cultiver au sein des "soirées", de n'accepter que les tête-à-tête.

7 août 2015

« Ah mais il ne faut pas les excuser, quand même.

« Ah mais il ne faut pas les excuser, quand même. N'ayons pas la culture de l'excuse. »

C'était pendant les émeutes de 2005 et c'est là où j'ai compris qu'il y avait un fossé entre moi et ceux qui parlaient. Ça me paraissait tellement évident qu'il y avait tout à comprendre et rien à juger, je ressentais cela tellement directement et je suis sûr que je l'aurais senti pareil si j'avais eu sept ans. Ce faux concept d'excuse, c'est en deçà de l'âge de raison, c'est pré-logique, pré-scientifique.

Et on continue à nous le ressortir dès qu'on entre dans les choses concrètes à défricher. Et même des gens se disant de gauche en usent. Même un chrétien comprendrait mieux qu'eux qu'il faut avant tout sonder les âmes, que le libre arbitre est une idée vers laquelle on peut tendre mais simplement tendre et simplement une idée. 

L'excuse, je ne sais pas ce que c'est, je ne l'ai jamais su. Il y a ou il n'y a pas quelque chose, on la sait ou on ne la sait pas, on donne ou on ne donne pas, on fait ou on ne fait pas. La première des constructions à abattre est cette injonction à ne pas excuser.

6 août 2015

La vraie révolution, ce serait d'aller voir

La vraie révolution, ce serait d'aller voir quelqu'un et d'oser lui dire « je vous trouve complètement con », qu'il ne se vexe pas, qu'une discussion naisse et qu'ainsi il nous fasse comprendre ce qui nous pousse à le trouver ainsi, qu'on lui explique ce qui nous a gêné chez lui et que dans le même temps il nous mette le nez dans nos postures qui, même si elles sont "fondées", sont "fondées" sur des structures que l'on peut prendre à rebrousse-poil : il nous aidera dans ce but, à l'insu de son statut d'injurié.

C'est entre autres comme cela que je conçois le politique et c'est ce qui explique pourquoi ce sur quoi l'on pérore d'habitude me semble biaisé. On fait comme si le politique n'était pas de l'artificialité pure, on en crée une base pour tout. On se méfie de le social, alors que c'est ça l'origine. Ok pour user d'artefacts, il faudra bien construire autre chose, mais dans un second temps. Si l'on cherche à cogiter, arrêtons d'inventer ce qui n'existe pas et n'existera jamais réellement (le politique) et creusons nos consciences (le social). 

13 août 2015

Difficile pour moi d'écrire sur l'art car le

Difficile pour moi d'écrire sur l'art car le jugement est biaisé. Ma névrose obsessionnelle compulsive s'est appuyée sur l'achat d'oeuvres, dans un mouvement en quatre temps : ce n'est pas parce que je les achetais que je les aimais ; à force de les acheter, je les côtoyais intimement ; à force de les côtoyer, je les aimais ; mais ce n'est donc pas parce que je les aimais que je les aimais.

Comment donc écrire dessus, faire apparaître ce que je peux concrètement en dire ? Eh bien en osant lier les deux dimensions : l'obsessionnelle qui n'est pas dupe d'elle-même, qui regarde en coin son impossibilité à s'extirper ; et l'esquisse d'une esthétique forcément bancale et contradictoire, car se construisant sur des paradoxes et des hypocrisies. 

C'est ce que j'avais tenté de faire sur un forum, en laissant déployer les sentiments de réelle confusion, de réel rejet que nous font éprouver les choses dont on se gave jusqu'à plus soif. J'avais juste oublié qu'il fallait se faire comprendre. (Mais garder tout cela pour moi ne m'aurait pas non plus fait avancer, car si je dois faire les choses pour moi je ne fais rien, et si je dois sans cesse penser aux autres ils me découragent d'avance.)

5 août 2015

Je m'aperçois que je m'entends dire "je n'aime

Je m'aperçois que je m'entends dire "je n'aime pas le web" et que cela ne se dit pas. Non pas tant parce que le web serait un outil – on dénigre bien les outils : "je n'aime pas le téléphone" est accepté et l'on fait fréquemment face à "désolé, je ne consulte pas souvent mes mails" – mais parce que le web a la prétention d'être un monde. Même "je n'aime pas la vie" fait moins peur que "je n'aime pas le web". Le monde, c'est une évidence qui s'impose préalablement et supérieurement à la vie, c'est une présence déjà là avant soi qui ne se discute pas. Que le web soit parvenu à ce statut solaire, c'est bien ce dont il faut s'effrayer.

