110216

Je me contente de peu, le problème c'est qu'il s'agit toujours du même peu, que ça ne peut être que ce peu et aucun autre : à partir de là, dès que ce peu n'est plus là, je ne peux plus me contenter de rien. Tout s'effondre, alors qu'une seconde avant, tout tenait à un fil (mais un seul fil, et ce n'est donc pas une qualité d'être peu exigeant, c'est juste suicidaire).

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090216

Lucas Taïeb, j'entends parler de lui tous les jours, il ne fait que penser, élaborer, échafauder, pas toujours avec succès mais je sens sans cesse sa présence, et vous dites que son Œuvre reste souterraine ? Mais dans quel monde vivez-vous ? 

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040216

Ma dulcinée me dit que ça s'appelle un “ver d'oreille”, soit. Stéréotypie maladive, certes. Mais aussi essence même de la pop et ce qui fait sa supériorité : elle est mouvement de conscience et non pas lâcher-prise béat, contrairement à ce que l'on croit. Une mélodie est riche quand on sent que quelque chose de fou, d'étrange, de fondamentalement mystérieux est caché derrière : l'avoir sans cesse dans la tête c'est vouloir percer ce mystère, chercher à comprendre comment ça peut s'emboîter ainsi. Qu'elle soit simple ou complexe importe peu : après recherche mentale prolongée, la simplicité apparaîtra complexe et la complexité sera simple.

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030216

1) Ça y est, j'étais enfin là où ça se passe.

2) Et j'ai conjuré.

C'est tout ce que je me disais quand la CPE (Conseillère Principale d'Éducation) était venue nous dire « on commence à en avoir vraiment marre de cette classe de Seconde Deux ».

1) J'étais avec les dissipés et je les comprenais, je trouvais leur indiscipline plus poétique qu'inutile. Elle servait comme de bruit de fond aux pages de Lucas Taïeb (les meilleures qu'il ait faites à ce jour et ce n'est pas une pose ; les plus ambitieuses et les plus riches de sens, riches de tout ce qu'il déployait sans fard ; ensuite, dès qu'on se pose en tant qu'artiste, le fard advient nécessairement).

2) Je serrais enfin la main aux délurés et surtout, corollaire indispensable et délicieux : les intellos ne me comprenaient plus (rêve secret que je garde encore : ne pas m'adresser plus à eux qu'à d'autres, même si, forcément...). C'est cette affiliation naturelle que je fuyais, de laquelle j'ai su dévier (d'abord pour le meilleur – elle a permis Lucas Taïeb – puis pour le pire – elle a limité Lucas Taïeb, l'a rendu crétin ignare obsessionnel régressif).

J'allais oublier l'essentiel (bien sûr que non mais c'est manière de parler : je le réservais pour la fin) :

3) J'étais déjà sociologue. À la fois immergé dans ce tableau et regardant du dehors sa composition, sa structuration. J'étais de coeur avec les dissipés, mais de cerveau je les surplombais ; c'est ce qui les poussait à agir qui m'apparaissait et me réjouissait, plutôt que leurs agissements en eux-mêmes. Déjà, j'étais tout sauf romancier naturaliste : je n'observais rien de spécial, ni manière, ni tic, ni décor, je saisissais la situation globale, ses enjeux, ses outils, ses figures inconscientes, ses schèmes impalpables : « lui il fout la merde et je sens qu'il doit la foutre, que sa vie concrète le détermine à la foutre ; savoir si c'est bien ou pas, peu m'en chaut ; mais c'est nourrissant ».

