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Définitivement
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23 décembre 2013

En gros, quelqu'un qui est de droite (même s'il

En gros, quelqu'un qui est de droite (même s'il ne le sait pas) pense que le problème ne vient que de notre cerveau, qu'on ne peut pas aller contre car l'Histoire était écrite, qu'on est forcément insatisfaits donc forcément cons, ambitieux et grandiloquents, qu'on ne pouvait, ne peut ni ne pourra jamais faire marche arrière car nous sommes définitivement affiliés à des flux, à des gestes, à des identités. Qu'il faut donc accepter d'y rester attachés et même les proclamer pour notre sécurité et notre bien-être.

En gros, quelqu'un qui est de gauche (même s'il ne le sait pas) pense qu'on aurait pu moins merdé que ça, que bon d'accord on a l'art en plus mais qu'on n'avait pas besoin à la base de tous ces échafaudages, qu'on n'est quand même pas si éloignés des évidences animales auxquelles aspirent toutes les conceptions humanistes, qu'il faut tenter de retrouver l'ici et le maintenant (indissociables du toujours) sans les confondre avec des artifices, que c'est pas si compliqué car nous y tendons sans cesse sans même nous l'avouer, que la simplicité perdue est notre rêve à tous, que c'est la raison d'être de toutes les formes de spiritualités et d'idéaux avant que ceux-ci tombent dans la construction. Qu'il faut donc dépouiller l'individu pour saisir l'individualité dans ses sensations. Qu'il faut savoir de quoi on est le jouet pour se connaître vraiment, pour ensuite pouvoir dépasser cette simple connaissance pour aller vers la vie.

Se mettre à invoquer les mots "liberté" ou "égalité", à parler "ancrage" ou "émancipation", "court terme" ou "long terme", c'est bien la preuve que c'est pipé, qu'on a tout perdu et qu'on ne sait plus quoi faire.

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30 avril 2014

L'autre jour, j'ai écrit dans un carnet : "Ce qui

L'autre jour, j'ai écrit dans un carnet : "Ce qui est drôle, c'est de rire qu'on puisse rire". Rire qui s'auto-engendre et qui prend conscience de la chance qu'il a d'exister et qui en est tellement content qu'il continue de plus belle ? Non, plutôt le contraire. 

Plutôt se moquer du fait qu'on ait besoin de rire de la condition humaine. Rire du fait qu'il faut rire pour supporter la vie, que cela passe par la catharsis du rire mordant ou par la légèreté du rire qui change les idées. Rire même du simple fait qu'il faille sublimer ou éclater rageusement. Trouver ça vraiment pitoyable et donc ridicule et donc hilarant, car c'est l'homme et personne d'autre que lui qui s'est créé toute cette chape civilisationnelle sous laquelle il doit rire pour à la fois s'en distancier et la prendre à bras le corps. 

On le sait bien qu'à la base c'est parce qu'on est des nullards corporellement parlant. Impossible de compter sur notre animalité ratée. Il fallait inventer un remède, l'intelligence, remède tellement précaire qu'il ne se suffit pas à lui-même : c'est quand l'intelligence fusionne avec d'autres qu'on peut survivre. Mais quand on tombe dans la fusion on ne s'en remet jamais, car il ne s'agit pas seulement de se serrer les coudes (ça, c'était déjà inscrit en nous), il faut perpétuer la cohésion par des moyens magiques, vu qu'on est les plus nullards de la nature. Les chefs sont nés et on connaît la suite.

Depuis maintenant quelques temps, le pouvoir est plus diffus, on parle même de notions comme "la liberté individuelle", "la justice sociale", "l'égalité économique" : ce sont ces notions qui sont le summum de l'humour. Car elles ne font que chercher à retrouver ce qu'on a perdu au tout début. Tout ça pour ça. Ah ben dis-donc, ça en valait la peine ! (Poum poum tchac, petit tambour de music-hall.)

