291015

Je lui ai dit « ça sent la pluie », ce à quoi il rétorqué un truc comme « pfff, oui c'est ça bien sûr, je te signale qu'il peut pas faire plus sec ». On était en train de sortir le présentoir à vieux livres régionaux pour attirer le chaland. C'était le collègue barbu de la librairie* où l'on me "formait" (terme repoussant qui veut bien dire ce qu'il veut dire ; je n'ai pas voulu l'entendre) et qui pensait que je n'aimais pas la littérature parce que je n'en lisais pas. Dans ce cas, alors, je n'aime pas la nature parce que je ne sais pas la percevoir ? (Mes deux incapacités coïncident dans cette séquence et c'est ça que je veux faire ressortir, vous l'aurez compris.) 

Comme si faire ou ne pas faire quelque chose c'était aimer faire ou ne pas la faire, cette chose ! Comme si quand on disait quelque chose, c'était qu'on était d'accord avec elle, cette chose ! 

(Je souhaiterais que l'écriture aille plus vite que mon cerveau, me perde pour me retrouver. Pour le meilleur et pour le pire, depuis toujours.)

Le collègue barbu était l'un de ceux qui proclamait « la force de la littérature » et c'est justement parce que je m'en sentais exclu à l'époque que j'ai du mal encore aujourd'hui à la faire mienne. Si « force de la littérature » il y a dans ce que j'ai pu pratiquer, c'était dans les espèces d'interstices simplissimes à saisir, de contradictions élémentaires à définir, que j'aimais faire apparaître. C'était la façon que j'avais de dévider ma fange (comme jadis des étés entiers sur une petite table en plastique).

(En fait ce sont les mots plutôt que la littérature qui m'intéressent.)

Du mal avec la distinction concepts/percepts (philosophie/art) de Deleuze, car je m'aperçois que je me suis toujours senti du côté des concepts. Quand j'entends "percepts", j'imagine l'artiste plein d'émotion et je me rappelle que je ne sais rien percevoir, ou si peu. Si je faisais de l'art, c'était pour dérouler des propositions, éventuellement les articuler mais le moins gratuitement possible, en ne cherchant pas la précision d'un poète mais plutôt la rigueur d'une science sociale, au sens où je devais coller à moi-même dans toutes mes déterminations futiles et chemins excessifs, qui sont à aller gratter même quand ça fait disgracieux ou fastidieux (comme en témoigne cette phrase).

L'autobiographie la plus chirurgicale s'accorde souvent très bien avec l'énonciation de la proposition la plus essentielle et révélatrice, comme par exemple celle-ci :

De la même manière que la balance mal réglée du groupe klezmer amateur n'engendra que ce qui était déjà en germe, à savoir l'oreille trop nourrie de sons discordants, le coup involontaire de ta dulcinée sur tes lunettes de soleil ne les desserrera pas davantage qu'en les portant perpétuellement sur ton nez pour cause d'hypersensibilité occulaire. 

Tout y est : c'est ce que je conçois et ce que je ressens.

– Oreilles et yeux souffrants, diminués : tout s'écroule : le fait que tout s'écroule + le fait révélateur en soi que tout s'écroule quand oreilles et yeux souffrants, diminués : le fait que je ne sois que « ça », un pauvre « ça » démuni quand la musique et les mots écrits sont partis : toujours le regard sur un promontoir en plus de la caméra à l'épaule : l'addition des deux permet la vérité.

– Ironie du sort : venir puiser aux origines juives aggrave ce qui avait été mis en place par le punk (la propension aux acouphènes, à l'hyperacousie).

– L'amour vient s'imprimer sur tout ce que l'on porte quotidiennement, au propre comme au figuré, en bien comme en mal.

Alors après tout ça je peux remballer, non ?

 

* déjà apparus ici (suivre le lien et plus si affinités), le collègue comme la librairie

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171015

« En fait », « mon » « problème » « avec » « l'écriture », « c'est qu'il » « faudrait » « que je mette » « tous » « mes » « mots » « entre guillemets », « tellement » « je » « ne crois pas » « à la possibilité » « d'un sens » « qui soit » « mien » « et par là même » « qui puisse » « être partagé » « en toute connaissance de cause ». 

 

Notes

« En fait » : Bien la preuve que tout n'est que tics, que l'époque commence ses assertions par « En fait » et que cela me vient naturellement sans que j'y puisse quoi que ce soit, et même que je trouve cela nécessaire car cela permet de faire apparaître que je me tiens dans un discours, alors que pas besoin de le rappeler, c'est évident, toute parole est situable...