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020216

Attention, cette fois-ci ça va être le texte où je vais tout dire de ce qu'il y a d'essentiel : tout ce sur quoi je tournais avait comme origine l'obsession, moteur formel, source signifiante préexistant au contenu du signifié. Le travail n'était pas de faire en soi-même mais de savoir si ce que je faisais me plaisait vraiment. L'oeuvre ne cherchait rien d'autre que l'éclaircissement de sa mise au jour. À partir de là, se mettre à faire réellement ? Pourquoi pas, je suis pas contre, "se choisir quelque chose" comme font les autres, je veux bien concevoir que ça ne tourne pas forcément à vide, mais alors surtout, surtout, surtout : ne pas s'appuyer sur les réceptacles d'obsession de jadis ! (Oui car ils étaient bien réceptacles – passifs, subissant – et non pas sources – actifs, déterminant : je n'ai donc aucune raison d'y croire davantage qu'à tout autre domaine.) En bref : pas de privilège accordé à là d'où je viens et ce que je connais déjà, car ce n'était pas pour eux-mêmes que je les menais, c'était comme en pensant à autre chose, comme support contingent, pour me donner un air, une place de là où parler. (Comme toujours, on choisit à chaque fois le pire – je parle du capitalisme : division du travail où chacun doit cultiver une lubie unique, mais pas de division accordée là où il faudrait la préserver : là où chacun devrait parler pour ceux qui peuvent l'entendre ; rien de tout ça : la voie où l'on s'est engagé, le promontoire d'où l'on cause doit se situer sur l'énorme et monopolistique scène où sont disposés anarchiquement tous les autres, car il n'y a que comme ça que l'on existe, que l'on est reconnu comme tel. En un mot, que l'on fait carrière.)

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280116

Il m'apparaissait comme la pire des choses que de sonner toujours de la même façon, que de croire toujours pareil. J'ai donc fait tout ce qu'il m'était possible de faire pour n'en rien faire. Et là hop, je m'aperçois que les différentes scènes qui existent — “artistique”, “médiatique”, “politique”, “intellectuelle”, “professionnelle” — aiment se répéter en boucle et que ça n'est jamais gênant pour les individus qui, même quand ils ont l'impression de détonner, prennent toujours la même manière de détonner, tournent leurs discours sur les mêmes positions. Il faudrait moi aussi que je choisisse, un jour. Mais aucune scène ne m'attire, aucune ne peut m'accueillir. Il faudrait que je crée la mienne, là d'accord je veux bien être rayé, me concentrer, mais comment l'appeler ? Et à partir de quoi l'ériger ?

Mais façonner une scène de toutes pièces serait déjà faire acte de scène, ce qui déjà me gêne. Si je rechigne encore à ce que mes mots soient vus, c'est parce que je ne peux m'empêcher de les considérer alors comme de simples informations parmi le brouhaha des scènes entremêlées. Ils sont sur un écran ou sur du papier et alors ça y est, ils se posent là. Alors que non, je voudrais pas. Ils sont autre chose que ça, ils doivent créer leur propre circuit mental. “Vecteurs de communication”, mon cul ! Bien plus ! Ou bien moins, c'est selon. Mais en tout cas dépassent, passent outre ! Faudrait.

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270116

« c'est la France qui est touchée il faut que la République se redresse nous ne pouvons tolérer que soient bafouées les valeurs de notre pacte républicain la France doit protéger ses citoyens ce sont les précieux idéaux de notre République qui sont en jeu c'est notre cohésion notre équilibre en un mot c'est la France qui ne se mettra pas à genoux c'est la République qui nous réunit il est insupportable qu'elle puisse être remise en question dans ses fondements il n'est pas tolérable que la France soit humiliée par ceux qui se situent en-dehors du champ républicain la France doit rester fière des promesses de sa République qui est debout contre vents et marées qui ne renoncera pas à ce qui fait sa force et sa grandeur face à ces illuminés qui croient en une entité surplombante, impalpable et incontestable qui les guide, ha ha quels gamins »

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230116

Au moins, c'est carrément synchro ! Je me dis qu'à tous les coups ils n'auront aucune envie de s'encombrer de quelqu'un comme moi, que je ne sais jamais sur quel plan me situer, que le sérieux se mêle à l'absence de sérieux de manière définitive, que c'est comme ça que je conçois et ressens les choses, qu'ils me rayeront donc sans aucun doute de leur liste. Et c'est fou que je me dise tout cela car l'autre jour je suis sûr d'avoir perçu dans leur regard un sentiment d'agacement, mais sans passion bien sûr (je ne mérite pas la passion), plutôt comme la volonté d'un repli qui s'imposait envers moi qui ne suis d'aucun intérêt pour leurs plans immédiats, pour leur vision déjà configurée des choses. Ils ne m'ont pas attendu, pardi ! Et moi non plus je ne les attends pas, je suis mes claires et linéaires obsessions qui n'ont pas besoin de leur jugement. Au moins, c'est carrément synchro ! Car je me dis qu'à tous les coups ils n'auront aucune envie de s'encombrer de quelqu'un comme moi, etc. (ad libitum)