"Il y a tout sur le web" est une assertion qui témoigne du règne de la quantité. Quand je pense au monde web, j'énumère des apports, des avantages, je ne raisonne jamais en terme d'émotions indicibles. J'y trouve des informations, des points de vue qui confirment ou infirment les miens, mais je ne me souviens pas avoir été complet, riche comme dans un vrai monde. Est-ce donc bien d'un monde qu'il s'agit ou d'une supercherie ?

Le web pousse l'exploit jusqu'à recueillir les défauts du palpable comme ceux de l'impalpable. N'oublions pas que le web n'est pas n'importe quel monde ou supposé tel, qu'il se transmet par un objet physique et technologique : l'écran. Que l'on ne se rende même plus compte que l'écran est déjà un biais particulier, qu'il limite le champ des possibles comme tous les biais, qu'il pourrait y avoir d'autres biais, c'est ça le scandale. Ce qui prouve que le web est un faux monde, c'est qu'il a forcément besoin de l'écran pour être. Or, un monde digne de ce nom n'est limité par aucun objet, aucun biais : il est tout ce qui existe, il contient la vie. D'où le syndrôme sophiste bien connu des geeks et otakus : puisque web = monde et que monde = vie, alors web = vie. 

Le web est à la fois trop palpable pour être honnête – il n'est qu'un écran, alors que la vie est bien plus que ça – et trop impalpable pour être vivant – sans écran, il est réduit en cendres. Le web nie tout autant la vie intérieure – en nous criant « le monde c'est moi, je suis tout, regardez, regardez, regardez, il n'y a rien en vous, tout est en moi, tout ce qui est en vous est en moi... » – qu'il nie la vie extérieure – « ...ce que vous vivez, vous le mettez dans moi, ce n'est que ça votre vie, elle est montrable ». Croire qu'une vie est « montrable », c'est ça l'erreur.

Nul besoin de déplacer le problème sur un terrain moral classique (l'éternelle pudeur), c'est même donner des armes à l'adversaire. Ce qui est blâmable, ce n'est pas le désir de se montrer, c'est la croyance selon laquelle on pourrait se montrer, on serait montrable, cernable. C'est penser qu'une vie se découpe selon les pointillés, c'est penser que les clics, les connexions, les algorithmes parlent de nous, parlent de soi, alors qu'ils ne parlent que d'eux-mêmes. C'est penser qu'on se définit par le web et que si on découvre nos itinéraires, nos courses, nos tirages de langue, on découvre nos vies. C'est penser qu'une vie ce n'est que ça. C'est penser que le web c'est la vie. C'est mourir.

 

Si j'ai investi le web au sortir de l'adolescence, c'était pour deux outils : 

– L'outil communicatif, forums et discussions instantanées me paraissant ouvrir des possibilités jusque là inexistantes, impossibles à transposer dans des moyens balourds tels que le "téléphone portable" et les "soirées entre potes" (sic).

– L'outil artistique, pour « montrer ce que je faisais » au monde, au vrai monde.

Ces deux outils sont morts ou n'ont plus lieu d'être.

– Les forums et messageries n'intéressent plus personne, nous sommes passés dans l'ère de la vitrine, de la tapisserie qui défile : jamais vraiment entre nous, toujours avec le bruit du monde médiatique, lui aussi tout autant faux monde que le web.

– Le "web artistique" est cantonné dans les marges, c'est le "web divertissement" qui a gagné et là encore c'est l'effet vitrine, on ne sait plus très bien où réside le "contenu" qui est "produit" : est-il dans les trois minutes de blagues alignées par le bonhomme qui parle dans la vidéo (produit brut), ou bien se situe t-il plutôt dans le fait qu'il me dise de regarder régulièrement ses vidéos (méta-produit du produit), voire carrément dans la publicité qui s'affiche avant et qui bien souvent le sponsorise (produit du méta-produit du produit) ? Je prédis un avenir décomplexé : ce à quoi on s'abonnera, ce sera directement au mec qui nous dira de regarder les pubs qui sponsorisent ce mec qui nous dit de regarder les vidéos où il dit des blagues (méta-produit du produit du méta-produit du produit). Ce sera plus sincère, comme ça.

À titre personnel, concernant le fait de « montrer mon travail » sur le web, le constat d'échec s'exprime ainsi : ce à quoi m'a conduit le web, ce n'est pas au monde artistique mais au monde du web (qui, même quand il est fait d'artistes, peine à se constituer comme vrai monde).