« mon » : Qu'est-ce qui est moi ?...

« problème » : À moins que cela crée ce que l'on appelle une « limite qui crée le style », que cela soit une chance de l'impuissance, mouais...

« avec » : Il n'y a pas à accoler le fait « écriture » au fait « problème », ce sont une seule et même chose car au même moment, toujours, sans cesse, l'écriture est un problème, c'est l'écriture-problème comme un seul phénomène...

« l'écriture » : Mais qu'est-ce que j'appelle comme ça ? À peu près tout, car j'aimerais que tout ce qui me vient (la « pensée ») se traduise en mots communicables histoire de ne rien perdre, car j'ai déjà assez perdu comme ça...

« c'est qu'il » : Toujours ces rapports à établir entre les propositions alors qu'il n'y a pas de « rapport » entre elles, au sens où elles font partie d'une même unicité de tonneau (« du même tonneau », dit-on plus rapidement) et qu'il faudrait pouvoir exprimer cette immédiateté, bien plus que ça, cette instantanéité, bien plus que ça, cette simultanéité, celle-ci rejoignant « en dernière analyse », comme on dit, l'autre versant du sens de « ça n'a pas de rapport » : l'absurdité, qui est un « trop de tout » s'annulant lui-même, alors la boucle est bouclée...

« faudrait » : Toujours ces injonctions à être, bon sang !...

« que je mette » : Commode le verbe « mettre », naïveté du vocabulaire, etc...

« tous » : Vraiment tous ? Bien sûr que non ! Obligé d'en regrouper certains, car bien des notions se servent de l'accolation de plusieurs pour arriver à leurs fins...

« mes » : Bien sûr que ce ne sont pas les miens, mais ça vous aviez compris...

« mots » : Mais au final, qu'est-ce que c'est ? On dirait que je me moque facilement d'eux alors que pour la plupart ce sont vraiment des mouvements de la conscience, carrément !...

« entre guillemets » : Qui pourrait croire qu'ainsi je me mets à distance d'eux, alors que si je les dis c'est bien que je les prends à bras-le-corps, ou sinon ça vaudrait rien ? Qui serait vraiment dupe d'un artifice ponctuatif ?...

« tellement » : Tournure un peu familière, non ? Un peu « tellement j'te jure c'est vrai, mon frère », non ? Je crois que je n'ai jamais su ce qui était « familier » ou pas, ni ce qui était soi-disant « recherché »... Comme je dis souvent : dans mes « essais » je parle comme dans une « soirée », et dans une « soirée » je parle comme dans mes « essais », mais j'y peux rien, c'est ce qui me semble adéquat, qui vous dit que ce n'est pas le social qui se goure complètement ?...

« je » : Est-ce vraiment « moi » qui ne croit pas, alors qu'en fait c'est le monde qui fait que je ne crois pas en « moi » mais que dans l'absolu je crois en tout ce qui est « en moi » (car l'esprit ne peut pas être incohérent en lui-même, comme dirait Valéry) ?

« ne crois pas » : Disons que j'aimerais croire, mais qu'on me crie que non. Qui crie ? « Moi » ou « pas moi » ? Telle est la question...

« à la possibilité » : Souvent, c'est pas que je ne crois pas en les choses, c'est que leur possibilité même me semble indiscernable, révocable, ce qui est encore pire...

« d'un sens » : Oui bon ça c'est impossible à creuser, c'est Dieu, quoi, c'est tout...

« qui soit » : Est-ce le sens qui « est » ou bien « être » qui est le sens ?...

« mien » : Oui bon on a compris...

« et par là même » : Toujours besoin de ces liens, de ces « rapports »... Et si nous coupions le lien, et si nous leur coupions la chique, leur creusions le croupion (ce qui revient au même : couper c'est creuser, ou plutôt creuser revient à couper, ou plutôt conduit à couper) ?...

« qui puisse » : Question de pouvoir ou de volonté ? Qu'est-ce qui nous met en marche ? Le fait de savoir que l'on peut vouloir ou que l'on veut pouvoir ? Les deux à la fois, non ?...

« être partagé » : Mais qui veut encore lire quoi que ce soit de « moi » ? Même moi je veux pas !...

« en toute connaissance de cause » : Car c'est ça que je voudrais, connaître les causes, les causes de tout ; les conséquences, peu m'en chaut après tout, car elles viennent « après tout », justement, c'est ça le « problème », peut-on faire une écriture de causes à délier ?...