18 avril 2014

Ça y'est, j'ai trouvé le pire mot de la langue

Ça y'est, j'ai trouvé le pire mot de la langue française : "Placer". "Placer" c'est le capitalisme et l'autoritarisme, mais pas seulement. C'est aussi l'abandon des flux de vie en littérature. C'est le refus de poursuivre une fin sans moyens (l'erreur c'est de considérer les mots comme des "moyens" qui "servent"). On ne veut plus dire (oui, dire est un verbe d'action qui peut se passer de complément), on veut "placer" pour "exprimer" ou pire, pour "installer". Je n'ai rien contre les ambiances qui sont des évidences, qui s'imposent d'elles-mêmes, mais quand on "place une ambiance" c'est un calcul intéressé, on sait bien que le but est ailleurs : on veut mener là où ce sera bien construit, consolidé, balisé. Les flux c'est fini, je vous dis.

(Au lieu de "les flux", je pourrais donner dans l'éternelle métaphore musicale qui, bien que galvaudée, reste tout à fait juste pour ma part. Dans ce cas, mon goût pour la poésie du langage serait à rapprocher de celui pour la musique pop : c'est la mélodie de la voix que je cherche. Mon goût pour la philosophie et autres sciences humaines, ce serait la musique expérimentale : tout le sel réside dans les circonvolutions que ça va prendre, à la fois cohérentes et surprenantes.)

17 avril 2014

Le matérialisme du collectionneur part de quelque

Le matérialisme du collectionneur part de quelque chose de défendable : vouloir que ses étagères lui ressemblent pour qu'il puisse se sentir bien dans son antre. Mais c'est une fois qu'il juge que ça y'est, elles lui ressemblent enfin, qu'il pourrait s'arrêter là ; eh bien non car elles ne lui ressemblent jamais assez. À force de vouloir qu'elles lui ressemblent trop (par manque de permanence de soi-même, comme pour se créer une identité fixe qui n'existe pas), elles ne lui ressembleront plus, elles seront auto-caricature, maniaqueries et extrapolations. Suivra un trop-plein salutaire qui fera un gros tri là-dedans et qui pourra recommencer à zéro en se trouvant une nouvelle passion, au départ enthousiaste et aventureuse puis envahissante et nauséeuse.

11 avril 2014

Trois autres paragraphes autobiographiques (+ un

Trois autres paragraphes autobiographiques (+ un entre parenthèses qui prend beaucoup de place car il veut démontrer)

Concernant "mon petit travail" (pour reprendre une belle expression de Robert Pinget), je suis tiraillé entre deux extrêmismes dont je dois me débarrasser : celui qui dit que tout a été dit, qu'il n'y a rien à rajouter ; celui qui dit que rien n'a été dit, qu'il y a tout à explorer. Les deux sont des illusions. Oui, j'ai déjà dit un certain nombre de choses importantes et peut-être que "tout est déjà en germe", comme on dit, mais il faut que je trouve une nouvelle manière de les dire ; et c'est cette nouvelle manière qui me permettra sûrement d'en dire d'autres.

Comme je n'avais encore rien lu jusqu'à il y a peu, je ne pouvais rien écrire qui soit de l'écriture. C'est arrivé quand ça pouvait arriver, quand les connexions ont pu se faire. Ce n'est pas forcément bien quand cela arrive trop tôt : les écrivains qui se vantent d'avoir connu les grands auteurs dès l'âge de douze ans sont bien souvent ceux qui ont le style le plus anodin, comme si monter dans le train dès le départ condamnait à devenir imitateur à chaque gare ; il faut plutôt guetter le bon wagon, à mon sens.