Je parlais de "marges" plus haut : le web m'aura au moins permis de me rappeler qu'il n'y a qu'elles qui vaillent. Rien ne sert de croire qu'il y a quelque chose à sauver d'un faux monde.

29 août 2020

La véritéOù se situe sa vérité, et plus

La vérité

Où se situe sa vérité, et plus globalement la vérité du truc (de la mort) ? 
Deux exemples : il partait dans un grand rire quand il disait "peut-être que je ne serai plus là d'ici là" et le dernier jour où j'ai pu l'entendre parler il a ri de l'ironie de la situation suivante : recevoir enfin l'annonce de la venue à domicile de tel intervenant paramédical qu'il attendait depuis des mois alors qu'il n'était désormais plus près d'y revenir et qu'il était même en train de partir pour de bon (partir de tout) ; énorme rire, ce coup-ci. Pas perçu de façon cynique, toujours frais et sincère, s'apercevant spontanément de l'absurdité spontanée, immédiatement perçue comme simplement ironique, de la situation. Était-ce la vérité ?
Car quelques jours plus tôt : se prend à un moment la tête entre les mains quand il réalise que c'est fini. Réalisation qu'il verbalisait pourtant depuis longtemps (mais alors comme en conjurant ?) et paraissant comme beaucoup plus théâtralisée que son rire car se montrant en cette occurrence-ci devant une professionnelle, tandis que le rire était réservé à la famille.
Je crois que ce n'est pas manquer de respect envers sa mort que de penser que la vérité, sa vérité s'est située dans son rire. C'était vraiment lui. Non pas rire de désespoir (car quel désespoir quand toutes les données de base sont déviantes ?), ni rire sarcastique et cruel d'automépris mais même rire que d'habitude comme après ses calembours : drôle de situation quand on la regarde, c'est tout.
"On", était-ce vraiment lui au plus profond, est-ce que l'on... Fausse question. Pourquoi serait-on "je" avant d'être "on" ? On est toujours "on", c'est même ça qui nous sauve de "je" : un beau jour, on a eu envie de créer ça, de créer "on".
On a appelé ça la vérité. 

6 juillet 2015

Au moins, si j'arrête, c'est de mon plein gré,

Au moins, si j'arrête, c'est de mon plein gré, pas à cause des "circonstances extérieures". Je rêve de me lever chaque jour en ayant la fierté d'avoir arrêté tout seul, d'avoir choisi de le faire. 

« Ha ha, et dire qu'ils s'imaginent que je ne peux pas faire autrement qu'arrêter, alors qu'au contraire il s'agit bien de faire autrement : arrêter c'est faire autrement, c'est faire ce que je n'ai jamais fait jusque là : arrêter. »

Mais je me dis qu'arrêter est présent d'emblée dans ce que je fais. Je n'ai jamais écrit la moindre ligne pour moi seul ni pour plus de cinq personnes. Je déçois tout autant ceux qui voudraient que je m'approvisionne dans le secret – pour que je puisse me soupeser davantage – que ceux qui souhaiteraient que j'aille au devant du monde – pour que j'existe vraiment selon la vision qu'ont les gens de l'existence.

(Voir ici.)

Je repense à ce chanteur psychotique qui disait "plus il y a de gens qui vous écoutent, moins vous existez". Je ressens cela avec la force de l'évidence. 

Car je me suis rendu compte que l'important était de faire mon autoportrait et pas à proprement parler de "l'art" au sens où les gens l'entendent. Quand j'entonne une mélodie pour mon propre plaisir, là d'accord je vais m'efforcer de la faire tourner différemment à chaque fois, là d'accord c'est du travail. Mais ça ne regarde personne. Ça ne regarde jamais personne, le travail. Quand je souhaite montrer des mots, que faire d'autre que vous dire sans cesse "regardez, regardez comme c'est moi, comme c'est bien moi, comme je suis comme ça" ? S'il s'agit de faire autre chose, là d'accord j'arrête.