 

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021015

« Vous savez quoi ? ON EXISTE ! Regardez, ON EST LÀ, on trace vos frontières, on vous instruit de nos lois, de nos lubies, c'est nous qui DEVONS faire ça ! APPRENEZ NOTRE EXISTENCE !

– Donc c'est bon, on peut toujours venir ?

– Ah non non, c'est fini maintenant, ON N'EXISTE PAS ! C'est fermé, ON N'EST PAS LÀ, nous DEVONS fermer !

– Mais alors vous existez ou vous existez pas ? Il faudrait savoir !

– ÇA DÉPEND, C'EST COMME ÇA NOUS ARRANGE. »

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300915

Mon lutin, ou l’impossibilité

Il me dit : « Je n'aime pas qu'on me montre des images, qu'on les fasse défiler devant mes yeux, par contre quand tu les étires avec des mots, que tu essaies de comprendre les ingrédients de tel mouvement que tu dépèces, je saisis et j'adhère. Je me colle tout contre et je ressens des picotements. C'est peut-être parce que c'est moi qui fais le chemin pour les prendre en moi. » 

Sur ces paroles, je choisis de regarder ailleurs. À savoir que tout en surfant dessus inconsciemment (sur ses paroles), je vois la personne au bout de la rue avec son pardessus et sa malette qui met un pied devant l'autre pour rejoindre son domicile. 

Il m'arrête tout de suite : « Tu vois, tu commets déjà des impairs : on pourrait croire que c'est la malette qui met un pied devant l’autre, car tout est toujours une possibilité chez les choses ; de plus tu surinterprètes en pensant que cette construction imposante, cette simple structure urbaine dont tu ignores les matériaux, est son domicile. Tu m'as perdu, j'ai détaché mes mains de ta bouche – au sens où je ne suis plus agrippé à tes paroles ; je ne possède plus rien qui puisse faire mien ton discours. »

Il m’apparaît soudain comme autocentré. Qu'est-ce que ça peut lui faire si le bonhomme vient bel et bien d'entrer dans ce qui semble être l'immeuble dans lequel il est parfois tout nu sous la douche ? 

Bien sûr, il m'interrompt : « Tu veux dire que c'est moi qui vais prendre la douche chez lui ? Relis ta phrase : quand tu demandes "qu'est-ce que ça peut lui faire" tu parles bien de moi quand tu dis "lui", donc quand tu dis que "il est parfois tout nu" rien n’empêche de croire que tu penses encore à moi en disant "il", n'est-ce pas ? C'est comme ça que tu me vois ? ».

Et il claque la porte de l'habitation donc oui, c'était bien la même personne, désolé. Je devais donc parler très fort et lui aussi, car j’ai dit qu’il était "au bout de la rue", mais ce sont des choses qui arrivent ; et c’est peut-être ça son problème, qu’il puisse arriver des choses. 

Car dès qu’il arrive DES CHOSES (je précise bien que je parle des choses car après il risque de revenir en criant « comment ça, "il arrive" ? t’as vu où que j’arrivais ? »), on s’extirpe de son cocon et on n’est plus que diaphane, mais c’est un risque à prendre pour traiter du temps du monde (ou "du temps, virgule, du monde", au choix, car c’est à la fois pareil et pas pareil). 

Certes, quand on vise on suppose sans cesse alors tâchons de soupeser nos suppositions, mais sachons aussi que nous sommes celles-ci, rien que celles-ci ; accepter cela (celles-ci) c’est déjà se retrouver, me retrouver, le retrouver. Oui, là je parle bien de lui et il a compris car alors il ressort et me fait un clin d’oeil complice, en fait il n’est dupe de rien, pas même de lui-même (c’est pour ça que je l’aime, l’un dans l’autre).

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040915

L'écriture, c'est bien sur la longueur. Ok d'accord ça travestit mais ça éclaire, ça prolonge.

L'oral, on palpe vraiment les gens avec, on se rend bien compte au bout d'un moment qu'il faut arrêter son cirque.

Le web c'est bâtard, c'est mutant : longueur interdite, pas l'temps, mais cirque tout permis car ni geste ni odeur en face pour marquer une résistance. À partir de là c'est ignoble.

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030915

Peu de personnes parlent de manger l'épaule. Pourtant je suis désolé, quand elle est couchée sur le dos et que nous on est sur le côté, c'est la moindre des choses de manger l'épaule – quand on veut que ce soit la bouche et plus seulement la main qui touche la peau d'elle. C'est rond et c'est directement accessible (le sein faut faire plus de chemin, faut passer par-dessus).