(De plus, ça me paraît être la pire chose que de lire ce dont on ne peut saisir le sel à aucun degré ; certes, ça peut interloquer mais ça peut aussi dégoûter. On sait très bien que la plupart des romans étudiés au collège et au lycée seront perdus, gâchés, qu'ils ne parleront à personne puisqu'ils demandent d'avoir vécu. À l'inverse, on sait très bien aussi qu'on philosophe depuis la maternelle, mais on continue à attendre le dernier moment. Cette primauté de la littérature et cette venue tardive de la philosophie m'ont toujours été incompréhensibles et ont en grande partie généré mon rejet des "histoires". Car quel autre argument que ce besoin supposé "d'histoires qui se tiennent" sert à justifier la présence littéraire massive de tous ces réalismes d'adultes ? Et qui peut encore croire que la littérature est forcément le meilleur vecteur "d'histoires" ? Faire découvrir qu'elle sert surtout à autre chose pourrait enfin lui donner une raison d'être auprès de notre génération gavée de médias narratifs en tous genres.)

Le risque que j'avais d'écrire, c'était la perte de confort, hier et aujourd'hui. Au lycée j'étais une star grâce à ma débilité autodidacte (applaudissements sincères dans les salles et les couloirs) : au sein de l'ignorance je me distingue par une certaine finesse. Par contre, au sein de la finesse je suis parmi les plus balourds. Apprendre la bonne respiration c'est toute une histoire pour ma maladresse ; ça lui suffit comme mission, comme fiction. Cela ne peut que mener à l'anonymat et à l'indifférence, mais soit.

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10 avril 2014

Trois paragraphes autobiographiques Si je me

Trois paragraphes autobiographiques

Si je me complais parfois dans la confusion de la pensée, c'est parce que la certitude, la grille bien achalandée sont mortifères, tout le monde le sait. J'arrêterai le jour où cette confusion deviendra système et par là-même posture.

Je trompe mon monde en faisant croire que "je ne crois pas en moi". Vu l'indifférence que ce monde porte à ce que je fais, vu mon insistance à en faire toujours plus ou moins, à persister quand même malgré tout, si avec ça "je ne crois pas en moi", je ne sais pas à ce que je crois ! Ou c'est peut-être juste que je n'ai rien à faire d'autre, ça peut être ça aussi.

Ou alors en fait si, on peut dire que "je ne crois pas en moi", mais c'est à un moi fixe, constatable et observable auquel je ne crois pas (et là on rejoint le premier paragraphe, magie). C'est pour ça que je ne crois pas en "l'autobiographie" comme genre. Rien ne me dit que je peux avoir affaire à des faits ou des pensées qui correspondent à une "identité", qui me "révèlent" plus que d'autres. Ce qui me "révèle", ce qui est mon "identité", c'est justement cette absence d'importance donnée aux manifestations concrètes, qu'elles soient actes ou états d'âme. Ce que je cherche en moi, ce sont les flux discordants. S'arrêter sur un moment donné ne serait que de l'arbitraire servant à "faire oeuvre". Si le but de "l'autobiographie" n'est que de "faire oeuvre", alors elle n'apporte rien (à part peut-être un plaisir masochiste à se replonger dans des choses dont on s'est déjà débarrassé mais dans lesquelles on va refouiller pour passer son temps d'artiste).

18 mars 2014

On le sait, deux interprétations de la vie se

On le sait, deux interprétations de la vie se feront face à tout jamais. Lascaux c'était célébrer les animaux et à partir de là ça peut mener à deux écoles opposées : ou bien ça montre que l'essentiel pour l'humain est de se rapprocher de ses origines naturelles qui le fascinent et l'équilibrent, ou bien ça montre que sa mission est de s'éloigner de la nature pour la soumettre à sa culture.

On le sait, c'est l'éloignement qui a gagné, comme un point de non-retour.

Non-retour, on le sait, car l'éloignement ayant créé la maîtrise et par là-même la peur de ne pas maîtriser, les idoles magiques sont nées, et avec elles la servitude et la barbarie. Pour ne plus avoir peur, il fallait encore et toujours plus maîtriser. Pour enfin se penser comme volontaire et donc modifiable, la servitude devait forcément devenir démocratie. C'est un double mouvement simultané, perpétuellement lié et irréductible, qui a amené le productivisme et les libertés politiques, pour le meilleur et pour le pire.

