« C'est du lard ou du cochon ? ». C'est à peu près ce que m'évoque toute écriture qui se pense comme telle. Il faut croire que c'est ce qui fait sa force (j'ai même tellement tendance à le croire que j'en rajoute parfois dans la confusion, n'est-ce pas). Mais on a malgré tout envie de secouer l'auteur par les jambes pour lui faire dire ce qu'il ressent vraiment, hormis des mots. 

En musique, cela gêne moins qu'il y ait le lard et le cochon, cela s'assemble compactement, on ne les distingue tellement plus que la vie nous apparaît. (Par exemple : je chante et par ailleurs j'aime les filles et la douceur, donc ça me paraît être la moindre des choses de faire advenir mon intérieur "féminin" doux quand je chante, ça vient sans calcul ; simultanément, l'énergie vocale est une réponse à ma tension saccadée, donc apparaît également nettement une certaine théâtralité brusquement non-douce, aidée par la dimension de violente incarnation inhérente à la pop ; on comprend tout de suite que ça vient ensemble, pas de « phrase à soupeser pour qu'elle produise son effet », pas de « recherche d'équilibre », nous ne sommes plus dans une « alternance de sensations à ordonner », nous sommes directement à l'écoute de ce qu'il faut faire pour être.)

Pourquoi mes meilleurs textes sont-ils écrits quand je reviens d'un hôpital où l'on s'est occupé de moi ? Peut-être parce qu'enfin je ne suis que ce que je suis : je ne cherche plus à appeler qui que ce soit en particulier puisqu'on vient de me considérer comme quelqu'un de digne d'attention. C'est juste un bonus d'incarnation que j'offre, pour remercier le monde de m'avoir permis d'être pris en compte. Merci de votre attention.