111112

Depuis quelques temps j'aime vraiment l'Humour, je défends l'idée en bloc, j'adhère à fond (j'ai un peu "viré ma cuti", comme on dit mochement - quelqu'un ici connaît le sens du mot "cuti" ? personne, j'en suis sûr ! - oui, car avant je disais que l'Humour n'était rien sans la Poésie, mais j'étais snob et non-comprenant car l'Humour en soi c'est déjà de la Poésie, pardi). L'Humour c'est la Vérité, c'est dire les choses comme elles sont vraiment, à savoir qu'elles ne sont rien ou pas grand chose. Dis-moi de quoi tu ris, je te dirai qui tu es. J'ai l'impression d'avoir inventé l'eau tiède mais c'est très important pour moi, ça donne foi en ma position existentielle qui est celle d'exprimer les choses sans ambages. Or, le sérieux c'est le pire ambage, il fait croire qu'on sait des choses sur la vie et que celle-ci n'est ni ennuyeuse ni révoltante. L'Humour c'est dompter sa rage et sa lassitude pour en faire quelque chose qui révèle la Vérité au monde. L'Humour est Saint. Si Dieu n'ouvre pas le paradis à tous les Humoristes, c'est qu'il n'a rien compris.

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091112

L'autre nuit, en plein milieu de celle-ci : joie inextinguible. (Ce mot sonne bien mais dans le contexte il est faux, il convient plutôt à la soif, je sais bien mais j'aime bien les mots faux qui sonnent bien, comme "inextricable" par exemple, la preuve.) La sensation que ça y'est, j'avais trouvé une lueur qui résolvait tout ou plutôt que je m'étais rappelé pourquoi j'avais tout pour être heureux. En fait, c'est simplement que mes névroses s'étaient dissoutes le temps de l'accomplissement d'un rêve souriant et qu'elles ne sont réapparues que tardivement au réveil, quand j'étais aux toilettes. Donc après, forcément : impossible de me rendormir : la tête prise par la recherche du chaînon manquant pour retrouver l'insouciance.

(J'ai souvent eu l'impression que mon problème n'était pas tant de ne pas trouver ce que je cherchais, mais plutôt de ne pas savoir ce que je cherchais, de ne pas savoir quoi trouver. Cette entité inconnue, je l'ai appelée "L'antépénultième roseau", la preuve. Aujourd'hui je pense davantage que le but serait de me délester de quelque chose plutôt que d'acquérir quoi que ce soit. C'est ce que je pensais aussi quand j'étais beaucoup plus jeune, comme quoi on revient toujours aux vieilles sagesses.)

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051112

Cette histoire se passe au mois de décembre. Les pneus de sa voiture avaient définitivement rendu l'âme, ce qui le faisait rouler tellement lentement qu'il se fit courser puis arrêter par


Non désolé je ne peux pas continuer, je ne sais pas ce qu'il me prend d'écrire avec l'accent du Midi, je suis sûr que je vous massacre les oreilles et j'en suis navré. Je reviens d'un séjour là-bas et c'est contagieux, vous comprenez. Oui Ludovic, fidèle amateur de ma prose, c'était donc pour ça que tu avais lu "au mois de desssammmbreuh", oui fidèle Aglaé, c'était aussi pour ça "les peuneus de sa voitureuh", oui je sais bien que les trois adverbes en "-ment" se prêtaient particulièrement mal à ces intonations pittoresques, ils traînaient comme un filet d'huile d'olive et vous n'avez pas que ça à faire, oui désolé, tout s'explique maintenant, c'était pénible hein. Je reprendrai une autre fois, comprenez-moi. Merci.

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291012

L'Histoire se base sur un postulat très contestable : les faits passés sont révélateurs de quelque chose, on apprend d'eux. C'est à cause de cette croyance qu'un anticommuniste va rejeter intrinsèquement toute une doctrine en prenant l'URSS comme preuve scientifique. Dans tout autre domaine, on n'accepterait pas un tel sophisme : je ne me lève pas ce matin, je ne cherche pas du boulot, je ne fais rien, car tout ce que je fais échoue toujours, autant rien faire. C'est suivre la même logique et pourtant tout le monde nous tombe dessus en nous traitant de fainéant. Les anticommunistes ne seraient donc que des fainéants. Ça se tient.

(Bizarrement, les militaires existent toujours alors que la plus grande leçon de l'Histoire c'est : toute guerre est naze car elle nous enferme dans un mécanisme où même les "armistices", "résistances" et autres "libérations" sont cruelles et injustes. Encore plus bouchés que les communistes, ces militaires !)