On le sait, c'est parce que nous sommes pour la première fois dans la nécessité absolue de briser ce sac de nœuds que l'on est tout intimidé.

17 mars 2014

Si j'ai une certaine fascination pour les

Si j'ai une certaine fascination pour les idéologues connards (nationalistes, libéraux, gens de droite en général), c'est qu'à la base il y a l'incompréhension qui crie. Comme je pense sincèrement (comme tout anar normalement constitué) que l'homme naît bon, je bute sans cesse sur cette incompréhension, je me cogne sans arrêt le front et ça fait mal et je commence à en avoir tellement marre que je cherche donc à savoir pourquoi ils sont devenus comme ça dans leur vie. Je crois que j'ai raté ma vocation de psychanalyste (ou de sociologue, c'est selon).

17 juin 2015

Tout défile, tout s'emmêle, son visage vraiment

Tout défile, tout s'emmêle, son visage vraiment bouleversant, attirant, curieusement associé désormais à cette pop-song elle aussi déchirante que j'ai parfaitement le droit d'aimer, c'est pas cet artiste intraitable à la queue de cheval qui me l'empêchera et qui me fera croire que c'est moins important que le reste, que ça fait moins sens, que ce n'est pas théorisable : tout y est réuni, encore une fois ; malgré le fait que le guitariste ait une barbe ridicule et soit devenu un chantre de la cupidité à combattre ; cela n'empêche pas l'autre, l'un n'empêche rien, rien n'empêche l'autre. 

15 février 2015

Avant : c'était dans l'appartement ou la maison

Avant : c'était dans l'appartement ou la maison que je m'agitais, et c'était les oiseaux et le vent qui me semblaient hors de mon entendement. Maintenant : c'est l'extérieur que je perçois bien et c'est l'intérieur qui me bloque. Il ne peut pas y avoir les deux en même temps ? À la fois les oiseaux et le bureau ? En ce moment, il y a seulement les oiseaux. Avant, il y avait seulement le bureau.

5 février 2015

Cherche un mot dans la langue française pour dire

Cherche un mot dans la langue française pour dire : connaître une personne trop tôt, mal se montrer, avoir raté l’occasion pour qu’on puisse dire des choses ensemble qui fassent sens, qu’on puisse se retrouver sur le fait qu’on ait des plans où se placer côte à côte ou en tout cas pas trop loin ; rester sur des souvenirs de fausse personnalité de part et d’autre, de honte mutuelle, de défiance ou de désintérêt.

J’ai l’impression qu’il n’y a eu que ça pour l’instant quand je me revois.

4 février 2015

Quand la source d'anormalité qui a déterminé le

Quand la source d'anormalité qui a déterminé le cours est tellement évidente, c'est coton car même si ça transparaît sans arrêt on se dit qu'il ne faut pas la prendre pour excuse à chaque fois ; mais on sait quand même bien que c'est ça qui a fait. (Du coup forcément je préfère le langage au récit. Le récit je le connais, je l'ai compris, on les connaît, on a compris. Ce qui cloche c'est la manière dont je l'ai fait ressembler, se parer, tourner, se tenir.)

30 janvier 2015

Mon appartement (c'est-à-dire moi) me semble

Mon appartement (c'est-à-dire moi) me semble contenir quantité de lâchetés, d'imperfections, d'incohérences, celles-ci se pavanant toujours plus fières, toujours plus hypocrites, et pourtant mon chat est toujours aussi beau. Preuve que ce n'est pas si contagieux et que je peux à tout moment faire cesser la propagation. Il faut dire qu'il n'y a que les humains pour pratiquer le renoncement sans raisons vitales. On a qu'ça à faire, d'abandonner. C'est nous les oisifs.

