Différentes preuves concernant la pop (3)

Tous les musiciens que j'écoute sont reliés entre eux, se croisent et se recroisent dans leurs différents groupes (« il faudrait que tu fasses une carte », m'avait-elle dit) et correspondent à ma triple identité : agitation rétive, mélodie digne de ce nom et groove mondialisé (dans n'importe quel ordre ; tout est venu en même temps). Prenons ce guitariste : commence par l'agitation rétive, puis fonde un groupe du monde, puis répond à l'appel de ce génie de l'agitation qui fait désormais du groove à mélodie digne de ce nom ; puis sera atteint comme moi d'hyperacousie à cause d'un précieux guitariste de groove rétif (RIP depuis) qui règle sa sono trop fort ; se reconsacre donc aux racines acoustiques du monde, puis ira mieux donc reviendra auprès de l'icône de l'agitation rétive mondiale qui reforme son groupe de groove digne de ce nom ; et là, notre guitariste en question sonne riche comme jamais puisqu'il est composé de ses apports successifs : il sonne mélodiquement groove, en un doigté rétif mondialement digne de ce nom ; il est l'os de tout.

Précisons les choses : s'il y a « nostalgie des origines » dans la Pop, elle n'est jamais pur retour du même, elle serait plutôt différence dans la répétition, car expression d'une cumulativité. Réexplorera sa discographie à la lumière de ses diverses explorations-conversions, la redéploiera par le prisme des nouveaux yeux qu'elle a acquis. Quand on repense à nos élans, c'est bien notre moi de maintenant qui les fait revivre, c'est le nouvel air que notre pop a pris qui entonne nos anciens airs, par conséquent intemporels (et finalement on ne sait plus si ce sont les premiers albums qui sont sortis en premier ou si ce sont eux qui viennent de sortir). À première vue, il s'agit d'une belle thèse-antithèse-synthèse : élan initial (souvent rétif), puis construction (souvent plus mélodique) de cet élan, puis synthèse redécouvrant l'élan initial à la lumière de ses développements suivants. Ainsi, tout apparaît nécessaire, la folle naissance comme l'assagissement, puisque tous deux ont permis l'aboutissement de la complétude. Mais je dirais que le plus beau c'est d'entrevoir un quatrième mouvement, sorte de métasynthèse : encore plus qu'une leçon tirée des chemins parcourus, c'est la gloire de la quintessence. Ce que l'on entend, c'est juste lui, cet artiste pop : il est arrivé à trouver qui il était, il n'est plus ni jeune ni mûr, il est lui, il est sa pop, son idiosyncrasie, son unique façon de tourner mélodiquement. On dirait qu'il est évidemment cela, qu'il aurait toujours dû sonner comme cela (même si l'on sait bien sûr qu'il n'aurait pu l'atteindre sans tout ce qui a précédé, car nous sommes des êtres impurs). 

Et ça ne sonne surtout pas comme une clôture, au contraire : c'est comme si sa carrière commençait. (Comment savoir si l'on a affaire à une grande Pop : ce sont les derniers albums en date qui sonnent les plus vrais, qui ont trouvé la quintessence.)