Bien sûr, la clarté n'apparaît pas, n'apparaît
Bien sûr, la clarté n'apparaît pas, n'apparaît jamais ou quasiment, mais quand j'essaie de refaire le chemin qui m'a mené à telle phrase, là ça devient tout de suite évident pour ne pas dire cristallin et même mes tournures approximatives, contradictoires voire pire, erronées, prennent tout leur sens. Mais cela ne se dit pas. Ou plutôt, si je le dis, je vais entrer dans de nouvelles complications qui conduiront à d'autres malentendus qu'il faudra à leur tour détricoter pour trouver l'origine, or on s'éloignera de plus en plus, on n'en aura pas fini de sitôt (or, le but des gens est toujours d'en avoir fini quelque part à un moment donné : tel est la règle générale du social).
C'est entre autres pour cela (le lien n'est pas évident à première vue, mais là encore c'est une affaire de route à refaire dans le sens inverse) que le militantisme me tombe des mains. L'action concrète je conçois très bien, l'action intellectuelle il faut s'y atteler aussi, mais ce que l'on appelle "travail militant", censé être un entre-deux juste milieu intermédiaire entre la base et le sommet, ne produit bien souvent qu'une soupe molle, n'ayant ni le courage de la première ni la force de la seconde. Le militant a pourtant la prétention d'être autre chose qu'un publicitaire, il veut mener le bal d'une poigne de fer : faire renoncer les têtes brûlées aux coups d'éclat comme faire cesser de réfléchir les têtes chercheuses. Les deux sont bien trop "dangereuses". Le militantisme, c'est la culture permanente du danger. Qu'est-ce qui est en danger ? Son ordre, son règne de la parole si l'on souhaite faire grincer réellement les rouages, tous les rouages, les siens comme ceux de la "société" (comme s'ils étaient différents). Qu'est-ce qui est dangereux ? Bien plus que les faits ou les actes, ce sont les pensées qui sont les plus dangereuses, certaines pensées qui mettent en perspective trop de vues fixées, trop de grilles déjà bien installées et qui n'ont plus à démontrer leur "utilité", pour tout le monde donc même pour lui, le militant. Alors il discourt, il rapproche des positions, il nous tient au courant de qui a dit quoi.
Il nous dit que si on dit ou fait telle chose, cela va "nous conduire" à telle autre chose. C'est à l'aune de cet avenir présumé qu'il faut juger si c'est acceptable ou non, jamais en considérant le contenu produit pour lui-même. Exemple : Le raciste est à contredire non pas parce qu'il est raciste mais parce qu'il est "dangereux" car il risque de conduire à une société raciste (comme ce n'est jamais prouvable, on ricane et on laisse dire les racistes, ce sont des opinions comme d'autres après tout). Autre exemple : Le penseur critique analytique, le génie, le vrai révolutionnaire conceptuel, n'est pas à considérer selon ce qu'il nous ouvre comme perspectives mais selon le "danger" qu'il suscite en nous éloignant des luttes primordiales (qui tombent toujours sous le sens, cela va sans dire ; bien entendu qu'on pourrait bel et bien leur trouver un sens à ces considérations élémentaires, mais même le chemin qu'il faudrait parcourir pour le retrouver, ce vrai sens, est refusé par le militant sous prétexte que ce serait de la perte de temps : la spiritualité est de la perte de temps, donc). Le militant, tout militant serait ainsi une sorte d'écolo pour qui la société de consommation-coercition ne serait pas à combattre en elle-même mais simplement pour ses risques.
Donc désolé, je peux pas.