23 janvier 2015

L'ancienne ville – l'ancienne vie – et la

L'ancienne ville – l'ancienne vie – et la nouvelle se superposent dans mon esprit plutôt qu'elles ne se succèdent dans le temps : il s'établit de l'une à l'autre une circulation intemporelle qui libère le souvenir de toute mélancolie et de toute pesanteur ; le sentiment d'une référence décrochée de la durée projette vers l'avant et amalgame au présent les images du passé au lieu de tirer l'esprit en arrière. 

Julien Gracq

 

Je m'aperçois que l'émotion mémorielle me vient avec des sources récentes qui me parlent directement, qui témoignent du fait que je suis encore capable d'actes et de sentiments. C'est ça l'inouï, le déchirant : je vis encore, j'aime encore écouter des choses, m'abreuver ! C'est tellement incroyable de continuer à vivre que ça m'émeut.

Par exemple, c'est le post-punk mélodique des débuts de ma lucidité qui m'évoque la jeunesse et l'allant, plutôt que le punk de mon adolescence. Ce dernier n'était qu'une étape, qu'ai-je encore à faire de lui, pourquoi irais-je le rechercher au fond d'un grenier alors que j'ai des choses qui me ressemblent davantage sous la main ? Par exemple, c'est le "Nouveau Roman" découvert très tardivement qui m'évoque l'ouverture du champ des possibles, plutôt que la "BD indé" que je lisais quand je créais vraiment. Car c'est ce que je ne crée pas que je ressens le plus ; ce qui est fait est indépassable donc rien ne sert d'y repasser.

(J'avoue quand même que ces rythmes effrénés et ces voix d'attardés me font verser une larme et m'évoquent plus que tout, mais ne pas s'attarder, surtout ne pas s'attarder.)

(Surtout que ce que j'évoque, ce sont les circonstances de l'écoute, tout le tableau en arrière-plan qui est au premier plan affectif, tout ce qui me faisait plaquer telles sensations sur tels sons : il serait donc vain de les faire revivre, non seulement c'est inconcevable mais ce n'est même pas souhaitable car avouons-le, je n'étais pas bien.)

(Bien sûr, ce n'est pas la sensation en elle-même que je reverrais, ce serait déjà la sensation que j'avais de cette sensation, comment je l'interprétais. Disons donc que je me remémorerais l'interprétation de mon état, à savoir ma propension à forcer mes innervations – car en réalité j'en ai bien peu – bref la mythologie que je me suis créé, que l'on pourrait résumer par "rhalala, c'est trop intense d'écouter toujours les mêmes disques tout seul chez soi et de bloquer sur les mêmes ritournelles sans connaître les vraies émotions du monde, rhalala que c'est fort, prenant, obnubilant" - j'utilisais beaucoup le champ lexical de l'intensité alors que j'étais incapable de la vivre ; chez moi comme chez beaucoup d'autres, la névrose passe par devoir s'en créer pour avoir l'impression d'être vivant). 

 

21 janvier 2015

Dessiner c'est trop vouloir prétendre à se

Dessiner c'est trop vouloir prétendre à se montrer par l'intermédiaire d'un tout, d'un plan sur lequel on s'est penché, qu'on a tracé indépendamment de ses fragments. Écrire me va bien car on parcoure à nu : tout le monde verra les lignes. On se porte mieux. (Dessiner : on se penche ; écrire : on se porte).

16 janvier 2015

Plus je grandis, plus j'ai envie de chanter avec

Plus je grandis, plus j'ai envie de chanter avec une voix douce. Parce que quand on grandit on se retrouve forcément à n'être plus doux, donc c'est pour contrebalancer. Je veux encore me prouver – et prouver aux gens que j'ai blessés – que rien ne me porte tant que la douceur (j'allais écrire "ne me représente" mais surtout pas, la musique ne représente rien, bien au contraire, c'est ça qui fait sa force, qui fait qu'elle coule, qu'on sait pourquoi on est là, pourquoi elle est là).

