Ça y est, j'ai saisi le déplacement ! Cet auteur me donnait envie d'écrire, puis je me suis vu écrire et ce n'était pas fameux, vraiment emprunté, puis j'ai relu une phrase et je me suis dit « ce n'est donc que ça ma vie, approuver des phrases ? », et par ce mouvement je me mettais à dériver vers « cet auteur n'est donc que des phrases, je ne suis donc que des phrases ? » (l'auteur et moi c'est souvent la même chose), avec, vous l'aurez compris, un certain goût amer, comme on dit. J'ai saisi la confusion à l'œuvre et je vais tenter de ne plus la reproduire : je prends mes faiblesses pour des jugements ; mon incapacité à me saisir de l'énergie d'autrui se transforme en déconsidération du tableau auquel j'assiste (moi me nourrissant de l'énergie, autrui produisant cette énergie : dans cet ordre-là, car ce sont mes propres limites qui inspirent les limites que j'imagine ensuite concernant l'acte). Les trois degrés de l'épuisement s'expriment ainsi : 1) Sensation physique brute, 2) Extrapolation concernant mon cerveau (« Je ne crois donc plus à cela ? », alors que c'est complètement faux, je crois perpétuellement à tout, je n'en ai simplement pas les moyens), 3) Extrapolation concernant le monde (« Ils sont sûrement aussi incroyants que moi, pardi ! », alors que non, ils sont souvent plein de détermination, pour le meilleur et pour le pire, en tout cas de quelle flamboyance ils font preuve !).