250416

Attention, là ce sera du paragraphe de première bourre. Souvent je m'étonne sans hésitation (c'est évident que c'est étonnant), et des fois j'hésite concernant des constats. Bref, voici. Il y a une chose dont je ne finis pas de m'étonner : le fait qu'absolument tous les autobiographes (à ma connaissance) disent qu'en fait ce n'est jamais eux dans leurs trucs, qu'ils reconstruisent, que le je n'est pas le même que leur moi. Quand je lisais cela étant plus jeune, je riais sous cape, n'y croyais pas, me disait qu'ils se foutaient de la gueule du monde. Plus je vieillis, plus je lis ce genre de choses et commence à me demander si c'est le monde ou moi qui suis fou. Car personnellement c'est toujours moi, bel et bien moi. Et je ne vois pas pourquoi ça devrait m'arracher la langue de le dire. Par contre, le machin concernant lequel j'hésite encore (je sais, c'est pas très joliment tourné mais je vous avais prévenu, quand je me mets à annoncer que je suis dans un paragraphe c'est mauvais signe), c'est ceci : soit je pense que je ne suis jamais sérieux dans mes trucs, soit je pense que je suis toujours sérieux, même quand je n'ai pas l'air. Étant plus jeune, je ne me disais jamais sérieux, même quand je parlais de mort ou de choses dans l'genre ; maintenant, je peux dire que je suis sans cesse sérieux, même quand j'ai l'air de friser l'incongruité grotesque. (C'est comme ça, c'est soit l'un soit l'autre. Quand je pense à ce que je fais, il faut soit que je considère ça comme 0% sérieux, soit comme 100% sérieux. Maintenant on est entré dans l'ère de ça rigole pas, vous êtes prévenus. Et je rigole pas, donc. Même si vous trouvez que le ton fait tiep.)

Je ne chercherai plus jamais à être drôle ; si je le suis, c'est que c'est involontaire. C'est ce que pensaient les gens avant, or c'était toujours volontaire, même dans les pires moments. C'est maintenant que ça ne l'est plus. Au point où j'en suis...

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190416

Elles se comptent sur les doigts d'une seule main ou à peine plus, les personnes qui m'ont dit des choses sur mes mots. J'ai cherché pourquoi. Pour cela, j'ai tout relu. Et ça m'a laissé bouche bée : il n'y a rien à rajouter. Ce que je dis, c'est dit, je ne sais pas si "tout est dit" mais ça se dit, je ne sais pas si c'est "louable" ou "contestable" mais c'est. C'est pour ça que ça pousse à ne rien dire de spécial, à non-réagir.

(Et je dois reconnaître qu'heureusement que tous les écrits ne sont pas comme les miens, car alors ce serait la fin de tout ajout possible à la parole. Une civilisation coite. Mais pourquoi pas, finalement, pourquoi pas ?)

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140416

La volonté de déplacer les montagnes tue tout.

Quand on a reconnu que tout passait par notre intérieur qui s'auto-créait, ça aurait dû être un état de fait, un apport à prendre pour ce qu'il était : un apport à considérer, à enfin avoir en tête et non pas une poussée vers le remplacement des anciennes divinités par notre propre divinité, reconnue comme telle mais toujours là, toujours injuste et folle (car c'est la même depuis le début, qu'elle soit schizophrène, à savoir superstitieuse, ou obsessionnelle compulsive, à savoir industrieuse).

La volonté de dépasser les montagnes tue tout.

N'écoutons ni ceux qui ont des "mais juge donc, allez juge la nature !" plein leur voix autoritaire tonitruante — ça nous est si naturel de tout juger que si on nous l'impose c'est que ça ne va plus vraiment de soi, qu'on ne veut plus vraiment comprendre, que la civilisation juridique est devenue un obstacle à la connaissance — ni ceux qui maugréent violemment à rebours "mais ne sois pas orgueilleux, gamin !" — le problème n'étant pas d'être ou de ne pas être orgueilleux mais de savoir ce qu'on fait de cet orgueil.