7 janvier 2015

N'empêche, je me rappelle bien que quand la

N'empêche, je me rappelle bien que quand la connexion lâchait, un résidu non avouable de liberté s'immiscait dans le profil de mes pensées, timidement caché derrière le désespoir. Je n'avais que le web mais c'était justement parce que je n'avais que lui que j'avais hâte de pouvoir m'en passer. Ce n'est que depuis que ma vie est une vie que le résidu évoqué se fait voir au grand jour : oui, c'est en étant moins relié qu'on est libre, qu'on constate le présent dans son entièreté palpable, qu'on appréhende l'existant dans les deux sens de l'appréhension (c'est peut-être ça qui fait peur, ce double sens d'appréhender ; mais au moins c'est à bras le corps). Lâchons, c'est comme ça que nous saisirons. Ça ne fera que du bien à nos démonstrations.

29 décembre 2014

C'est compliqué de bien placer une chaîne hi-fi.

C'est compliqué de bien placer une chaîne hi-fi.

Trop près on se prend le son en pleine face et on reste comme acculé par le devoir d'écouter le bruit, prostré autant par les ondes que par son dos courbé (car on est sur un bureau).

Trop loin on se fait croire que la musique n'est qu'un fond musical, alors que c'est l'écriture qui n'est qu'un prétexte pour écouter de la musique (car il n'y a que ça qui vaille le coup).

La bonne distance sera un délice.

29 janvier 2013

Le sexe, le scato ou le trash ça gâche l'absurde.

Le sexe, le scato ou le trash ça gâche l'absurde. Car il n'y a rien d'absurde dans toutes ces choses, c'est la vie en elle-même. Ou alors il faut vraiment aller vers des pratiques incroyables et des caractères extrêmes qui sont intrinsèquement absurdes indépendamment de leur nature. Mais sinon c'est vraiment bête de les utiliser, parfois tel humoriste commence à peine à frôler l'incongru dans ce qu'il a de plus étincelant, de plus visionnaire, et puis hop il fait tout tomber en versant dans la soi-disante indécence qui n'est que bassement réelle. Ce n'est pas comme ça que l'on atteint les paradoxes de l'existence, ce n'est pas comme ça la révolution, c'est même très pudibond de vouloir rire avec le sexe car cela empêche de se perfectionner dans ce domaine, avez-vous remarqué qu'il est impossible de faire l'amour quand on rigole trop ?

23 décembre 2014

Rien ne m'intéresse autant que le cerveau, les

Rien ne m'intéresse autant que le cerveau, les errements du caché. C'est un travail de tous les jours de se dépouiller du discours sur la politique des grands ensembles.

Rien ne me fait plus peur que celui qui ne sait se mettre qu'à l'échelle des échafaudages. C'est calculer dans le vide, c'est nier la personne.

22 décembre 2014

L'une de mes choses préférées d'ici, c'est ça (il

L'une de mes choses préférées d'ici, c'est ça

(il faut donc cliquer)

Normalement c'était beaucoup plus long, je voulais en faire ce qu'on appelle un "livre". En attendant, j'avais donc mis ça. Et je poste à présent ceci qui est issu du même moule. Relire donc ça avant de lire ceci, pour mieux situer.

 

[...]

Ils se font passer le micro à tour de rôle. Je ne sais plus qui commence. Peut-être lui. Je l'ai connu trop tôt mais il fallait que ça en soit ainsi. On ne peut qu'apprécier encore plus ce qui nous relie désormais. On a évolué en parallèle, lui toujours en avance car un peu plus âgé, lui en éclaireur mais moi en modérateur ou plutôt abstentionniste car tout ce qu'il vivait de décevant je me contentais de ne pas le vivre et donc de ne pas être déçu. J'ai fait miens ses rejets mais en attendant qu'ils s'imposent à moi avec la force de l'évidence. Jamais personne ne sera mon guide. Il m'interpelle sur ce sujet et ce n'est pas un hasard.