4 mars 2024

Quand même moi

Je me rends, chaque année qui passe, de mieux en mieux compte qu'elle est la personne qui m'a le mieux connu. Elle me dit qu'elle a pris des notes sur moi, des répliques insensées. Il vaut mieux prendre des notes en effet. 
Je comprends qu'elle a pu se rendre compte de mon niveau d'irrationalité, particulièrement en ce qui concerne l'argent. Pour me réapproprier le constat, je me dis que je suis d'une espèce sociologique extrêmement rare (rareté attestée par tous les manuels) : prolo lettré mais pas seulement, orphelins de prolos lettrés qui me l'ont transmis matériellement, en espèces sonnantes aisément convertibles en de nombreux biens culturels, mais sans avoir eu le temps de m'en communiquer la sève.
À partir de là, comportements compulsifs encore plus envahissants que les précédents de la lignée (qui avaient déjà leurs tares, d'après des témoignages) ; tout ou presque sera sacrifié à l'aune du Petit Monde d'Objets Spirituels – tenant toute leur place physique au bout d'un moment ! On ne se rendra compte que trop tard qu'ils ne pourront jamais être tous là en même temps, que certains ne peuvent que chasser d'autres. Qu'ils nous font délirer le reste des rapports de valeurs, que tout est faussé lorsqu'on souhaite se projeter dans une autre vie.
Il faudra généralement attendre quelques années avant qu'une erreur soit irrémédiablement fatale, apparaisse comme le choix d'un aliéné incapable de discerner ses bonheurs. Mais telles que les choses avaient été tracées, cela arrivera et le chaos qui en adviendra sera alors le plus gigantesque à surmonter.
Et l'on passera son temps à se demander ce qui nous était bien passé par la tête, en le comprenant toujours moins à mesure que l'on progresse dans ce cercle d'une... inquiétante étrangeté, il faut bien le dire. 

Et l'on comprend à quel point ça a pu épuisé notre partenaire, à la longue. Certains espaces se coloraient très tôt de trop d'angoisses et on ne trouvait pas la force suffisante d'en faire abstraction. Et on cherchait, parfois donc très tôt, à recréer autre chose quelque part ailleurs. Avec parfois toutes les raisons du monde.
Je ne dis pas qu'on n'avait pas concience de ça, de ces espèces de spontanéités – vécues plutôt ainsi que comme de réels "contre-pieds", car la table rase n'était jamais complète, sauf à un regard non complètement observateur – , mais elles m'apparaissaient faire partie de la proposition de Lucas Taïeb.
Autant je ne crois pas avoir eu un jour un quelconque "ego", autant si j'ai cru en quelque chose, c'était en la fidélité, en..., en la nécessité qu'il y avait à tenir la proposition "Lucas Taïeb", pour qui le risque d'engluement était une sorte de peur-panique. Inconvénient : avoir facilement l'impression, vu de l'extérieur (et pas que), que ma vie n'a pas encore commencé. 
(En effet, les autres me semblent presque tous avoir suivi un sens, à défaut de le créer de toutes pièces ; ils peuvent nous lier leur fil linéaire censé. De mon côté, à part dire "Lucas Taïeb" comme si ça pouvait tout dire...)

C'est peut-être ça que je pensais encore pouvoir dire à ma partenaire, même à la toute fin : "mais tout de même, ne crois-tu pas que je suis Lucas Taïeb et que ça peut tout expliquer, à défaut d'absolument tout sauver ?". Je croyais vraiment que dans ce domaine, ça pouvait suffire. Mais il y a plusieurs domaines de l'amour différents.
N'empêche que je continue à apprendre de ce qu'elle a appris de moi. Et que c'est inestimable.

19 août 2019

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Tout est trop différent, selon les ambiances, selon qu'il y ait des gens ou pas... C'est ça qui est violent : le brusque changement d'ambiance selon ce qui se passe en moi et à mes côtés. Contrastes saisissants. Car il faut se retrouver après ça, se rappeler ce qu'on peut bien faire là !

23 février 2019

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Je suis le seul vrai hétéro (nouveau blog en parallèle).

2 juillet 2015

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C'est souvent que je me dis "tiens, j'aimerais bien raconter ça". Sauf que pour cela il me faudrait la béquille = la façon dont on narre dans les livres que l'on a lus. Or, quand comme moi on n'a rien lu ou si peu, c'est dur de se souvenir de manière narrative de matières narratives.

3 juin 2013

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J'ai un super texte absurde (mieux que la plupart de ceux qui sont ici) dans le numéro "la perruque" du fanzine La Cacahuète. Voici le lien. Sérieusement, c'est vraiment bien.

20 novembre 2012

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Un petit truc en mousse se dit soudain : "Qui va me remplacer ?". Un grain de poussière sent que son existence fait exemple. Une billevesée a tout le poids du monde sur ses épaules.

12 novembre 2012

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Le Tigre Mondain de Geoffroy Monde me publie ici. Merci.

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