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220116

J'avoue, le statut normal de la musique m'a toujours semblé être celui de nous faire nous mouvoir énergiquement. À partir de là, je cherchais une activité pouvant s'appuyer dessus comme on s'affaisse violemment avec le coude, donc pas très finement la plupart du temps : il m'apparaissait que la bande mal dessinée pouvait faire office d'occupation de la main pendant que le pied battait la mesure, rien de plus. Juste pour ça que je n'ai pas creusé l'écriture, juste pour ça je vous assure.

Il m'apparaissait aussi que l'attente normale de quelqu'un de normal (ou plutôt de ce que ma tête se sentait capable de faire normalement) c'était d'écouter une musique prolétaire qui ne soit ni franchouillarde (donc ni française, forcément) ni américaine (n'arrivant pas assez à saisir leur authenticité, la sentant trop éloignée de mon moi normal) : le punk anglais s'est donc imposé. Tout y est de ce qu'on peut attendre de vrai et d'atteignable, à mon sens. Pourquoi donc se forcer à écouter nos groupes festifs à messages ou bien de grandes légendes arrogantes ? Et pourquoi donc croire que l'underground arty a le monopole du territoire vierge et sincère, de l'encanaillement propice à la confusion des sens ? La richesse pop et la ferveur simple du punk bouleversent bien davantage l'être, mon être. Car il semble lui correspondre en tout point ; donc il permet par la suite toutes les explorations : vient ainsi le post-punk, tout naturellement là encore.

Pour ça aussi que la musique était une évidence plus grande que les autres arts : elle soulignait ma normalité, la possibilité d'un équilibre sans cesse manifeste donc sans cesse neuf. « Tout m'a conduit à cette mélodie ; elle rappelle aussi bien ce qui m'y a conduit qu'elle dit la fin possible de tout ; elle peut accompagner mon dernier soupir ; elle l'annonce autant qu'elle annonce l'envie de donner jusqu'au bout, encore et toujours ».

L'écriture ou l'idée que je m'en fais : une quête plus ardue, coulant moins de source, remplie de chausses-trappes, de joies trompeuses et de tristesses fausses ; j'y guette à l'avance bien plus d'hypocrisie et d'emballement que dans la musique prolétaire. Mais ça vaut le coup, non ?

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210116

« Et t'as déjà articulé des idées ? 

– Ouais, une fois, dans un colloque sur les maladies de peau.

– Sur les infections cutanées ?

– Non, vraiment les maladies de peau génétiques, de naissance. Et je me suis dit que j'avais mon quota, que je pouvais passer la main.

– Moi c'était dans un journal universitaire. J'avais écrit des mots. Moi aussi je me suis dit qu'après ça il fallait que je laisse ma place. Ce n'est pas parce que je suis né avec de la viande dans mon assiette tous les jours qu'il faut que je ramène ma fraise à chaque fois !

– En plus je crois qu'on est toujours plus nombreux à sortir des utérus. T'imagines si quelqu'un décidait un jour de dire qu'il y a besoin d'une assermentation pour conceptualiser ! T'imagines qu'on n'aurait jamais lu le paragraphe de Chandana !

– Et que même si on l'avait lu on aurait dit qu'elle parle “en tant que paysanne indienne”...

– Ha ha, arrête, tu vas nous faire cauchemarder... N'empêche, je n'aimerais pas y prendre goût. Prendre goût aux phrases, c'est ça qui rendrait tout invivable. Je préférerais en finir.

– Quelle présomption, mon vieux ! C'est le monde qui en finirait avant toi. »

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