« Tu es le premier à reconnaître qu'on peut très bien se faire tout seul, en écoutant les conseils certes mais en restant attentif à son rythme intérieur. Je te crois sincère quand tu ne souhaites pas accuser les autres de tes lubies qui nous excèdent. Reste que ces lubies existent, sont fortement accrochées en toi et que tu t'y enfonces parfois ! À côté de ça, il me semble que tu continues à considérer l'homme comme non-violent de base. Non-violent mais avec des lubies violentes : la contradiction est bien là ! Chacun les exprime comme il le peut, non ? »

 

Je réfléchis pendant que certains ouvrent les premiers jus de fruits.

 

« "Bons" ou "mauvais", "libres ou "égaux", après tout je m'en fiche. Ce qui m'embête c'est que je ne sais jamais de quel homme on parle. Je veux bien qu'on m'explique les raisons de telle construction, de telle structure, mais en conclure qu'il n'aurait pas pu en être autrement parce que c'était inscrit, c'est tomber dans l'extrapolation permanente qui est le défaut originel de toute considération. Vous en êtes la preuve vivante et je vous ai réunis ici pour cela entre autres. Vous allez tous donner des définitions de ce que vous avez vu en pensant qu'il s'agit de ce que je suis. »

 

Après ça, deux ou trois personnes s'en aillent, c'était prévisible. Le bruit de la porte qui claque est aussi important que leur présence, je leur en suis reconnaissant.

Le même que tout à l'heure rétorque là où il sait qu'il aura raison.

« Ton idée d'un homme lucide et apaisé a ses réalités mais tu oublies que quand on parle de violence on parle de relation aux autres, pas d'équilibre entre soi et soi ! Même si elle n'est ni bonne ni mauvaise, la vie au sein d'autres est forcément violente, non ? Ce ne serait pas plutôt pour ça que tu nous as fait venir ? Pour comprendre cette violence ? »

Bien sûr que c'est pour ça. Comme la violence en volonté m'est inconcevable, je la remplace par de la violence en conception : les autres ne me veulent pas du mal mais ils en pensent (alors que c'est peut-être le contraire). Je me suis préparé à un monceau de remises en cause, à un tombereau de... j'allais écrire d'accusations, la dimension de procès n'est donc pas loin. Car toutes sont factuellement argumentées, bien sûr. Ma ligne de défense sera de prétexter la bonne intention, ce qui est vrai la plupart du temps mais ne rend pas l'interprétation indigne de raison d'être.

[...]

3 mars 2013

Je m'en rappelle, c'était Cabot-Caboche de Daniel

Je m'en rappelle, c'était Cabot-Caboche de Daniel Pennac : impossible pour moi de lire un roman, cela m'est apparu comme une évidence. Un roman c'est des mots, du réel, bref tout ce que je fuis ; je préfère chanter, crier, éructer, bouger et parfois tracer des traits (mais seulement quand je suis fatigué). J'aime quand on n'est pas obligé de croire à ce que l'on fait, d'ailleurs je pense que c'est ça qui nous tue, devoir tout le temps croire alors que c'est impossible. C'est quand je ne me souciais pas de croire que j'étais le plus fort. Si je me suis mis à ne plus y croire c'est simplement parce que je me suis dit qu'il fallait y croire. Or c'est justement ce genre d'injonction qui contient en elle-même la perte créative. Plus que jamais je pense que le vrai fil à suivre indéfiniment, le vrai souffle artistique honnête et utile, c'est celui qu'on ne cherche surtout pas à publier. Quelle horrible mot, "publier" : c'est la fin de tout. L'essentiel c'est ce qu'on décharge sans concessions, ce qu'on amasse avec force et probité ; ce n'est que là qu'on est intéressant (à savoir qu'on s'intéresse soi-même) et tant pis si ça ne ressemble à rien (pourquoi cela devrait-il être péjoratif ? – "roh mon vieux, ta coiffure ressemble à rien" : ben oui, justement !). C'est pas grave de pas être un artiste.

