290416

Blanc et non-blanc en même temps. Blanc alors je vais écouter une vraie musique de prolos blancs, comme ça au moins c'est clair. Non-blanc alors je ne comprendrai pas pourquoi les blancs se voilent autant la face quand ils font des trucs de blancs et qu'ils ont l'impression d'être universels, d'explorer le fin du fin de la pertinence alors que c'est toujours selon leurs vœux et leurs yeux, partout et tout le temps. À partir de là, tous leurs faits et gestes m'apparaîtront comme ce qu'ils sont pour un mi-blanc : à la fois toujours familiers mais toujours énigmatiques, toujours explicables mais toujours ridicules, toujours accessibles mais toujours surjoués. Tous gosses de riches, de cathos ou de riches cathos même quand ils ne le sont pas. Pourquoi tous toujours trop uniformément blancs dans les mots, les notions qu'ils élisent comme leurs préférés dans la conscience juridico-politique, dans la présentation des modes, la façon de les vivre ? Tenter de m'y immiscer, de “comprendre sans juger” : ma grande mission, ma vocation. 

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280416

La même paresse conduit à rejeter la littérature à idées comme la littérature à recherches formelles : le règne de la littérature à constats, qui veut remplacer à la fois les sciences sociales et l'art fictionnel pour que nos dents rayent le ras des pâquerettes. Donc camarades, visons bien l'ennemi à viser, ne nous trompons pas : écrivain-philosophe, ton ennemi n'est pas l'inventeur de langages, ne le traite pas d'inutile car tu passes pour l'utilitariste que tu n'es pas ; poète de la prose, ton ennemi n'est pas celui qui veut avant tout dire et développer, ne le traite pas de sous-artiste car tu passes pour le mondain que tu n'es pas. K. Dick louait bien Joyce !

Le truc triste, c'est l'impression que quand même il faut choisir entre les deux nobles voies, or moi j'aimerais à la fois dire et jouer. Or, peut-on dire en jouant ? (Je veux dire vraiment dire, hein, pas faire croire que.)

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270416

Combien de fois m'est-il venu l'idée de démarrer un nouveau blog chaque fois que j'abordais une nouvelle nuance de pensée ! Mais il faut que je résiste. L'aire nommée Définitivement résumera à elle seule tout ce que j'ai toujours voulu faire, devra sans cesse répondre à la définition complète et équivoque de "Lucas Taïeb". Marteler à ceux qui n'en sont pas encore convaincus que tout y est inscrit, que ça suffit, qu'on peut s'en contenter à jamais. Chant du cygne ? Plutôt rideau qui englobe l'ensemble des phénomènes dans l'ampleur de son drap, tout en clôturant la pièce. 

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260416

Écouter de la world-music est devenu le péché risible absolu. Ce qu'il faut écouter, c'est des musiques authentiquement ethniques, histoire qu'on puisse les considérer comme intégralement étrangères, vraiment exotiques. Ces notes sont extérieures et les vaches sont bien gardées, c'est délimité. Quand on fait du rock ou de la pop, il faudrait continuer avec nos rythmes pesants d'éléphant blanc, c'est comme ça qu'on est nous, laissons aux autres les tentatives chaloupées, ça leur appartient, si on essaie de s'y risquer ça fait de la world-music, horreur ! 

On me dit que les puristes raisonnent comme cela.

Or, dire que toute musique digne de ce nom doit être world serait être enfin postlévistraussien (terme n'induisant pas l'idée simpliste de "dépassement" mais bien la prise en compte réelle et effective des apports du maître) : reconnaissons, établissons et chantons en chœur qu'on a tout saccagé, uniformisé et que nous n'avons pas de meilleure chose à faire que de se mêler inextricablement (rien de forcément humide là-dedans, juste insister sur le fait qu'il n'est pas tant question d'opération mathématique que de préparation culinaire) pour exprimer le meilleur de chacun, qu'il ne nous reste plus que le groove universel pour exister avec lucidité.

Le certificat mental d'authenticité n'est bon que pour l'art du fou, il ne peut plus concerner l'étranger car il n'y a plus d'étrangers. Éteins ton putain de rock blanc, cesse de rêver sur l'exotisme des tam-tams et viens dans la world.  

