Roman de science-fiction que je pourrais écrire : dans un futur transhumaniste proche, les cellules du cerveau muteront tellement vite ou pourront tellement être modifiées à l'envi qu'une personnalité se trouvera perpétuellement reconfigurée au cours d'une vie, quasi-quotidiennement. La veille on ne jure que par le football et les grosses voitures, le lendemain on est potentiellement le plus grand chercheur vivant en linguistique, le surlendemain on n'est bon qu'à être mécanicien ou bien danseur contemporain. Cela deviendra compliqué pour les couples : on ne sera jamais avec le même quelqu'un. Bien entendu, on aura toujours conscience du changement opéré, on évoquera nos lubies passées et présentes sans être dupe d'aucune d'entre elles ; on s'efforcera d'être un minimum à ce qu'on fait, mais l'on pourra lire entre les lignes une permanente ironie je-m'en-foutiste. Nous réconcilierons ainsi la décontraction postmoderne, certaine de son apocalypse (car tout est vain), et les vertus de l'homo faber qui œuvre de but en blanc sans se demander pendant cent mille ans si cela vaut le coup, car de toutes façons, demain ne sera pas aujourd'hui.