17 octobre 2014

J'ai longtemps cru que tout était une mise en

J'ai longtemps cru que tout était une mise en scène. Alors bien sûr, je ne suis pas le seul, on est ici dans l'antienne rabâchée (par exemple, il est forcément apparu à tout le monde que les rituels de l'école étaient une vaste blague, que la garante de l'autorité finirait par nous dire qu'on allait pouvoir crier (primaire) / baiser (secondaire) tant qu'on voulait, que c'était la seule raison d'être réunis là), mais cela a pris chez moi des variantes sûrement peu communes, comme celle-ci :

Mon meilleur ami m'avait invité pour son anniversaire qui prenait la forme d'un festival humoristique. On allait faire des jeux et inventer des langages, déjà. À notre échelle bien sûr, mais en bonne marche, notamment grâce au concours précieux et enthousiaste de son grand frère. Tout avait été préparé et écrit sur des feuilles : les étapes, les rubriques. Ayant peu l'habitude d'une telle organisation, je crus que celle-ci avait envahi l'appartement entier – que leurs parents n'avaient pas trouvé nécessaire de déserter pendant l'après-midi. Si le papa s'approche de la bibliothèque avec un air pensif et la main sur le menton, cela fait donc partie du programme, me suis-je dit. J'étais fasciné. C'était plus fort que ce que j'avais jamais imaginé. Quel concept poussé jusqu'au bout !

"Et quand ton père est passé dans le salon pour chercher un livre, c'était prévu ?" ; je ne sais plus ce qu'il m'a répondu.

9 août 2013

Plus je vis des choses, moins je comprends la

Plus je vis des choses, moins je comprends la littérature qui veut "rendre compte" (sic) de ces choses. C'est s'attacher à des futilités. Comment "rendre compte" (sic) de la tristesse que me cause la dépendance de ma grand-mère lors de mes visites à la clinique ? Sûrement pas en décrivant son visage, ses mouvements, le personnel de soin, les odeurs, les lumières, l'atmosphère : je ne toucherais rien qui appartienne à qui que ce soit en faisant ça, je reproduirais ce que le monde me dicte, je m'installerais dans un langage qui constate. Si la littérature est faite pour constater, pour se la jouer "ah donc tiens voilà, il y a eu ça, je vais vous le dire avec mes mots", c'est définitivement pourri comme truc, ça n'a aucun intérêt. Ce que je voudrais, c'est "rendre compte" (sic) de ce que les phénomènes produisent vraiment dans le dedans de quand je pense ou ressens, comment les flux passent dans ma tête en envoyant des signaux parfois contraires et paradoxaux, comment ça se télescope, comment ça me tarabuste. Oui mais cela, ce serait donc de la philo ou de la psycho, voire du journal intime ? Il faudrait choisir ? La littérature ne devrait pas être ça ? Oui mais merde à la fin, je ne veux pas choisir, je veux ça aussi. Ça doit être ça aussi.

15 octobre 2014

Il finit toujours par y avoir un sentiment de

Il finit toujours par y avoir un sentiment de malaise quand on écrit sur ce que l'on aime, qu'on cherche à le "défendre" (rien que la présence de ce mot louche devrait nous faire réfléchir). On se dilue dans les égarements de ceux qui n'y comprennent rien, on perd les raisons qui nous font vraiment fusionner avec l'oeuvre. On s'est éloigné du sentiment et ça laisse un sale goût dans la bouche. Bien souvent l'on radote.

À l'inverse, c'est en écrivant sur ce que l'on n'aime pas qu'on invente des formes. On fait la part belle à nos intuitions les plus fortes, on va chercher loin, on creuse l'indicible. Apparaissent des structures de pensée que l'on ne connaissait pas, des vérités qui tranchent agréablement. On en sort enchanté, on a gravi des monts intimidants.

Tentative à ne surtout pas mener à l'oral. La dépréciation y sombre dans un brouhaha d'approximations qui lui enlèvent toute évidence. On agresse inutilement. À l'oral, se consacrer aux enthousiasmes. Là où ils semblent niais à l'écrit, ils brillent de leur plus bel éclat quand la langue est sans filet.

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