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250416

Attention, là ce sera du paragraphe de première bourre. Souvent je m'étonne sans hésitation (c'est évident que c'est étonnant), et des fois j'hésite concernant des constats. Bref, voici. Il y a une chose dont je ne finis pas de m'étonner : le fait qu'absolument tous les autobiographes (à ma connaissance) disent qu'en fait ce n'est jamais eux dans leurs trucs, qu'ils reconstruisent, que le je n'est pas le même que leur moi. Quand je lisais cela étant plus jeune, je riais sous cape, n'y croyais pas, me disait qu'ils se foutaient de la gueule du monde. Plus je vieillis, plus je lis ce genre de choses et commence à me demander si c'est le monde ou moi qui suis fou. Car personnellement c'est toujours moi, bel et bien moi. Et je ne vois pas pourquoi ça devrait m'arracher la langue de le dire. Par contre, le machin concernant lequel j'hésite encore (je sais, c'est pas très joliment tourné mais je vous avais prévenu, quand je me mets à annoncer que je suis dans un paragraphe c'est mauvais signe), c'est ceci : soit je pense que je ne suis jamais sérieux dans mes trucs, soit je pense que je suis toujours sérieux, même quand je n'ai pas l'air. Étant plus jeune, je ne me disais jamais sérieux, même quand je parlais de mort ou de choses dans l'genre ; maintenant, je peux dire que je suis sans cesse sérieux, même quand j'ai l'air de friser l'incongruité grotesque. (C'est comme ça, c'est soit l'un soit l'autre. Quand je pense à ce que je fais, il faut soit que je considère ça comme 0% sérieux, soit comme 100% sérieux. Maintenant on est entré dans l'ère de ça rigole pas, vous êtes prévenus. Et je rigole pas, donc. Même si vous trouvez que le ton fait tiep.)

Je ne chercherai plus jamais à être drôle ; si je le suis, c'est que c'est involontaire. C'est ce que pensaient les gens avant, or c'était toujours volontaire, même dans les pires moments. C'est maintenant que ça ne l'est plus. Au point où j'en suis...

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190416

Elles se comptent sur les doigts d'une seule main ou à peine plus, les personnes qui m'ont dit des choses sur mes mots. J'ai cherché pourquoi. Pour cela, j'ai tout relu. Et ça m'a laissé bouche bée : il n'y a rien à rajouter. Ce que je dis, c'est dit, je ne sais pas si "tout est dit" mais ça se dit, je ne sais pas si c'est "louable" ou "contestable" mais c'est. C'est pour ça que ça pousse à ne rien dire de spécial, à non-réagir.

(Et je dois reconnaître qu'heureusement que tous les écrits ne sont pas comme les miens, car alors ce serait la fin de tout ajout possible à la parole. Une civilisation coite. Mais pourquoi pas, finalement, pourquoi pas ?)

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140416

La volonté de déplacer les montagnes tue tout.

Quand on a reconnu que tout passait par notre intérieur qui s'auto-créait, ça aurait dû être un état de fait, un apport à prendre pour ce qu'il était : un apport à considérer, à enfin avoir en tête et non pas une poussée vers le remplacement des anciennes divinités par notre propre divinité, reconnue comme telle mais toujours là, toujours injuste et folle (car c'est la même depuis le début, qu'elle soit schizophrène, à savoir superstitieuse, ou obsessionnelle compulsive, à savoir industrieuse).

La volonté de dépasser les montagnes tue tout.

N'écoutons ni ceux qui ont des "mais juge donc, allez juge la nature !" plein leur voix autoritaire tonitruante — ça nous est si naturel de tout juger que si on nous l'impose c'est que ça ne va plus vraiment de soi, qu'on ne veut plus vraiment comprendre, que la civilisation juridique est devenue un obstacle à la connaissance — ni ceux qui maugréent violemment à rebours "mais ne sois pas orgueilleux, gamin !" — le problème n'étant pas d'être ou de ne pas être orgueilleux mais de savoir ce qu'on fait de cet orgueil.

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130416

Je ne sais pas quelle personnalité, quelle idole intimidante j'aimerais aujourd'hui rencontrer : peut-être Lucas Taïeb, ce qu'il serait devenu (car il n'existe plus, n'a existé qu'en puissance) ; il n'y a que lui qui pourrait s'approcher de ce que je rêve.

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