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130416

Je ne sais pas quelle personnalité, quelle idole intimidante j'aimerais aujourd'hui rencontrer : peut-être Lucas Taïeb, ce qu'il serait devenu (car il n'existe plus, n'a existé qu'en puissance) ; il n'y a que lui qui pourrait s'approcher de ce que je rêve.

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150316

Mais peut-être que je suis toujours allé vers ce qui me ressemble le moins ! Mais c'était pour enfin me frotter au monde, pour compenser les années d'auto-création (j'avais établi dès le départ qu'avec moi et moi seul je tournerais en rond, mais rien ne pourra jamais me dire si c'était vrai ou si c'était de l'a priori sifflé par les autres ; contrairement à ce qu'ils pensaient, tout le monde a toujours besoin d'établir pareille règle mentale car l'amour nous appelle). 

Il fallait donc que j'aille vers le social. Mais je m'y suis de plus en plus mal pris, c'est allé de plus en plus vers le pire. 

D'abord je me suis fait croire que j'allais pouvoir être officiellement artiste, comme si c'était différent que d'être artiste officiel. Mais c'est pas fini, on pouvait encore aller plus profond dans la méconnaissance !

Ensuite j'ai cru que j'étais fait pour réfléchir sur ce qu'il faut réfléchir, comme si cela avait quelque chose à voir avec la pensée. Mais c'est pas fini, on continue la déchéance !

Ensuite j'ai cru que j'allais devoir manier les objets des autres dans des cageots, comme si je ne devais jamais y prendre part. Mais quelle persistance dans l'aveuglement !

Et pour finir, se faire le porte-parole neutre de l'institution ? Mais de qui je me moque ?

Chaque étape était toujours plus éloignée des sciences sociales, chacune à son tour niait de manière encore plus intense que la précédente ce pour quoi mon cerveau était façonné. Rien de plus loin des sciences sociales que les beaux-arts, ceux-ci tout de même plus proches d'elles que ne l'est la philosophie, elle-même en étant davantage voisine que ne l'est le commerce, lui-même légèrement plus conciliable que le discours d'État.

Bon, alors quoi ?

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070316

Y avait-il dès le départ une fragilité ? Innée et/ou acquise, seule la science le saura, quand on aura tout disséqué. Le fait est que celle-ci a favorisé la propension à se surmonter dans son coin, seul contre tous, « vous allez voir c'que vous allez voir » devenant « vous allez voir c'que vous n'allez pas voir », maugréant d'avance qu'ils ne comprendraient pas de toutes façons. Du coup, déshabituation, violence ; agression causant par conséquent une persistance à jusqu'au-bouter (les autres hors de soi). Et on continue, et on continue, allez, à rester en moi. Et donc aggravation des symptômes car rétrécissement du champ de vie. À peine le nez dehors, forcément ça foudroie. Frappé de plus belle : l'auto-suffisance de la faiblesse aura entraîné l'hyperréactivité aux lésions.

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050316

Le "social" et le "sociétal" ; on parle comme ça de nos jours. Les mœurs et les cultures seraient "sociétales" : la cause homosexuelle est "sociétale", le féminisme est "sociétal", les minorités discriminées c'est "sociétal" voyons, l'accueil des immigrés c'est "sociétal" aussi. Les maux "sociaux" seraient ceux qui concernent le travail, la condition ouvrière, la pauvreté. Il y a toujours plus de larmes matérialistes dans le "social", on les sent au bord de nos yeux, alors que le "sociétal" semble être un luxe de militant bien nourri ou d'étranger, ce qui est la même chose : même quand l'étranger est aussi peu nourri que nous voire l'est encore moins, il ne mérite pas de l'être davantage, il reste l'étranger, à chacun ses oignons.

Dire que c'est "social", tout de suite ça remue les tripes et on sent le fardeau du prolétariat dans nos veines ; si l'on disait que le "social" était "sociétal", on aurait l'impression de n'accuser que la conjoncture de l'organisation, de laisser de côté l'injustice éternelle. Or, on rate tout. Quand je dis que la coercition salariale est un fait "sociétal" plutôt que "social", je remets vraiment en question ce que l'on appelle "société" au lieu de le graver dans des rapports qui définiraient le "social". C'est dire que le problème ne vient pas seulement d'être payé une misère ou d'être viré mais du fait même que je doive y aller moi et pas d'autres.