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251012

La première fois que j'ai croisé un policier, c'est quand j'avais encore l'âge de confectionner des petits avions manufacturés, si vous voyez ce que je veux dire.

Je lançais mon engin et hop, à tous les coups y'avait un flic qui l'interceptait en me disant :

"Papiers du véhicule.

- Il n'est fait que de ça, monsieur." lui répondais-je toujours.

 

Beaucoup plus tard, alors que j'allais sur mes cinquante ans et que j'avais compris que ça y est il fallait arrêter de déconner, que le clivage gauche-droite y'en avait marre, que la dette n'allait pas se payer toute seule, je me fis arrêter pour conduite en état d'ivresse (comme tout adulte, je m'étais mis dans la tête que l'alcool n'était pas écoeurant). Là encore, ça ne ratait pas :

"Papiers du véhicule.

- Ils sont tous étalés sur le siège arrière, comme vous pouvez le voir. Il y a L'Express, Le Point, Marianne et Le Figaro Magazine. J'essaie de comprendre pourquoi, malgré qu'on me dise qu'il faille être de centre-droit, je trouve tous ces gens tristes et méchants. Ils portent des cravates, n'aiment aucun artiste que j'aime, n'écoutent aucune musique que j'écoute et se font passer pour des gens responsables alors qu'ils font des couvertures pour débiles mentaux. Est-ce que le matin devant la glace ils se disent qu'ils méritent de vivre, vous croyez ? Parce qu'à leur place je ne pourrais pas. Personnellement, rien que quand quelqu'un ne me sourit pas je me dis qu'il m'en veut, alors prendre les gens pour des cons ce serait le suicide assuré. Pourquoi ils ne se suicident pas ?

- C'est bon, vous pouvez y aller monsieur."

 

(merci à Mélanie pour l'idée d'enfance)

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241012

"Bonjour les enfants, que ceux qui se sentent oppressés quand ils voient un flic lèvent le doigt, vous serez de gauche. Que ceux qui se sentent rassurés quand ils voient un policier brandissent le bras, vous serez de droite. C'est terminé pour aujourd'hui, sortez en rang."

Je ne sais pas si c'est une théorie universelle (la gauche peut aussi être historiquement l'Etat policier), tout ce que je sais c'est que je ressens cette gêne depuis toujours. Quand je croise un gardien de la paix je me dis qu'il m'en veut forcément, que j'ai fait quelque chose de mal et qu'il va tout découvrir en m'abordant, ça va pas rater. Peut-être un vieux gène de juif traqué. C'est comme l'athéisme, c'est inné. Si tu grandis avec t'es foutu toute ta vie.

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221012

S'il y a un mot ridicule dans la langue française c'est bien "compétitivité", que ce soit quand on scande ses syllabes (ce qui donne, quand on remet dans l'ordre : "Titi est un con qui pète et qui a un vit en forme de T" : niveau potache 4ème ou 3ème) ou quand on conçoit sa philosophie (en gros : abstraction capitaliste cynique : dans la vulgate libérale c'est ce qui est le plus vague qui est le plus inhumain). Et pourtant nombre de responsables politiques en raffolent. Nous révéleraient-ils enfin en plein jour qu'ils font partie d'un vaste cirque burlesque qui allie la niaiserie la plus régressive et la plus sotte à la cruauté la plus froide et la plus vide ?

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211012

Ma passion c'est les vitres des fenêtres : il n'y a qu'elles qui me montrent tout ce qui n'est pas moi. Ceux qui sont près de moi c'est comme si c'était moi vu que j'ai pour eux de la compassion voire de l'identification, en somme de l'empathie. En somme les autres ça compte pas : c'est encore moi.
À l'inverse, ceux qu'il y a derrière les vitres c'est pas vraiment des autres vu que je respire pas leur bonté (ni leur amour ni leur volupté, en somme). Donc j'y crois pas de les voir, donc définitivement un grand merci aux vitres de me les montrer. J'en suis tellement bouche bée que je leur crache dessus vu que je les connais pas.

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201012

Je préfère le dire tout de suite, c'est à cause des tics de langage que je n'aime pas écrire, je n'ai jamais compris comment on pouvait être motivé à écrire un mot pour la deuxième fois dans sa vie. Une fois ça suffit, après faut passer à autre chose. La musique c'est différent : un son, un accord, une mélodie ne seront jamais tout à fait les mêmes qu'eux-mêmes. Un mot est composé de signes très univoques. Ce n'est que le sens qui ne l'est pas, mais à tous les coups on sera sûr de retomber sur le même dans un contexte similaire, ça ne rate jamais. Si ici tout entre en résonance avec tout, tout en se différenciant de tout, c'est donc normal, vous êtes prévenus.

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