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020915

Comme toujours, ce qui me pousse à mener quelque chose, c'est de me trouver pitoyable et de vouloir le montrer pour que l'on me reconnaisse au moins ça (ce n'est donc pas le "désir de reconnaissance" en tant que tel que je ne comprends pas, mais plutôt celui qui n'a pas pour objet ce au moins ça, cette chance de pouvoir être ridicule au grand jour) – pitoyable étant le mot dont j'use le plus depuis que je parle (c'est-à-dire que j'écris), j'aime bien comment il claque pour désigner ce qu'il y a à désigner, ceci étant sûrement dû à ces vacances dans ce camp de loisirs où ce jeune con m'avait dit « tu me fais pitié » tellement qu'il était désolé pour moi  – coïncidence ou destin : il me l'avait dit peu de temps après que je m'étais mis à lui chanter un air de mon chanteur préféré où il parle de son père mort quand il était petit, mais il fallait le savoir car c'est implicite, alors que moi c'était explicite que ma mère était morte, je sais pas qui lui avait dit mais on lui avait dit (dans cette chanson il dit qu'il va jamais le voir au cimetière – « j'vais jamais t'voir j'aime pas ça, mais j'te joue d'l'harmonica » – et moi c'est pareil : des fois je me dis qu'il y a une tombe correspondant à ma mère dans un cimetière de la ville où je vis et je ne sais pas ce qui me fait le plus bizarre, ce simple fait ou bien le fait que je pense soudainement et rarement à ce fait) – ainsi je voulais, par ce blog Définitivement, montrer que je savais que je pouvais apparaître comme quelqu'un de définitif dans mes interventions et que j'allais désormais écrire sans faux-semblants (il y avait en outre une autre signification : si l'écriture m'avait toujours fait peur, c'était par son côté sûr de soi, "j'assène des choses" ; j'allais désormais tenter de m'y frotter réellement, sans arrière-pensées), mais en fait je me trompais sur toute la ligne : ce qui gênait les gens, ce n'était pas mon côté définitif, bien au contraire, c'était mon éternelle confusion cherchant à ménager la chèvre et le chou en eau de boudin mi-figue mi-raisin ne sachant pas sur quel pied danser (comme quoi, rien à faire, on n'est jamais conscient de soi : moi qui pensais jouer le rôle du fort en gueule, je restais le timoré !) ; à partir de là, Définitivement est devenu l'histoire d'un mec qui croit qu'on le croit définitif alors qu'il témoigne sans cesse de son maintien bancal, c'était donc non pas « détrompez-vous, je ne suis pas comme ça », entreprise faite, refaite et surfaite, mais bien plutôt « je sais qu'en fait vous ne croyez pas ça de moi, mais je fais comme si ça me menaçait, je me bats contre des fantômes et en attendant je tourne en rond et c'est comme ça que je me montre tel que je suis » : c'est cela, le vrai autoportrait.

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280815

Les gentils sont restés soviétiques.

C'est par cette phrase inédite et pleine de sens de mon chanteur préféré, toujours enclin à comprendre les créatures politiques que nous sommes avec distance et sensibilité, que mon rêve de cette nuit s'est terminé.

– Il est vrai que ma grand-mère est la plus belle âme que je n'ai jamais connue et qu'à partir de là je ne vois pas, je n'ai jamais vu comment on pouvait ne pas être comme elle communiste, humaniste, internationaliste. Il me semble même parfois que si l'on ne saisit pas dans mon oeuvre que tout commence par là, que Lucas Taïeb est petit-fils de communistes, alors l'échec est vraiment patent. (Je ne raisonne pas ici en terme de "qualité artistique" mais de construction d'esprit, de positionnement de la voix : de là où je parle...)

– Il est vrai que ma génération n'en finit pas de me faire rire jaune de surprise et de dépit quant aux lubies qu'elle sort de son chapeau d'ignorance en la matière. Je vois défiler sur mon mur toutes sortes de monomanies grotesques : rafistolages constitutionnels à base de "tirage au sort", quêtes chimériques d'une Cause qui ferait se rassembler les contraires en un "peuple" que l'on ne définit jamais, indulgences envers les pires formes d'essentialisme et même songes royalistes. On dirait que Marx n'a jamais existé. (Ce que l'on pourrait prendre pour de la pusillanimité s'avère plutôt être un manque de modestie de leur part : les gars, ce que l'on doit changer c'est bien plus que ça, c'est à la fois tout et bien plus complexe qu'un simple tout, c'est bien au-dessus de vous et bien profondément en nous.)