Renversons donc l'opposition contemporaine et rappelons-nous qu'en premier lieu, le "social" c'est les manières, les techniques, les idéaux et les amours que j'ai fini par intérioriser (tout ce qui a du mal à nous apparaître comme non-évident, tout ce que l'on juge secondaire dans nos aliénations) ; le "sociétal", c'est la place concrète à laquelle on m'a placé dans la technopole (tout ce qui semble avoir une prise extérieure sur notre vécu, que l'on accepte souvent moins). Bien sûr que ça se rejoint toujours, sinon ce serait trop simple.

Une fois que c'est plus clair, plus besoin de séparation. Intellectuellement et stratégiquement : unifions.

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040316

Le déploiement des évidences (5/5) : Déchiffrer le code

Le ridicule de tout savoir ou science : on cherche à connaître du réel, alors que si c'est réel on devrait déjà le connaître, non ? Il n'y aurait rien de plus ridicule pour un homme du Moyen-Âge qu'un historien du Moyen-Âge : « Tu travailles sur ce que je fais chaque jour ? T'es un peu un gros con, non ? ». Il n'y aurait rien de plus ridicule pour une bactérie qu'un biologiste : « Tu travailles sur ma routine de chaque seconde ? C'est toi le parasite ! ». 

C'était en gros ce que je pensais (sans exagérer) il y a quelques années. Connaître des choses sur le monde me semblait superfétatoire, ça faisait trop surimpression, on baignait déjà dans le monde alors en parler ne rimait à rien. L'invention, c'était l'imaginaire. Aujourd'hui, je pense tout le contraire : l'imaginaire est créé par notre cerveau alors c'est du déjà-vu, c'est ennuyeux, ce n'est que notre cerveau ; le monde ne peut jamais se montrer réellement, il faut débusquer les mystères innombrables qui se cachent sous les faux-semblants. Évident pour presque tous, je sais, mais pour moi quelle révolution ! Dommage que ce soit si épuisant, que le corps ne suive pas.

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030316

Le déploiement des évidences (4/5) : Pertes irréparables et incitations persistantes

Cette nuit j'ai rêvé que je pleurait tout, sur tout, pour tout, pour tous mes choix passés, récents et à venir, sans cesse irréfléchis, sans cesse en-dessous de mes possibilités, sans cesse le résultat de mes faiblesses et en amenant d'autres, me détruisant petit à petit. Fatigué de tout, par tout. Il n'y a que quand j'entrevoyais sincèrement le sens des choses qu'il aurait fallu prendre la peine de les poursuivre. Il n'y a que dans ces intentions fortes, dans ces foulées d'élan que résidait l'accomplissement ; après, j'ai perdu le fil ; et je persiste à penser que j'aurais pu le garder, c'est ça qui fait tout mon malheur. Me consoler serait reconnaître que la déchéance était inexorable et qu'il faut la cultiver telle quelle, profiter de son charme et des quelques menues joies qu'elle m'accorde encore.

Faire le seul blog qui vaille la peine consisterait en ceci : écrire précisément et uniquement ce qui me pousse à me lever malgré tout chaque matin, écrire chaque raison quotidienne conduisant à l'impulsion, à l'intention forte et voir ce qui revient le plus souvent, pour savoir ce qui me botte vraiment (j'ai déjà quelques idées et vous aussi, à nous de les retrouver).

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020316

Le déploiement des évidences (3/5) : La voix de tête

Incroyable que cette mélodie existe, soit comme ci, soit comme ça, prenne cette tournure-là ! Quand bien même depuis dix ans elle fasse partie de moi !

S'il est impossible de voir défiler des mots en soi de manière aussi précise et jouissive qu'en les lisant, à l'inverse il me semble que la mélodie dans notre tête est un plaisir encore plus grand que l'écoute en direct. Si je dois m'arrêter d'écouter de la musique ce n'est pas grave : ce que mon cerveau a emmagasiné pourra tout rejouer sans jamais se lasser. Enlevez-moi les oreilles plutôt que la mémoire. 

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