– Il est vrai que les pauvres sont encore plus cons qu'avant et les riches encore plus ignares. Je suis de famille prolo lettré. Où sont-ils, mes frères ? Existent-ils encore ? Et les bourgeois éclairés, où se cachent-ils ?

– Il n'est pas vrai que l'on doive être condamné à gémir avec les rats et les loups concernant "le peuple", "le peuple", "le peuple" que l'on ne fait que nommer et entraîner sans jamais embrasser (il n'est jamais vraiment complet "le peuple", il est à géométrie variable ; l'on s'aperçoit vite que la plupart de ses porte-paroles en excluent les "étrangers", les "immigrés" voire même les "bobos", sans creuser aucunement le pourquoi du concept). Ceux qui ont bénéficié d'une base critique solide, solidement humaine et sensible comme ma grand-mère, peuvent résister aux phares des méchants.

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220815

 

Ici, je dis des choses pour ceux qui savent déjà (c'est pour ça qu'à long terme, ici pourrait devenir des choses uniquement pour moi, ce qui est à la fois souhaitable – par franchise – et non souhaitable – par vanité). Or, ce qui porte vraiment, ce qui porte à ouvrir les portes, c'est aussi de dire des choses pour ceux qui ne savent pas forcément, non ? Mais cela, c'est dans le monde qu'il faut le faire. L'écriture n'a toujours été (pour moi) qu'auréolée de mystère irrépressiblement indicible, jamais de portée pouvant vraiment porter, parler. Encore donc un constat d'échec (ou comme si) poussant à arrêter – ce qui n'est donc pas à proprement parler un échec, car ainsi tout commence, le monde arrive.

Le monde arrive et je l'attends de pied ferme. Ce n'est pas à lui que je demande de m'attendre. Il me semble depuis peu qu'il y a deux modèles de gens : ceux qui veulent être un moi devant les autres, qui souhaitent pouvoir influer sur eux, vivre à eux (idée impossible à exprimer autrement que par cette tournure se situant entre vivre sur eux, trop violent, et vivre par eux, pas assez) et ceux qui veulent que ce soient les autres qui vivent devant soi, qui n'attendent que leurs paroles multiples et riches, que leurs éclairs divers et variés pour commencer à vivre, qui pensent leur moi nul et non avenu tant que la vie des autres n'est pas venue y mettre son grain de sel, remédier à leur peau de chagrin. Je fais bien sûr partie des seconds. Et je ne dis pas que ce sont les moins pénibles ni forcément les moins égoïstes. Mais après tout, ce sont les premiers qui vampirisent leur monde, nous on ne projette rien, on veut au contraire que ce soient les autres qui projettent car ils sont si beaux, si chauds qu'ils vont tout faire pour nous aider, ou plutôt non, pas forcément faire, on ne voudrait pas abuser, mais en tout cas être : oui, tout être à défaut de tout faire, ce qui n'est pas moins exigeant. Si les premiers veulent que les autres fassent tout pour eux, nous on veut que les autres soient tout pour nous.

Mais que l'on se place devant ou derrière, on vit toujours à travers.

 

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210815

C'est tout ce que les artistes ont trouvé pour faire leurs intéressants ? Des "œuvres" ? Des "livres" ? C'est pourtant tout ce qu'il faut éviter, ces espèces de gros blocs circonscrits qui ne prennent pas l'air, qui s'enferment sur eux-mêmes, qui disent « voilà, hop, je me tiens là ».

Ce que j'attendais de l'art, c'est qu'il s'émancipe enfin des objets prédéfinis, qu'il ne fasse surtout pas "œuvre", qu'il cherche autre chose dans l'espace physique et mental, qu'il s'accroche le moins possible à ce qui a été conçu ou conceptualisé préalablement. Quand je voulais devenir artiste, c'était pour trouver autre chose que l'échappatoire du livre ou de l'œuvre qui me semblait transitoire, existant faute de mieux, attendant l'an 01. Un artiste devait être celui qui tendait vers ça. 

Or non, la plupart souhaitent juste "faire des livres", "faire des oeuvres", point. Plus grand chose à leur dire, par conséquent. Ils sont sûrs que c'est ce qu'il faut faire.

(« Ça ne peut pas faire un livre », me répondait-on. « Mais justement ! avais-je envie de leur dire. Mais justement ! C'est bien pour ça ! C'est bien pour ça qu'il faudrait le faire ! »)

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